Une brise d'automne souffle en ce début décembre sur le stade du parc de la Warande à Diest. C'est dans cette enceinte à la périphérie de la ville, à un coup de pied de but du béguinage, que Timmy Simons (25 ans) a effectué ses débuts en équipe Première.
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Une brise d'automne souffle en ce début décembre sur le stade du parc de la Warande à Diest. C'est dans cette enceinte à la périphérie de la ville, à un coup de pied de but du béguinage, que Timmy Simons (25 ans) a effectué ses débuts en équipe Première. A une dizaine de kilomètres de là, après la basilique de Montaigu, la chaussée d'Aarschot mène à Rillaar. C'est là que Paul Simons exploite un commerce de portes et fenêtres. L'an dernier, en Coupe d'Europe, Paul et son épouse se sont rendus à St-Gall avec un bus de supporters et ils ont compris ce que cela signifiait d'être les parents d'un joueur connu. "Nous avons toujours eu pour ligne de conduite de garder notre calme et de ne jamais brûler les étapes", dit Paul. "Timmy ne jouait à Diest que depuis un an que des clubs venaient déjà frapper à notre porte. Le RJ Wavre, qui venait de quitter Bruxelles, fut l'un des premiers. Diest venait d'être champion provincial en Scolaires et avait remporté la Coupe du journal Het Volk". C'est à Rillaar que le jeune Timmy Simons a effectué ses premiers dribbles. Ce n'était pourtant pas voulu. Pas que son père ait quoi que ce soit contre le football, au contraire: lui même avait été attaquant à Tielt Sport puis, plus tard, au Standaard Schoonderbuken, un club amateur. Des problèmes de dos l'avaient alors obligé à mettre un terme à sa carrière. Il n'avait pourtant que 21 ans. Au départ, Paul Simons ne s'était pas rendu compte que son fils jouait au football. Jusqu'à ce qu'un jour, il découvre que Timmy, âgé de neuf ans, emportait de temps en temps ses chaussures de football pour aller jouer à Rillaar Sport ou au FC Rillaar, sans être affilié nulle part. Et puis, Timmy jouait régulièrement sur le terrain vague à côté de la maison parentale : "Je ne me suis douté de quelque chose que le jour où des gens sont venus me dire que le gamin se débrouillait plutôt bien. Je pensais qu'ils l'avaient vu près de la maison mais quand on m'a raconté qu'il avait inscrit deux jolis buts, je me suis dit que quelque chose d'anormal se passait".Des débuts en cachetteUn samedi, Paul Simons vit son fils prendre ses chaussures de football et filer en douce. "Comme Rillaar Sport ne jouait pas ce week-end là, je me suis dit qu'il ne pouvait aller qu'au FC. Je me suis donc rendu au terrain. C'était un match contre Assent. Après dix minutes, il avait inscrit deux buts. Lorsque l'entraîneur d'Assent s'est renseigné sur son identité, personne n'a osé lui donner son nom car Timmy n'était pas affilié. Alors, je me suis enfui car je connaissais cet entraîneur et j'avais peur qu'il me pose la question. Lorsque Timmy est rentré, je l'attendais. Je n'étais pas vraiment fâché car le terrain n'était qu'à 200 mètres de la maison mais je ne voulais pas qu'il s'affilie à un club de l'UB. J'avais entendu trop d'histoires de jeunes doués qui ne pouvaient pas partir et je ne tenais pas à ce qu'il soit pieds et poings liés. Comme il voulait à tout prix jouer, je l'ai emmené à Klein Kempen Bekkevoort, un club amateur qui m'avait déjà demandé à plusieurs reprises d'entraîner les gamins. J'ai alors décidé d'accepter et Timmy a joué là". Deux ans plus tard, en 1988, le jeune Simons fut repéré par Assent, club d'un hameau de Diest qui, grâce à l'appui d'un mécène local, était rapidement monté en D2. L'entraîneur qui s'était renseigné sur l'identité de ce jeune inconnu de Rillaar avait continué à le suivre et avait fini par le convaincre. Assent avait de l'argent mais pas de passé ni de spectateurs; Diest avait un stade et des supporters mais pas d'argent: les deux clubs étaient donc condamnés à la fusion. C'est donc à la Warande que Simons effectua des tests. Sur l'insistance de son père, il signa en obtenant la garantie d'un transfert libre. Mieux encore: peu après, Paul Simons fut coordinateur des équipes d'âge puis président de Diest. Kenny, le frère cadet de Timmy, signa également à Diest. "C'était un bon joueur également