C'est sans doute le transfert de l'année. Premier Belge à avoir remporté une coupe européenne (c'était en 2001 avec Malaga), Jean-Marc Jaumin a évolué deux mois au Real Madrid la saison dernière et débarque aujourd'hui à Mons.
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C'est sans doute le transfert de l'année. Premier Belge à avoir remporté une coupe européenne (c'était en 2001 avec Malaga), Jean-Marc Jaumin a évolué deux mois au Real Madrid la saison dernière et débarque aujourd'hui à Mons. Jean-Marc Jaumin: Lorsque j'étais parti, en 1999, j'avais déclaré que j'avais l'intention de passer trois ou quatre années à l'étranger. Trois années se sont écoulées depuis lors, durant lesquelles j'ai vécu de très bons moments. C'est surtout la famille qui m'a poussé à revenir. Ma petite fille ne pouvait plus continuer à déménager sans cesse. J'avais prévenu mon agent que, si une équipe du Top 4 belge (j'inclus Bree dans le lot) me faisait une bonne proposition, je signerais tout de suite. C'est ce qui s'est produit. Mons fut le premier à se manifester et j'ai signé pour trois ans. Pour votre retour en Belgique, on vous voyait plutôt à Ostende ou à Charleroi qu'à Mons.Ostende m'a aussi contacté cet été, mais les Côtiers sont arrivés deuxièmes: j'avais déjà donné mon accord à Mons. Je ne pouvais plus faire marche arrière. Sans cela, je serais sans doute retourn à l'Arena V où j'avais passé neuf années formidables. Charleroi s'était manifesté l'an passé. Giovanni Bozzi m'avait téléphoné et Eric Somme m'avait également soumis une proposition très intéressante portant sur trois saisons. Mais, à ce moment-là, je n'avais encore passé que deux années à l'étranger et j'estimais qu'il me restait encore de beaux jours dans un grand pays européen. D'autant que je venais de remporter la Coupe Korac avec Malaga. Tout baignait pour moi. C'était trop tôt pour un retour en Belgique.Le fait d'avoir été souvent chahuté par le public de la Coupole, lorsque vous vous y produisiez avec Ostende, a-t-il influencé votre choix?Pas du tout. Vlado Djurovic, qui fut brièvement mon coach à Ostende, m'avait fait comprendre que le public chahutait toujours un joueur majeur, jamais le neuvième ou dixième homme d'une équipe. D'une certaine manière, j'étais donc flatté. Et je savais bien que, si je décidais de porter le maillot carolo, le public prendrait rapidement fait et cause pour moi.Plus envie de prendre l'avionJ'avais une option pour une troisième saison à Malaga, mais deux années avec Bozidar Maljkovic, c'était plus qu'assez. J'avais mon compte, et après quelques échanges verbaux un peu trop virulents, je crois que lui non plus ne comptait plus trop sur moi. Je pouvais signer pour Galatasaray. J'ai opté pour Patras parce que Daniel Goethals s'y trouvait. C'est vrai que je me suis fourvoyé là-bas, mais sans cette erreur de parcours, je ne me serais pas retrouvé libre sur le marché au moment où le Real Madrid a eu besoin d'un distributeur. C'est sans doute ce que l'on appelle le destin. Je n'ai passé que deux mois dans le club centenaire, mais cela, on ne pourra jamais me l'enlever. Il y a des milliers de joueurs qui rêvent de porter le maillot de ce club mythique, ne serait-ce que le temps d'un seul match. Ce rêve, je l'ai réalisé. J'ai livré quelques bonnes prestations, j'ai même été élu homme du match à deux reprises, mais les résultats ne suivaient pas et, pour susciter une réaction, il fallait du changement. Le coach italien Sergio Scariolo m'a remplacé par un compatriote, Attruia, sans que les résultats s'améliorent. Aujourd'hui, Scariolo n'est plus l'entraîneur du club: il a été remplacé par Javier Imbroda, qui a coaché l'Espagne au Championnat du Monde d'Indianapolis. Entre-temps, il avait fait fuir pas mal de joueurs, dont Eric Struelens. Si le Stru avait attendu le changement de coach, il serait peut-être toujours madrilène à l'heure qu'il est. Moi, j'avais terminé la saison à Gran Canaria. Trois clubs en une saison, dans trois villes différentes: ces déménagements ne sont-ils pas également à la base de votre retour en Belgique?J'aspirais à retrouver une vie de famille plus stable, c'est sûr. Il y avait les déménagements, mais aussi les incessants voyages en avion. A Gran Canaria, un club insulaire, le moindre déplacement s'effectue forcément par la voie des airs. A deux reprises, l'atterrissage fut très mouvementé. J'ai cru que j'allais y rester. Je n'avais plus envie de revivre cela trop souvent. La Coupe Korac remportée avec Malaga et les deux mois passés au Real Madrid demeureront-ils les deux faits marquants de votre carrière? J'y ajouterai un troisième: ma sélection dans l'équipe européenne lors du jubilé de Richard Dacoury, après le Championnat d'Europe 1999 à Limoges. J'ai eu un peu de chance, car j'ai bénéficié de certains désistements, mais il n'empêche: les Belges qui ont connu cet honneur sont rares. Je me souviens de Rik Samaey, Ronny Bayer et Eric Struelens. Je n'en vois pas d'autres. J'ai toujours conservé le maillot de cet événement chez