En ce début de saison touristique, il faut se faufiler parmi les hordes d'étrangers venus visiter la Venise du Nord. Karel Geraerts a choisi un restaurant en plein centre-ville, à quelques rues de la Grand-Place. Dans cette cité qu'il n'a pas encore réellement apprivoisée, il ressent encore la nostalgie de son Limbourg natal. " Si vous voulez un mariage sans problèmes, il faut venir habiter ici. Il ne se passe pas grand-chose et les cafés ferment tôt ", lâche-t-il en souriant.
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En ce début de saison touristique, il faut se faufiler parmi les hordes d'étrangers venus visiter la Venise du Nord. Karel Geraerts a choisi un restaurant en plein centre-ville, à quelques rues de la Grand-Place. Dans cette cité qu'il n'a pas encore réellement apprivoisée, il ressent encore la nostalgie de son Limbourg natal. " Si vous voulez un mariage sans problèmes, il faut venir habiter ici. Il ne se passe pas grand-chose et les cafés ferment tôt ", lâche-t-il en souriant. De plus, la réussite sportive lui fait défaut depuis qu'il a posé ses bagages au Club Bruges. Lui qui est arrivé avec un statut d'international, de joueur décisif (avec le genre de contrat qui va avec), d'infiltreur, le voilà englué dans les sables de l'ancienne ville portuaire. Ses statistiques parlent contre lui : 16 buts en trois ans au Standard, 6 à Bruges, dont à peine un seul cette saison. " Cela fait presque deux ans que je suis ici. Si on fait un bilan général, on peut dire que j'attendais beaucoup plus de mon transfert. Pourtant, j'ai mon c£ur à Bruges mais c'est la deuxième fois que cela ne fonctionne pas. Entre le Club et moi, le déclic ne s'est jamais produit ", dit celui qui, après ses années de formation à Bruges, avait dû s'exiler à Lokeren en 2004 et au Standard entre 2004 et 2007 pour s'épanouir avant de revenir, pensait-il, par la grande porte. Geraerts n'a jamais fui ses responsabilités. Au Standard, il était déjà un des seuls à affronter la presse les jours d'orage. Ici, alors que ses prestations ne plaident pas en sa faveur, il ne cherche pas d'excuses. " Oui, c'est clair. C'est ma plus mauvaise saison ! Parfois, je me demande pourquoi on m'a transféré. On connaît mes qualités. On sait que si on me place dans l'entrejeu et qu'on me laisse un peu de liberté, je mets huit buts par saison. C'est un plus que je peux apporter. "Reste à cerner les raisons de cet échec. " Ma manière de jouer ne fonctionne pas ici. Au Standard, j'étais habitué à un style différent. Il y avait constamment des centres et de nombreux joueurs dans le rectangle. Philippe Léonard et Eric Deflandre évoluaient parfois 10 mètres devant la ligne médiane. Ils centraient pour Igor de Camargo ou Milan Jovanovic. Et moi, je récupérais le deuxième ballon. Avec des joueurs comme Milan Rapaic ou Sergio Conceiçao, il suffisait d'un crochet, d'un homme à passer et on recevait un bon centre. A Bruges, on préfère dribbler deux, trois adversaires. Nous avons les joueurs capables de le faire mais moi, cela ne fait pas mon affaire. Mon meilleur poste se situe dans l'entrejeu et pour atteindre mon meilleur niveau, j'ai besoin de centres. Ce qu'on n'a pas. L'année passée, j'évoluais aux côtés de Philippe Clement, et j'essayais d'aller le plus souvent possible devant le but mais il ne se passait rien. Il n'y avait pas un ballon ! Quand cela se produit quatre matches d'affilée, le cinquième, tu te dis que cela ne sert à rien de faire l'effort de jaillir dans le rectangle puisque tu ne recevras quand même pas de ballons. D'autant plus qu'en montant, tu laisses de l'espace dans ton dos. " Après avoir été rejeté sur le banc, Geraerts a été repêché au back droit. " Pfft ", dit-il en levant les yeux au ciel. " C'est bien pour quelques matches mais ma priorité ne va pas à ce poste-là. On m'a demandé si je pouvais dépanner et je le fais pour le bien du Club. Et je le ferai encore jusqu'au bout de la saison s'il le faut. Je ne regrette pas d'avoir accepté car je voulais absolument jouer mais je sais aussi que cela peut se retourner contre moi car je vais encore être davantage critiqué. Comme ces critiques, je peux me les faire moi-même, cela ne me déstabilise pas. Ce qui m'a le plus touché, ce sont les critiques qui visaient l'entrejeu. Si on jouait mal, c'était toujours de la faute de la ligne médiane. Or, on a transféré de nouveaux éléments en janvier et cela ne tourne