Ernest Etchi: ça fait plus penser à un bon éternuement qu'à un joueur de foot! Ce Camerounais est vite devenu une pièce incontournable de la défense du Sporting de Charleroi. Il est heureux comme un gosse depuis qu'il a signé dans ce club et s'est mis en tête de rattraper le temps perdu: à 26 ans, son expérience de la D1 est encore très limitée. Normal quand on ne s'affilie dans son premier club qu'à l'approche de la vingtaine...
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Ernest Etchi: ça fait plus penser à un bon éternuement qu'à un joueur de foot! Ce Camerounais est vite devenu une pièce incontournable de la défense du Sporting de Charleroi. Il est heureux comme un gosse depuis qu'il a signé dans ce club et s'est mis en tête de rattraper le temps perdu: à 26 ans, son expérience de la D1 est encore très limitée. Normal quand on ne s'affilie dans son premier club qu'à l'approche de la vingtaine...Ernest Etchi: Pendant toute ma jeunesse, le football n'était qu'un hobby et je n'avais jamais imaginé faire carrière. Au Cameroun, le football a toujours été considéré comme un sport pour les voyous et les laissés-pour-compte. Ma mère m'a toujours découragé, elle ne voulait pas que je gâche ma vie en devenant footballeur. Une femme unique! Elle m'a élevé seule parce que mon père a fui dès qu'il a appris qu'elle était enceinte. Lui, je ne l'ai jamais vu. Ma mère m'imaginait plutôt dans l'uniforme d'un brillant avocat. J'ai entamé des études de droit. Puis, mon destin a basculé à 19 ans: un recruteur m'a repéré alors que je jouais dans la rue. Il m'a aiguillé vers mon premier club: les Vautours de Dschang. Après une dizaine de matches en D1 avec cette équipe, j'étais appelé en équipe nationale! Vous n'aviez jamais essayé de convaincre votre mère que vous pouviez gagner votre vie en jouant au foot?Non, parce que le football ne nourrit pas son homme au Cameroun. Les infrastructures sont médiocres et il n'y a pas de centres de formation. Il faut être international pour bien gagner sa vie. Après une demi-saison à Dschang, j'ai été transféré à Coton Club, une des meilleures équipes du pays. J'étais déjà un privilégié car je touchais un salaire fixe. C'est très rare au Cameroun, où les joueurs ne perçoivent généralement que des primes. En jouant en équipe nationale, j'ai commencé à gagner pas mal d'argent. Et je me suis dit, à ce moment, que je pourrais peut-être faire du football mon métier. Il fallait encore convaincre ma mère. Son entourage mettait la pression pour qu'elle me l'interdise. Mais elle m'a finalement laissé décider.Après trois saisons à Coton Sport, vous avez été transféré à Lens, qui venait de décrocher le titre. Mais vous avez échoué là-bas.Je n'étais pas assez blindé pour m'imposer dans un club pareil. Après quelques semaines d'entraînement en Europe, mon équipe affrontait Arsenal en Ligue des Champions. Je n'avais pas encore eu le temps de faire mon trou et on ne m'a pas donné tous les moyens pour que mon adaptation se passe normalement. Je n'avais personne pour me guider et je découvrais un nouveau monde. J'avais un compatriote à Lens: Marc-Vivien Foé. Mais il était blessé et donc pas disposé mentalement à m'aider. C'était difficile à la fois dans la vie de tous les jours et sur le terrain. Au Cameroun, tous les entraînements étaient basés sur le plaisir et le beau geste. On essayait sans arrêt des petits ponts et d'autres petits exploits techniques, et on rigolait du début à la fin. Quand je me suis retrouvé dans le groupe de Daniel Leclercq à Lens, c'était tout à fait autre chose. La rigueur caractérisait tous nos entraînements. Mais je ne peux pas en vouloir à cet entraîneur: je n'étais tout simplement pas prêt quand j'ai débarqué en France. Après une saison, Lens m'a prêté à Châteauroux, un club de D2 où j'ai pu poursuivre mon adaptation au football européen.Comment vous êtes-vous retrouvé à Alost la saison suivante?Grâce à un gigantesque coup de bol! Mon manager avait bâclé son travail, si bien qu'au lieu de revenir automatiquement à Lens après mon année à Châteauroux, je me suis retrouvé sans club et sans revenus. Le jour où je suis allé expliquer ma situation aux dirigeants du Racing, Roger Henrotay était dans leur bureau. Il m'a pris sous son aile et m'a fait venir en Belgique. Je lui dois