Depuis le départ d'Yves Vanderhaeghe, l'Excelsior Mouscron lui cherche désespérément un successeur. La saison dernière, Hugo Broos avait été chercher David Crv et Cleiton en D2, en espérant que l'un d'eux puisse s'imposer. Mais c'est ce bon vieux serviteur de Steve Dugardein qui a terminé la saison au poste de demi défensif. Lors de la campagne des transferts, Hugo Broos avait fait de ce poste une priorité et pensait avoir trouvé en Geoffrey Claeys l'homme de la situation. Mais, après quatre matches de championnat à peine, l'ancien Lierrois s'est déjà retrouvé sur le banc.
...

Depuis le départ d'Yves Vanderhaeghe, l'Excelsior Mouscron lui cherche désespérément un successeur. La saison dernière, Hugo Broos avait été chercher David Crv et Cleiton en D2, en espérant que l'un d'eux puisse s'imposer. Mais c'est ce bon vieux serviteur de Steve Dugardein qui a terminé la saison au poste de demi défensif. Lors de la campagne des transferts, Hugo Broos avait fait de ce poste une priorité et pensait avoir trouvé en Geoffrey Claeys l'homme de la situation. Mais, après quatre matches de championnat à peine, l'ancien Lierrois s'est déjà retrouvé sur le banc.Récemment, vous déclariez encore en nos colonnes que Mouscron représentait votre dernière chance. Pour l'instant, cela ne se passe pas comme vous l'espériez.Geoffrey Claeys: Je commence, hélas, à en avoir l'habitude. J'étais arrivé à Mouscron avec de très grandes ambitions. Si, pour l'instant, cela ne se passe pas comme je l'avais espéré, les raisons sont toutes autres que celles qui avaient conduit à mes échecs précédents. Autrefois, on pouvait me reprocher de ne pas vivre suffisamment pour mon métier. Ce n'est plus du tout le cas. C'est même plutôt le contraire: je suis trop préoccupé par mon métier. La préparation s'était parfaitement déroulée. Mais, dès le premier match à Alost, je ne me suis plus senti aussi bien dans ma peau. Je me suis mis trop de pression. Tout s'est passé dans la tête: j'avais l'esprit encombré de trop de préoccupations et cela s'est répercuté dans tout le corps. J'avais les jambes lourdes. Le football, c'est d'abord une question mentale. Comme tous les sports, d'ailleurs. Regardez Frank Vandenbroucke, c'est pareil. Il est l'un des plus grands talents qu'ait connus le cyclisme belge. Mais depuis qu'il a eu des problèmes, il n'avance plus. "Forcer n'est jamais la bonne solution"Vos préoccupations actuelles sont-elles une conséquence de vos échecs antérieurs?J'étais arrivé avec l'intention de casser la baraque. J'ai voulu forcer, mais ce n'est jamais la bonne manière. Il en va en football comme dans la vie ou dans les relations amoureuses: il faut prendre son temps, calmement. Dans mon cas, c'est d'autant plus nécessaire que, ces dernières années, je n'ai pas joué régulièrement. J'ai besoin de temps pour retrouver mes sensations. J'avais déjà connu le même phénomène au Lierse, la saison dernière. Après un certain temps, cela allait mieux. Je sais que j'émergerai de ce tunnel et que ce sera alors pour de bon. J'ai besoin de disputer un bon match pour provoquer le déclic et réenclencher la mécanique. Mais pour l'instant, vous n'êtes plus titulaire...Je comprends que l'entraîneur ne m'aligne pas pour l'instant. Il doit en premier lieu veiller à l'intérêt de l'équipe, surtout dans la situation actuelle où il faut engranger des points. Il voit que, pour l'instant, mon rendement est loin d'être optimal. Le poste de demi défensif est un poste-clef: c'est le coeur de l'équipe. Tout part de là: la récupération du ballon, mais aussi la relance. Pour l'instant, j'ai besoin de retrouver confiance. Je suis quelqu'un de très sensible, sur le terrain comme dans la vie. Un rien me perturbe. C'est mon caractère, et rien ni personne ne pourra me changer. Un être humain a ses faiblesses. Je ne suis pas un robot.Comment se manifeste ce problème mental dont vous parlez?Je me repasse toutes mes actions dans la tête. Je me fais du mouron pour tout ce qui n'a pas fonctionné, je revois toutes les mauvaises passes que j'ai adressées, en match comme à l'entraînement. Ce n'est