Cela fait maintenant un mois qu'il a remisé sa dernière vareuse de joueur au placard. Il a pris la clé et il a changé de pièce, intégrant celle du staff technique. Après 19 ans de carrière, Thierry Siquet a tourné le premier volet de sa vie footballistique, celui qui l'a mené sur les pelouses de la Belgique entière sous le maillot du Standard, du Cercle, du Germinal Ekeren, de La Louvière et enfin de Charleroi où il a bouclé son parcours. Soit 415 matches au plus niveau et une saison dans l'antichambre de l'élite avec les Loups.
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Cela fait maintenant un mois qu'il a remisé sa dernière vareuse de joueur au placard. Il a pris la clé et il a changé de pièce, intégrant celle du staff technique. Après 19 ans de carrière, Thierry Siquet a tourné le premier volet de sa vie footballistique, celui qui l'a mené sur les pelouses de la Belgique entière sous le maillot du Standard, du Cercle, du Germinal Ekeren, de La Louvière et enfin de Charleroi où il a bouclé son parcours. Soit 415 matches au plus niveau et une saison dans l'antichambre de l'élite avec les Loups. Son arrêt n'a pas trop surpris car quoi de plus normal que de devoir rendre son tablier de sportif de haut niveau à 37 ans. Pourtant, à force de le voir rempiler chaque année malgré un genou de plus en plus usé, on le croyait inoxydable. On avait déjà reçu un premier signal en début de saison lorsque les dirigeants - Mogi Bayat en tête - avaient insisté sur le fait que Siquet restait dans le noyau une saison supplémentaire uniquement pour prodiguer ses conseils de vieux sage aux jeunes fous. Mais une fois encore, le vieux n'allait pas qu'user de sa langue pour faire avancer ce groupe. Il joignait le geste à la parole et s'érigeait, une nouvelle fois, en titulaire indiscutable au sein d'une défense décimée par le départ d' Ibrahim Kargbo et la suspension de Laurent Ciman. Pourtant, un contact avec un autre vétéran, Gert Verheyen, le 30 septembre dernier, allait précipiter sa fin de carrière. Il s'agissait de son chant du cygne puisqu'il venait d'inscrire son onzième but en D1 : " A partir de ce moment-là, c'est devenu beaucoup plus compliqué. J'avais reçu un coup sur le genou et je n'ai jamais retrouvé toutes mes sensations. C'était sans doute dû à l'arrêt brutal que j'avais infligé au genou. La mécanique était définitivement grippée ", glisse-t-il en évoquant ses derniers moments au plus haut niveau. Par après, Siquet revenait à la compétition, juste le temps de voir que pour lui, ç'était définitivement cuit : " J'ai encore disputé deux rencontres mais j'ai bien senti que je n'apportais plus le minimum requis. A Zulte Waregem, chaque fois que j'accélérais, je ressentais une douleur tenace. En jouant de la sorte, je ne servais à rien. Je n'arrivais plus à camoufler mon âge et mes problèmes physiques alors que jusqu'ici, j'y étais parfaitement parvenu. En revenant de ce déplacement, j'ai réfléchi à la tournure que pourrait prendre la suite de ma saison ". " Durant le stage, j'ai voulu continuer à y croire. Je trottinais, je pratiquais du foot-tennis où j'ai même réussi à battre Loris Reina qui fait semblant de ne pas s'en souvenir mais cela s'arrêtait là. C'était marrant mais ce n'était pas jouer au football ! Même avec les Espoirs, je me rendais compte que j'étais dépassé après cinq minutes. La douleur était trop forte, notamment sur les sauts. Avant le stage, j'avais déjà pris ma décision d'arrêter mais Jacky Mathijssen avait insisté pour que je suive le groupe. Finalement, je n'ai pas été déçu ni surpris par cet arrêt. Je n'avais fait que repousser l'échéance. Certes, quand on a vécu là-dedans pendant 20 ans, c'est embêtant de stopper d'autant plus que je n'étais pas du tout grillé sur le plan psychologique. Je prenais encore du plaisir