Le clou de trois jours dans les Alpes: une étape classique. Départ à Briançon, puis montée du Col du Galibier par sa face la plus aisée, via le Col du Lautaret, le Col de la Croix de Fer et enfin, arrivée à l'Alpe d'Huez. Thierry Gouvenou n'a pas dû se creuser les méninges: c'est quasiment la réplique de l'étape 2008, dans laquelle Carlos Sastre a posé les jalons de son succès final. Mais à l'époque, l'étape partait d'Embrun, à 44 kilomètres de Briançon.
...

Le clou de trois jours dans les Alpes: une étape classique. Départ à Briançon, puis montée du Col du Galibier par sa face la plus aisée, via le Col du Lautaret, le Col de la Croix de Fer et enfin, arrivée à l'Alpe d'Huez. Thierry Gouvenou n'a pas dû se creuser les méninges: c'est quasiment la réplique de l'étape 2008, dans laquelle Carlos Sastre a posé les jalons de son succès final. Mais à l'époque, l'étape partait d'Embrun, à 44 kilomètres de Briançon. Cette étape est en fait la réplique parfaite de la fameuse épopée de 1986, le lendemain de la défaillance de Bernard Hinault dans le Col du Granon et de la prise de pouvoir de son coéquipier Greg LeMond. Le Français, qui souffrait du mollet, avait subi une cure de mésothérapie le soir. Cette thérapie alternative consiste à injecter des anti-inflammatoires en plusieurs petites injections sous-cutanées. Il n'était pas encore interdit de traiter des blessures par injections, à cette époque. Hinault avait miraculeusement guéri et le lendemain, il avait donc placé une attaque dans la descente du Galibier, en compagnie d'un équipier, Steve Bauer. LeMond avait réagi, en compagnie d' Urs Zimmermann et de Pello Ruiz Cabestany. Le Canadien, le Suisse et l'Espagnol avaient toutefois été contraints de lâcher prise dans la Croix de Fer. Les "amis" Hinault et LeMond avaient donc poursuivi leur route ensemble. Jusqu'au sommet de l'Alpe d'Huez, où Bernard Tapie, le patron de La Vie Claire, avait autorisé le Français à gagner, main dans la main avec son coéquipier. Ils avaient cinq minutes et quinze secondes d'avance sur Zimmermann. Cette étape est la plus pénible des trois grands tours de cette année, après l'étape d'Aprica du récent Giro, avec un dénivelé total de 4.627 mètres et un score de 2.939 au Cycling Cols Index. Elle est aussi la seule de cette édition à être dépourvue d'amorce plate. Le peloton va grimper dès le départ, vers le Col du Lautaret. C'est donc la pire journée pour les sprinteurs et les coureurs un peu plus lourds. La double ascension du Galibier en deux jours, en comptant celle qui part de Valloire dans l'étape du Granon, n'est pas une première: le peloton y a déjà été astreint en 2011. À souligner aussi, le retour de l'Alpe d'Huez, après trois éditions sans la "Montagne des Hollandais". C'est la plus longue absence depuis que le col a été introduit une deuxième fois à partir de 1976. La raison, selon le patron du Tour, Christian Prudhomme? Les nombreuses candidatures d'autres stations de ski et la découverte de nouveaux cols d'arrivée, comme le Col de la Loze au Tour 2020. Une victoire française dans l'Alpe serait spéciale aujourd'hui, puisque c'est la fête nationale française. Mais aucun coureur hexagonal n'est encore parvenu à s'y imposer un 14 juillet. On l'a grimpée à cette date précise en 1981, 1988 et 1999, mais Peter Winnen, Steven Rooks et Giuseppe Guerini s'y sont alors respectivement montrés les meilleurs. Dans trois des quatre dernières arrivées, la victoire est toutefois revenue à un Français: Pierre Rolland en 2011, Christophe Riblon en 2013 et Thibaut Pinot en 2015. Geraint Thomas a mis fin à la série en 2018, de même qu'à la malédiction de l'Alpe d'Huez: dans le passé, le vainqueur de cette étape enfilait rarement le maillot jaune à Paris. Seuls trois coureurs ont réussi le doublé avant lui: Fausto Coppi en 1952, Lance Armstrong en 2001 (rayé des tablettes depuis) et Carlos Sastre. Les Belges aussi semblent maudits. Michel Pollentier est le seul compatriote à y avoir triomphé, mais on connaît l'histoire de la "poire". Lucien Van Impe, victime d'un accident avec une voiture suiveuse, y a perdu le Tour 1977 et a souvent échoué de peu: deux deuxièmes places, deux troisièmes et deux sixièmes. Pourtant, il a baptisé sa villa de... Impe "Alpe d'Huez", parce qu'il avait conquis le maillot jaune 1976 dans ce col. Lucien reçoit encore parfois des lettres de France, adressées à "Lucien Van Impe, Alpe d'Huez, Belgique". Seuls deux autres Belges sont montés sur le podium d'une étape à l'Alpe: Stan Ockers (troisième en 1952 derrière Fausto Coppi et Jean Robic) et Paul Wellens (troisième en 1979 derrière Joaquim Agostinho et Robert Alban). KnockoutJumbo-Visma savait que Jonas Vingegaard allait sortir de sa coquille. Dans les derniers kilomètres du Col du Granon, au-dessus de 2000 mètres, après une étape très difficile disputée sous la chaleur. Les Néerlandais espéraient ce scénario car le Danois est exceptionnellement résistant à la chaleur. Les dieux de la météo ont été cléments