Avant le déplacement au Tivoli, Ole-Martin Aarst avait fait les frais des deux contre-performances successives du Standard devant Lokeren puis Beveren, en cédant sa place à domicile contre l'Antwerp au jeune Jonathan Walasiak!
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Avant le déplacement au Tivoli, Ole-Martin Aarst avait fait les frais des deux contre-performances successives du Standard devant Lokeren puis Beveren, en cédant sa place à domicile contre l'Antwerp au jeune Jonathan Walasiak!Ole-Martin Aarst: L'entraîneur a eu mille fois raison de m'écarter tant j'avais été médiocre. Je pourrais d'ailleurs étendre ce jugement à tout mon début de saison car je n'ai pas encore livré une seule joute valable à ce stade de la compétition. J'éprouve les pires difficultés du monde à retrouver un niveau de jeu acceptable. Et dans les conditions actuelles, je ne pense pas que je verrai le bout du tunnel de sitôt. Car ma méforme n'est pas passagère. Le mal est profond. Je n'éprouve plus les bonnes sensations depuis un bon bout de temps déjà. A quand remonte ce sentiment de mal-être?Au terme de la saison passée. Après une entrée en matière hésitante à Sclessin, j'avais l'impression d'être enfin dans le bon. Les statistiques plaidaient même en ma faveur, puisqu'en seize participations, j'avais inscrit quatorze buts. Eu égard au nombre de minutes de jeu, ma moyenne était supérieure à celle d'Ali Lukunku, Ivica Mornar et Michaël Goossens. Je m'imaginais donc un avenir sous les meilleurs auspices au Standard. Mais il m'a fallu très vite déchanter. Un beau jour, en effet, le manager, Luciano D'onofrio, m'avisa qu'il avait trouvé un terrain d'entente avec les dirigeants du Sporting du Portugal, et que rien ne s'opposait donc à mon passage là-bas,... pour autant que les conditions financières du cercle lisboète m'agréent. Je tombais des nues. J'étais loin de me douter que les bonzes du Standard voulaient se séparer de moi. Honnêtement, j'avais plutôt l'impression que ce sort allait être réservé à Michaël Goossens dont le futur au Standard était entouré d'un point d'interrogation à cette époque. La perspective de jouer à Lisbonne ne m'enchantait pas vraiment. Je n'ai jamais été attiré par le football latin. Au même titre que la plupart des Norvégiens, je suis davantage enthousiasmé par le style de jeu britannique. Mais dès l'instant où les Portugais étaient intéressés par mes services, il eût été sot de ne pas leur prêter une oreille attentive et c'est pourquoi j'ai quand même pris en considération leur proposition. Mais dans la mesure où elle n'était guère intéressante au plan financier, la question ne fut pas approfondie."Le Standard n'a jamais été candidat au titre"Ne craigniez-vous pas que l'on vous tienne rigueur de ce refus?A aucun moment, on ne m'a mis la pression. Il m'était loisible de faire ce que bon me semblait. J'ai eu d'autant plus vite mes apaisements à ce sujet qu'au départ de la campagne de préparation, Michel Preud'homme avait clairement défini qu'il modèlerait sa ligne d'attaque autour de moi. Il croyait dur comme fer en mes possibilités. De mon côté, je ne demandais qu'à confirmer cette impression favorable sur le terrain. Mais ma confiance a été très vite ébranlée. Je ne concevais pas que certains fassent du Standard un candidat au titre alors que le club ne s'était pas donné les moyens de matérialiser cette ambition. Cette réalité fit l'effet d'un autre uppercut. Je m'étais fait la réflexion que cette saison serait enfin celle de la consécration, non seulement pour ce qui me concerne mais aussi pour le Standard. Dès lors, je n'ai pas compris pourquoi les responsables s'étaient séparés à l'intersaison de l'un ou l'autre footballeur qui comptait parmi les pièces-maîtresses, comme Vedran Runje, Daniel Van Buyten ou même Robert Prosinecki. Au début, je