moi.A 32 ans, après avoir vécu tout cela, votre arrivée à Mons doit-elle être perçue comme une fin de carrière anticipée?C'est mal me connaître que de penser que je suis revenu en Belgique pour me la couler douce. Je suis toujours ambitieux, j'ai encore envie de gagner. J'espère encore pouvoir fêter quelques succès durant les trois années que je passerai ici. Et, pourquoi pas, remporter un trophée?Dans ce cas, ce serait le premier trophée dans l'histoire du club...Oui, ce serait bien d'y contribuer, n'est-ce pas? En fait, Mons a déjà remporté son premier trophée durant la période de préparation, en s'imposant au tournoi de la Ville de Tournai. C'était même un tournoi international, puisque outre trois équipes belges, il y avait aussi le Racing de Paris. C'est un bon début...Un titre, pourquoi pas?Pourquoi pas? La saison dernière, Mons avait déjà mené la vie dure à Ostende en demi-finale des playoffs. Un jour, cela finira bien par passer. Et puis, il y a aussi la Coupe de Belgique. Sans oublier la nouvelle Coupe FIBA. Essayons de nous classer en ordre utile pour nous extraire de la poule. Puis, en élimination directe, tout deviendra possible. Je n'ai pas oublié qu'une année, j'avais été battu avec Malaga aux Halles de Jemappes. J'avais pourtant prévenu mes partenaires de la qualité de l'opposition qu'ils allaient rencontrer, mais ils avaient pris Mons à la légère. A l'hôtel, le soir, on aurait entendu une mouche voler. Si Mons est capable de battre Malaga sur un match, il peut rééditer cette performance face à d'autres équipes. Je mettrai aussi ces trois années à profit pour essayer de décrocher mon diplôme d'entraîneur, car j'ai envie de travailler avec les jeunes. Croyez-moi: je n'ai pas l'intention de me reposer sur mes lauriers.Vous êtes appelé à succéder à Ronny Bayer...Je ne suis pas venu à Mons pour essayer de démontrer que je suis meilleur que lui. Simplement, pour donner le meilleur de moi-même. Ronny Bayer est un joueur que je respecte énormément. Contrairement à ce que certaines personnes peuvent penser, j'entretiens de très bonnes relations avec lui. Nos épouses respectives s'entendent bien également. La petite rivalité qui nous avait opposés à Ostende voici dix ans est oubliée depuis longtemps.La préparation que vous effectuez actuellement est-elle comparable à celle que vous avez connue en Espagne?A Malaga, on courait comme des forcenés dès le premier jour. Le lendemain, on ne savait plus marcher. Ici, je trouve que la préparation est très bien dosée. On est mis en condition de façon progressive. Le staff médical fait du bon travail également. Et l'organisation au sein du club est impeccable. Je ne regrette pas mon choix. J'ai retrouvé une vie de famille normale. J'habite à Bruges, où ma petite fille va à l'école, et j'ai pris un appartement à Mons, en prévision des soirées d'hiver, au cas où les conditions climatiques rendraient les routes trop dangereuses. Aux Halles de Jemappes, les supporters sont chaleureux. Et, ce qui ne gâte rien, il y a des joueurs belges dans l'équipe: une denrée de plus en plus rare sous nos latitudes. La fédération, ou la ligue, devrait tout de même tenter de prendre des mesures pour limiter le nombre d'étrangers. En Espagne, les Bosman B ne sont pas considérés comme des joueurs communautaires. En Italie, il faut autant d'Italiens dans chaque équipe. En Belgique, par contre, tout est permis. Et on voit où se trouve notre équipe nationale... Celle-ci semble vouloir prendre un nouveau départ...J'entends à gauche et à droite que cela ira mieux, que la nouvelle structure mise en place se révèlera plus performante. Moi, je veux bien. Mais cela fait des années que j'entends le même discours. Alors, désormais, j'attends pour voir. Le stage organisé à Spa par Giovanni Bozzi, durant le premier week-end d'août, était certainement une très bonne initiative. Mais parmi tous les jeunes qui avaient été convoqués, je n'en vois pas 15 qui pourraient être directement compétitifs au plus haut niveau. Il faut travailler? Alors, travaillons...Vous êtes toujours disposé à prêter main forte aux Belgian Lions? Contrairement à ce que les gens peuvent penser, j'ai toujours eu envie de défendre les couleurs de l'équipe nationale. Je n'étais pas à Berlin, en 1993, lors du dernier Championnat d'Europe auquel la Belgique a participé, alors vous comprendrez combien il me tarde de vivre pareille expérience. Mais, plus les années passent, plus je me dis que je ne connaîtrai jamais ce bonheur. Je n'ai jamais eu beaucoup de chance avec l'équipe nationale. J'ai souvent été victime d'une blessure au mauvais moment. En février de cette année, j'ai décliné ma sélection parce que je devais convaincre les dirigeants du Real Madrid de prolonger mon contrat. Qu'y puis-je, si la décision allait précisément être prise au moment où les Belgian Lions étaient sur la brèche? En choisissant de rester en Espagne, je n'ai pas adopté une attitude de diva, simplement celle de la raison. Daniel Devos"Je ne suis pas revenu pour me la couler douce"