La nouvelle saison 2007-2008 à peine lancée, les 20 clubs de PremierLeague digéraient la première tranche d'un gâteau très riche. En l'occurrence celui des droits télévisés, un festin de 3,9 milliards d'euros répartis sur 3 ans. Pendant ce temps-là, d'autres observateurs s'inquiètent de la surchauffe financière du foot anglais, et notamment les dépenses en transferts.
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La nouvelle saison 2007-2008 à peine lancée, les 20 clubs de PremierLeague digéraient la première tranche d'un gâteau très riche. En l'occurrence celui des droits télévisés, un festin de 3,9 milliards d'euros répartis sur 3 ans. Pendant ce temps-là, d'autres observateurs s'inquiètent de la surchauffe financière du foot anglais, et notamment les dépenses en transferts. Manchester United a lancé le bal en mai. A peine champion d'Angleterre, on annonçait l'arrivée de l'ailier Nani du Sporting Lisbonne et du médian brésilien Anderson de Porto, pour un total de 50,4 millions. United ne s'en émeut pas et annonça le transfert d' Owen Hargreaves (Bayern Munich) pour 24,5 millions et celui de Carlos Tevez pour 14,4 millions. Ce dernier joueur a dû être racheté à la société MSI, qui malgré de nombreuses procédures en justice, détenait toujours les droits économiques de l'Argentin. Liverpool fut le suivant à annoncer ses intentions. Les nouveaux propriétaires américains des Reds, Tom Hicks et George Gillett, ont accédé aux demandes du coach Rafael Benitez qui souhaitait un budget lui permettant vraiment de briguer le titre. Le club a battu son record de transfert, en payant 38,2 millions à l'Atletico Madrid pour le buteur Fernando Torres, début juillet. Un petit déluge suivit, avec les arrivées de Ryan Babel (Ajax) pour 16,6 millions et de Yossi Benayoun (West Ham) pour 7,2 millions. Plus tard en juillet, Liverpool présenta son magnifique plan pour un nouveau stade, qui devrait accueillir 60.000 supporters à Stanley Park, littéralement à côté d'Anfield. Dont coût : 432 millions d'euros. Entre-temps, les voisins d'Everton semblaient payer beaucoup trop pour deux joueurs britanniques : 5,8 millions pour Phil Jagielka, de Sheffield United et 7,2 millions pour Leighton Baines, de Wigan. Deux clubs acquis par de nouveaux propriétaires étrangers défrayèrent également la chronique. Il s'agit d'abord de West Ham, dont les nouveaux bosses islandais semblent avoir difficile à laisser leur chéquier dans leur poche. Et ensuite, de Manchester City, repris de façon controversée par le Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra et qui a composé une toute nouvelle équipe à la fin août au service de Sven Goran Eriksson. West Ham peut arguer de la vente de Nigel Reo-Coker à Aston Villa pour 10,8 millions. Mais outre les sommes dépensées pour Freddy Ljungberg, Scott Parker, Craig Bellamy ou Kieron Dyer, ce sont surtout les salaires (dont 108.000 euros par semaine pour Parker est le plus notable) qui donnent au noyau de West Ham des allures extravagantes. Les allées et venues ont été accompagnées de remarquables prolongations de contrat, dont le plus fameux est celui de John Terry qui a resigné à Chelsea en exigeant 194.000 euros par... semaine. On estime que Frank Lampard et lui ont exigé des salaires de plus de 187.000 euros hebdomadaires, correspondant à ceux des galactiques arrivés la saison dernière, Andriy Shevchenko et Michael Ballack. Il paraît même que 144.000 euros par semaine soit aujourd'hui la norme pour les joueurs du top en Angleterre. L'inflation de ces salaires éclipse la première spirale qu'avait connue le championnat anglais au milieu des années 1990. Les clubs anglais ne doivent pas aller bien loin pour avoir un avertissement sur les conséquences fâcheuses que peuvent avoir des dépenses déraisonnables au nom de l'ambition. Il fut fourni cet été par une histoire qui a secoué Leeds. Un des clubs phares des années 1970, qui revint au devant de la scène en disputant les demi-finales de la Ligue des Champions en 2001, a été mis en curatelle en mai, après avoir subi la relégation en League One, pour la première fois de son histoire. En 2000-01, lorsque Leeds présenta à la presse des transferts ronflants ( Rio Ferdinand, Mark Viduka et Robbie Keane), peu nombreux furent ceux qui se demandèrent si le club pouvait se permettre ces dépenses. Mais il est vrai que les problèmes apparaissent d'autant mieux lorsqu'une curatelle fait remonter à la surface des créanciers lésés, plutôt que lorsque tout semble aller bien. Aujourd'hui, on sait que les problèmes de Leeds sont dus d'abord à une somme de 32 millions d'euros contractée auprès de la Registered European Football