à accomplir ce métier. Mais quand tu vois que physiquement, tu ne suis plus, la pilule est plus facile à digérer. D'autant plus quand tu as l'occasion de continuer avec Charleroi. A 36 ans, les Zèbres m'avaient déjà accueilli à bras ouverts. Ils ont toujours été au courant de l'état de mon genou et quand cela n'a plus fonctionné, ils ont directement enchaîné en me proposant d'autres fonctions. Ils auraient pu me dire - au revoir et merci et me donner six mois de salaire. Finalement, ils se sont dits -Plutôt que de le laisser dans son fauteuil, autant qu'il se rende utile ( il rit). Je leur en suis reconnaissant car sur 100 joueurs qui arrêtent, il n'y en a pas beaucoup qui reçoivent cette chance-là ". Le deuxième chapitre footballistique pouvait s'ouvrir. C'est tout naturellement que Charleroi récompensait ce vieux serviteur de l'élite en l'intégrant au staff dirigeant et en le bombardant de missions. Siquet doit faire ses armes avec le noyau Espoirs aux côtés de Mario Notaro, rejoindre le noyau pro lors des entraînements et veiller plus spécifiquement aux défenseurs et enfin remplir quelques missions de scouting. Du jour au lendemain, Siquet devait changer de vestiaire, rejoindre celui du staff et enfiler le training bleu des coaches. " J'ai eu droit à quelques blagues de mes anciens coéquipiers mais je n'ai pas pour autant modifié ma façon d'être parce que j'ai changé de costume. Je veille un peu plus à mon langage et je lance moins de vannes. Un peu moins ( il rit). Honnêtement, j'étais même plus ch... avant car il m'arrivait assez souvent de sortir de mes gonds. Maintenant, je dois avoir une certaine forme de retenue et de politesse. Même si lors des dîners organisés en groupe, je prends désormais place à la table des chefs on se marre autant. Finalement, ils sont presque de la même génération que moi. Jacky Mathijssen a 43 ans, Philippe Vande Walle 44 et Dante Brogno 39 ". Lundi, 17 heures, à la buvette qui jouxte les terrains d'entraînement du Sporting à Marcinelle. Siquet commence sa semaine en prenant en charge les Espoirs. Chacun déboule pour venir le saluer : " J'apprends beaucoup au contact des jeunes et de Mario Notaro. C'est une expérience enrichissante. Je n'étais pas obligé de venir les coacher mais c'est mieux pour mon évolution. Avec des jeunes, on peut se permettre des choses qu'on n'envisage pas avec des adultes. Ils ne vous en voudront pas et on peut rectifier le tir. L'année passée, je m'occupais des -9 ans puis en début de saison des 12-13 ans. Maintenant, je suis au contact d'un groupe presque mature et j'essaie de modifier leur mentalité. Il faut parfois leur répéter 1.000 fois la même chose et doivent se rendre compte qu'ils ne sont plus très loin. Pour eux, c'est maintenant ou jamais. Ils n'ont plus qu'un an ou deux pour percer. Après, ce sera fini ". Les jeunes le respectent et écoutent ses conseils. " Je crois qu'ils apprécient ma présence. Cela les valorise. Ils se disent -S'il vient, c'est qu'il a envie ". On voit qu'il aime apporter son expérience aux plus jeunes. " Ce serait déjà bien de sortir un jeune par an mais ce n'est pas facile. Ils doivent s'imposer et pour cela, il faut être plus fort que les autres. On ne peut pas leur faire de cadeau et j'essaie de leur faire comprendre qu'ils ont une chance unique. En fin d'année, on verra bien qui a compris le message ". Sur le terrain d'entraînement, il essaie de secouer un groupe qui vivote : " Certains se satisfont de peu. Ils ne manquent pas de talent mais ils sont vite contents d'eux ". Il écoute Mario Notaro tout en donnant quelques conseils de placement ou de jeu. Il aide même une équipe en faisant nombre. Dans la froidure vive d'un lundi hivernal, il nous précise : " A cette période de l'année, le plus important pour un entraîneur, ce sont le bonnet