pas bon: le passé est le passé, il faut tourner la page et se reconcentrer immédiatement sur ce qui est à venir."Quand on est réserviste à Mouscron, on doit se poser des questions"Vous semblez dire qu'auparavant, c'était précisément tout le contraire qui se produisait.J'ai été jeune, comme tout le monde. J'étais sans doute trop insouciant, à une certaine époque. Si l'on atterrit sur le banc à Feyenoord, on peut l'accepter. Si l'on est réserviste à 21 ans à Anderlecht, ce n'est pas la fin du monde non plus. Mais si, à 26 ans, on est réserviste à Mouscron, on doit se poser plus de questions. L'Excelsior est un club fantastique, mais ce n'est tout de même pas le summum en Europe. Si je ne parviens pas à m'y imposer, je dois en déduire que je fais fausse route.Vous sortez aussi d'une période où vous avez connu des problèmes privés.Oui, mais cela n'a rien à voir. (Il réfléchit) Enfin, inconsciemment, cela a peut-être joué dans ma tête également. J'ai vécu pas mal d'événements, sur le plan professionnel comme sur le plan privé, mais je ne tiens pas trop à en parler. Je dois désormais faire la part des choses. Le football représente un aspect essentiel de mon existence, mais il ne doit pas devenir le plus important. La famille et les amis devraient être prioritaires. Je dois tout faire pour réussir dans le football, et je le ferai, mais pas à n'importe quel prix, et certainement pas au prix de ma santé, par exemple. Lorsque je rentre à la maison, je devrais pouvoir me changer les idées, penser à d'autres choses. J'en suis arrivé à un stade d'introspection. Ces derniers temps, je commence à envisager les événements de manière plus sereine. Je m'entraîne sans stress. Je sais que j'ai perdu mon statut de titulaire. D'une certaine manière, le fait de me retrouver sur le banc n'est peut-être pas mauvais en soi. Mais cette expérience ne peut pas se prolonger. Vous semblez très conscient de ne pas répondre à l'attente.Bien sûr. Je sais que je ne joue pas à mon meilleur niveau, et que je ne m'entraîne pas à mon meilleur niveau non plus. J'arrive toujours une seconde trop tard. Mais je sens aussi que je suis sur la pente ascendante, en tout cas à l'entraînement. A quoi sentez-vous que cela va mieux?Je suis de nouveau capable de me fâcher, j'ai retrouvé une saine agressivité, je retrouve mes sensations et j'ai envie de donner le meilleur de moi-même. Je me tracasse moins également. Une mauvaise passe? Je m'en fous!"Dès que le championnat a commencé, je n'étais plus nulle part"Durant la période de préparation, les commentaires à votre sujet étaient positifs. Etiez-vous alors plus détendu parce qu'il n'y avait pas encore d'enjeu?Peut-être, oui. Mais je dois relativiser. Durant la période de préparation, l'équipe n'avait pas livré des prestations transcendantes. Comment puis-je être satisfait de mon apport personnel alors que je n'étais pas parvenu à améliorer le rendement de l'équipe? Par ailleurs, il ne faut pas accorder à la période de préparation plus de valeur qu'elle n'en a. C'est une mise en route, une période où l'on jette les bases de la saison à venir, pas plus. Briller durant la période de préparation ne recèle aucun intérêt. C'est le championnat qui compte. Et, dès que la compétition a commencé, je n'étais plus nulle part.Avez-vous également l'impression que la préparation fut trop exigeante?Non. C'est normal qu'on travaille dur en préparation. Mais je dois toutefois reconnaître que celle que j'ai effectuée avec Mouscron fut la plus exigeante depuis que je suis footballeur professionnel. Elle fut plus dure qu'à Anderlecht et qu'à Feyenoord.Mouscron a démarré le championnat de manière catastrophique.A Alost, la première mi-temps fut en dessous de tout. A l'exception d'Olivier Besengez, de David Crv et de Franck Vandendriessche, tout le monde avait été exécrable. En récupération, le marquage n'était pas assez serré. En possession de ballon, il n'y avait aucun mouvement. Cela s'est amélioré en deuxième mi-temps, mais le mal était déjà fait. L'envie de gagner n'était pas présente. Elle est revenue contre La Gantoise, mais ce