Ils habitent à quelques centaines de mètres l'un de l'autre. Leurs compagnes s'entendent bien. Et eux aussi. Guillaume et Bryan sont arrivés en même temps à La Gantoise. Le premier en provenance d'Eupen, où il avait été l'une des révélations de la D2. Le second en provenance du Costa Rica, où Michel Louwagie l'avait repéré. Guillaume a mis quatre mois pour s'imposer en D1 et entamer une progression fulgurante qui l'a conduit à Anderlecht, en janvier 2008. Bryan, lui, a mis près d'une saison avant de conquérir ses galons de titulaire et de devenir l'un des joueurs les plus brillants de D1.
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Ils habitent à quelques centaines de mètres l'un de l'autre. Leurs compagnes s'entendent bien. Et eux aussi. Guillaume et Bryan sont arrivés en même temps à La Gantoise. Le premier en provenance d'Eupen, où il avait été l'une des révélations de la D2. Le second en provenance du Costa Rica, où Michel Louwagie l'avait repéré. Guillaume a mis quatre mois pour s'imposer en D1 et entamer une progression fulgurante qui l'a conduit à Anderlecht, en janvier 2008. Bryan, lui, a mis près d'une saison avant de conquérir ses galons de titulaire et de devenir l'un des joueurs les plus brillants de D1. Dimanche prochain, ils seront adversaires. Peut-être même adversaires directs, si Gillet évolue au poste d'arrière droit... Gillet : Oui, j'ai encore joué un match de Coupe de Belgique avec les Buffalos, cette saison, contre Tirlemont. Le hasard du tirage a voulu que Gand hérite des Sucriers deux années d'affilée, et cela m'a rappelé des souvenirs puisque c'est à Tirlemont que j'avais disputé mon premier match en équipe A la saison passée. Affronter mes anciens coéquipiers au stade Roi Baudouin, dimanche prochain, sera très particulier. J'espère pouvoir soulever le trophée mais, dans le même temps, je n'aimerais pas voir mes amis d'en face abattus. Ruiz : On n'a pas délaissé le championnat. C'est vrai que notre deuxième tour fut inférieur au premier, mais la Coupe n'en constitue pas la raison. Cela dit, on sera hyper-motivé, dimanche prochain. Le club n'a plus remporté de trophée depuis 24 ans (NDLR : La Gantoise a effectivement conquis deux Coupes de Belgique en 1964 et 1984) et on a hâte de mettre fin à cette période de disette. Les supporters seront, eux aussi, hyper-motivés, puisqu'ils ont fait main basse sur tous les tickets disponibles. La faim sera peut-être plus grande du côté gantois. Gillet : Etant donné les retombées financières que procure la Ligue des Champions, cette deuxième place en championnat était hyper-importante. Mais, se retrouver les mains vides de trophée, l'année où le club fête son centenaire, cela ferait tache. En outre, remporter la Coupe serait un bel hommage à Constant Vanden Stock. On a envie de dédier le trophée à son fils. Gillet : Sur une manche, tout est possible. On avait bien négocié le match de championnat chez eux, mais le contexte sera différent, dimanche prochain. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, très peu de joueurs anderlechtois ont déjà eu l'occasion de participer à une finale de Coupe de Belgique. Le Sporting ne va jamais très loin dans cette compétition. Même Bart Goor, malgré son palmarès, n'a jamais foulé la pelouse du stade Roi Baudouin dans ces circonstances-là. Ruiz : J'ai déjà participé à trois finales de coupes au Costa Rica. J'en ai gagné deux et perdu une. A chaque fois, il régnait une ambiance très particulière et il me tarde de découvrir ce que cela peut donner en Belgique. Ruiz : De tout. A Anderlecht, le danger peut venir de partout. Le Sporting possède une bonne défense, un bon entrejeu et une bonne attaque. Que dire de plus ? En outre, ce sont des joueurs qui ont l'habitude des grands événements. Gillet : Surtout de la ligne d'attaque gantoise. Avec Dominic Foley, Adekanmi Olufade