La nuit passée, j'ai rêvé de délicieuses carbonnades comme mon père en faisait. Des morceaux de viande grossièrement découpés et arrosés de Rodenbach. Parfaitement assaisonnés et bien mijotés. Ce matin, je n'ai pas goûté de carbonnades et mon estomac est vide. Comme le football sans supporter. Ce n'est pas réel, ce n'est... rien.
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La nuit passée, j'ai rêvé de délicieuses carbonnades comme mon père en faisait. Des morceaux de viande grossièrement découpés et arrosés de Rodenbach. Parfaitement assaisonnés et bien mijotés. Ce matin, je n'ai pas goûté de carbonnades et mon estomac est vide. Comme le football sans supporter. Ce n'est pas réel, ce n'est... rien. Nous comprenons que la santé et la prévention sont importantes, mais les supporters de football ne sont pas des spectateurs, des amateurs, ni des consommateurs. Nous sommes des supporters. Je me rappelle de mon premier match. Je n'étais encore qu'un gamin. C'était de la magie, de la passion. Tout tournait autour de l'émotion d'en être. J'ai ressenti la même émotion quand j'ai pu assister en live à mon premier concert de Bob Dylan. Le football est même plus que cela. On assiste au match tout en en faisant partie. On l'influence, on entend et on sent ce qu'il se passe, on le dirige. Le douzième homme joue. On est entouré de personnes qui partagent les mêmes émotions. Quand notre équipe marque, nous nous tombons dans les bras. Étudiant, ouvrier ou chirurgien, peu importe. Quand ça va mal, on se console. On boit un verre et on fait son analyse. L'énergie qu'on ressent en voyant un stade se remplir est incomparable. C'est comme le frisson qu'on aurait si un monstre s'éveillait. Parfois, on entend la masse retenir son souffle quand un footballeur fonce vers le but. Il y a ces chants si typiques, propres à chaque club. Nous partageons euphorie et chagrin. Chacun a vécu des situations particulières, comme quand un parent prend son fils ou sa fille dans ses bras, pour la première fois. La qualité de supporter est une fonction sociale importante. Les matches se déroulent différemment en présence de supporters. Des deux équipes, sinon, ce n'est qu'une soupe refroidie. Aucun écran ne peut remplacer cette présence. On s'assied devant, avec une bière, et on regarde quelque chose. C'est encore pire quand on retransmet un match qui se dispute dans un stade vide et qu'on y colle des bruits de supporters. Surtout, que ça ne devienne pas la nouvelle norme ! Pourtant, notre club de supporters a aussi retransmis les premiers matches sur un écran géant, dans notre local. Nous avons respecté les dizaines de règles imposées et nous procédons chaque fois à leur réévaluation. Mais ce n'est pas ce que nous voulons. C'est du cinéma. Ce n'est pas authentique.