C'est le premier jour de la vague de chaleur. La conférence de presse de présentation de la nouvelle équipe a lieu quatre jours à peine après avoir fêté la montée. Au bord du terrain, l'entraîneur Hernán Losada révèle les ambitions du club dans un néerlandais presque impeccable. En haut de la tribune, on découvre un slogan qui dit bien ce qu'il veut dire : " We are Beerschot, we do what we want. " Nous sommes le Beerschot, nous faisons ce que nous voulons.
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C'est le premier jour de la vague de chaleur. La conférence de presse de présentation de la nouvelle équipe a lieu quatre jours à peine après avoir fêté la montée. Au bord du terrain, l'entraîneur Hernán Losada révèle les ambitions du club dans un néerlandais presque impeccable. En haut de la tribune, on découvre un slogan qui dit bien ce qu'il veut dire : " We are Beerschot, we do what we want. " Nous sommes le Beerschot, nous faisons ce que nous voulons. Au Kiel, on le sait, les gens n'en font qu'à leur tête. Un peu transgresser les règles, cela n'a jamais fait de tort. Et si l'on va trop loin et que l'on doit jeter l'éponge, on finira bien par renaître. Un supporter l'a écrit sur son t-shirt après la dernière résurrection, en 2013 : Jesus did it once, we did it twice. Jésus l'a fait une fois, nous l'avons fait deux fois. Les nouveaux maillots sont dévoilés. Ils ne sont pas confectionnés par Adidas ou Nike, non : le Beerschot a développé sa propre marque de vêtements. C'est unique en Belgique. La marque s'appelle XIII, en référence au matricule récupéré il y a deux ans. Après quelques semaines, plus de 3.000 exemplaires ont déjà été écoulés, tandis que 6.800 abonnements ont également trouvé acquéreurs. Aux côtés du nouveau sponsor maillot Yelo, on découvre une inscription en arabe. On ne dévoilera que plus tard ce que représente Yelo, mais il s'agit bien d'une entreprise implantée dans le monde arabe. Avec le retour en première division, le Beerschot a lancé le processus d'internationalisation. Vu de l'extérieur, le stade ressemble encore à ce qu'il était il y a vingt ans. À l'entrée du Kiel, on découvre cependant une grande photo de Marc Steenackers, décédé accidentellement en 2017. Steenackers était l'un des dirigeants de Wilrijk qui, en 2013, avait récupéré le Beerschot tombé en faillite. L'autre dirigeant de Wilrijk était le président Eric Roef. Doté du matricule du KFCO Wilrijk, le club a gravi les échelons un par un. Le premier match à domicile disputé contre Ternesse, en première Provinciale anversoise, avait attiré... 8.500 spectateurs. Le titre fut fêté dans un stade du Kiel rempli de 12.000 personnes, au terme d'un match gagné contre... Rood en Groen Katelijne. Certains supporters repensent encore avec nostalgie à certains déplacements mémorables dans de petits stades pleins à craquer. Durant les premières années, les structures du club ont eu du mal à suivre les progrès sportifs de l'équipe. Pendant cinq ans, le KFCO Beerschot-Wilrijk n'a été géré que par des bénévoles. Les bureaux du Kiel sont restés inoccupés jusqu'en 2018. En mars 2019, il n'y a pas si longtemps donc, cinq personnes travaillaient à l'administration, en plus du président Eric Roef. Depuis le départ de celui-ci, en juin de l'an dernier, il ne reste plus que quelques représentants de l'ancien Wilrijk : le secrétaire Walter Claes et l'hospitality manager Peter Caubergh. La structure du club s'est adaptée à la D1A. En plus de la direction et du staff sportif, on trouve également neuf employés. Depuis juin 2019, le président est Francis Vrancken, de l'entreprise de construction campinoise DCA. Celle-ci a d'abord été le sponsor maillot, puis elle est devenue propriétaire du club lors de la professionnalisation durant l'été 2018, avant de vendre, peu de temps après, 50% des actions à un investisseur