On dirait que le destin ne grée aucun succès en cyclisme à Marc Coucke, le CEO d'Omega Pharma. Une fameuse gueule de bois succède à l'euphorie des victoires. Cela avait déjà été le cas après le titre mondial de Cadel Evans, qui avait quitté sa formation un mois plus tard. Les lendemains des succès de Philippe Gilbert sont tout aussi amers. La Loterie nationale, co-sponsor, ne veut plus rester dans le giron d'Omega Pharma. Coucke va donc devoir combler un déficit de 4,5 millions sur un budget total de 9,8 millions, alors que la valeur marchan...

On dirait que le destin ne grée aucun succès en cyclisme à Marc Coucke, le CEO d'Omega Pharma. Une fameuse gueule de bois succède à l'euphorie des victoires. Cela avait déjà été le cas après le titre mondial de Cadel Evans, qui avait quitté sa formation un mois plus tard. Les lendemains des succès de Philippe Gilbert sont tout aussi amers. La Loterie nationale, co-sponsor, ne veut plus rester dans le giron d'Omega Pharma. Coucke va donc devoir combler un déficit de 4,5 millions sur un budget total de 9,8 millions, alors que la valeur marchande de Gilbert est désormais estimée à 2,7 millions. Or, dans ce sport ravagé par les scandales du dopage, les investisseurs ne sont plus légion. Il ne sera pas plus évident pour la Loterie Nationale de convaincre Gilbert d'opter pour sa nouvelle équipe. L'Ardennais n'a changé qu'une seule fois d'employeur durant sa carrière pro : fin 2008, il a quitté la Française des Jeux pour la formation de Coucke. Pendant des mois, il s'en est plaint, jurant ne plus jamais se lancer à l'aventure. La future équipe Lotto n'est encore nulle part. On n'a même pas encore posé la première pierre. Tous les grands noms de l'équipe actuelle, à l'exception de Jürgen Roelandts, sont sous contrat chez Omega Pharma. Les juristes devront déterminer dans quelle mesure ces contrats lient les coureurs mais l'entreprise pharmaceutique a un autre atout : c'est elle qui est propriétaire de la licence World Tour de l'UCI, la Ligue des Champions du cyclisme. Chez Lotto, Gilbert risquerait de se retrouver dans une équipe pro continentale. Or, en D2, on dépend des wildcards pour les courses les plus importantes. Ainsi, si Gilbert ratait la Vuelta l'année prochaine, il galvauderait ses chances au Mondial de Valkenburg. Or, il est peu probable que l'UCI, qui prône la mondialisation du cyclisme, accorde une troisième licence à la Belgique, d'autant que le World Tour est avant tout destiné aux équipes et aux sponsors possédant des intérêts dans le monde entier alors que Lotto veut jouer la carte nationale. Le marché belge est depuis toujours le terreau de la Loterie tandis qu'Omega Pharma a des aspirations plus internationales. Les deux partenaires ont toujours trouvé des compromis à leurs ambitions contradictoires, jusqu'à présent. Maintenant, il semble qu'elles soient devenues inconciliables. Lotto est las du hautain Coucke, qui s'octroie le mérite de tous les succès, s'est gagné les grâces de la presse populaire et considère l'augmentation de la valeur marchande de Gilbert comme un problème de luxe. Lotto préfère donc se glisser dans le rôle d' Alexander De Croo, quitte à ce qu'on lui reproche d'avoir débranché la prise. Patrick Lefevere serait inhumain si la situation actuelle ne lui procurait pas un malin plaisir. Son équipe Quick-Step a été larguée par Omega Pharma-Lotto ces derniers mois et voilà que son concurrent se retranche de lui-même derrière ses frontières nationales. Si Lefevere parvenait à embaucher Gilbert, son bonheur serait complet. BENEDICT VANCLOOSTER