Il y a une dizaine de jours, à l'occasion du déplacement au Cercle Bruges, le coach du FC Brussels, Albert Cartier, avait retiré du jeu le flanc gauche, Musaba Selemani, après une demi-heure de jeu à peine. Une mesure plutôt rarissime dans le chef du technicien français, qui indique à suffisance combien Musa était à côté de ses pompes dans cette partie. Un jour sans, comme d'autres encore, cette saison, dans le cadre d'une visite au Lierse ou d'une rencontre à domicile contre Westerlo, par exemple, qui contrastent singulièrement avec des prestations sans taches. Tel ce duel d'anthologie que le joueur avait livré face à Sergio Conceiçao au stade Edmond Machtens au mois de novembre passé.
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Il y a une dizaine de jours, à l'occasion du déplacement au Cercle Bruges, le coach du FC Brussels, Albert Cartier, avait retiré du jeu le flanc gauche, Musaba Selemani, après une demi-heure de jeu à peine. Une mesure plutôt rarissime dans le chef du technicien français, qui indique à suffisance combien Musa était à côté de ses pompes dans cette partie. Un jour sans, comme d'autres encore, cette saison, dans le cadre d'une visite au Lierse ou d'une rencontre à domicile contre Westerlo, par exemple, qui contrastent singulièrement avec des prestations sans taches. Tel ce duel d'anthologie que le joueur avait livré face à Sergio Conceiçao au stade Edmond Machtens au mois de novembre passé. " Avec lui, on est agréablement surpris ou amèrement déçu ", observe son homme de confiance, José De Medina. " Quand j'étais allé en repérage au Burundi, en 2002, je me souviens qu'il avait dû s'y reprendre à trois reprises pour me convaincre. Pourtant, sur place, tout le monde ne jurait que par lui ". Un manque de constance qui explique pourquoi ses copains, Mémé Tchité et Saïd Makasi l'avaient tous deux précédé en Belgique alors qu'il aurait dû, en principe, leur brûler la politesse. Trois ans après, il est toujours un peu à la traîne : le premier a fait son trou au Standard tandis que le second est une valeur sûre à Sakaryaspor, en Turquie, après avoir joué au Brussels. " Nous avons grandi ensemble à Nyakabiga, un quartier de Bujumbura, la capitale du Burundi ", se souvient Musa. " Mémé y fréquentait la même école que moi. Un jour, pour les besoins d'une compétition interscolaire, nous avons été visionnés par un scout du FC Prince Louis, l'un des grands clubs de la ville avec le Vital'O. A 15 et 16 ans - car Mémé accuse une année de plus que moi - nous y avons fait nos débuts au plus haut niveau. Mémé occupait déjà sa place actuelle, à la pointe de l'attaque, tandis que moi, j'étais son pourvoyeur attitré. Ensemble, nous avons été à la base d'une vingtaine de buts. Quelques mois seulement après notre entrée en matière, le club était couronné champion devant le FC Inter. On pouvait difficilement rêver meilleurs débuts ". Le football ne payait malheureusement pas son homme, au pays. Et l'argent, c'est ce qui manquait dans une famille de trois enfants ( Musa a deux frères, Bakari et Djuma, âgés de 18 et 15 ans aujourd'hui) dont le papa, malade, était en traitement à ce moment-là à Kigali, la capitale de l'Etat voisin, le Rwanda. Aussi, lorsque le PVK, club local, lui proposa de monnayer son talent, Musa passa de l'autre côté de la frontière. Mais il ne resta que quelques mois dans son nouvel environnement. Le 24 décembre 2001, son père, Rajabou, rendit son dernier souffle à l'hôpital après des mois de souffrance. Du coup, plus rien ne le retenait à Kigali, pas même le football. " Ce fut le Noël la plus atroce de ma vie ", se remémore-t-il. " Ma seule réelle consolation, est d'être resté avec mon paternel et de l'avoir soutenu jusqu'au bout. Par la suite, je n'ai plus eu qu'une seule