saoudien, le prince Abdullah bin Mosaad bin Abdulaziz Al Saud. Au départ, il était prévu que les Saoudiens s'occuperaient du sportif et l'entreprise de construction de l'administratif, mais également que les ancrages belge et étranger resteraient proportionnellement égaux. Ce rapport de force subsiste encore en ce moment, mais en coulisses, on s'active. Lorsqu'on joue trois saisons de suite en D1B, les comptes en prennent un coup et il faut intervenir. En plus, le budget ne cesse d'augmenter. Il est passé de huit millions il y a deux ans à onze millions l'an passé. Pour cette saison, le budget n'est pas encore clairement défini, car la promotion est encore trop récente. C'est la raison pour laquelle le groupe de Vrancken a accueilli cet été un investisseur belge supplémentaire en la personne de Philippe Verhelle, de Wolf Oil. C'est un supporter acharné du Beerschot. ll a racheté une partie des actions de DCA, mais certains affirment que le rapport de 50-50% pourrait bientôt pencher en faveur des Saoudiens. Ira-t-on vers un rapport de 75-25% ? " Cela doit encore être discuté. La décision pourrait tomber demain, mais aussi dans un an. Rien ne presse ", affirme Sven Van den Abbeele, qui est depuis mars 2018 le directeur de la communication et de la stratégie. Le prince Abdullah bin Mosaad bin Abdulaziz Al Saud est déjà venu plusieurs fois au Kiel. L'homme qui l'a fait venir comme investisseur, Jan Van Winckel, est aussi de plus en plus présent au club. Il fut un temps où on lui reprochait d'être trop souvent à l'étranger. Van Winckel a été le préparateur physique durant la saison 2011-2012, et c'est tout naturellement qu'il a pensé au club anversois lorsque le prince lui a confié qu'il était à la recherche d'un club de tradition en Europe. Depuis, United World a été créé : une coupole qui rassemble, au niveau du marketing, les clubs dans lesquels le prince possède des actions : Sheffield United, le Beerschot et Al Hilal United, un nouveau club en Arabie Saoudite. Comment Van Winckel, qui fut jadis le conseiller du prince lorsque celui-ci était le ministre des Sports en Arabie saoudite, parvient-il à jongler avec ses différentes casquettes ? Cela reste un mystère. Il travaille à la fois pour le Beerschot, pour Sheffield United et pour des clubs et fédérations au Moyen-Orient. Au Kiel, il est l'homme qui tire les ficelles, certainement sur le plan sportif. Lorsqu'il n'est pas physiquement présent, il y a toujours l'avocat et vice-président Walter Damen qui est là depuis que le KFCO Beerschot-Wilrijk a vu le jour en 2013. Lorsque Walter parle, tout le monde écoute. Aujourd'hui, tout le monde a la banane au Kiel. C'était loin d'être le cas il y a un an, lorsque le Beerschot apprenait que Malines pourrait jouer en D1A malgré l'affaire de corruption qui lui pendait au nez, et que les Rats ne seraient donc pas promus. En outre, dans la foulée, ils ont loupé la conquête de la première tranche en D1B. L'inquiétude était de mise à l'époque, car le club avait investi pas mal d'argent et il ne fallait plus s'éterniser trop longtemps en D1B. D'autant que les joueurs avaient, eux aussi, été achetés pour la D1A. C'est alors qu'Hernán Losada, membre de la commission technique et entraîneur des Espoirs, a pris le relais de l'entraîneur Stijn Vreven. Cela ne se passait plus trop bien entre Vreven et le groupe. Certains joueurs se sentaient exclus. Vreven s'en tenait à un système fixe et faisait toujours confiance aux mêmes. Lorsqu'il est parti, le groupe était divisé et la confiance avait disparu. " Si l'équipe a fini par remporter la deuxième tranche, le mérite en revient à 90% à Losada ", estime Danny Geerts, journaliste qui suit le Beerschot depuis une éternité. " Au début, il se méfiait de la presse, qu'il trouvait trop critique. Mais il a surpris tout le monde en réalisant l'exploit, alors qu'il