Comme en 2014 et en 2019, le peloton, arrivé la veille à Saint-Étienne, repart le lendemain de la cité du design. Cette étape se déroule essentiellement dans le département de Haute-Loire, mais s'achève dans le département de Lozère. Le tracé n'est pas facile: un dénivelé de 3.500 mètres, constamment vallonné. Le point le plus bas est situé à 473 mètres, le sommet du Col de Charpal, à trente kilomètres de la ligne d'arrivée, culmine à 1.423 mètres. C'est donc un terrain à la mesure des baroudeurs. En plus, il comporte de beaux sites, comme la descente vers le superbe Val d'Allier.
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Comme en 2014 et en 2019, le peloton, arrivé la veille à Saint-Étienne, repart le lendemain de la cité du design. Cette étape se déroule essentiellement dans le département de Haute-Loire, mais s'achève dans le département de Lozère. Le tracé n'est pas facile: un dénivelé de 3.500 mètres, constamment vallonné. Le point le plus bas est situé à 473 mètres, le sommet du Col de Charpal, à trente kilomètres de la ligne d'arrivée, culmine à 1.423 mètres. C'est donc un terrain à la mesure des baroudeurs. En plus, il comporte de beaux sites, comme la descente vers le superbe Val d'Allier. Les probables échappés et les coureurs de classement ne s'intéresseront pas au paysage dans l'ascension décisive qui précède Mende. Elle s'étend sur 3,1 kilomètres à une inclinaison moyenne de 10,1%. Cette montée ardue s'appelle officiellement la Côte de la Croix Neuve - à cause d'une croix en pierre érigée au sommet du plateau - mais depuis 2005, on la surnomme également la Montée Laurent Jalabert. Dix ans plus tôt, le coureur ONCE, un 14 juillet, a déclenché une nouvelle révolution française, en route vers Mende. 206 ans après l'assaut de la Bastille, Jalabert a conquis un autre bastion apparemment imprenable en battant Miguel Indurain, alors quadruple lauréat du Tour. Dans la troisième étape, Jaja avait enfilé le maillot jaune, mais il avait ensuite concédé neuf minutes dans les Alpes. Il n'a pas baissé les bras et s'est échappé dès la première montée, après 24 kilomètres, en compagnie de DarioBottaro. Plus tard, deux coéquipiers, Melchior Mauri et Neil Stephens, allaient arriver en renfort. Ensemble, ils ont pris dix minutes d'avance, de sorte que Jalabert récupérait virtuellement le maillot jaune. Les coureurs Banesto d'Indurain se sont tués à la tâche pour tenter de rattraper le trio ONCE et l'Espagnol est parvenu à limiter les dégâts, avec l'aide de Bjarne Riis et de Marco Pantani. Jalabert a gagné avec cinq minutes et 41 secondes d'avance, mais a dû faire une croix sur un nouveau maillot jaune. D'ailleurs, il n'a terminé que quatrième du Tour, à Paris. Durant leur poursuite, Pantani, Indurain et Riis ont signé un chrono fantastique dans la Côte de la Croix Neuve: neuf minutes et deux à trois secondes - Pantani a développé une puissance surhumaine de 7,2 watts par kilo. Ça reste l'ascension la plus rapide de tous les temps, malgré des arrivées du Tour dans la Montée Jalabert en 2005, 2010, 2015 et 2018, et de Paris-Nice en 2007, 2010 et 2012. La dernière fois, Primoz Roglic s'est approché de ce temps, en neuf minutes et dix secondes, arrivant en tête du groupe des coureurs de classement. Jamais encore un Belge n'a triomphé à Mende. Axel Merckx a terminé troisième en 2005 derrière Cédric Vasseur, à 27 secondes de leur compagnon d'échappée, Marcos Serrano, qui les avait lâchés. Un an plus tard, on découvrait que l'Espagnol figurait parmi les fidèles clients du docteur Fuentes, mais il n'en a pas moins conservé sa victoire. En 2018, Jasper Stuyven semblait sur le point de dérocher sa première victoire d'étape au Tour, mais il a été dépassé dans le dernier kilomètres par Omar Fraile et JulianAlaphilippe. Depuis le triomphe de Jalabert, les Français n'ont plus gagné non plus sur le terrain d'aviation situé sur le plateau du Mont Mimat, qui culmine à 1.000 mètres au-dessus de Mende. En 2015, ils ont échoué de peu. Leurs deux étoiles montantes, Thibaut Pinot et Romain Bardet, paraissaient sprinter pour la victoire, mais ils se sont mutuellement surveillés et Stephen Cummings en a profité pour les rattraper puis les dépasser. La rivalité de Pinot et Bardet a atteint son point culminant à Mende, mais elle a toujours été vivace. Par exemple en 2014, ils faisaient partie de la même échappée au GP La Marseillaise, mais se sont déjà tellement regardés que leur groupe a été rattrapé. Au Tour suivant, ils se sont aussi livré une lutte impitoyable pour le maillot blanc et celui de premier Français. Pinot a gagné ce duel, grâce à sa troisième place à Paris. Pourtant, plus jeune, Pinot a logé chez la famille Bardet, à l'occasion d'une course en Ardèche. Et en 2012, après un succès d'étape au Tour de l'Ain, il a offert son bouquet de fleurs au père Bardet. "Mais à vélo, Romain et Thibaut sont obsédés par leur rivalité", a confié un collègue français après le "Scandale de Mende". Il leur appartient de rectifier le tir cette année.