soir-là, nous avons joué de malchance. Je n'ai pas échappé à la critique. A juste titre. Mes premiers matches furent carrément mauvais. Au poste de demi défensif, je ne peux pas me permettre d'arriver une seconde trop tard sur tous les ballons, car je place alors tous mes équipiers dans l'embarras. Et ce n'est certainement pas mon intention. On m'a engagé pour donner de la voix et indiquer la voie à suivre? C'est très joli, mais comment peut-on donner des directives à autrui lorsqu'on n'effectue pas soi-même les gestes qu'il faut?"Ma mise à l'écart est justifiée"A Lommel, vous avez été remplacé pour insuffisance après 35 minutes. Un véritable camouflet.Ce remplacement était justifié. J'avais livré une première demi-heure catastrophique. Je ne veux pas invoquer la chaleur comme excuse, elle était identique pour tout le monde et je n'y suis pas plus sensible qu'un autre. Je ne veux pas me voiler la face: j'étais mauvais, c'est tout. Je suis suffisamment honnête pour le reconnaître. Je n'étais plus le Geoffrey Claeys que l'on avait vu à l'oeuvre durant la période de préparation, ni le Geoffrey Claeys sur lequel Hugo Broos comptait lorsqu'il m'a engagé. Je ne veux pas imputer mes fautes à autrui. J'aurais beau jeu, pourtant, de reprocher aux autres une absence de démarquages qui ne facilite pas la tâche du porteur du ballon. Ce n'est pas mon genre: je dois d'abord balayer devant ma porte.Au Standard, vous avez pour la première fois débuté le match sur le banc.L'entraîneur connaît l'état dans lequel je me trouve, il est au courant de mes problèmes mentaux et me laisse le temps de retrouver mes esprits. J'en avais discuté avec lui après ma prestation catastrophique de Lommel. Il m'a encore accordé une chance contre Charleroi, mais je n'avais pas été plus brillant. Un mauvais match, cela peut se concevoir. Quatre mauvais matches, c'est inacceptable de ma part. Je pense que, si Hugo Broos ne m'aligne plus actuellement, c'est pour me protéger. Je dois redevenir moi-même, d'abord à l'entraînement, ensuite en match. Je sens déjà que cela va de mieux en mieux à l'entraînement. Le reste devrait suivre. Le problème, c'est qu'entre-temps, Steve Dugardein a pris ma place. Il s'y débrouille bien. Je devrai donc me résoudre à attendre une nouvelle chance.La succession d'Yves Vanderhaeghe n'est-elle pas trop lourde à porter? Chaque fois qu'un nouveau demi défensif arrive à Mouscron, les comparaisons fusent.C'est normal. Yves Vanderhaeghe a marqué le club d'une encre indélébile. Même lorsqu'un demi défensif plus fort que lui débarquera au Canonnier, on continuera à parler de lui. Mais je suis persuadé que je parviendrai à m'imposer à ma manière."Mouscron, c'est le top"Vous avez déjà connu pas mal de clubs en Belgique. Comment jugez-vous Mouscron?C'est le top. Les infrastructures, l'accompagnement, les supporters: tout contribue à mettre les joueurs dans les meilleures conditions. Notre classement ne reflète pas notre valeur réelle. Le noyau recèle suffisamment de qualité, il faut simplement trouver le juste équilibre et espérer que la chance nous sourit un peu plus. Notre objectif est d'engranger vingt points d'ici à la fin de l'année. J'estime que cet objectif est réaliste. Mais il faut aussi garder les pieds sur terre. Parfois, j'entends qu'on voudrait exercer une pression sur l'adversaire et faire le jeu également. Ce sont des intentions louables, mais ne perdons pas de vue que l'Excelsior est simplement une bonne équipe du subtop, qui a en outre perdu ces dernières années des joueurs comme Frédéric Pierre, Stefaan Tanghe, Yves Vanderhaeghe et Nenad Jestrovic. Dans les circonstances actuelles, nous ne sommes pas capables de dominer nos adversaires de la tête et des épaules. Alors, lorsqu'on ne trouve pas l'ouverture, il faudrait apprendre à mettre le frein à main et à attendre le bon moment pour porter l'estocade, au lieu de se ruer constamment à l'assaut du but adverse. Cette fluidité que l'on trouvait dans le jeu de l'Excelsior voici trois ou quatre ans, reviendra peut-être. Mais il faut laisser le temps de reconstruire.Daniel Devos