Paris, 7e arrondissement. Sonnette codée : Thierry Roland (67 ans) se protège des curieux. Son appartement, dont le balcon plonge directement sur le fantastique Champ de Mars et l'incomparable Tour Eiffel, est une caverne emplie de trésors et de souvenirs. Le commentateur le plus célèbre du Paysage Audiovisuel Français a côtoyé le plus beau linge durant son demi-siècle de carrière à la radio et à la télévision. Son duo avec Jean-Michel Larqué, sur TF1, a marqué les esprits dans l'Hexagone mais aussi chez nous. De même que son rire agricole que l'on entend encore aux Grosses Têtes de Philippe Bouvard.
...

Paris, 7e arrondissement. Sonnette codée : Thierry Roland (67 ans) se protège des curieux. Son appartement, dont le balcon plonge directement sur le fantastique Champ de Mars et l'incomparable Tour Eiffel, est une caverne emplie de trésors et de souvenirs. Le commentateur le plus célèbre du Paysage Audiovisuel Français a côtoyé le plus beau linge durant son demi-siècle de carrière à la radio et à la télévision. Son duo avec Jean-Michel Larqué, sur TF1, a marqué les esprits dans l'Hexagone mais aussi chez nous. De même que son rire agricole que l'on entend encore aux Grosses Têtes de Philippe Bouvard. Le plus beau trophée de son bureau est peut-être ce diplôme de Chevalier de la Légion d'Honneur. Sous le document, une photo où l'on voit Jacques Chirac lui remettre la précieuse médaille. Et une dédicace du Président de la République : A mon ami Thierry Roland, en témoignage de mon estime et de ma reconnaissance. Avec ma bien cordiale et fidèle amitié. Jacques Chirac. Durant ses multiples tours du monde, Thierry Roland a croisé, notamment, la crème du foot belge. De là à devenir incollable sur le sujet et sur les rapports belgo-français dans le foot ? Rien de tel qu'un petit examen pour lancer le débat. Thierry Roland : Aucune idée. Je ne connais pas tous les noyaux de France et de Navarre. Premier joker ! (Réponse : Grégory Dufer et Steve Dugardein). Bertrand Laquait. (Correct). Luigi Pieroni. (Correct). Albert Cartier. (Correct). 2-4. (Correct). Daniel Van Buyten. (Réponse : Eric Deflandre). Strasbourg, avec Malines. (Correct). Aucune idée. (Réponse : Gand). Gilbert Gress. (Réponse : René Hauss). Aucune idée. (Réponse : Mons). 5/10 : peut mieux faire ! Vas-y Thierry, raconte-nous ton football belge... Thierry Roland : " Le premier match que ma mère m'a laissé aller voir seul était un France-Belgique, à Colombes, en 1948. Ce jour-là, j'ai vu un but extraordinaire de Pol Anoul. Je sais qu'on en parle encore chez vous et que ce joueur a fait le reste de sa carrière avec le surnom de l'Homme de Colombes. Je le revois encore. Il récupère le ballon dans son camp, puis file vers le but français en dribblant cinq adversaires en route. Après cela, il expédie une fusée des 25 mètres, en pleine lucarne. Phénoménal. Je n'avais que 11 ans mais je n'ai pas oublié. De mon adolescence, je retiens aussi le souvenir du gardien international d'Anderlecht, Henri Meert. Vous pensez qu'un nom pareil nous faisait marrer. Pour nous, c'était Henri M-- ! " " J'avais une équipe fétiche dans chaque grand pays du football. En Belgique, c'était évidemment Anderlecht. Chaque fois que des Français tombaient contre eux en Coupe d'Europe, on se faisait balader. A part le Stade de Reims, il n'y avait rien du tout chez nous. J'ai été particulièrement marqué par Georges Heylens, Jef Mermans et Jef Jurion. Et évidemment Paul Van Himst, le meilleur Belge de tous les temps selon moi ". " Il y a trois hommes de médias qui m'ont fort marqué en Belgique : Luc Varenne, Arsène Vaillant et Roger Laboureur. J'ai une anecdote incroyable avec Luc Varenne. C'était un match