"G reen for President ", Robert Green Président : c'était un des slogans de supporters américains après le match contre l'Angleterre, ce week-end. Le gardien britannique a fait la première grosse boulette du Mondial et offert le point du partage aux Yankees. Mais du côté anglais, personne ne versait dans le catastrophisme. Ce nul est vu plus comme un démarrage difficile que comme un gros échec. Et on imagine mal l'équipe à la Rose ne pas se qualifier dans un groupe où l'Algérie et la Slovénie ne sont quand même pas des chevaux de course.
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"G reen for President ", Robert Green Président : c'était un des slogans de supporters américains après le match contre l'Angleterre, ce week-end. Le gardien britannique a fait la première grosse boulette du Mondial et offert le point du partage aux Yankees. Mais du côté anglais, personne ne versait dans le catastrophisme. Ce nul est vu plus comme un démarrage difficile que comme un gros échec. Et on imagine mal l'équipe à la Rose ne pas se qualifier dans un groupe où l'Algérie et la Slovénie ne sont quand même pas des chevaux de course. Aujourd'hui, l'Angleterre attend simplement que son équipe prenne son rythme de croisière. Et - qui sait ?- progresse lentement vers un titre mondial qui se refuse à elle depuis 1966. Logique puisque Fabio Capello a déclaré qu'il disposait d'un noyau fantastique, capable de tout gagner ou presque. Le coach italien a mis et s'est mis la pression. Ses joueurs pourront-ils l'assumer ? Comment juge-t-on son optimisme au pays ? Possède-t-il vraiment un noyau d'extraterrestres ? Et quid de la mentalité de ces footballeurs dont certains continuent à porter une étiquette bien collée de bad boys ? Pour répondre à ces questions et aborder d'autres thèmes, nous avons composé une table ronde de journalistes anglais témoins du match de samedi passé. Pour la télé, James Richard ( BBC). Pour la radio, Liam Fisher ( TalkSport). Et pour la presse écrite Scott Wilson ( The Northern Echo). " Il y a longtemps qu'on n'avait plus vu une mentalité aussi positive en équipe nationale ", lâche Richard. " On n'a plus l'impression, par exemple, que nos internationaux chaussent leurs godasses en ne pensant qu'au chèque qu'il encaisseront en quittant le stade. Ils jouent en sélection pour le plaisir avant tout. C'est aussi une question de génération : ce groupe est un des plus âgés de l'histoire du foot anglais (entre 28 et 29 ans de moyenne), avec des joueurs qui ont vu beaucoup de choses et ont recentré leurs priorités. Leur maturité saute aux yeux. Ils sont riches et veulent des trophées. "Wilson confirme : " Dès que Capello a repris l'équipe, on a senti réapparaître une fierté de porter le maillot anglais. " Et à chaque match de l'équipe nationale, ils semblent désormais aussi concentrés qu'avec leur club. " They care about England ", dit Fisher. " Les seules exceptions, ce sont les matches amicaux. Mais dans ces cas-là, je ne parlerais pas d'un manque d'envie, plutôt d'une peur de se blesser alors qu'il n'y a pas de vrai enjeu. Les gens le voient mais le comprennent. Je suis depuis longtemps l'équipe nationale et je n'avais jamais vu une envie comme aujourd'hui de rentrer au pays, pour les vacances, avec la coupe. " " La peur de se faire mal dans un match sans importance a toujours existé partout ", poursuit Richard. " Et la blessure récente de Rio Ferdinand à l'entraînement va sans doute faire réfléchir encore plus nos joueurs. Ce n'est que dans les matches officiels qu'il faut prendre des risques physiques. En ski, le descendeur ne recherche pas non plus la limite à l'entraînement, il se contente de trajectoires plus sûres. Et en Formule 1, on ne voit presque jamais un pilote qui se crashe complètement en essais privés. " En additionnant les salaires individuels des joueurs présents au Mondial, le noyau anglais est sans doute celui qui gagne le plus d'argent, vu les fortunes distribuées en Premier League. " Mais ce n'est pas vraiment un sujet de