mais il n'avait pas autant de caractère que son frère", dit Paul.Il n'arrêtait pas de travaillerTimmy Simons, Wim Van Diest et le gardien Marc Volders (qu'on allait également retrouver à Lommel plus tard) étaient les figures de proue d'une jeune génération talentueuse incorporée au noyau A d'un club évoluant désormais en D3. Patrick Stalmans (42 ans) a joué pendant cinq mois à ses côté à Diest : "Le coach venait d'incorporer plusieurs jeunes dans le noyau. Timmy et moi jouions un à côté de l'autre dans l'entrejeu mais il n'était pas encore titulaire. C'était un garçon calme, qui ne cherchait jamais à se mettre en évidence et qui avait envie d'apprendre. D'autres jeunes font tout de suite beaucoup de bruit ou font les fous pendant que l'entraîneur explique quelque chose, lui pas. Il avait envie de réussir mais, honnêtement, je n'avais pas l'impression qu'il y arriverait". A 18 ans, Simons fut approché par Lommel, alors en D1. Pour son père, le choix était difficile : "Les anciens entraîneurs de Timmy, dont Jarek Studziba, qui avait joué en Bundesliga et en équipe nationale polonaise avant d'atterrir à Winterslag, m'avaient conseillé de ne pas le laisser jouer trop longtemps en D3 car il n'avait plus grand-chose à y apprendre". Genk s'était également montré intéressé, tout comme Lokeren, parce que le fils de l'entraîneur, Willy Reynders, évoluait également à Diest. Les études ne constituaient plus un obstacle à un éventuel transfert. Après ses humanités sportives, Simons avait opté pour la kinésithérapie à Hasselt mais lorsqu'il fut titulaire à Diest, il abandonna. "J'avais compris que c'était difficile pour lui, à cause des déplacements", dit son père. "Et je savais qu'il ne laisserait jamais tomber le sport. Timmy jouait bien au football mais également au tennis. Et c'était un gagneur, même aux cartes. Il a donc choisi d'arrêter ses études. Je n'ai posé qu'une condition: il devait travailler. Il est allé chez un collègue qui fabriquait des fenêtres à Herk-de-Stad et qui fut très content de lui. Lorsqu'il est devenu professionnel, cet homme m'a dit qu'il perdait son meilleur ouvrier et que, s'il ne réussissait pas dans le football, Timmy pouvait toujours revenir chez lui. Il n'épargnait pas ses efforts et, après le boulot, il lui arrivait souvent d'encore me donner un coup de main. De plus, le week-end, il travaillait comme serveur à Montaigu. Cela nous faisait d'ailleurs rire et nous lui disions sans cesse qu'il devait avoir mis assez d'argent de côté à 35 ans, sans quoi il aurait mal partout".Une camionette à la place d'une MercedesL'intérêt porté par Lommel accéléra le cours des événements : "Timmy signa d'abord un contrat non amateur à Diest. Il aurait pu partir pour rien et empocher une jolie prime à la signature mais nous n'avons pas voulu car Diest n'avait pas beaucoup d'argent et était devenu notre club". A l'époque, Diest tentait de convaincre Lei Clijsters de devenir entraîneur. Celui-ci posa comme condition que Simons et Van Diest restent mais Van Diest avait déjà signé à Lommel et quatre jours après que Simons ait prolongé son contrat, Clijsters devint entraîneur de Lommel. Au même moment, Gaston Peeters, un dirigeant de Diest, passa également à Lommel. C'est lui qui vint d'ailleurs négocier le transfert de Timmy à Lommel tandis que Paul, le père du joueur, resta membre du comité de Diest. Quand tout va bien, en passant par Geel, il faut trois-quarts d'heure pour se rendre de Rillaar à Lommel. Au club, à l'été 1998, ils tirèrent une drôle de tête lorsque leur nouveau joueur refusa la Mercedes qu'on lui proposa et s'amena à l'entraînement dans la camionnette de la firme de son père: Paul Simons, ramen en deuren. C'était sa carte de visite et une publicité gratuite pour son père. L'été, après l'entraînement, Timmy continuait d'ailleurs à fabriquer des moustiquaires qu'il mettait dans sa camionnette et vendait le lendemain à Lommel. A Lommel aussi, Timmy avait soif d'apprentissage. "On ne sait pas toujours très bien ce qui se passe dans sa tête", dit Paul. "Mais si on lui dit quelque chose qui peut l'aider, il le retiendra. Avant, je lui faisais souvent des remarques à propos de telle ou telle phase. Ou alors, je le confrontais à des cassettes vidéo. Il