Les flashes crépitent quand Gella Vandecaveye se présente sur le tatami, après quatre mois d'absence. Ilse Heylen, qui complète le trio belge avec l'Anversoise Catherine Jacques, est contente de ce revirement : " Je n'aimerais pas que toute la pression repose sur mes épaules ".
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Les flashes crépitent quand Gella Vandecaveye se présente sur le tatami, après quatre mois d'absence. Ilse Heylen, qui complète le trio belge avec l'Anversoise Catherine Jacques, est contente de ce revirement : " Je n'aimerais pas que toute la pression repose sur mes épaules ". La délégation belge est réduite mais le sélectionneur, Alexander Jatskevitch, reste ambitieux : " Nous voulons des médailles. Sinon, je n'aurais même pas entamé la préparation des Jeux. On n'a rien à perdre, après le Mondial d'Osaka. On ne peut pas faire pire ". Il s'attendait à ce qu' Ann Simons, Cédric Taymans et Koen Sleeckx soient aussi sélectionnés. Simons avait gagné le bronze à Sydney. Jatskevitch croit en elle : " Elle peut être championne olympique, dans quatre ans, avec une autre approche ". Il ne lui a pas suggéré ces nouvelles techniques qui l'ont menée à l'élimination dans la compétition qui devait la qualifier pour Athènes. Il ne dira pas qui l'a fait. " Je pense que son entourage était bourré de bonnes intentions mais n'avait pas toujours la bonne vision ". Les deux hommes non repris ont eu de la malchance. " Taymans est revenu trop tard de blessure. Quant à Sleeckx, je dois féliciter les entraîneurs de ses adversaires : ils ont compris comment le neutraliser. Son style est aisé à contrer. Il doit progresser physiquement ". Le retour de Gella Vandecaveye met un bémol à la crise du judo belge mais le sélectionneur ne veut pas la mettre sous pression : " Objectivement, elle ne peut pas remporter de médaille. Mais je connais Gella. Elle est forte mentalement, ce qui est capital en judo ". Elle avait déjà envisagé d'arrêter après le Mondial 2001 à Moscou. " Mais elle aimait trop son sport. Par contre, l'année dernière, la flamme s'était éteinte ". La maigreur de notre délégation ne veut pas dire que le judo ne représente plus rien, se défend l'entraîneur : " Nous étions neuf à Sydney et nous avons gagné deux médailles. En 1980, il n'y en avait qu'un, qui a gagné l'or. Hormis Gella, une génération qui a collectionné les succès a disparu. Il faut repartir à zéro. Pour les Jeux de 2008, je vois six ou sept candidats à une sélection, dont deux en Wallonie. Je parle d'athlètes capables de gagner une médaille ". Après le départ de Jean-Marie Dedecker, Jatskevitch a été la cible des critiques, même si on ne met pas en doute les qualités de l'entraîneur, qui a lui-même gagné le bronze aux Jeux de Moscou, pour l'URSS. Il serait trop gentil, ferait trop de concessions aux jeunes, par rapport aux normes sévères qu'il a imposées en URSS. Robert Van de Walle : " Sasja devrait être moins tolérant à l'égard des athlètes et des entraîneurs mais il risquerait de ne plus en avoir ". Jatskevitch l'admet : en huit ans en Belgique, il a appris à faire des compromis : " Les Belges se satisfont actuellement d'une sélection. Celle-ci devient un but en soi, au lieu d'être une occasion de se mettre en évidence. La génération précédente se battait pour des médailles. Les judokas doivent réapprendre que la victoire est normale. Récemment, un jeune a poliment refusé un stage avec l'équipe nationale : ses études priment, le judo n'est qu'un loisir. Je le comprends : un diplôme lui assure un revenu tandis qu'en judo, des années d'entraînement ne garantissent rien. Il faut gagner une médaille olympique pour s'en sortir. Sans ça, un judoka est un homme normal, sans revenus ". Jatskevitch n'aime pas mettre le doigt sur ce qui ne va pas. Il préfère mettre en exergue les points positifs. " Sinon, l'ambiance restera négative. Notre contrat avec Dexia prend fin en décembre. Pour trouver un autre sponsor principal, nous avons besoin d'un bon produit. Dexia s'est présentée quand Gella a gagné l'or à Hamilton. Donc, j'espère obtenir des médailles à Athènes ". S'il échoue, il sera, comme en football, une cible facile : " C'est encore plus difficile qu'en football. Ce n'est pas un ballon qu'il faut envoyer en l'air mais un être humain. Essayez donc ! Cela dit, ceux qui me visent maintenant oublient que j'étais au bord du tatami quand nous avons gagné toutes ces médailles ". Jatskevitch a des suggestions. Il ne songe pas au système précoce de détection en vigueur dans l'ancienne URSS : " Parce que dans les sports de combat, le mental est capital. On juge un judoka sur des combats. Quelqu'un peut avoir un beau style mais sombrer mentalement à un championnat régional ". La motivation des jeunes est un problème. Le sélectionneur ne peut pas s'en charger : " Je ne les vois qu'aux Championnats de Belgique. Ce qui précède est du ressort des entraîneurs de clubs. S'ils n'ont pas assez de qualités, je peux me taper la tête contre le mur, ça ne servira à rien. Les entraîneurs régionaux doivent être motivés par le sport de haut niveau, apprendre à leurs athlètes qu'il y a autre chose que le judo de loisir, qu'ils doivent chercher en eux-mêmes le sportif de haut niveau. Mais quel est leur intérêt ? Ils vivent des cotisations de leur centaine d'affiliés. S'ils appliquent les normes du sport de haut niveau, ils n'ont plus que cinq judokas. Ils ne peuvent pas en vivre. Donc, il faut offrir une récompense à ceux qui mènent un judoka au titre belge et un supplément si celui-ci gagne une médaille internationale. Il faut qu'il soit fier de consacrer du temps à la formation d'un athlète, en dehors du temps consacré aux sportifs de loisir ". Le critère de sélection, dans la détection d'un grand judoka potentiel, c'est : " Avoir un c£ur pour ce sport. Si les parents choisissent le sport de leurs enfants, ils optent pour le tennis ou le football, où on peut gagner de l'argent. Pas pour le judo. On le pratique parce qu'on l'aime, parce qu'on veut repousser ses limites ". Geert Foutré