pas mieux ! "Il ne se ménage pas mais regrette certains comportements au sein même du Club. " J'attendais également plus de mon transfert en dehors du football. L'ambiance dans le vestiaire est... normale. Je ne vais pas dire qu'elle est bonne. Elle est normale. Dans chaque vestiaire, il y a des affinités. C'est logique mais c'est vrai qu'ici, certains cherchent leur place. Au Standard, on avait un vestiaire uni avec Conceiçao, qui s'érigeait en patron. Tout le monde l'écoutait quand il disait quelque chose : du premier joueur au trentième. A Bruges, il y en a qui croient être les patrons mais ne le sont pas. Certains n'ont encore rien prouvé. "Les dirigeants sont également pointés du doigt : " Parfois, j'ai eu l'impression qu'on ne croyait plus en moi. Tout le monde agissait comme si c'était normal que je me retrouve sur le banc. Au Standard, je ne devais pas me demander - Tiens, lui, qu'est-ce qu'il pense de moi ? A Bruges, je ne me sens pas soutenu. En janvier, je me suis demandé pourquoi on m'avait transféré. J'ai voulu partir car le club choisissait d'autres options en transférant deux médians centraux. J'ai eu une discussion avec Emilio Ferrera, qui voulait m'attirer dans son club grec de Panthrakikos. Il m'avait convaincu mais au dernier moment, les dirigeants du Club Bruges ont dit qu'ils croyaient encore en moi. " Dans quelques mois, se posera de nouveau la question de son avenir : " Cela dépend du nouvel entraîneur. S'il a besoin de moi comme joueur dans l'entrejeu, je resterai. Et pas comme deuxième ou troisième choix ! J'évolue pour le moment au poste de back droit mais j'espère qu' Adrie Koster est bien informé et sait que ce n'est pas ma position. " La comparaison affleure à chaque phrase. Le Standard ne cesse de revenir dans la discussion. " J'aurais voulu vivre le titre du Standard. Par deux fois, nous sommes passés tout près. C'était simplement une question de temps. On savait que le titre allait arriver. A Sclessin, j'ai vécu mes meilleurs moments. Du premier au dernier supporter, tout le monde était derrière moi. "Pourtant, la dernière saison, les dirigeants n'avaient pas hésité à le pousser sur le banc, face à l'intransigeance du joueur qui ne désirait pas prolonger son bail en bord de Meuse. " Mais, tout le monde savait pourquoi j'étais sur le banc. Que ce soit Luciano D'Onofrio ou Pierre François, ils ont toujours reconnu mes qualités sportives. Ici, on hésite. " Pourrait-il revenir un jour à Liège ? " Pourquoi pas ? Je connaissais tout le monde. J'étais davantage épanoui là-bas qu'ici car je ressentais plus de chaleur, de compliments, de reconnaissance. Je ne retiens que du positif de mon passage au Standard. J'ai pu évoluer aux côtés de grands joueurs comme Conceiçao, Rapaic, Jorge Costa, Sa Pinto, Steven Defour ou Léonard. J'ai énormément appris de ces éléments-là. Je retiens aussi l'ambiance dans le stade. Elle faisait peur à tous nos adversaires. Et puis, il y a la ville ! Liège respire le Standard. Quand on se déplace au Standard avec le Club, je sors des vestiaires une heure plus tôt pour aller saluer tout le monde. " C'était un autre temps, celui des Diables Rouges aussi. A l'époque, Geraerts faisait figure d'incontournable (6 sélections). Depuis fin 2005, il n'a plus été retenu. " Depuis que je suis à Bruges, je ne suis plus international. Et pour le moment, je ne mérite pas une sélection. Et cela ne sert à rien de penser à moi pour le back droit, hein ! " Il s'intéresse pourtant encore au parcours de notre équipe nationale : " La campagne qualificative fut bonne... jusqu'en Bosnie. C'est dommage de parler de conflit de générations car c'est dans les vestiaires que le succès commence. Le nouveau coach devra régler ce problème en priorité. Si Eric Gerets avait été disponible, il fallait le prendre. Mais il ne l'est pas. Pourquoi pas Marc Wilmots ou Jean-François de Sart. Ce dernier a prouvé sa valeur lors des Jeux Olympiques. Pourquoi ne pas lui donner une chance ? Quant à Wilmots, il n'a pas beaucoup d'expérience mais il a du charisme. Quand il tape du poing sur la table, tout le monde l'écoute. " La fin de saison approche. Avec elle, l'espoir de jours meilleurs : " Mes meilleures années vont arriver. Sur le plan physique, je dois casser la baraque lors des trois prochaines saisons. Si un club décide de miser sur moi, il n'aura pas de regrets, croyez-moi ! "par stéphane vande velde - reporters/ hamers