Dans la vie comme à la salle, Sacha Koulberg et Anja Duyck (33 ans) forment un couple. Un duo sur lequel les dirigeants des Dauphines de Charleroi misent à nouveau pour réussir leur saison. C'est déjà la quatrième fois qu'ils bossent ensemble: deux fois à Charleroi, une fois à Herentals et en équipe nationale.
...

Dans la vie comme à la salle, Sacha Koulberg et Anja Duyck (33 ans) forment un couple. Un duo sur lequel les dirigeants des Dauphines de Charleroi misent à nouveau pour réussir leur saison. C'est déjà la quatrième fois qu'ils bossent ensemble: deux fois à Charleroi, une fois à Herentals et en équipe nationale. "Entraîner Anja ne me pose aucun problème, d'autant qu'elle est toujours une des meilleures joueuses de Belgique", dit Sacha. "Si ce n'était plus le cas, ce serait plus difficile car je suis aussi strict avec elle qu'avec les autres. Elle est plutôt joyeuse de nature, elle aime s'amuser. Parfois, elle rigole un peu trop à l'entraînement et je suis le premier à lui dire d'arrêter. Je pense que c'est plus difficile pour elle car, pour moi, elle est une joueuse comme toutes les autres. D'autres entraîneurs auraient peut-être plus de respect pour elle. D'ailleurs, j'en ai moi-même énormément car je suis le seul à savoir combien elle est occupée. Elle a plus d'énergie que toute une équipe et elle se donne toujours à 110%, que ce soit dans son boulot -elle travaille dans un bureau d'architectes-, au volley ou au beach-volley. Sans oublier les tâches ménagères et son goût pour la fête. Mais elle ne loupe jamais un entraînement ou une journée de travail. Chapeau". Revenue l'an dernier à Charleroi après avoir fait les beaux jours de Herentals (six titres, deux coupes), Anja reconnaît qu'il n'est pas toujours aisé d'être entraînée par son mari: "J'avais été la première à dire oui à Charleroi. A l'époque, on ne parlait pas encore de Sacha. On m'a d'ailleurs demandé si j'étais d'accord. J'ai répondu que cela ne me faciliterait pas la vie mais je n'avais pas non plus le droit de lui fermer la porte au nez. Nous en avons donc parlé à la maison mais je pense que nous sommes suffisamment grands tous les deux. Le problème, c'est que nous sommes des fanatiques, des gagneurs. Vous avez sans doute déjà remarqué que Sacha peut se fâcher très fort, qu'il est très proche de son groupe, ce qui provoque parfois des conflits. Mais lui, il aime m'avoir dans son équipe".Plus de secrets de vestiaires.Elle reconnaît que les problèmes dépassent parfois le cadre de la salle: "On discute jusque dans la voiture ( elle rit). Ce n'est d'ailleurs pas très bon. Mais cela arrive, inutile de le cacher. Quand on gagne, il n'y a jamais de conflit. L'an dernier, nous nous étions fixés pour objectif de terminer troisièmes ou quatrièmes et nous y sommes arrivés. Il n'était vraiment pas possible de faire mieux et la saison fut parfaite: demi-finale de la coupe, demi-finale des playoffs. C'était donc déjà un sujet de discorde de moins". Elle estime qu'à l'entraînement, Sacha est plus dur envers elle qu'envers les autres: "Il ne me laisse aucune liberté. Il dit que ce n'est pas vrai mais c'est ainsi et c'est normal. Je suis également plus sévère avec lui qu'avec un autre entraîneur. Mon plus grand problème, c'est de savoir ce que je peux dire ou pas. Je dois faire le tri. Quand je jouais à Herentals, je pouvais rentrer à la maison et confier des secrets de vestiaire. Maintenant plus". Si les ambitions de Charleroi doivent être clairement définies au départ pour conserver la sérénité au sein du couple entraîneur-joueuse, où doit-on fixer la barre pour la saison qui s'annonce, sachant que les Dauphines ont acquis Vanessa Wauters, Katrien De Decker et la Tchèque Dita Galikova? "Une troisième place ne me décevrait pas", dit Koulberg. "Kieldrecht reste le grand favori. Ce club peut compter sur une excellente distributrice et deux attaquantes très fortes, Teterina et Barinova. Par contre, l'équipe manque de vitesse mais le classement final et la finale de la coupe ont démontré que ce n'est pas ça