P aul Van Himst a donc fêté ses soixante ans le 2 octobre dernier. Pour la majorité des amateurs de foot nés après 1965, Paul est un joueur qu'ils ne connaissent que de réputation. Seule sa carrière d'entraîneur, notamment chez les Diables Rouges, l'a popularisé auprès des jeunes générations. Et comme de surcroît les images télévisées des années 60 sont rares et moins parlantes que celles qu'on nous offre aujourd'hui, il est difficile pour un jeune de se faire une idée exacte du talent exceptionnel qu'était le sien.
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P aul Van Himst a donc fêté ses soixante ans le 2 octobre dernier. Pour la majorité des amateurs de foot nés après 1965, Paul est un joueur qu'ils ne connaissent que de réputation. Seule sa carrière d'entraîneur, notamment chez les Diables Rouges, l'a popularisé auprès des jeunes générations. Et comme de surcroît les images télévisées des années 60 sont rares et moins parlantes que celles qu'on nous offre aujourd'hui, il est difficile pour un jeune de se faire une idée exacte du talent exceptionnel qu'était le sien. L'annonce par l'Union Belge d'en faire, en lieu et place du regretté Guy Thys, l'ambassadeur de notre football, l'a replacé subitement au devant de l'actualité. D'autant qu'au même moment, le Sporting d'Anderlecht pensait également à lui pour un rôle de représentation assez similaire. On ne peut qu'applaudir ces deux initiatives. Personne d'autre que Paul ne possède actuellement en Belgique l'image et le crédit nécessaires pour assumer de telles fonctions. L'irruption de Paul Van Himst dans notre élite du football restera, pour moi, un souvenir indélébile. J'étais, en 1959, le copain d'un certain Albert Jordan, transféré de l'Olympic de Charleroi à Anderlecht, où il occupait le poste d'ailier droit. Vous pouvez imaginer ma légitime fierté de partager l'amitié d'un authentique titulaire anderlechtois d'autant que j'étais, pour une dernière année, son coéquipier en équipe universitaire. Et dans l'intimité du vestiaire, il m'avait confié : -Dimanche, Anderlecht va aligner à Beringen un jeune centre-avant de 16 ans... Retiens son nom : Van Himst. Il s'entraîne avec nous depuis quelques semaines. Il est très doué. C'est un futur grand. Le dimanche, Paul fut aligné à Beringen. C'était aux alentours de la Noël, si ma mémoire est fidèle. Et la semaine suivante, le 3 janvier 1960, grâce à l'invitation refilée par mon pote Albert, j'assistais émerveillé aux débuts de Paul Van Himst au Parc Astrid contre La Gantoise. Score sans appel : 4-0. Mieux ! Je peux dire que j'ai vu ce jour-là le premier but de Van Himst en D1. Inoubliable... quand on connaît la suite de sa carrière ! Ce qui m'avait frappé, c'était son aisance dans le dribble. Le fameux slalom de Van Himst ! C'était du Zidane avant Zidane. D'abord la posture ! La tête haute, ne cherchant pas à descendre son centre de gravité, il zigzaguait littéralement entre ses adversaires en les éliminant les uns après les autres. Tout cela pour gagner à la fois du terrain dans la profondeur et amener le ballon le plus rapidement possible près du but adverse. Le style chaloupé de Zidane, Paul le maîtrisait déjà. Il avait surtout l'art de provoquer le déplacement de son opposant de façon à mieux le prendre irrésistiblement à contre-pied. Une infiltration de Paul dans une défense déséquilibrait automatiquement deux voire trois adversaires d'un seul coup. A l'instar du Français, il avait une couverture de balle exceptionnelle : impossible de la lui chiper ! Et tout cela avec une facilité qui laissait parfois, sous ses allures de faux lent, l'impression qu'il se promenait sur le terrain. Pourtant, croyez-moi, il était rapide. Balle au pied surtout ! Et puis, comme tous les surdoués, il pensait et réagissait deux fois plus vite que les autres. En dépit de toutes ces qualités extraordinaires, Paul recherchait toujours l'option la plus efficace pour l'équipe, donc la plus simple. Cette simplicité était à l'image de sa personnalité : modeste et humble. Les Français l'ont surnommé le Pelé blanc, mais en Belgique, il restait Paul ou même Popol. Tout simplement. Beaucoup de jeunes ont, par la suite, été inspirés par son style et ont tenté de suivre ses traces. L'exemple type fut Enzo Scifo, qui, quoique très différent de Paul, a connu la même précocité technique, la même classe et la même notoriété mondiale. Ce rapprochement n'est évidemment pas innocent puisque c'est Paul qui, entraîneur du Sporting, donna sa chance à Enzo, à 17 ans. A son meilleur niveau, Paul aura été absolument fidèle aux couleurs d'un seul club. Sur la porte du Sporting était inscrit " Van Himst, pas à vendre ! ". Marseille, la Roma, AC Milan, Barcelone, le Real l'ont approché mais en vain... Ce n'est qu'en fin de parcours qu'il joua à Alost puis au RWDM. parAndré Remy" Les Français l'ont surnommé le Pelé blanc, mais en Belgique, il restait Paul ou même Popol "