et les gants. Quand on est joueur, on ne sent pas le froid car on est sans cesse en mouvement. Maintenant, c'est une autre histoire "... Deux jours plus tard, les Carolos sont en mise au vert avant leur rencontre de Coupe de Belgique : " Le staff va dormir un peu plus tard que les joueurs. On travaille sur le match et on échange nos idées. On discute de toutes les éventualités. Je n'hésite pas à donner mon avis car je sais que le coach apprécie qu'on le fasse ". Pendant la rencontre, Siquet ne rejoint pas le banc. Il demeure dans la tribune. " Cela me permet de mieux observer. C'est plus calme que sur le banc où on est plus près du terrain et où on ressent davantage d'adrénaline. A la mi-temps, je descends dans les vestiaires où j'apporte ma sérénité. Je ne subis pas l'excitation ni la fatigue de la rencontre et que l'on gagne ou perde, je peux avoir du recul ". Ce soir-là, il n'aura pas à le faire. Charleroi a battu Saint-Trond 2-0 et s'est qualifié pour les demi-finales : " Ce trophée, ce serait un peu celui de tout un club, de toute une ville. En tant que membre du Sporting, ce serait aussi un peu le mien même si je n'ai disputé aucune rencontre de Coupe ". Le lendemain, alors que Dante Brogno prend en charge les réservistes à Marcinelle, Siquet emmène les titulaires de la veille à Monceau pour un léger décrassage dans les bois, des exercices d'assouplissement, du stretching et quelques minutes plus soutenues avant de laisser une heure de liberté que les joueurs occuperont au jacuzzi ou à la musculation. " Là j'étais seul, mais quand tout le staff participe aux entraînements collectifs, j'écoute beaucoup les préceptes de Mathijssen et je donne aussi certains exercices spécifiques. Je me focalise sur le positionnement des défenseurs, je les replace. La semaine passée, j'ai filé deux, trois trucs à Reina et cela m'a fait plaisir de voir qu'il les appliquait en match. Je me dis que je n'ai pas servi à rien. Mais je peux aussi glisser quelques conseils aux attaquants. Je connais très bien ce qui est embêtant pour un arrière et ce qu'un avant doit réaliser pour le déstabiliser ". Vendredi, c'est le match des Réserves qu'il va visionner avec une mission d'observation à la clé : " Suivre la manière dont ceux du noyau A se comportent et comment les jeunes des Espoirs se frottent à eux et s'adaptent ". Le week-end, outre la rencontre du noyau A, Siquet effectue également du scouting : " Depuis 15 jours, j'ai déjà roulé 3.500 km. Je ne chôme pas. Mes horaires ont changé. Je suis plus flexible et je ne connais pas mon programme d'une semaine à l'autre. Quand on est joueur, on signe un contrat qui stipule que l'on doit être disponible sept jours sur sept mais finalement, on devient très routinier avec des horaires de fonctionnaires. Désormais, je suis au stade plus tôt et je le quitte plus tard ". Cette nouvelle fonction lui va : " Quand on joue, on s'occupe de soi pour éviter de faire des conneries sur le terrain. En vieillissant, je n'hésitais pas à commander la défense en aidant les autres à se placer. J'aimais bien parler et je retrouve cet aspect là dans mon nouveau métier et cela m'intéresse. Quand je dois analyser le comportement des équipes adverses, je note les espaces qui se créent et je recherche des petits trucs qui pourraient faire la différence quand on rencontrera cette formation. Tout cela dépend d'un scout à l'autre. Par rapport à quelqu'un qui n'a jamais évolué au plus haut niveau, je vais avoir une vision différente ". Fin du mois, Siquet commencera sa deuxième année des cours d'entraîneur. " Lorsque La Louvière n'avait pas reconduit mon contrat, j'étais à deux doigts d'entamer ma reconversion dans un autre secteur que celui du football. Finalement, je suis bien content d'être demeuré dans ce monde-là ". STÉPHANE VANDE VELDE