qui fait nécessairement une bonne équipe de volley, surtout avec le système du tie-break, sans quoi Herentals l'aurait emporté. Ce club devrait donc encore lutter avec Tongres et Charleroi pour les places d'honneur". Après avoir connu les sommets (six titres de championne de Belgique, trois coupes, trois fois Joueuse de l'Année), Anja Duyck savait qu'elle devrait revoir ses ambitions à la baisse: "Mais quand j'ai quitté Herentals, je ne savais pas non plus si ce club trouverait suffisamment d'argent pour bâtir une équipe correcte. De toute façon, je pensais que Tongres serait plus fort mais cette équipe a quelque peu loupé sa saison. Nous avons donc atteint notre objectif, qui était de terminer troisièmes. En allant voir les playoffs, j'ai quand même eu un pincement au coeur. L'an prochain, nous aurons une meilleure équipe. Et puis, nous ne perdons pas chaque semaine! Nous sommes restées longtemps invaincues à domicile. Nous avons tiré le maximum de l'équipe".Elle préfère jouer en Wallonie qu'en FlandreElle avoue cependant avoir éprouvé quelques difficultés à se réadapter à son ancien club: "Tout y était moins bien organisé qu'à Herentals. De plus, on m'avait demandé d'encadrer les jeunes et cela m'a pris beaucoup d'énergie. Il fallait sans cesse remotiver tout le monde car l'envie n'était pas toujours présente. Cela m'a énervée, d'autant que l'équipe n'était quand même pas super. Nous devions nous serrer les coudes, jouer les unes pour les autres. J'ai fini par atteindre mes objectifs mais j'ai moins bien joué et ce n'est jamais très bon car on perd alors une partie de son crédit. Heureusement, au fil de la saison, les filles me l'ont bien rendu et j'ai retrouvé mon niveau". Elle affirme pourtant qu'elle préfère jouer en Wallonie qu'en Flandre: "Les gens y sont superchouettes, incroyablement enthousiastes et jamais critiques. Même quand nous perdons, ils nous félicitent. C'est très sympa. Je pense également qu'ils apprécient que nous acceptions de jouer chez eux car c'est une ville pauvre, sale, étrange. Toute différente de ce qu'on voit chez nous. Mais les gens sont terriblement chaleureux. Ils viennent à la salle afin de se se faire plaisir, c'est peut-être leur seule distraction de la semaine. C'est pourquoi ils donnent tout ce qu'ils ont. En début de saison, il n'y avait guère de monde mais pendant la deuxième moitié du championnat, nous jouions régulièrement devant cinq à six cents personnes dans une petite salle très bruyante. C'était donc très amusant tandis qu'en Flandre, le volley est de moins en moins suivi, surtout au niveau féminin. De plus, je suscitais des jalousies et cela ne me plaisait guère car je suis très sensible, je veux être copine avec tout le monde".Nouvelle salle et approche proA Charleroi, dont 25% de la population a moins de vingt ans, le sport est considéré comme un excellent vecteur pour donner à la ville une meilleure image. Au bord de la liquidation voici six ans, lorsque son ancien président dut répondre de malversations, le club bénéficia alors d'un soutien politique, à l'image des Spirou, du club de football en salle d'Action 21 ou de La Villette. "La ville veut montrer au monde entier qu'elle a plus à offrir que son passé industriel", dit Koulberg. "De plus, l'échevin des sports, Claude Despiegeleer, adore le sport féminin. Pour la saison 2001-2002, nous devrions pouvoir compter sur un budget de 35 millions, soit autant que Knack Roulers, si je ne m'abuse. Evidemment, ce montant tient compte d'un investissement dans de nouvelles infrastructures. Nous pourrons bientôt compter sur une salle de 1100 places assises, 80 business-seats et un restaurant de 80 couverts. Toutes les recettes atterriront dans les caisses du club. Nous bénéficierons également de nouveaux vestiaires, d'un bureau et d'une salle de réunion. Si nous pouvons atteindre cet objectif, nous lutterons pour le titre l'année suivante". Koulberg pense que, d'ici deux ans, ces infrastructurs devraient rapporter deux millions de francs par saison. "Nous sommes déjà