me demandais ce que le régisseur croate était venu faire chez nous tant il n'était plus que l'ombre d'un sémillant joueur. Au fil des mois, cependant, il avait repris singulièrement du poil de la bête et terminé l'exercice en force. Je suis persuadé qu'il aurait encore pu nous être utile cette saison, même si nous n'avons pas perdu au change avec Johan Walem. En revanche, je ne comprends absolument pas qu'un club qui nourrit les plus hautes aspirations se soit séparé de coming-men de la trempe des deux autres. Mais la situation du Standard est comparable à celle d'Anderlecht, cette année, en ce sens que les deux clubs ont dû remodeler un tiers de leur équipe. C'est compréhensible dans le cas des Mauves, qui ont accumulé les victoires sur la scène domestique ainsi qu'en en Ligue des Champions et où l'on avait donc de bonnes raisons de monnayer le talent ambiant. Mais cette même démarche n'était pas d'application au Standard, qui court après une consécration majeure depuis bon nombre d'années. Je maintiens qu'avec un ou deux renforts joints à l'effectif de la saison passée, le club eût été en mesure de briguer le titre en 2001-2002. En lieu et place de quoi, au moindre point perdu, on cherche des coupables. Et ce sont toujours les mêmes qui trinquent: Eric Van Meir, Harold Meyssen, Johan Walem et moi. Aussi ai-je de la peine à m'exprimer dans pareil climat. Et je ne vois pas comment m'en sortir. Je nage en plein doute."Le football est devenu une corvée"La rumeur veut que La Gantoise, qui éprouve des problèmes à la finition, aimerait vous récupérer?Il n'y a pas encore eu de réelle démarche en ce sens. Personnellement, je ne serais pas opposé à un retour dans ce club, où j'ai connu mes plus beaux succès. Je crains toutefois que dans la pratique, ce projet n'a guère de chance d'aboutir. Le Standard a payé 110 millions en échange de mes services, et il va de soi qu'il espère récupérer cette mise. Et cette somme n'est pas dans les cordes des Buffalos. A un moment donné, Tromsö, est venu aux nouvelles pour m'embrigader, sur base locative, jusqu'à la fin du championnat, le mois prochain. J'aurais aimé dépanner mon club-formateur en Norvège, mais la direction des Rouches a opposé son veto. C'est regrettable: il m'aurait plu d'aider mes anciennes couleurs, qui pourront difficilement échapper à la descente en D2 à présent. Ces dernières années, il avait tenu le haut du pavé grâce à l'apport de ses attaquants puisque Tore-André Flo, Sigurd Rushfeldt, Rune Lange et moi-même nous étions relayés aux avant-postes. Tromsö a préféré investir dans la construction d'un nouveau stade au lieu d'assurer la continuité sportive et il s'en repent aujourd'hui. L'idéal, à mes yeux, serait pourtant de me ressourcer dans un club qui m'a souri, comme Tromsö ou La Gantoise, avant de rebondir ailleurs. Mais compte tenu des modalités pécuniaires, la meilleure chose que j'aie à faire est de travailler dur et croire en des jours meilleurs à Sclessin. Mais il est dificile de se motiver quand on n'est pas déterminé. Or, je n'ai plus le feu sacré. Pendant vingt ans, le football a toujours été source de plaisir pour moi. Même à Anderlecht, je n'ai pas le souvenir de m'être rendu un jour à contre-coeur à l'entraînement. Or cette sensation-là, je l'éprouve à présent. Je ne trouve plus la moindre satisfaction dans ce que je fais. Pour la toute première fois de ma vie, le football s'assimile pour moi à une véritable corvée. Ce n'est pas réjouissant, évidemment. Aussi aimerais-je sortir de cette impasse. Et le plus tôt sera le mieux. Mais je ne sais pas comment. J'en suis arrivé à une situation où j'ai carrément envie de tout plaquer et de rentrer au pays, quitte à faire une croix sur le football. S'il n'y a pas d'issue pour moi, je n'exclus pas cette éventualité en tout cas."Je vaux plus que ce que