Fataliste, Philippe Montanier l'était déjà à la veille des fêtes de fin d'année. Le dimanche 20 décembre, au sortir de la déculottée mouscronnoise (0-1) et de ses obligations médiatiques, le Français avait pris la porte une première fois. Au sens propre du terme. Il est 21h30 ce soir-là quand Montanier décide de couper court à une soirée qui sent le sapin et de rentrer chez lui sans passer par la case direction. Résigné sans doute sur le sort qui l'attendait déjà. C'était avant d'être rappelé par Alexandre Grosjean, directeur général du Standard, et Benjamin Nicaise, son directeur sportif, que l'entraîneur français allait finalement rejoindre dans une loge de la Tribune 1. Deux heures plus tôt, au même endroit, et à la mi-temps d'un match à l'issue encore incertaine, mais tellement prévisible, Bruno Venanzi avait lui choisi de s'entretenir avec Michel Preud'homme. Un échange et une question: MPH accepterait-il de replonger les mains dans le cambouis en cas de départ forcé de Philippe Montanier?
...

Fataliste, Philippe Montanier l'était déjà à la veille des fêtes de fin d'année. Le dimanche 20 décembre, au sortir de la déculottée mouscronnoise (0-1) et de ses obligations médiatiques, le Français avait pris la porte une première fois. Au sens propre du terme. Il est 21h30 ce soir-là quand Montanier décide de couper court à une soirée qui sent le sapin et de rentrer chez lui sans passer par la case direction. Résigné sans doute sur le sort qui l'attendait déjà. C'était avant d'être rappelé par Alexandre Grosjean, directeur général du Standard, et Benjamin Nicaise, son directeur sportif, que l'entraîneur français allait finalement rejoindre dans une loge de la Tribune 1. Deux heures plus tôt, au même endroit, et à la mi-temps d'un match à l'issue encore incertaine, mais tellement prévisible, Bruno Venanzi avait lui choisi de s'entretenir avec Michel Preud'homme. Un échange et une question: MPH accepterait-il de replonger les mains dans le cambouis en cas de départ forcé de Philippe Montanier? Au fond de lui-même, le président liégeois doit se douter de la réponse. Au fond, il doit aussi savoir que ce ne serait même pas là la solution à tous ses problèmes. Si Bruno Venanzi en est à sonder la faisabilité de faire revenir comme T1 un homme qui avouait publiquement six mois plus tôt être usé par le poste depuis toutes ces années, et qui a refusé ces dernières semaines ce même type de propositions de la part de Gand et du FC Nantes, c'est parce qu'il a la désagréable impression d'être coincé. Financièrement, sportivement, humainement. Fatigué aussi, il n'assistera pas à la conversation entre Nicaise, Grosjean et le fusible Montanier. Ces palabres-là dureront près de deux heures. Un débriefing à chaud d'une situation explosive qui amènera finalement à l'inéluctable, six jours plus tard. Entre-temps pourtant, Philippe Montanier avait fait mine d'y croire. Vendredi, à la veille de la réception de Saint-Trond, en conférence de presse, le Français avoue avoir été surpris par le discours de ses dirigeants. Il vante alors les valeurs d'un président passionné. Comme un mis à mort qui se voudrait souriant jusqu'au bout. Touchant, symbolique aussi d'une situation qui n'amuse personne en haut lieu. Décalage complet au même moment avec un Thomas Tuchel, dont le PSG ne voulait plus, et un géant d'Europe qui n'aura, lui, même pas attendu l'ultime faux pas. Dans le rôle du bourreau, Alexandre Grosjean n'a d'ailleurs pas grand-chose d'un Leonardo. Le Brésilien, souvent décrit comme un stratège distingué en apparence, serait un manipulateur égocentré dans l'intimité. À la telenovela parisienne, le Standard d'Alexandre Grosjean a préféré son limogeage le plus lisse de ces dernières années. Peut-être