certains que le restaurant sera rempli à chaque match. En principe, nous devions disputer notre premier match à domicile face à Hermalle, qui a fusionné avec La Calamine mais nous avons obtenu de pouvoir évoluer deux fois en déplacement, de façon à ne jouer chez nous que le 20 octobre, histoire de laisser un peu plus de temps à l'entrepreneur". Cet investissement mis à part, le budget du club carolo s'élevera tout de même à dix millions cette année et quatorze l'an prochain. "Ce qui est énorme pour un club féminin", dit Koulberg. "Il est très difficile de dénicher des sponsors à Charleroi. Nous avons déjà écumé la région à quatre ou cinq reprises. Nous avons le même sponsor que le club de football, Chaudfontaine. La compagnie d'assurance Aurelio Cigna et l'entreprise de construction Bemat nous versent également 750.000 francs chacun et nous pouvons encore compter sur une dizaine de co-sponsors ou de sponsors techniques ainsi que sur une quinzaine de petits sponsors. Nous avons aussi fait appel à Eric Somme, le manager du club de basket de Charleroi, qui nous aide à dénicher un grand sponsor principal en vue de la saison prochaine". 50% de BelgesUne saison que Charleroi aborde avec une équipe composée d'une moitié de joueuses belges, ce dont Koulberg n'est pas peu fier. "A Asterix et Herentals, il n'y a plus qu'une Belge sur six. Chez nous, Daisy Decoen, Anja Duyck, Vanessa Wauters, Katrien De Decker et Amélie Boncire sont Belges tandis que, dans l'équipe de base, on ne retrouve que trois étrangères : la Française Szwewczyk, la Tchèque Galikova et la Hongroise Domokos". Hormis deux des joueuses étrangères (une d'entre elles travaille quelques heures par semaine chez un sponsor), les joueuses de Charleroi travaillent ou sont étudiantes. Ce qui n'empêchera pas le club de livrer une campagne de préparation très fournie. "Nous avons disputé notre premier tournoi le 1er septembre à Gooik puis nous sommes partis en stage jusqu'au 10 à Marcinelle-la-Montagne, une station de ski alpin en Savoie où la ville possède un domaine de 600 places qui permet à ses citoyens et à ses écoliers de faire du ski. Elle a même l'intention d'y construire une salle". Après cela, le club disputera encore des tournois, dont un à Leffinge, où il affrontera les Suisses de Schaffhausen et les Français de Calais. Le 22 septembre, il participera à la journée de la fédération, à Vilvorde, où toutes les équipes seront présentes. "Une excellente initiative que l'on devrait promouvoir davantage et qui devrait être étalée sur deux jours", dit Koulberg. Suivront encore des tournois à Frasnes et un à Istres avec Cannes (champion de France), Villebon (vice-champion), Istres (6e du championnat), Burgos (champion d'Espagne) et Vienne (finaliste européen face à Kieldrecht).La der' d'Anja?"Je pense que cela devrait nous permettre de livrer un bon championnat", dit Koulberg. Un championnat qui pourrait bien être le dernier d'Anja Duyck. En principe, du moins, car elle avait déjà annoncé qu'elle arrêterait à l'âge de trente ans. "J'arrive en fin de contrat", dit-elle, hésitante. "J'aimerais déjà être fixée sur mon avenir mais tout dépendra sans doute du déroulement des opérations. En tout cas, je ne resignerai pas trop vite et je n'annoncerai pas ma retraite trop rapidement non plus. C'est difficile d'arrêter quand on aime ce qu'on fait et qu'on joue encore à un bon niveau. Je ne pense pas être usée, même si je reconnais que j'ai parfois la vie dure entre le boulot et les entraînements. Mais le sport m'aide à rester en forme au travail. Peut-être devrais-je simplement lever le pied au moment de la troisième mi-temps". Et puisqu'on évoque l'âge et une fin de carrière, comment ne pas songer au rajeunissement des cadres. A Charleroi, on y pense et on imagine de rassembler les responsables des clubs de la région (une vingtaine) afin de collaborer et de permettre à chacun de travailler sous la conduite de bons entraîneurs sous la direction de Christian Thevenin, ex-joueur de Kruikenburg et frère d'Alain. Marc Lerouge