Le championnat de D1, ce n'est pas de la petite bière. A la fin de la cuvée 2005-2006, Beveren apprécia la mousse quatre minutes avant le terme de la 34e et dernière tournée générale. Le but de Mohammed Diallo ressemblait à une Duvel, cette merveille des maîtres de l'orge belge qui mûrit près de Willebroek où habite Edy De Bolle, T2 bruxellois de Beveren.
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Le championnat de D1, ce n'est pas de la petite bière. A la fin de la cuvée 2005-2006, Beveren apprécia la mousse quatre minutes avant le terme de la 34e et dernière tournée générale. Le but de Mohammed Diallo ressemblait à une Duvel, cette merveille des maîtres de l'orge belge qui mûrit près de Willebroek où habite Edy De Bolle, T2 bruxellois de Beveren. A 57 ans, cet ex-joueur d'Anderlecht, de l'Union, de La Louvière, du RWDM et d'Alost a trouvé dans les méandres de l'Escaut le calme qui fut tant utile à un Beveren dans le coma après la mise à l'écart de Vincent Dufour. De Bolle aurait pu céder à la griserie après avoir entraîné les Cadets d'Anderlecht, l'US Centre, Binche, les Francs Borains, les jeunes du RWDM. " Non, non... ", dit-il. " Dès le début de ma mission, j'ai dit au président de Beveren que c'était un dépannage. Je n'ai jamais changé d'avis, même pas quand la fête a éclaté après le sauvetage. J'ai vécu pas mal de choses positives au cours de ma carrière de joueur mais je n'ai jamais été aussi ému. Je ne trouve pas les mots pour raconter cette joie si profonde. J'étais heureux pour Beveren, pour les supporters et surtout pour les joueurs ivoiriens qui ont tant apporté à la D1. Ils ont élevé le niveau technique de l'élite, apporté du positif au football belge. Une chute en D2 aurait constitué une cata. Ils ne voulaient pas prendre part au tour final et avaient déjà réservé leurs billets d'avion afin de rentrer chez eux. Avant le but de Diallo, je me suis demandé mille fois comment j'allais leur demander d'annuler leurs réservations. J'ai songé aussi aux employés du club. En tant qu'adjoint, j'avais toujours été proche des joueurs et des personnes qui travaillent au quotidien à Beveren : en cas d'échec de ma mission, beaucoup auraient perdu leur job. C'était un poids trop lourd pour moi. Je suis très sensible et je n'en dormais plus la nuit. Je me réveillais afin de penser à tout cela ou pour noter l'une ou l'autre chose que je ne pouvais pas oublier. J'étais dans un état de tension permanente et cela ne collait pas avec ma façon de voir la vie ". " Pour bien fonctionner, être en harmonie avec les miens, j'ai besoin de sérénité. J'étais à fond dans mon trip et ma femme, heureusement, a vécu cela avec plus de détachement et de calme. Elle m'a aidé à tenir le coup. Mais je suis conscient que les satisfactions sont éphémères autour des terrains de foot. Sans le savoir, j'ai peut-être voulu préserver pour toujours la joie de cette réussite. J'ai prouvé aux patrons de Beveren, où je suis T2 depuis 2000, que mon travail était payant. Quand Dufour est parti, l'équipe venait de récolter 2 points sur 27. J'ai prôné le 3-5-2, plus de réalisme, une présence enfin performante à la finition. C'était un changement de culture car le seul souci de Beveren, baigné dans la magnifique philosophie offensive et technique de Jean-Marc Guillou, était de bien jouer au football. Le reste, c'était de la connerie. Pour lui, on ne pouvait gagner que par le beau jeu. Etant moi-même un amateur de ce jeu-là, j'ai adoré. Guillou avait les mêmes idées que Pierre Sinibaldi qui façonna le grand Anderlecht des années 60. Mais notre noyau vendait régulièrement ses joyaux et ne pouvait plus tout consacrer à la technique. Les joueurs me disant : -Coach Edy, ça ira... Nous y sommes arrivés mais ce fut juste ". Après avoir approché Jos Daerden et Johan Boskamp, Beveren confia son groupe à Walter Meeuws et De Bolle a retrouvé sa place d'adjoint. " Avec l'apport de Laurent Macquet, David Van Hoyweghen et Ivan Bozic, entre autres, Meeuws tente de réaliser un nouveau mix et d'apporter de la taille, du poids et des notes concrètes à nos richesses africaines. C'est un beau défi et Beveren a les moyens de le relever. A son retour de la Coupe du Monde, Copa m'a offert une photo dédicacée par les six internationaux ivoiriens avec qui j'ai bossé à Beveren. Cela m'a touché : avec ce cadeau, tout est dit "... PIERRE BILIC