y réfléchissait et tentait de se corriger. Un exemple: j'aime le voir monter. Quand je lui ai demandé pour la première fois pourquoi il s'arrêtait après une bonne passe et laissait ainsi un espace de 20 mètres, il n'a pas répondu. Au match suivant, il a réussi une belle action. Je savais qu'il avait compris". Il n'est pas tout à fait exact de prétendre que Timmy n'a jamais été appelé en équipe nationale de jeunes. Lorsqu'il évoluait à Diest, il aurait dû participer à un entraînement des Cadets. C'est Anne Noë, l'actuel entraîneur de l'équipe nationale féminine, qui l'avait remarqué à l'occasion d'un match à Heverlee. "C'était pendant les examens. Le père de Marc Coninkx, qui avait été appelé également, a dit tout de suite que son fils n'irait pas. Alors, j'ai répondu que Timmy resterait à la maison également", dit son père. "Il n'a pas protesté mais après, il n'a plus été sélectionné. Coninkx non plus, d'ailleurs: plus tard, il a opté pour le tennis". Le PSV, Feyenoord et Aberdeen sur les rangsTimmy Simons vit pour le football et n'a jamais été très tenté par les sorties. Son père n'a donc pas dû le mettre en garde : "Je me demande s'il a déjà vu un dancing de l'intérieur. Quand il y avait une soirée à l'école, je l'y conduisais pour 9 heures et il me demandait lui-même de venir le rechercher à minuit. Il savait très bien que, pour réussir, il devait éviter la drogue. Le samedi, lorsque Diest jouait à 8 heures, il était là dès 5 heures 30. Nous ne devions jamais lui dire que c'était l'heure de partir. Au contraire, c'est nous qui devions nous dépêcher". A peine arrivé à Lommel, il suscita l'intérêt du PSV et de Feyenoord. Puis Aberdeen lui proposa de partir directement en Ecosse. "Nous avons refusé", dit Paul. "J'estimais qu'il n'était pas prêt et il savait que son heure viendrait. La deuxième année à Lommel, il intéressa encore des tas de clubs: Tottenham, Stuttgart, des Hollandais et Hambourg. Là encore, nous estimions qu'il était trop tôt pour partir à l'étranger". Entre-temps, Timmy avait pris un manager car ses parents en avaient marre d'être dérangés en pleine nuit par des agents belges et étrangers. Ils trouvèrent donc un accord avec l'homme de confiance de Daniel Nassen, le joueur qui, peu après l'arrivée de Simons, avait déclaré que Lommel avait transféré un futur international. C'étaient donc désormais à Guy Bonny et Willy Hox de défendre les intérêts du gamin. Lommel estima d'abord le prix de transfert de Timmy Simons à 100 millions. Plus tard, après une dispute au sein de la direction, il fut revu de moitié. "Lorsque nous avons été mis au courant de l'intérêt de Bruges, nous n'avons pas hésité", dit son père. "Timmy a toujours été un peu supporter de ce club, même s'il n'était pas un fanatique. Il adorait Franky Van der Elst. Celui-ci lui a également téléphoné pour le GBA mais quand nous lui avons dit que nous discutions avec Bruges, il nous a répondu que c'était un bon choix. Et je ne pense pas que Timmy aurait songé aller à Anderlecht". Après quelques mois, il trouva donc un accord avec le Club Brugeois. Mais les distances étaient trop longues pour faire le chemin tous les jours. Alors, une semaine plus tard, avant même que le club soit mis au courant, papa et maman Simons avaient déjà installé leur fils à Ostende. Pourtant, lorsque l'Union Belge l'appela pour la première fois, l'an dernier à l'occasion du match contre St-Marin, Timmy Simons était injoignable. Il était le seul Diable Rouge à ne pas posséder de GSM. "Ce vendredi-là, quelqu'un de la fédération m'a téléphoné au bureau", explique sa mère. "Timmy était dans l'ascenseur de son immeuble lorsqu'il a appris la nouvelle car quelqu'un le félicita. Il se demandait pourquoi. Puis, il a vu qu'une caméra de VTM l'attendait devant la porte pour recueillir ses impressions". Paul Simons: "Je lui ai alors donné mon vieux GSM, un appareil d'avant-guerre: il l'a toujours. Je sais que d'autres joueurs veulent toujours le dernier cri". Paul Simons ne sait pas où le football mènera son fils. "S'il peut partir à l'étranger au bon moment, il ne laissera pas passer sa chance. Mais il ne partira pas trop tôt non plus. Il n'est pas du genre à se laisser aveugler par le nom d'un club ou par l'argent" .Geert Foutré