Avec ses godasses de foot blanches et son prénom sorti d'on ne sait où, Claude-Arnaud Rivenet ne passe pas inaperçu. "Les prénoms composés, c'est une tradition familiale", rigole-t-il. "Un voeu de mon grand-père paternel. Chez les Rivenet, il y a un Pierre-Olivier, un François-Xavier, un Pierre-Etienne, etc".
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Avec ses godasses de foot blanches et son prénom sorti d'on ne sait où, Claude-Arnaud Rivenet ne passe pas inaperçu. "Les prénoms composés, c'est une tradition familiale", rigole-t-il. "Un voeu de mon grand-père paternel. Chez les Rivenet, il y a un Pierre-Olivier, un François-Xavier, un Pierre-Etienne, etc".Sur le terrain non plus, Claude-Arnaud n'est pas passé inaperçu, la saison dernière, avec La Louvière. Il vient de signer pour deux ans à Mons mais, s'il avait eu le choix, le Français serait toujours Loup aujourd'hui.Claude-Arnaud Rivenet: On ne pourra jamais me reprocher de ne rien avoir fait pour rempiler au Tivoli. Lorsque les entraînements ont repris là-bas, je me suis montré chaque matin. Je voulais qu'on me voie, j'ai espéré jusqu'au bout provoquer des remords chez les dirigeants. Je ne voulais pas qu'ils puissent me reprocher de m'être caché au moment où il restait encore quelques vides à combler dans le noyau. J'y ai cru pendant longtemps. Une chose était très claire dans mon esprit: la priorité, c'était La Louvière. Malheureusement, les dirigeants ne sont jamais venus vers moi. C'est ce qu'ils m'avaient dit, mais je pensais qu'ils finiraient par faire un effort vu que, moi, j'avais mis de l'eau dans mon vin. Ils m'imposaient de réduire mon salaire de 35%. J'acceptais une baisse plus limitée et je voulais alors des contreparties: de meilleures primes et des avantages à gauche et à droite. Mais il n'y a jamais eu de vraie discussion entre nous. Pourtant, je vous jure que je ne demandais pas la lune."Je me suis réinscrit au chômage"Il m'a dit et répété qu'il était à 200% derrière moi. Mais il n'avait plus rien à dire dès qu'il était question de finances. Le soutien inconditionnel de l'entraîneur est un paramètre terriblement important pour un footballeur, mais je ne pouvais quand même pas accepter n'importe quoi sous ce seul prétexte. La pilule a été d'autant plus dure à avaler que je me plaisais vraiment beaucoup à La Louvière: ça marchait bien pour moi sur le terrain et l'ambiance était excellente. Finalement, j'avais tout pour être heureux dans ce club.Avez-vous craint de vous retrouver à nouveau au chômage en France, comme il y a un an?Tout à fait. Après quelques jours de vacances, j'avais déjà des fourmis dans les jambes, envie de reprendre l'entraînement. Mais je ne voyais rien venir. Je ne comprenais pas bien, parce que je sortais quand même d'une bonne saison. J'ai finalement accompli les formalités vis-à-vis de la caisse de chômage et je me suis inscrit au stage des footballeurs-chômeurs de Clairefontaine, comme l'an dernier. Je me voyais refaire le même parcours: des matches amicaux ici et là en espérant séduire l'un ou l'autre club.On vous avait cité dans plusieurs clubs durant l'été: à Gand et à Malines notamment.Ces deux clubs avaient le même problème à l'époque: ils ne connaissaient pas encore leur nouvel entraîneur. J'ai aussi eu un contact avec Enzo Scifo: il me voulait à Charleroi, et de mon côté, je mourais d'envie de travailler un jour avec lui. Je désirais découvrir le personnage, son aura, son charisme. A Charleroi ou ailleurs. Mais, à l'époque où il m'a appelé, il m'a avoué que son avenir n'était pas très clair. Finalement, j'y ai été au culot: j'ai donné un coup de fil à Jean-Claude Verbist en lui proposant mes services. En une semaine, tout était réglé parce qu'il y avait une volonté réciproque de trouver un accord. J'ai donné mes conditions, elles ont été acceptées: c'était on ne peut plus simple. Je connaissais Mons pour y avoir habité avant de m'installer à Morlanwelz. C'est un environnement qui me plaît. Les ambitions du club m'ont séduit aussi: la direction a clairement recruté dans le but de ne pas faire simplement l'ascenseur. Notre équipe tient la route, c'est évident. Je veux relever le challenge et écrire une belle page de l'histoire de ce club.Vous deviez quand même être moins inquiet qu'il y a un an, vu votre bonne saison avec La Louvière.Il y a un an, je sortais aussi d'une très bonne saison avec Amiens: j'avais aidé le club à remonter en D2 et j'avais joué la finale de la Coupe de France. Je n'avais donc, en théorie, aucune raison d'être inquiet. Mais, au bout du compte, je m'étais quand même retrouvé sur le carreau. Dans le football moderne, on ne peut plus jamais être sûr de rien. Je regrette vraiment de devoir aussi souvent tout recommencer à zéro. Mon but n'a jamais été d'enchaîner les clubs, mais on m'a rarement laissé le choix. Si j'en avais la possibilité, je signerais quelque part pour trois ou