Le début du championnat a été marqué par deux cas de dopage. Ali Lukunku (Gand) et Steven Van Herreweghe (Ostende) n'ont pas pris le départ de la saison. Apprenant la nouvelle le 7 août, Lukunku a vu son contrat suspendu par son nouvel employeur, La Gantoise, alors que Van Herreweghe était interdit de compétition le 12 août pour un contrôle effectué par la Communauté flamande en novembre 2003. Ces cas ont posé quelques questions et démontré l'opacité du système de contrôle.
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Le début du championnat a été marqué par deux cas de dopage. Ali Lukunku (Gand) et Steven Van Herreweghe (Ostende) n'ont pas pris le départ de la saison. Apprenant la nouvelle le 7 août, Lukunku a vu son contrat suspendu par son nouvel employeur, La Gantoise, alors que Van Herreweghe était interdit de compétition le 12 août pour un contrôle effectué par la Communauté flamande en novembre 2003. Ces cas ont posé quelques questions et démontré l'opacité du système de contrôle. Le cas le plus mystérieux et le plus médiatique fut celui d'Ali Lukunku. Annoncé comme un grand renfort pour La Gantoise, il n'aura pas l'occasion de s'exprimer sous le maillot des Buffalos û du moins pas tout de suite. Le 27 mars, le joueur français subissait un contrôle antidopage à l'issue d'un match de CFA2 (Réserves) entre Lille, où il était prêté par les Turcs de Galatasaray, et Pacy. Ce contrôle, effectué par la Fédération Française de Football et analysé au laboratoire national de Châtenay-Malabry, s'avérera positif aux amphétamines. La procédure d'information débute alors mais ce qui relève juste de la routine se perd dans les méandres de l'incommunication. Le 1er mai, un courrier est envoyé au joueur lui expliquant que le résultat est positif et qu'une sanction sera prise. Mais en transit entre Lille et la Turquie, et à la recherche d'un autre club, Lukunku a déjà résilié son contrat au LOSC et, de ce fait, rendu au club nordiste les clés de la maison qu'il occupait. L'ancien Standardman était alors parti en vacances dans le sud de la France. " Ce que le club n'ignorait pas ", explique l'avocat du joueur, Me Laurent Denis. Lukunku ne recevait de ce fait pas les lettres recommandées. De plus, Lille obtenait également copie du courrier envoyé par la FFF mais ne dit rien au joueur. Le 18 juin, la Fédération Française énonce la sanction. Le joueur sera suspendu un an. Ne sachant toujours pas qu'il a subi un contrôle positif, Lukunku laisse passer le délai de 10 jours sans faire appel. Il va même jusqu'à négocier avec La Gantoise pour un transfert qui aboutira. Le club flandrien se renseignera auprès du staff lillois sur la santé du joueur. Rien concernant la suspension d'un an de Lukunku ne lui sera communiqué. Et c'est au moment de la demande par la Gantoise du certificat international de transfert, une fois celui-ci conclu, que le club belge apprend l'existence du contrôle positif et de la suspension. Car entre-temps, la Fédération Française, comme elle est obligée de le faire, a prévenu la FIFA qui, le 5 août, a étendu la sanction à tous les championnats. " Du 18 juin au 4 août, il n'y a qu'en France qu'Ali Lukunku ne pouvait pas jouer ", explique Me Denis. En effet, à partir du moment où un contrôle positif est constaté par une fédération nationale, celle-ci doit prévenir la FIFA. L'Union Belge a agi de la sorte également après le contrôle positif de Steven Van Herreweghe. La défense d'Ali Lukunku plaidera en disant : " A aucun moment, notre client n'a pu faire valoir ses droits puisqu'il n'a jamais été informé du résultat positif de son contrôle ". Me Denis compte donc demander à la commission de dopage de la Fédération Française la réouverture du dossier avant, en cas de refus de celle-ci, de se pourvoir devant le TAS. Pourrait-on se retrouver devant une telle procédure en Belgique ? Non car en France, tout est regroupé dans les mains de la fédération sportive qui a reçu une délégation de compétence de la part du ministère concerné (celui des Sports). Ce qui lui permet d'effectuer ses propres contrôles et de compter en son sein une commission de dopage, qui étudie les cas suspects et édicte les sanctions. En Belgique, il existe bien une commission médicale qui réfléchit aux problèmes de dopage au sein de l'Union Belge. Mais celle-ci ne décide d'aucun contrôle et ne prend aucune sanction. La fédération ne fait qu'appliquer les décisions prises par les autorités. Qui décide donc ? Ce sont les trois Communautés (flamande, française et germanophone) qui sont compétentes en la matière. Pourtant, elles n'agissent pas de la même manière. Ainsi, la Communauté flamande détient le pouvoir de décision autant sur les contrôles que sur les sanctions alors que la Communauté française effectue les contrôles, prévient les fédérations sportives lorsqu'un cas est positif et laisse le soin à la fédération concernée de prendre la sanction adéquate. En football, c'est alors la commission disciplinaire de l'Union Belge qui doit trancher. Cependant, la fédération ne peut pas prendre la sanction qu'elle désire. Elle doit rester dans le cadre fixé par l'Agence mondiale antidopage, qui a délimité le type de sanction suivant les cas. Du côté flamand, on s'est doté de structures et d'une politique médiatique puisqu'on a décidé de frapper et de contrôler sur le sol flamand toute une série d'athlètes connus : on se souvient du cas Frank Vandenbroucke mais il n'est pas le seul puisque, cette année encore, d'autres athlètes ont connu des contrôles positifs. Ce fut le cas de Steven Van Herreweghe, contrôlé en novembre à l'occasion d'un match de D2 opposant Ostende à Tubize. Les autorités flamandes exercent leur compétence en soumettant au contrôle " tout sportif flamand ou étranger qui participe à une manifestation en Flandre, avant ou après celle-ci, voire même lors d'un stage de préparation ". Une fois le contrôle effectué, les échantillons sont envoyés dans un des trois centres agréés, dont un seul se trouve en Belgique, à Merelbeke. La Communauté française a pas mal de retard. Ce n'est que le 8 mars 2001, soit 10 ans après son homologue flamande, qu'elle a adopté un décret relatif à la promotion de la santé dans la pratique du sport, à l'interdiction de dopage et à sa prévention. Mais ce n'est que depuis le 1er janvier 2003 qu'elle effectue des contrôles par des médecins qualifiés, de façon inopinée. Une fois les résultats rendus publics, ils sont analysés par la Commission francophone de la promotion de la santé dans le domaine du sport. Si celle-ci dépendait du ministère de la Santé, elle a été transférée il y a quelques jours au ministère des Sports. Pourtant, cette cellule ne " peut donner aucun renseignement et doit respecter son devoir de réserve ", nous explique-t-on. Seul le cabinet du ministre est habilité à expliquer sa politique. " Les médecins recrutés ont demandé à toutes les fédérations sportives le calendrier des compétitions et entraînements ", explique René Hamaite, du cabinet du ministre des Sports, Claude Eerdekens. " Désormais, on va tenter d'intensifier les contrôles auprès des athlètes de haut niveau. Car on soumet aux tests aussi bien les sportifs amateurs affiliés à une fédération que les professionnels ", ajoute-t-il. Les rails sont posés, reste maintenant à faire tourner la locomotive. Stéphane Vande VildeL'AFFAIRE LUKUNKU risque fort de se retrouver devant le TRIBUNAL ARBITRAL DU SPORT (TAS)