conversation chez nous ", affirme Richard. " Ce ne sont pas les critiques qui manquent dans le foot anglais mais elles concernent plutôt la vie nocturne des joueurs et leur sexualité parfois débridée ! Les gens en ont un peu marre de voir les stars passer de bras en bras et de les découvrir continuellement à la chasse des filles les plus jolies et les plus connues. Sur leurs salaires, on n'entend pas trop de commentaires négatifs. L'Anglais moyen n'est pas idiot, il sait qu'il y a la loi de l'offre et de la demande, il se dit que les footballeurs ont raison d'en profiter parce que personne ne s'en priverait. Les seules critiques par rapport à l'argent, on les entend quand des vedettes montrent publiquement qu'elles dépensent des fortunes pour des futilités, comme des voitures tellement démesurées qu'on les croirait venues d'une autre planète. Ou quand on les voit claquer une partie de leur salaire au bordel ! "Les gros salaires en Angleterre tournent autour de 180.000 euros. Par semaine ! Richard est sûr que c'est Chelsea qui paie le mieux : " Cette saison, Michael Ballack et John Terry avaient selon moi les plus gros salaires du championnat. Wayne Rooney touche un peu moins à Manchester United mais il se rattrape avec ses contrats de sponsoring pharaoniques. Quand il fait de la pub pour Coca Cola, il ne demande pas que des cacahuètes. " Fisher : " Frank Lampard n'est pas loin du niveau de Terry. Mais je pense moi aussi que les Anglais s'en foutent un peu quand on leur balance tous ces chiffres. Si nous gagnons la Coupe du Monde, ils ne se plaindront pas que nos joueurs sont surpayés. Des supporters diront peut-être même qu'ils méritent une surprime, pour tout le bonheur qu'ils auront apporté au peuple. " L'histoire du foot anglais est caractérisée par une succession de sales gamins. Et maintenant ? Richard : " Les champions, c'étaient Paul Gascoigne et Teddy Sheringham. Ils buvaient comme des trous et tout le monde le savait. Aujourd'hui, si on demande au supporter anglais de citer le bad boy du moment, il pense à Terry à cause de ses infidélités conjugales. Mais sur le terrain, il est exemplaire. " " Quand on dit bad boy, on pense plutôt à Rooney ", lâche Fisher. " Parce que c'est le plus hargneux sur le terrain. Mais les gens aiment ça, ils voient que ça part de bonnes intentions, que c'est son envie de gagner qui parle et lui fait parfois péter les plombs. Ils lui demandent simplement de ne plus pénaliser son équipe comme il l'a déjà fait dans des rendez-vous importants en prenant des cartes rouges stupides. Par exemple à la Coupe du Monde 2006, en quarts de finale contre le Portugal. Qu'il fasse le fou si ça ne prête pas à conséquence, c'est bien accepté. Mais si ça pénalise l'équipe, c'est autre chose. L'affaire Terry, son infidélité, son aventure avec la copine de Wayne Bridge, c'est un peu oublié en Angleterre. Il a payé, Capello lui a enlevé le brassard de capitaine. Mais bon, ça risque toujours de lui retomber dessus s'il rate sa Coupe du Monde. " Wilson voit un groupe qui s'est méchamment assagi : " Parce que la moyenne d'âge est élevée et que c'est souvent un gage de sagesse. Les sales gosses du football anglais, il faut plutôt les chercher du côté de joueurs qui ne sont pas en Afrique du Sud, des jeunes de 19 ou 20 ans qui ont encore beaucoup de choses à prouver mais s'y croient déjà à fond, qui ont de l'argent plein les poches et ne font que des conneries. En équipe nationale, on peut bien sûr citer Ashley Cole comme bad boy à cause de sa rupture sentimentale très médiatique. Normal : il a menti et il a trompé sa femme qui n'était pas n'importe quelle femme. Cheryl Cole est une star de la chanson et cela a joué encore un peu plus contre Ashley. La presse a révélé que lors d'une tournée avec Chelsea aux Etats-Unis, il avait fait venir cinq ou six filles à son hôtel. Ce sont toutes ces révélations qui lui ont valu une réputation de bad boy. Mais dans la sélection, je vois surtout des gentlemen : Lampard, Steven Gerrard, Emile