Belgique-France amical au Heysel, en 1970. J'étais là pour la radio. Il faisait un froid de canard, il n'y avait pas un chat dans le stade et les deux équipes étaient dans le creux, la France encore plus que la Belgique. J'étais assis à côté de Luc Varenne, un gars que j'adorais. Il était pote avec mon premier patron, ils faisaient le Tour de France et de sacrés gueuletons ensemble. En début de deuxième mi-temps, la France fait 0-1. Luc, furieux, se lève en criant : -Y'en a marre de ces petits Français avec leurs cheveux longs qui viennent marquer des goals chez nous. Moi, je vais boire un café. Je me dis : -P--, c'est unique au monde, ça. Se tirer en plein commentaire en direct, je pensais que c'était impossible. Il est revenu quelques minutes plus tard et a repris son compte-rendu comme si de rien n'était. Je ne sais pas ce que la RTB a passé pendant son absence : sans doute de la musique "... " C'est évidemment mon plus sale souvenir du football belge. Comment a-t-on pu placer les supporters anglais et italiens côte à côte dans le stade ? C'était du jamais vu à ce niveau. Malgré le drame, je reste persuadé qu'il fallait jouer la finale. L'annuler, c'était déclencher une gigantesque chasse aux Anglais dans les rues de Bruxelles. Et là, on ne se serait pas arrêté à 39 morts. On m'a reproché d'avoir commenté le match. Ma femme, notamment. Quand je suis rentré à Paris, sur le coup de 5 heures du matin, elle m'attendait et m'a dit : -Je pensais bien te connaître, mais je me trompais. Comment as-tu pu faire le commentaire après ces images d'horreur ? Je lui ai répondu : -Quelles images ? Dans la tribune de presse, nous n'avons pas vu tout ce que filmaient les équipes légères de la RTBF. Nous étions mal placés pour voir ce qui se passait exactement et nous devions nous contenter d'infos très contradictoires : -Il y aurait un mort ; -On parle de trois morts ; -Non, un seul mort. C'était le flou total. A ma connaissance, seuls les Allemands ont refusé d'assumer le commentaire, alors qu'il y avait quand même 50 ou 60 pays représentés sur les bancs de la presse. Je ne dis pas que j'ai commenté avec plaisir, mais j'ai fait mon boulot parce que j'avais été envoyé à Bruxelles pour ça. Je n'ai commencé à prendre conscience de l'ampleur du drame qu'une fois dans ma voiture, en écoutant les flashes à la radio. J'ai alors dit à Jean-Michel Larqué : -Si le foot doit devenir ça, j'arrête tout de suite. Je ne suis vraiment pas étonné qu'Arsène Vaillant ait tout stoppé après le Heysel. Je pensais ne plus jamais connaître d'horreurs pareilles. Mais en 1992, j'étais à Furiani quand la tribune s'est effondrée et a tué des gens. Encore une terrible erreur humaine ". " Des matches entre les Diables et les Bleus, j'en ai commenté un paquet. J'en retiens deux en priorité. Le 5-0 pour la France à l'EURO 84 avec le trio magique Michel Platini-Alain Giresse-Jean Tigana. Ce n'était pas tous les jours qu'on en mettait cinq aux Belges, hein ! Il y a aussi eu le match pour la troisième place à la Coupe du Monde 86 : c'est la plus belle équipe belge que j'aie jamais vue. Avec un Jean-Marie Pfaff fantastique dont j'aimais bien le show, un Eric Gerets incroyable, un Franky Vercauteren super gaucher, Enzo Scifo, Jan Ceulemans, Georges Grün. Ah, c'était du costaud. J'ai revu Pfaff à l'enterrement de Raymond Goethals, j'étais assis à côté de lui dans l'église : il n'a pas changé d'un poil ". " Pour moi, Guy Thys et Raymond Goethals ont été deux des plus grandes personnalités du foot européen de la fin du 20e siècle. L'équipe belge leur doit ses plus beaux moments. Je connaissais mieux Goethals pour l'avoir régulièrement côtoyé quand il était à Marseille, et nous avons ensuite