avec eux. Même si ces dernières années, il devenu possible de mieux affronter la chaleur grâce à une stratégie de refroidissement et d'hydratation très bien pensée.Jumbo n'imaginait cependant pas que Pogacar perde finalement 2'51" sur les 15 minutes entre l'attaque et l'arrivée de Vingegaard, soit 5 bons kilomètres avant le somme. Un mauvais jour, selon le Slovène. Selon lui, il n'était pas question d'une maladie ou d'une infection à la covid. Ni d'une fringale ou d'une déshydratation. En effet, il avait encore trois bidons au pied du Granon, mais ses vêtements présentaient des traces de dépôts de sel. Il est possible que son ravitaillement n'ait pas été optimal au cours des deux heures précédentes, en raison des attaques incessantes de Jumbo-Visma.Il a sans doute perdu beaucoup de forces à riposter et en prenant l'initiative d'accélérer en vue du sommet du Galibier, avec Vingegaard dans sa roue. Perdre près de près de trois minutes est cependant une différence énorme quand on connaît ses qualités. Talon d'AchilleEn plus de perdre son maillot jaune, Pogacar a maintenant perdu son aura d'invincibilité. Bien que dans un moment d'inattention (?) pendant le podcast de Geraint Thomas l'hiver dernier, il avait déjà expliqué lui-même son talon d'Achille : les cols longs et difficiles, en haute altitude. Une confidence qui s'est confirmée dans le Col du Granon. En partie à cause de la chaleur, un facteur à ne pas sous-estimer. Il est en effet frappant que Pogacar roulait déjà sur le Télégraphe, et plus tard sur le Granon, avec son maillot complètement ouvert.Le mérite de Jumbo-Visma et surtout de Jonas Vingegaard, est d'avoir tenté de viser ce talon d'Achille. "Si je n'essaie pas, je ne vais pas gagner", a déclaré le nouveau porteur du maillot jaune après l'arrivée. Fier de son extraordinaire performance (6,5 watts par kilo !) sur cette ascension du Granon. Pogacar le félicite, mais déclare dans la foulée qu'il n'abandonnera pas le combat. Il continuera d'attaquer sur la route vers l'Alpe d'Huez. Si nécessaire, jusqu'à Paris. "Je ne veux pas avoir de regrets après coup", conclut le Slovène.La question est de savoir si ses jambes le lui permettront, s'il n'a pas de fringale ou de virus dans son corps. Cette douzième étape est probablement encore plus difficile que celle de la veille. Avec 4627 mètres de dénivelé positif et un score de 2939 sur le Cycling Cols Index, c'est l'étape de montagne la plus difficile des trois grands tours de cette année, à l'exception de l'étape d'Aprica sur le dernier Giro.De plus, il fera encore plus chaud, avec même 23 degrés, à 1860 mètres d'altitude, au sommet de l'Alpe d'Huez (voir bulletin météo ci-dessous). Ceux qui ont déjà escalé l'Alpe d'Huez, baigné de soleil, savent combien cela peut être éprouvant, surtout après avoir déjà dû avaler deux cols hors-catégorie.C'est peut-être l'occasion pour Jumbo-Visma de faire craquer définitivement Tadej Pogacar, et de creuser l'écart qui est ce matin de 2 minutes et 22 secondes. Même si le jeu peut s'avérer dangereux, surtout contre une bête de compétition comme le Slovène. Vingegaard et ses coéquipiers ne doivent donc pas se retrouver soudainement en position défensive. Avec un Roglic qui pointe désormais à 14 minutes, il y aura encore moyen de forcer l'allure sur les trois cols pour relancer la fusée Vingegaard sur les 21 lacets de l'Alpe d'Huez. En espérant que, là aussi, Pogacar ne puisse plus suivre. Les Néerlandais ont un terrain idéal pour cela. Car cette étape de montagne est aussi la seule de ce Tour sans départ plat. Tout de suite après le départ, il y a une montée, vers le col du Lautaret, puis vers le sommet du Galibier. Ensuite, ce sera l'ascension de la Croix de Fer, sans grande vallée. Pour les sprinteurs et autres poids lourds, la journée s'annonce difficile pour arriver dans les délais.Geraint Thomas n'a pas succombé à la malédiction de l'Alpe d'Huez en 2018. En effet, rarement le vainqueur de cette étape ramenait maillot jaune à Paris. Seuls Fausto Coppi en 1952, Lance Armstrong en 2001 (rayé des palmarès depuis lors) et Carlos Sastre en 2008 avaient réalisé ce doublé dans l'histoire.Vu la domination de Jonas Vingegaard sur le Col du Granon, il est fort possible qu'il renvoie définitivement cette malédiction dans l'oubli. Que ce soit ou non après une bataille acharnée avec Pogacar.Une chose est sûre : ils ne franchiront pas la ligne d'arrivée bras dessus bras dessous, comme Bernard Hinault et Greg LeMond en 1986.Exclusivement pour Sportmagazine.be, Nicolas Roose de NoodweerBenelux détaillera la météo pour l'étape du jour. Voici ses prévisions: "Au départ, le temps sera principalement nuageux avec une température d'environ 20 degrés. Le profil du vent est faible à partir des secteurs ouest. Alors que le peloton s'approche de l'Alpe d'Huez, le ciel va se dégager. Au pied, à Bourg d'Oisans, les températures monteront jusqu'à 31 degrés pour diminuer à 23 degrés au simmet. Il y aura une faible brise de nord-est."