parce que Philippe Montanier n'a jamais dû faire avec un stade plein d'amertume. Peut-être aussi parce que jusqu'au bout, le Français a préservé le dialogue avec sa direction. Cela n'empêchait pas certains, en off, de se montrer incrédules ces derniers jours par rapport à l'attitude d'un coach qui a vanté la gestion humaine d'une direction pourtant restée étonnement silencieuse au coeur de la crise. La preuve pour un ancien de la maison que "pour Venanzi, tu es un numéro de dossier. Tout le monde le sait au Standard. Et quand il en a fini avec toi, il referme le dossier. Ça marche aussi avec le citron. Quand il l'a pressé, il n'en a plus rien à faire. Si Montanier n'a pas compris ça, c'est qu'il est bien naïf." Ou qu'il n'avait lui aussi plus le jus. En vrai, crédule ou pas, après la défaite contre Saint-Trond, Philippe Montanier n'a pas dû en vouloir longtemps à ce président qu'il pensait de son côté. Parce qu'il y a des bilans qui ne se défendent pas et que celui du Français ne méritait plus aucune plaidoirie. Avec quatre points récoltés sur les 24 derniers mis en jeu, les troupes de Montanier se sont d'ailleurs dangereusement rapprochées du pire bilan de ces dernières années, qui remonte au début de la saison 2015-2016 quand la combinaison de deux entraîneurs ( Slavoljub Muslin puis Yannick Ferrera), entrecoupée d'un intérim ( Eric Deflandre), avait accouché d'un bulletin famélique de deux points sur 24. Aux petits jeux impossibles des comparaisons, la direction actuelle se projetait sans doute plus sur la saison 2017-2018. Comme l'actuelle, le cru de Ricardo Sa Pinto avait longtemps ressemblé aux montagnes russes. Alors, un temps et comme à l'époque, les décideurs liégeois se sont peut-être dit que c'est en maintenant leur confiance dans le coach en place qu'ils avaient les meilleures chances de finir par récolter les fruits de leur travail estival. De ce printemps passé à screener le profil absolu dans les moindres détails. Un temps envisagé, René Weiler, au profil tactique similaire à Philippe Montanier, est rapidement écarté de la course au poste par peur que son caractère et la froideur de sa communication ne trouvent pas d'écho au sein de l'institution Standard. L'autre profil auquel la direction pense un temps est Brian Priske. Choix numéro un de Michel Preud'homme à l'époque, le Danois, passé par Bruges et Genk comme joueur, est lui jugé trop cher en rapport à son manque relatif d'expérience au plus haut niveau en tant que coach. Cela ne fait pas de Philippe Montanier le choix du pauvre ou d'une minorité pour autant. Salué par tous, le Français est très vite vu comme l'homme de la situation, le stratège capable de faire travailler un noyau inchangé pendant la trêve sur ses défauts apparus avec insistance à la fin de l'ère Michel Preud'homme. C'est notamment parce qu'il convainc les têtes pensantes liégeoises de sa capacité à rendre les Rouches meilleurs défensivement, plus forts sur phases arrêtés et intraitables en reconversions offensives que Philippe Montanier devient rapidement une évidence. Près de sept mois plus tard, on dit aujourd'hui que c'est parce qu'il ne travaillait jamais le jeu de possession à l'entraînement et qu'il était trop centré sur l'organisation et la vitesse des reconversions que le Standard était devenu une équipe sans âme. Montanier serait ainsi mort avec ses idées, en enfonçant le clou jusqu'à ce qu'il disparaisse. Une épreuve où le coup de grâce marque toujours la fin du jeu, mais où celui qui frappe en dernier est censé repartir avec les lauriers. Le problème, c'est qu'ici, Philippe Montanier a joué tout seul. S'il est publiquement soutenu par son groupe jusqu'à la fin, le Français ne bénéficie pas de la même cote que Ricardo