Heskey. Et le top, c'est David James : a family guy, un gars intelligent qui consacre beaucoup d'argent à des projets humanitaires en Afrique, où il fait installer des pompes à eau. La situation de Rooney est plus ambiguë. En dehors des terrains, c'est un vrai gentleman : il est calme, marié, il vient d'avoir un enfant et il a dit que ça allait le ranger encore un peu plus. C'est même un garçon timide. Mais sur le terrain, évidemment, il affiche un tout autre visage. Sa passion parle et il ne la contrôle pas toujours. C'est peut-être le plus gros compétiteur de tout le foot anglais. " Wilson constate que le changement de coach en fin d'année 2007 (Capello pour Steve McClaren) a été une bénédiction pour le foot anglais. " Tout a complètement changé du jour au lendemain. Avec McClaren, les joueurs étaient tout-puissants, ils donnaient leurs ordres au coach. Quand on allait aux entraînements, on avait souvent l'impression de débarquer dans un camp de vacances. Dès son premier jour, Capello a tapé sur la table et lancé : -I am the boss. La relation entraîneur-joueurs s'est tout à fait inversée. C'est devenu plus sérieux, plus pro. Il a directement pris des mesures fortes. Il a interdit aux femmes de joueurs de venir à l'hôtel, il a expulsé les agents du complexe d'entraînement, il a réglementé l'usage des GSM et il a fait installer une très grande table pour que tous les joueurs mangent ensemble alors qu'avec McClaren, ils arrivaient au compte-gouttes et formaient des petits groupes. " Richard : " Juste avant la Coupe du Monde 1998, on avait vu des images des internationaux anglais en pleine guindaille dans une boîte de nuit et ça avait fait un scandale. Avec Capello, c'est inconcevable. L'alcool est presque un plaisir tabou. "Autre reproche fait à McClaren : ses sélections. Wilson : " Il avait plusieurs chouchous, des joueurs qui étaient assurés de leur place même s'ils étaient en méforme. Les exemples les plus frappants étaient David Beckham, Michael Owen et Theo Walcott. Avec Capello, Gerrard, Terry et Rooney sont systématiquement dans le 11 de base mais c'est seulement parce qu'ils sont bons. Dès qu'ils baisseront en régime, ils se retrouveront sur le banc, c'est certain. Avant sa blessure, Beckham a commencé peu de matches sous l'ère Capello. Il est la star par excellence pour le public anglais mais un footballeur comme les autres pour le coach. La non-sélection de Walcott pour le Mondial a fait grincer des dents chez nous mais Capello a été simplement logique, il a dit que ce joueur n'avait jamais retrouvé le niveau qu'il avait avant sa blessure du premier tour du championnat. " " Cette équipe peut gagner la Coupe du Monde ", pense Fisher. " Le match nul contre les Etats-Unis n'a rien d'alarmant. On ne compte pas les pays qui ont réussi un Mondial d'enfer après avoir toussoté dans leur premier match. Par rapport à l'Angleterre qui s'est crashée il y a quatre ans, c'est le jour et la nuit. Celle-ci est mieux préparée, elle a plus d'expérience, Capello est bien plus fort que Sven-Göran Eriksson, Rooney a beaucoup progressé depuis 2006. Tout notre 11 de base a la classe mondiale. S'il n'y a pas de blessés et pas de suspendus parmi les cadres, les quarts de finale sont jouables les doigts dans le nez, et encore, c'est un scénario pessimiste. S'arrêter en quarts serait aussi vu comme une immense déception au pays où on part du principe que l'Angleterre ira au moins en demi-finales. Je prévois quelques jours de deuil national en cas de mauvais parcours. " Wilson : " Il suffirait d'enlever un ou deux titulaires pour que tout s'écroule. Notre banc est une vraie faiblesse. Sans Rooney, Lampard, Gerrard ou Terry, l'Angleterre peut vite redevenir une équipe moyenne. Par contre, si tout le monde est à 100 %, cette équipe peut aller au moins en demi-finales. Pour moi, l'Espagne, le Brésil ou l'Argentine n'ont pas plus d'atouts. Ou en tout cas, ça ne saute pas aux yeux. "La première parole de Fabio Capello en arrivant au camp d'entraînement : -I am the boss.