envie : retourner auprès de ma mère et de mes petits frères. Les dirigeants l'ont parfaitement compris et je suis revenu au FC Prince Louis. Pendant mon absence, le club avait dû abandonner le titre à Muzinga, un autre cercle de la capitale. Mémé était parti entre-temps. Il avait aussi voulu tenter sa chance au Rwanda, au Victory Sport de Mukura. Mais il a rebroussé chemin lui aussi et nous avons une nouvelle fois mené l'équipe au titre ". En 2003, Musa met le cap sur la Belgique, où il aboutit immédiatement au FC Brussels. L'entraîneur, Harm van Veldhoven, en pleine période de préparation, ne se dit pas convaincu, a priori, par les qualités du joueur. Sa période d'essai est toutefois prolongée de deux jours. Le vendredi, à l'heure du jugement définitif, le Belgo-Hollandais est toujours aussi mitigé. Contrairement au big boss, Johan Vermeersch, qui se prononce d'emblée en faveur d'un contrat de trois ans, prolongé dans l'intervalle jusqu'en 2008. " J'arrive au bout du premier volet avec de bonnes sensations ", explique Musa. " La première année était celle de l'apprentissage. J'ai ouvert les yeux et appris beaucoup au contact d'un football tout neuf pour moi. La saison passée, sous les ordres d' Emilio Ferrera, j'ai progressé d'un cran en devenant un joker. Et même un supersub, par moments. Comme au Standard, où j'avais eu la satisfaction de sceller notre victoire 1-3 en paraphant le dernier but. Cette année, j'ai fait mieux encore, en bénéficiant de plus de temps de jeu et, surtout, de titularisations. A présent, mon objectif est d'arriver à un statut de titulaire à part entière. Ici ou ailleurs ". Mis à toutes les sauces, tantôt en pointe contre Anderlecht, tantôt à gauche dans la ligne médiane, tantôt encore au back sur le même flanc, c'est dans cette attribution que Musa a probablement réalisé ses meilleures prestations. Sans parvenir, pour autant, à déloger Zoltan Petö, réalisateur, ô ironie, du but de la victoire à l'occasion du dernier déplacement des Rouge/Noir/Blanc au Cercle Bruges. Deux joueurs, par ailleurs, qui se retrouvent, parmi d'autres, sur la liste des éléments qui doivent prouver, d'ici la fin de la compétition, qu'ils ont toujours un avenir à la rue Malis... " Au cours du récent mercato, Courtrai est venu aux nouvelles ", avance-t-il. " La direction était disposée à me louer temporairement afin que je joue plus régulièrement. Manu Ferrera, l'entraîneur du Kavé me promettait même une place d'incontournable mais je me sens proche du but en D1. Aussi, le moment ne me semble-t-il pas opportun de faire un pas en arrière, même de manière passagère. J'ai encore une demi-douzaine de rencontres pour prouver ma valeur. Si je n'avais pas été jugé bon ou prometteur, je présume que le président Johan Vermeersch ne m'aurait pas demandé de rempiler pour deux ans. La seule chose qu'il me reste à faire, c'est travailler et m'inspirer de mes modèles. Comme Patrice Evra, qui s'est épanoui à l'AS Monaco avant de rallier Manchester United, mon club favori avec le Barça ". Musa s'en tiendra toujours aux Red Devils anglais, c'est sûr. Car leur version belge est tout simplement hors d'atteinte pour lui. En cause, un match qu'il a disputé avec l'équipe nationale du Burundi face à l'Afrique du Sud à Bloemfontein. Cette ambition, par contre, son pote Mémé peut toujours la nourrir, lui qui n'a jamais joué en sélection et qui, suite à sa récente demande de naturalisation, pourrait défendre les intérêts de la Belgique. " Je me suis rangé à l'idée que nous n'évoluerons jamais ensemble sous les couleurs d'une même nation ", avoue-t-il. " Mais on se rattrapera un jour, lui et moi, en nous illustrant à nouveau tôt ou tard dans la même équipe. Reste à savoir quand et où. Mais on y arrivera, c'est certain ". BRUNO GOVERS