n'avait encore entraîné que les Espoirs jusque-là. Il a libéré tout le groupe. " Le grand mérite de Losada est d'avoir réussi à ressouder le groupe. Comme joueur, c'était un soliste. Il brillait souvent par des actions individuelles. Mais comme entraîneur, il est ouvert à la discussion et demande l'avis de tous. " Aujourd'hui, l'ambiance est comparable à celle qui règne dans des clubs de Provinciales ", affirme Geerts. Losada ne s'entête pas dans ses choix et n'hésite pas à changer son fusil d'épaule lorsqu'il constate que la tactique qu'il avait préconisée ne porte pas ses fruits. Au départ, il n'était pas partisan de la défense à trois instaurée par Marc Brys, mais aujourd'hui il l'applique. Dans un premier temps, il a offert peu de temps de jeu à Tarik Tissoudali, mais lorsque Dylan Saint-Louis, que Losada était allé chercher lui-même au Paris FC, n'a plus répondu à l'attente, il n'a pas hésité à titulariser le milieu offensif, qui est devenu, avec Marius Noubissi, l'un des grands artisans de la montée. Pour l'instant, ce sont des chants " E Viva Losada " qui résonnent au Kiel. L'estime est réciproque, explique-t-il : " C'est simple : le Beerschot était mon premier et dernier club européen comme joueur. Aujourd'hui, il est également mon premier club comme entraîneur. Tout est dit. " Cette saison, il s'en tiendra à des ambitions raisonnables : " Le premier objectif sera d'assurer le maintien le plus rapidement possible. La treizième place, ce serait bien. " D'autant plus que le club possède le matricule treize. La semaine dernière, au Kiel, on s'est réjoui de l'arrivée de l'attaquant nigérian de 24 ans, Blessing Eleke. Le meilleur buteur du championnat suisse avait dans le passé suscité l'intérêt d'Anderlecht. Un tel joueur n'aurait jamais rejoint le Beerschot, il y a peu de temps encore. Le secteur offensif s'en trouve donc renforcé, et ce n'est pas du luxe, car si la défense est apparue au point, ce n'était pas nécessairement le cas devant. Selon Sven Van den Abbeele, aucune pression n'est mise sur Losada : " Le Beerschot a l'ambition de devenir un club qui compte, mais rien ne presse. Nous voulons gérer le club sainement, sans jeter l'argent par les fenêtres. " Il n'en a pas toujours été ainsi au Beerschot, il en est conscient. " C'est précisément le mérite des nouveaux propriétaires : ils ont apporté du calme et de la stabilité. " Si les voisins de l'Antwerp commencent à s'installer durablement en haut de l'affiche et ont fait progresser le club sur et en dehors du terrain, on ne s'excite pas pour autant dans le sud d'Anvers. " Pour l'instant, nous ne sommes pas encore un grand club, et nous ne regardons pas dans le jardin de l'Antwerp ", explique Van den Abbeele. " Nous travaillons à notre rythme. Notre progression sera peut-être plus lente, mais cela n'enlève rien à nos ambitions. Lentement, mais sûrement. " La construction d'un nouveau stade est-elle nécessaire ? Quoi qu'il en soit, des investissements devront être consentis pour améliorer l'infrastructure, tant au niveau des terrains d'entraînement que du stade. Le président Francis Vrancken a évoqué à plusieurs reprises le site de Petroleum-Zuid pour la construction éventuelle d'un nouveau stade. C'est précisément l'endroit que la Ville d'Anvers avait envisagé pour y ériger un stade flambant neuf, qu'il soit destiné à l'un ou à l'autre des clubs. Comme l'Antwerp est déjà largement avancé dans la modernisation du Bosuil, le Beerschot peut se mettre à rêver d'un stade propre, situé à moins de deux kilomètres du Kiel actuel. Avec vue sur l'Escaut. L'autre option, ce serait une nouvelle modernisation du Kiel, après celle entreprise à moindres frais en 1999. Car le stade actuel - où les Jeux Olympiques se sont déroulés il y a exactement 100 ans - ne répond déjà presque plus aux exigences d'un club professionnel moderne.