quatre ans, j'opterais pour une certaine stabilité à moyen terme. J'aimerais surtout offrir ce luxe à ma femme et mes enfants, qui sont obligés de s'intégrer continuellement dans de nouveaux environnements."Je n'ai plus rien à prouver en France"Rien de concret, non. Le championnat de Belgique y est trop peu médiatisé. Des entraîneurs de clubs français ont appelé Patrick Remy pour savoir comment je m'étais comporté avec La Louvière, mais les choses ne sont pas allées plus loin. Remy m'a toujours eu à la bonne: quand il entraînait Sedan, il avait essayé de me transférer là-bas.Votre but ultime n'est-il pas de retourner en France?Pas du tout. J'estime que je n'ai pas nécessairement des choses à prouver là-bas. Mon but, c'est d'être heureux, de prendre mon pied, en France ou ailleurs. Je n'ai pas de plan de carrière.Qu'est-ce qui vous a impressionné depuis votre arrivée en Belgique?Des détails pratiques, essentiellement. Je n'avais jamais été habitué à des déplacements aussi courts. Et, en France, les mises au vert étaient systématiques quand nous devions jouer en déplacement. Pour les matches à domicile, nous avions rendez-vous dans un hôtel de la ville dès le matin. Ici, on se retrouve au stade pour prendre une collation vers 16 heures. Quand on a pris l'habitude de travailler d'une certaine manière pendant huit ou neuf ans, c'est une nouvelle donne à intégrer. Autre chose: avant d'arriver en Belgique, je n'avais jamais disputé de match un dimanche après-midi.Vous savourez une revanche par rapport à Amiens?Même pas. A la limite, je remercie les dirigeants de ce club de ne pas m'avoir gardé. C'était sans doute mieux pour moi, même si je l'ai très mal accepté à l'époque. Entre-temps, Amiens a fait une saison assez terne en D2 et, comme je suis encore en contact avec d'anciens coéquipiers, je sais que l'ambiance n'était pas terrible là-bas. C'était plus sympa à La Louvière.Les supporters de La Louvière avaient clairement choisi leur camp: vous deviez rester!Ils ont complètement viré de bord en cours de saison et je suis fier d'avoir provoqué cette réaction chez eux. Avoir conquis leur coeur, c'est une de mes plus belles réussites depuis que je suis arrivé en Belgique. Après le fameux match à Gand, où Daniel Leclercq nous avait annoncé son départ, ils m'avaient insulté sur le parking de notre stade. Des insultes racistes, qui s'adressaient aussi à Nicolas Ouédec: -Sales Français, rentrez chez vous. Le président Gaone nous avait égratignés à la télévision et certains supporters suivaient bêtement ce qu'ils avaient entendu. J'avais deux solutions: dire au revoir et merci, tout plaquer parce que je n'étais pas venu pour ça. Ou mordre sur ma chique, leur prouver qu'ils avaient tort. Mon choix a été vite fait. Je me suis mis en tête de leur montrer qui était vraiment Claude-Arnaud Rivenet. Quand je suis parti, ils m'ont souhaité bonne chance. Il y en a peut-être quelques-uns qui sont aigris et qui considèrent que je trahis La Louvière en allant à Mons, mais ceux-là n'ont rien compris. Avez-vous regretté votre venue à La Louvière?Regretté, non. Mais je me suis posé des questions. Je me suis demandé, à un moment, ce que j'étais venu faire dans une galère pareille."La Louvière, c'était Dallas"Il y a eu beaucoup de problèmes extrasportifs et ce n'est pas fait pour favoriser l'intégration d'un nouveau joueur: le départ de Jean-Claude Verbist et celui de Daniel Leclercq, les difficultés administratives qu'ont connues des joueurs comme Endo, dont on ne parvenait pas à mettre les papiers en ordre, des primes qui n'étaient pas payées à temps. Il ne se passait pas une semaine sans l'un ou l'autre problème. La Louvière, c'était Dallas. Avec J.R. Gaone dans le rôle principal (il rit). L'arrivée d'Ariel Jacobs a tout changé, tout calmé. J'ai été le premier à en profiter. Il m'a positionné dans l'axe et j'ai pris un pied fou dans son système. J'avais deux travailleurs dans mon dos: Alan Haydock et Manu Karagiannis. Je les appelais mes lieutenants, mes porteurs d'eau. Nous formions une chouette triplette. Ils balayaient derrière moi, et quand je recevais le ballon, j'essayais d'alerter nos attaquants. Chacun connaissait bien son job et il n'y avait aucune jalousie. Personne n'essayait d'empiéter sur le boulot d'un coéquipier.Vous connaissez aujourd'hui le football belge: c'est un gros avantage?Chaque début de saison est une nouvelle remise en question. Encore plus quand on change de club, d'entraîneur, de coéquipiers, de cadre de vie, etc. Je ne considère pas que j'ai réussi d'avance à Mons sous prétexte que j'ai déjà une bonne saison dans les jambes en Belgique. Mon but est clair: faire mieux que l'an dernier. Mais, bon, je ne fais pas la fine bouche: je suis conscient que je me suis fait une petite place dans le football belge et c'est déjà très bien. Pierre Danvoye"J'ai essayé de provoquer des remords chez les dirigeants de La Louvière"