Sa Pinto il y a trois ans. À l'époque, si le Portugais avait résisté aux vents contraires de la fin d'année, c'est parce que la direction savait son entraîneur soutenu par les cadres de son vestiaire. Pour les mêmes raisons, et quand les cadres du noyau avaient crié leur ras-le-bol, Yannick Ferrera n'avait pas survécu en septembre 2016. On dit aujourd'hui que les décideurs actuels n'ont pas toujours eux-mêmes facile à prendre le pouls de leur vestiaire. Dans ces cas-là, c'est en conférence de presse que se passent les communications de service. La voix rauque, Arnaud Bodart était visiblement touché au premier degré quand il avait dû défendre celui qui était encore son coach après la défaite contre Mouscron, le 20 décembre "On est avec lui", avait lâché, convaincant, le dernier rempart liégeois, épaulé de son capitaine d'un soir Samuel Bastien. "On forme un groupe, une équipe. (...) Ce n'est pas en changeant de coach que ça va aller mieux. En début de saison, peu importait le système, peu importait les joueurs, ça allait. C'est donc aujourd'hui à nous de nous regarder dans la glace. Le coach fait son max, il met l'équipe la plus correcte. Ensemble, on va se sortir de la crise." Les mots, ramassés mais soigneusement choisis, n'auront pas solutionné les maux, trop nombreux, ceux-là. Les mauvaises langues diront ce soir-là que les joueurs, avertis pour certains dès avant la réception de Mouscron qu'en cas de limogeage de Montanier, le plus probable était de voir rebondir Michel Preud'homme, avaient surtout voulu rendre caduque la possibilité d'un retour de leur ancien coach. En 2021, Michel Preud'homme n'aurait ainsi plus l'aura du sauveur. Ce dont certains joueurs étaient convaincus depuis un temps, la direction l'aura finalement appris de visu. En semaine, les banderoles déployées par les Ultras liégeois aux grilles de Sclessin étaient en cela des plus explicites. "Venanzi: bien s'entourer est un art que tu ne maîtrises pas!". Ou, plus catégorique encore: " MPH-Nicaise-Bayat: reprenez vos chèvres et cassez-vous!" Encore ciblé par les supporters, Mogi Bayat aurait pourtant perdu de son influence ces derniers mois sur le recrutement liégeois, en même temps que Michel Preud'homme avait choisi de prendre du recul sur les affaires courantes. À l'heure d'écrire ces lignes, cela n'empêchait pas encore d'imaginer un come-back du Preud'homme entraîneur, mais l'envisager dans un rôle de T1 tout puissant à l'ancienne relèverait par contre du running gag pour une direction qui sait maintenant que l'ancien pompier de service a perdu une partie de sa superbe auprès du public. Le voir revenir s'agiter sur les bancs de Pro League serait dès lors surprenant. À moins d'intervenir en sous-main, dans un rôle que les gendres pétrifiés ont hier défini comme celui de belle-mère. D'un Mbaye Leye, souvent cité, ou d'un autre novice encore? L'avantage, c'est que si les résultats venaient à ne pas s'arranger tout de suite, MPH ne serait pas considéré comme directement responsable. Dans le cas contraire, l'homme qui a ramené le titre à Sclessin il y a douze ans, pourrait rêver d'une dernière fois tenter d'arrondir son image. Celle qui avait fini par jouer des tours à un Philippe Montanier décrit par certains supporters comme hautain. Une rengaine trop souvent connue dans un pays qui laisse peu de chances à ses frontaliers venus d'outre-Quiévrain. Parce qu'il s'exprimait dans un français léché, le Normand a fini par agacer. Pour la quatrième fois en cinq ans, Philippe Montanier est, après Rennes (janvier 2016), Nottingham Forest (janvier 2017) et Lens (février 2020) contraint d'entamer une nouvelle année par un énième défi. À Liège, le Standard s'est séparé d'un homme, mais pas de ses problèmes.