et Bryan, les Buffalos disposent de trois attaquants talentueux. Défensivement, ils sont peut-être à prendre, d'autant que nos ailiers sont rapides. En envoyant des ballons dans le dos des arrières adverses, on peut les surprendre. Mais ne comptez pas sur moi pour allumer les rivaux. J'ai retenu la leçon, après mes déclarations dans la semaine qui a précédé le match au Standard. C'était un petit jeu, rien de bien méchant, mais certains avaient tout pris au premier degré. Ruiz : Mbark Boussoufa. Peut-être parce qu'il est passé par Gand, mais aussi pour la classe qu'il dégage. Et puis, il y a le gars qui se trouve en face de moi, là : Guillaume ! J'aurais aimé qu'il joue cette finale à nos côtés... Ruiz : C'est un joueur très complet : il est rapide, bon en marquage, habile ballon au pied, possède une bonne passe, une bonne frappe... Je l'ai souvent affronté à l'entraînement, puisqu'il évoluait comme arrière droit à Gand, et j'éprouvais toujours de grosses difficultés à le déborder. C'est un grand joueur, et cela m'a fait drôle de le voir quitter le stage de Gand en Andalousie, début janvier, pour rejoindre la région de Valence où séjournait Anderlecht. J'ai été étonné par sa facilité d'adaptation au Sporting. A peine arrivé, il s'est senti comme un poisson dans l'eau. Il a directement conquis ses galons de titulaire et s'est imposé comme une pièce maîtresse dans la remontée des Mauves au deuxième tour. Gillet : Il en a énormément : son sens du but, sa vitesse ballon au pied, sa faculté à conserver le ballon... Comme il évolue sur le flanc gauche, il jouit de plus de liberté qu'un joueur axial. Cela lui permet de surprendre l'adversaire, soit lui-même, soit en adressant une passe millimétrée à un partenaire. Depuis son arrivée en Belgique, il a énormément appris au niveau défensif, également. Gillet : Il répond en tout cas au profil que les supporters anderlechtois apprécient. Et, personnellement, je serais enchanté s'il pouvait me rejoindre, car c'est un régal de jouer à ses côtés. Gillet : Euh... C'est une question à la Benjamin Deceuninck, ça ! Je peux utiliser mon joker ? ( ilrit) Je crois que Bryan est un peu plus rapide que Christophe et qu'il a davantage le sens du but, mais dois-je rappeler le nombre d'assists que Christophe délivre chaque année ? A part cela, les deux joueurs possèdent un style similaire. Ruiz : Je ne vais forcément pas répondre par la négative. Une offre d'un club pareil, cela ne se refuse pas. Mais, pour tout avouer, mon rêve n'est pas de rejoindre Anderlecht mais un club espagnol ou italien. Ruiz : Exactement. On est attiré par l'Espagne en raison de la langue, mais aussi parce qu'il s'agit de l'un des meilleurs championnats du monde, si pas le meilleur. Le plus technique, également. Ruiz : Ce ne fut pas facile au début. La barrière de la langue constituait un obstacle. Le climat était différent également. Tout comme le jeu pratiqué dans votre pays. Mais, le plus dur, c'était le fait que je ne jouais pas, ou très peu. Georges Leekens me faisait rarement confiance. La donne a changé avec l'arrivée de Trond Sollied. J'avais, aussi, une saison d'adaptation au football européen derrière moi. Gillet : Je savais qu'en optant pour La Gantoise, je ne choisissais pas la solution de facilité. Leekens a la réputation de se montrer dur avec les jeunes, et il l'a été avec moi aussi. D'un autre côté, il était sans doute l'entraîneur qu'il me fallait. J'ai besoin d'avoir quelqu'un derrière moi, pour me remotiver. J'ai tendance à laisser tomber les bras et à m'énerver sur moi-même lorsque cela ne tourne pas. Leekens l'a très bien compris. Mais, là où j'ai sursauté, c'est lorsque j'ai découvert, à l'occasion d'un match amical à Waasland, qu'il avait écrit mon nom sur le tableau en position d'arrière droit. J'étais... fâché ! Chemin faisant, j'ai fait mon trou à cette