continué à nous voir parce que nous participions ensemble à une émission sur RTL-radio ( Les Tontons Footeux). J'adorais vraiment ce mec, il était fabuleux. Il était belge par son passeport et son accent, mais tellement français sur beaucoup d'autres points, comme son humour et sa bonne humeur permanente. J'ai été vraiment triste en apprenant sa mort. Je ne me suis pas posé de questions : j'ai pris le train et je suis parti à son enterrement. Quand on adore quelqu'un, c'est normal de l'accompagner au moment où il fait son dernier voyage. Les Belges avaient l'air surpris de me voir là-bas, mais pour moi, il n'y avait rien de plus logique. La cérémonie était gaie par moments et je suis sûr que Raymond l'aurait voulue comme ça : savoir les gens tristes à son enterrement, ça ne lui aurait pas plu. Guy Thys était plus sobre, plus sérieux, plus réservé, moins chaleureux, mais tout aussi professionnel. Son principal point commun avec Goethals, c'était d'arriver à tirer le maximum de son noyau. Avec lui, j'étais moins à tu et à toi qu'avec Goethals, mais nous cultivions une véritable amitié. Aujourd'hui, il n'est plus possible d'avoir des rapports aussi étroits avec des joueurs ou des coaches étrangers. Ils sont en permanence entourés d'un agent, d'un avocat, d'un homme d'affaires. Il paraît que c'est cela, le professionnalisme. Je le déplore. Enfin bon, quand on vieillit, on a toujours la nostalgie du temps d'avant. On me dit que c'est normal "... " Enzo Scifo est un tout grand Monsieur. Quand il est arrivé à Auxerre, il était complètement détruit alors que c'était un super joueur. Il s'est relancé là-bas et a toujours été reconnaissant envers Guy Roux, Auxerre et le football français en général. Il avait d'excellents rapports avec les journalistes de ce pays. Quel footballeur ! Il marquait, faisait jouer les autres, était au départ puis à l'arrivée des actions. Il possédait une technique hors pair et une allure exceptionnelle. Et il était toujours fair-play. Vraiment un tout grand Monsieur du foot européen. C'était un Michel Platini à la sauce belge ". " J'adore la BD, c'est mon jardin secret. J'ai été un jour invité à Charleroi pour être le parrain de leur festival de la BD. J'y ai rencontré Robert Waseige. Ah, il était bon aussi, celui-là. Nous avons discuté longuement, il m'a dit que le football belge terminait de manger son pain blanc et allait s'enfoncer dans un très long tunnel. Il l'avait senti venir avant tout le monde ". " Je garde de l'EURO 2000 le souvenir d'un tournoi sympa, chaleureux, dans de chouettes stades. Le seul point négatif, c'était la signalisation parfois un peu folklorique. Avec Jean-Michel Larqué, nous avons eu un fou rire mémorable en arrivant à Charleroi pour le match Angleterre-Allemagne. Nous avions un laissez-passer bleu grand comme un journal et nous nous sommes logiquement dirigés vers le parking bleu. Un steward nous a barré le chemin. (Il prend un accent belge plus vrai que nature). Il nous a dit : -Mais non, Messieurs, vous ne sauriez passer. Le laissez-passer bleu, c'est pour le parking orange ! Non, vous ne sauriez passer. Les couleurs n'avaient donc rien à voir, je me demande toujours aujourd'hui pourquoi ils en avaient fait "... " Pour moi, Marc Wilmots n'a pas échoué à Bordeaux. Il n'était pas une star du championnat de France mais il a quand même montré de très belles choses chez nous. De Wilmots, je retiens surtout le but annulé à la Coupe du Monde 2002, contre le Brésil. Qu'est-ce que vous vous êtes fait entuber sur ce coup-là ! De la plus belle des manières. Je l'ai dit en direct et souvent répété par la suite ". Pierre Danvoye, envoyé spécial à Paris" Raymond GOETHALS ÉTAIT UN PEU FRANçAIS "