Finance, qui arrangeait la vente et la cession/bail des joueurs. Et ensuite, aux 86 millions empruntés par le club pour acheter les stars demandées par le manager David O'Leary. Le président Peter Ridsdale, lorsqu'il dut admettre que Leeds avait des soucis financiers, sortit la phrase classique : " Nous avons vécu dans le rêve ". Ce rêve a mené tout droit au cauchemar de la double relégation à Elland Road, sans compter les dettes estimées à plus de 50 millions d'euros. Toutes les accusations ne peuvent pas reposer sur les épaules de Ridsdale et de ses directeurs d'alors, mais de nombreuses dettes datent bien de cette époque : le club doit en apurer des milliers envers les anciens joueurs et une bonne portion des 11 millions en TVA et taxes découlent aussi de ces dépenses incontrôlées. La curatelle n'est jamais agréable et le club ayant été repris par la société HMRC de Ken Bates, sans passer par le régime de rétribution des créanciers, Leeds a commencé la saison en League One avec 15 points de pénalité. Il est difficile de savoir si un cas de figure comme celui de Leeds pourrait à présent se reproduire. La Premier League s'est remise à briller, avec des prestations fantastiques et des résultats fascinants et vit apparemment sa meilleure époque. McGuire, qui représente à la PFA les joueurs professionnels qui négocient leur contrat, pense que les clubs ont été sensibilisés. " Partout dans le foot anglais, des clubs ont reçu une bonne dose de réalisme ", affirme-t-il. " Les salaires augmentent certainement et il y a un nouveau plafond, mais nous n'avons pas une inflation énorme. Les clubs sont plus réalistes quant à leur niveau et aux salaires qu'ils peuvent supporter ". Selon les agents et des sources au sein des clubs de Premier League, les salaires occupent un spectre assez large : de 28.000 euros par semaine pour des jeunes joueurs régulièrement alignés dans des clubs moyens aux 194.000 euros de Terry. McGuire, qui affirme que les clubs ont découvert un nouveau professionnalisme et sont moins éblouis par les vedettes à se payer pour le succès, a peut-être raison mais rien n'est moins sûr. On prétend que le foot anglais est devenu plus transparent, mais les commissions des agents ne sont communiquées par aucun club de D1 et les salaires ne sont qu'une infime partie du total des comptes des entités. Et ces comptes sont généralement publiés 18 mois après une période de dépense par exemple. Les comptes de West Ham seront ainsi révélés en décembre mais n'iront que jusqu'au 31 mai 2007. Il faudra attendre décembre 2008 pour voir si les dépenses en transferts de cet été sont en adéquation avec le budget des Hammers, découvrir si le club vit au-dessus de ses moyens ou s'il peut entretenir son rêve. C'est également seulement alors que les supporters sauront combien d'argent Eggert Magnusson a réellement injecté à Upton Park. Les reprises de clubs ces dernières années ont pu donner l'impression aux supporters qu'une nouvelle génération de bienfaiteurs investissait des millions mais cela ne reflète pas la réalité. La famille Glazer a emprunté massivement pour acquérir Manchester United et le club doit lui-même payer chaque année 89 millions d'intérêts sur la dette totale de 950 millions avant même de dépenser une livre sterling en transferts. D'autre part, les 50 millions dépensés pour Nani et Anderson ne devront être payés que lorsqu'ils auront fait de nombreuses apparitions et United a sans doute des réserves étant donné les recettes des matches à domicile, qui attirent 76.000 personnes à Old Trafford. Hicks et Gillett n'investissent pas non plus à Liverpool mais se portent garants des prêts du club, pour les joueurs et pour le stade. Comment Thaskin ou les proprios de West Ham financent leurs clubs ne ressortira qu'à la prochaine publication des comptes. L'exemple de Chelsea est très évocateur. Roman Abramovich a fait d'un club qui éprouvait des difficultés financières en 2003 un champion en 2005 et 2006. Mais même l'oligarque russe a financé principalement avec des emprunts les 650 millions de son immense fortune personnelle injectés dans le club londonien. Lors des saisons où il a été champion, Chelsea accusait des pertes de 202 et 115 millions d'euros. Sans le soutien continu d'Abramovich, Chelsea n'existerait plus aujourd'hui car le club aurait dépensé bien au-delà de ce qu'il peut se permettre. On nous dit que les autres clubs ont également la situation sous contrôle et qu'ils sont à même de se permettre les dépenses pouvant paraître excessives malgré le jackpot des droits TV. Toutefois, comme pour Leeds, si la bulle éclate, nous ne le saurons que trop tard. par david conn, esm