place, mais toujours avec l'idée en tête de récupérer, un jour, mon poste de prédilection dans l'entrejeu. C'était une drôle de situation car, mieux je jouais à l'arrière droit, plus la perspective de rejouer en milieu de terrain s'éloignait. Les gens qui ne m'avaient pas vu dans les divisions inférieures ne me connaissaient que comme arrière droit. Que ce soient les simples amateurs de football ou les recruteurs de clubs huppés qui venaient me visionner. Anderlecht m'a d'ailleurs recruté comme arrière droit. Lorsqu'Ariel Jacobs m'a essayé en milieu de terrain, avec le succès que l'on sait, ce fut à la fois une heureuse surprise et un soulagement pour moi. Je commençais à me résigner à devoir effectuer toute ma carrière comme défenseur latéral. Gillet : ( ilréfléchit) Cela pourrait être un avantage, car au sein d'un noyau aussi étoffé que celui du Sporting, la polyvalence augmente les chances d'être titulaire. Mais, d'un autre côté, lorsqu'on est sans cesse ballotté d'une place à l'autre, on perd ses automatismes. Or, c'est important pour un footballeur d'avoir des repères sur le terrain. Honnêtement, je préférerais m'imposer définitivement en milieu de terrain. Gillet : ( ilrit) Oui, parce que je devine les conséquences pour moi. Mais parfois, je devine mal. A Westerlo, lorsque le Polonais était suspendu, Jacobs avait intronisé Mark De Man à l'arrière droit. Cela signifie qu'il considère désormais lui-même que ma meilleure position se situe en milieu de terrain. Gillet : Non. D'abord, parce que cela signifierait que j'évoluerais comme arrière latéral. Ensuite, parce qu'après avoir souffert contre Franck Ribéry, je n'ai plus envie de me faire dribbler ! ( ilrit). Ruiz : Oui, car on en avait quelques fois parlé entre nous. Je savais qu'il avait été formé comme milieu. J'ignore pour quelle raison Leekens en a fait un arrière droit. Aujourd'hui, je découvre à quel point Guillaume est performant dans l'entrejeu. Cela ne m'étonne qu'à moitié. Gillet : J'ai bénéficié de la confiance de l'entraîneur dès le départ et cela a contribué à me mettre à l'aise. Dès l'instant où j'ai joué, je n'ai pas ressenti de pression particulière. A mon arrivée, je craignais de découvrir un vestiaire où chacun se regardait en chiens de faïence, d'autant que les résultats du premier tour n'incitaient pas à l'enthousiasme. J'ai été agréablement surpris. L'ambiance est super dans le vestiaire, et comme les résultats ont suivi, elle n'a fait que s'améliorer. Je m'amuse énormément. J'ai rapidement noué des liens avec les autres joueurs francophones, pour des questions d'affinités évidentes, mais je m'entends aussi très bien avec les Argentins, par exemple Gillet : J'étais déçu. Pas tellement d'avoir été remplacé, mais surtout de l'avoir été à un moment où l'équipe était menée 0-1, ce qui sous-entendait que je n'avais pas apporté ce que l'on était en droit d'attendre de moi. En outre, cela se passait une semaine après la défaite au Standard. Je nous voyais déjà battus pour la deuxième fois d'affilée et je ne pouvais pas le concevoir. Mbo Mpenza, qui était assis à mes côtés sur le banc, m'a réconforté. Il m'a soufflé : - Ne t'inquiètes pas, on va renverser la tendance ! J'ignorais que, malgré son statut de réserviste et les moments difficiles qu'il avait traversés avec le décès de sa maman, il pouvait être d'un naturel aussi optimiste. Gillet : Chronologiquement, mon premier doublé, sur le terrain du FC Brussels. Puis, la victoire au Bayern Munich, même si elle était purement honorifique puisque la lourde défaite concédée au match aller ne nous laissait plus aucune chance de qualification. Ruiz : Sans hésitation, les deux matches de demi-finales contre le Standard : le 2-2 à Sclessin et le 4-0 à Gentbrugge. Mais j'espère que, mon meilleur moment, je le vivrai dimanche prochain. par daniel devos - photos: reporters