je montre"Ne serait-ce pas du gâchis? A 27 ans, vos plus belles années ne font théoriquement que commencer.Je sais. Mais si le football ne me procure plus la moindre joie, pourquoi insister? Durant ma carrière, je me suis constitué un petit bas de laine. Il devrait me permettre, tôt ou tard, de me lancer dans une nouvelle vie. En principe, je l'aurais embrassée à l'âge de 35 ans, après avoir bouclé la boucle à Tromsö, comme j'en ai toujours manifesté l'intention. Mais si je suis obligé de mettre prématurément un terme à ma trajectoire dans le monde du football, je le ferai. Je me rends fort bien compte que je vaux nettement plus que ce que j'ai montré cette saison. Malheureusement, un joueur reste toujours tributaire des circonstances. A Gand, toutes les conditions étaient réunies pour que je m'exprime vraiment de manière idéale. Et je ne pense pas avoir démérité là-bas. L'entraîneur, le système de jeu: tout y était conçu pour moi. Et je n'étais pas le seul dans le cas. Ce n'est pas un hasard si quelques-uns ont évolué à un niveau exceptionnel. Je songe à Tarek Kharif, par exemple, qui était mon pourvoyeur attitré, avec Gunther Schepens, dans le 4-3-3 cher à Trond Sollied. Il a suffi que le coach s'en aille pour qu'ils ne s'expriment soudain plus de la même façon: le premier joue au FC Liège, aujourd'hui, alors qu'il a largement sa place parmi l'élite, tandis que le second est souvent réserviste chez les Buffalos. Comme quoi ce ne sont pas tant leurs qualités que le mode d'expression de l'équipe qui est en cause."Avec Sollied, j'aurais continué sur ma lancée"Où en seriez-vous, aujourd'hui, si vous aviez accompagné Trond Sollied au Club Brugeois?J'aurais continué sur la même voie qu'à La Gantoise: en inscrivant des goals. Je ne prétends pas que j'aurais encore été meilleur buteur du championnat, comme en 1998-1999. Mais je me serais retrouvé aux premières loges. Aujourd'hui, j'envie Rune Lange. Car je sais mieux que quiconque à quel point c'est grisant d'oeuvrer sous la houlette de Sollied. Personnellement, je n'ai à aucun moment douté de la réussite, en Belgique, de mon ancien coéquipier à Tromsö. Par rapport à moi, il a eu la chance de travailler avec un coach qui avait une confiance aveugle en lui et qui l'a maintenu dans son équipe de base contre vents et marées. Aujourd'hui, le Club, Sollied et Lange recueillent les dividendes: on ne se pose plus la question de savoir si mon copain sait jouer au football mais plutôt combien de buts il empile à chaque match. Ce crédit-là est important pour un footballeur. Et moi, je ne l'ai jamais vécu qu'avec mon ex-entraîneur à La Gantoise. C'est peut-être bizarre à dire mais depuis que je suis actif dans ce pays, il n'y a que chez les Buffalos que tout était fonction de l'équipe et non de l'adversaire. A Anderlecht, avec René Vandereycken et au Standard, avec Tomislav Ivic, il était toujours plus question des forces de l'adversaire que du potentiel de l'effectif. Avouez que c'est le monde à l'envers: un sans-grade jouant réellement sans arrière-pensées...Rune Lange est-il votre copie conforme?Pas tout à fait. Je suis gaucher alors que lui est droitier. Il a aussi un meilleur jeu de tête que moi, mais je suis, peut-être, un peu plus habile que lui sur des reprises de volée. Pour le reste, nous sommes tous deux des target-men qui donnons le meilleur de nous-mêmes dans un système où nous sommes flanqués de deux joueurs. J'ai joué six mois avec lui à Tromsö et nous nous entendions comme larrons en foire sur la pelouse. Il me tarde de le saluer lors de Bruges-Standard, début décembre. Mais je ne sais pas si nous serons adversaires ce jour-là. Je vis au jour le jour et en cinq semaines, pas mal de choses peuvent se produire. Rester au Standard, partir, mettre un terme à ma carrière: je n'exclus absolument rien.Bruno Govers