L'appartement du club comme garçonnière ?

Dans les négociations, les joueurs ont rarement des revendications bien précises. Ils confient leurs intérêts à leurs agents. " Je ne savais même pas que j'obtiendrais une voiture et un appartement ", nous confie un ancien joueur de D1. " J'ai débarqué dans mon club et on m'a dit d'aller chercher les clés de la voiture et de prévoir un après-midi de libre pour la visite. Pour la voiture, je ne dis pas non mais pour l'appartement, j'avais acheté une maison à moins de 500 mètres du centre-ville. Qu'est-ce que j'aurais bien pu faire de cet appartement ? Je suis allé voir mon manager et je lui ai demandé pourquoi il avait choisi cette option. Il m'a répondu - Tu en feras ta garçonnière.. . J'ai changé de manager ! "
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Dans les négociations, les joueurs ont rarement des revendications bien précises. Ils confient leurs intérêts à leurs agents. " Je ne savais même pas que j'obtiendrais une voiture et un appartement ", nous confie un ancien joueur de D1. " J'ai débarqué dans mon club et on m'a dit d'aller chercher les clés de la voiture et de prévoir un après-midi de libre pour la visite. Pour la voiture, je ne dis pas non mais pour l'appartement, j'avais acheté une maison à moins de 500 mètres du centre-ville. Qu'est-ce que j'aurais bien pu faire de cet appartement ? Je suis allé voir mon manager et je lui ai demandé pourquoi il avait choisi cette option. Il m'a répondu - Tu en feras ta garçonnière.. . J'ai changé de manager ! " Les clubs n'ont pas tous le même mode de fonctionnement. Le Club Bruges fut le premier à baisser les fixes et à majorer les primes. Cela obligeait les joueurs à se défoncer sur le terrain pour obtenir leur salaire. En cas de très bonne saison comme sous l'ère Trond Sollied, les joueurs brugeois touchaient l'équivalent de ce qu'ils auraient pu toucher à Anderlecht. Cela a changé ces trois dernières saisons. Les arrivées de Koen Daerden et Karel Geraerts ont coïncidé avec un changement de politique (gros fixe, moins de primes). Cela s'est fait sous la pression des sportifs qui détestent les aléas des résultats. Tout joueur va privilégier un plus gros salaire fixe. Le Standard fonctionnait encore récemment avec des bas salaires pour la grande majorité des joueurs et trois, quatre cadors à grand salaire (notamment Sergio Conceicao ou Eric Deflandre). Les deux titres ont un peu bouleversé cette donne. Le départ de Marouane Fellaini a dégagé de l'argent et a fragilisé les dirigeants dans les négociations. Ils ne pouvaient plus dire que le club n'avait pas d'argent. Le Standard a alors revalorisé toute une série de joueurs ( Steven Defour, Axel Witsel, Igor de Camargo, Dieumerci Mbokani). A Charleroi, la moyenne salariale annuelle s'élève à 100.000 euros brut par an, tout compris. Cependant, si un Cyril Théréau reçoit un gros salaire, ce n'est pas le cas de tous les jeunes (certains naviguent à 1.500/2.000 euros par mois). Un joueur cadre comme Grégory Christ recevrait un fixe de 5.000 euros par mois. A cela s'ajoutent les primes qui dépendent d'un club à l'autre. Selon les clubs, on parle de primes de victoire, de maintien, de titularisation. Il y a aussi des barèmes, un genre de primes par palier. Les contrats comprennent également toute une série de clauses. A Gand, il y a une prime pour terminer 5e, une prime pour jouer l'Europa League et une prime pour la Ligue des Champions. Lors de sa dernière saison à Charleroi, Frank Defays recevait ainsi une prime par tranches de dix matches. En ne l'alignant pas lors des premières rencontres, le club ne lui permettait pas d'atteindre la barre de 30 matches. Ainsi, à Charleroi, un joueur cadre reçoit 2.000 euros la victoire, 600 le match nul et 200 la titularisation. Les clubs essayent également parfois de gruger les joueurs sur l'assurance groupe. Les jeunes ne sont pas au courant qu'une partie de leur salaire est retenu par le club et versé à l'assurance groupe. Pendant des années, certains clubs ont " oublié " de verser l'assurance groupe. " Cette quote-part dépend du salaire. Si tu gagnes 10.000 euros par mois, 40 % de ton salaire est versé à cette assurance-groupe. Et tu la touches à 35 ans ou à la fin de ta carrière. Cette retenue est une bonne chose pour les jeunes