tout et il est toujours aux petits soins pour moi. Aujourd'hui encore, il me considère comme son propre fils. Par rapport au manager sénégalais que j'avais avant lui, c'est le jour et la nuit. Celui-là, il avait six GSM mais on ne savait jamais l'atteindre! Henrotay m'a placé à Alost, où Wim De Coninck m'a directement adopté. Celui-là aussi, c'est un type exceptionnel. J'ai été fort marqué quand Alost l'a mis dehors. Il faut croire que, dans ce métier, les gens sympathiques sont condamnés à ne pas réussir!En fin de saison dernière, vous avez fait la Une parce que vous aviez joué tout en étant en situation illégale!Cette expérience, je ne l'oublierai jamais. Je me suis fait arrêter deux fois. Je me suis retrouvé en garde à vue après avoir été embarqué dans notre vestiaire, avant l'entraînement. Je suis un gars à la fois discret et sensible par rapport à tout ce qu'on dit de moi. Du jour au lendemain, ma photo apparaissait dans tous les journaux et il y avait des reportages sur moi à la télévision. Pas pour des exploits sportifs, malheureusement. Les flics d'Alost ont été détestables pendant leur interrogatoire. Je n'ai pas reconnu les types en uniforme qui nous applaudissaient au stade! Ils m'ont dit qu'ils espéraient ne plus jamais me revoir et ont voulu me renvoyer directement au Cameroun. Heureusement, il n'y avait pas d'avion ce jour-là (il rit). Je suis donc retourné en France, et Roger Henrotay s'est occupé de la mise en ordre de mes papiers. Qui était responsable de vos problèmes?Les dirigeants d'Alost. Vous devriez voir le contrat qu'ils m'avaient fait signer. Incroyable! Une simple feuille volante, sans en-tête, sans cachet du club. Du griffonnage. Quand je leur ai signalé que je n'avais pas de visa pour la Belgique, ils m'ont dit que ce n'était pas nécessaire ici. Henrotay a mis la pression pour qu'ils fassent le nécessaire et ils lui ont promis que ce serait réglé. En utilisant leur formule favorite, que j'ai entendue des dizaines de fois durant ma saison chez eux: -Tout est en ordre. Je les ai crus, mais quelques mois plus tard, Patrick De Cock appelait lui-même les flics pour leur signaler que j'étais en situation irrégulière! Aucun de ces dirigeants n'est venu me voir quand j'étais retenu par les gendarmes. Ces quelques heures passées au cachot m'ont marqué pour la vie. J'en garde un gros traumatisme. C'est Alost qui a relancé ma carrière, mais je n'ai qu'un mot à la bouche pour décrire ce que j'ai connu là-bas: l'enfer! Nous ne savions jamais à qui nous devions nous adresser pour régler les problèmes. Nous étions systématiquement payés en retard, et nous n'étions jamais sûrs que nous toucherions notre argent. D'ailleurs, Alost me doit toujours deux mois de salaire. Manu Ferrera m'avait demandé de rester, en fin de saison, mais c'était impossible. Votre bonheur à Charleroi contraste avec l'épreuve que vous avez traversée la saison dernière!Je suis passé sans transition de l'enfer au paradis. En début de saison passée, j'avais dit à Roger Henrotay que Charleroi me tentait. Je ne connaissais rien de ce club, mais j'avais l'impression, de l'extérieur, qu'il pourrait me convenir.Que retenez-vous de vos premiers mois au Sporting?Il y a d'abord une image que je n'oublierai jamais: ma première rencontre avec Enzo Scifo. Je n'étais pas dans mon état normal, tellement j'étais impressionné, intimidé. Au Cameroun, il est aussi populaire que Diego Maradona! Je sais qu'en travaillant avec lui, j'aurai plus de chances de retrouver l'équipe nationale. Son nom ouvre un tas de portes. Je serai aussi suivi que les internationaux camerounais qui jouent dans les grands clubs européens. Parce que je côtoie tous les jours Scifo. J'ai été autrefois rayé des cadres pour avoir critiqué le coach fédéral dans une interview à la télévision, mais la fédération camerounaise repart aujourd'hui de zéro et j'espère retrouver ses grâces. Le président de la république suit tout cela de très près et il participe à la restructuration de la fédération. Notre football se professionnalise lentement. Je suis passé par des sentiments mitigés lorsque le Cameroun a gagné la dernière Coupe d'Afrique: j'étais content pour mon pays, mais triste de ne pas participer à la fête. Je vais tout faire pour prendre part à la prochaine édition.Pierre Danvoye