qui ont tendance à tout claquer quand ils découvrent le monde pro. Encore faut-il qu'ils soient au courant ! "L'argent a toujours eu besoin d'un bon maître. Il en va ainsi dans le monde du football où des vedettes qui ont gagné pas mal de sous durant des années se retrouvent sans rien en fin de carrière. " Les exemples ne manquent pas ", affirme ce patron d'une agence de management de joueurs. " Mais, pourtant, si ces crashes font la " une " de la presse, il y a des réussites tranquilles qui passent inaperçues. Et il ne faut pas nécessairement rouler des mécaniques, s'appeler Mbark Boussoufa ou avoir la presse à ses pieds tous les week-ends. Dans mon écurie, j'ai un bon joueur de D1 de 27 ans. A l'heure actuelle, son fonds de pension s'élève déjà à plus de 700.000 euros. S'il peut encore rester en D1 durant six ou sept ans, il touchera un million d'euros à 35 ans et deux mois accomplis comme le dit la législation. Même s'il ne garde " que " cela, sa carrière sera réussie sur le plan financier car comment aurait-il pu réaliser de telles économies en n'ayant même pas un diplôme à 18 ans ? Il est déjà riche... " A côté de ceux qui empochent 300.000 euros par an et en perdent une bonne partie dans des placements foireux, il y a des gagne-petit qui font tourner leurs méninges comme ce gardien réserviste de D1 dont on nous dit " qu'il vient d'acquérir un immeuble de quatre appartements. Il a contracté un prêt hypothécaire, a une garantie (son fonds de pension) et, après tous les remboursements, cette maison lui rapporte déjà 750 euros par mois. Dans 20 ans, la demeure sera payée sans que cela lui coûte un euro. " L'immobilier a largement remplacé la Bourse dans le portefeuille des joueurs de D1. Emile Mpenza, par exemple, a très tôt vu son argent placé dans l'immobilier par des gestionnaires de fortune. " Les joueurs raisonnent désormais comme des hommes d'affaires et ils ont raison ", dit un agent. " La prudence s'impose. La crise financière ne va pas épargner le monde du football. Il y aura forcément des restrictions. Les joueurs se renseignent et parlent beaucoup entre eux. Et quand ils se retrouvent en équipe nationale, ils évoquent leurs contrats et autres campagnes publicitaires juteuses. Quand un joueur constate qu'il est le moins bien payé des internationaux, l'agent peut s'attendre à de sérieuses discussions. Cela arrive souvent et j'ai eu le cas. Il faut alors expliquer au joueur qu'une carrière menée sagement rapporte plus qu'un coup ou un contrat " loterie nationale " à l'étranger. "Il y a forcément une certaine forme de jalousie dans le vestiaire, et également une forme de pression sociale. Les joueurs dépensent en fringues, voitures pour faire partie de la " norme "... Un agent confirme : " Dans le vestiaire, le joueur aura tendance à dire qu'il gagne plus que ce qu'il n'a véritablement. Dans le but d'être considéré et non pas rabaissé par les autres... "En D2, on passe de l'enfer au paradis. Des clubs comme le Lierse ou Mons payent comme en D1. Dans le bas du classement, un coach nous précise " qu'il touchait 1250 euros brut par mois, fixe et frais de déplacement y compris. Ce n'était pas suffisant mais le football est ma passion. La vedette de l'équipe percevait un salaire de 3.000 euros car le président en était fou. Les autres devaient se contenter de 500 euros par mois et entre 50 et 100 euros le point. " Un agent de joueurs approuve : " C'est exact mais il y a d'autres vérités. En D2, les meilleurs cherchent à se révéler, à attirer le regard d'un club de D1. Il y en a qui font le chemin dans le sens inverse et redescendent en fin de carrière. Je connais le cas d'une ancienne fine gâchette de D1 qui avait un salaire de 3.000 euros net par mois. C'est quand même pas mal. Et tout comme son frère, qui a aussi joué en D1, il possède une bonne dizaine d'appartements, des villas, etc. Il n'est plus obligé de travailler. Or, au départ, il y a une douzaine d'années, cet attaquant est passé en un bond de la D3 à la D1. A l'époque, il travaillait en usine, même la nuit, je pense. Ce n'était pas une star mais il a été sage, prudent, patient et travailleur. Tout le monde ne flambe pas du jour au lendemain... "l À Charleroi, un joueur cadre reçoit 2.000 euros la victoire, 600 le match nul et 200 la titularisation.