À l'école, des enseignants avaient dit à Lewis Hamilton qu'il ne ferait jamais rien de bon. Une remarque qu'il n'a jamais oubliée. Le Britannique a toujours eu énormément confiance en lui et il savait qu'il deviendrait pilote de Formule 1. Depuis son premier Grand Prix, le 10 juin 2007 au Canada, il s'est forgé un palmarès impressionnant.
...

À l'école, des enseignants avaient dit à Lewis Hamilton qu'il ne ferait jamais rien de bon. Une remarque qu'il n'a jamais oubliée. Le Britannique a toujours eu énormément confiance en lui et il savait qu'il deviendrait pilote de Formule 1. Depuis son premier Grand Prix, le 10 juin 2007 au Canada, il s'est forgé un palmarès impressionnant. À l'heure actuelle, il compte 67 victoires et 76 pole positions. En onze ans, il a été quatre fois champion du monde. Et il en veut encore plus, même s'il regrette les circuits difficiles qui, selon lui, exigeaient beaucoup plus des pilotes et sur lesquels chaque erreur se payait impitoyablement cash. Après une courte pause, la saison de Formule 1 reprend dimanche avec le Grand Prix de Belgique. Hamilton s'est imposé à trois reprises sur le circuit de Spa-Francorchamps (7,004 km). Cette saison, il compte déjà cinq victoires au compteur. Et 24 points d'avance sur Sebastian Vettel au classement du championnat du monde. Lewis Hamilton : " J'aime ce sport. Je trouve que travailler en équipe pour permettre à une voiture de gagner, c'est beau. Pour moi, le défi consiste à m'adapter chaque année à tous les changements de règlement, en matière de pneus, de moteur ou de châssis. Et comme un pilote F1 ne peut pas être individualiste, il faut aussi soigner les relations au sein de l'équipe. Ici aussi, on peut dire que ça évolue sans cesse et ça, c'est excitant. " Mais ce sont des choses auxquelles vous êtes habitué : c'est votre douzième saison en F1, vous connaissez tous les circuits par coeur et le déroulement des Grands Prix est souvent identique. N'est-ce pas un peu monotone ? LEWIS HAMILTON : C'est vrai que pas mal de choses se répètent, même si on change à chaque fois de pays. Mais n'est-ce pas la même chose dans chaque métier ? Nous sommes à la moitié de la saison, douze Grands Prix ont eu lieu et il en reste neuf. Nous en avons gagné cinq et nous voulons en ajouter d'autres. Nous luttons pour le titre et nous ne savons pas à quelle place nous terminerons. C'est ça qui nous aide à rester affûtés. C'est pour ça qu'on travaille dur, que toute l'équipe y met beaucoup d'énergie. C'est donc tout sauf monotone. On parle beaucoup de votre passion pour la musique, de votre vie dans la jet-set. On a l'impression que vous êtes toujours en route. C'est quelque chose dont vous avez besoin pour vous détendre ? HAMILTON : J'ai beaucoup d'énergie. Ma vie ne peut pas se limiter à rouler et à penser à la course du matin au soir. Je comprends que certaines personnes ont besoin de repos après une journée du travail mais moi je dois sortir, rester actif, découvrir d'autres villes, par exemple. Je veux voir comment les gens qui font d'autres métiers travaillent et pensent, que ce soit dans le domaine de la musique ou dans celui de la mode. J'ai toujours tenté de comprendre les autres cultures, ça m'enrichit. Des gens comme Michael Schumacher ou Fernando Alonso cherchaient toujours la compétition, même loin des circuits. Que ce soit à moto ou à vélo, ils voulaient toujours faire leurs preuves. Pas vous ? HAMILTON : Absolument pas. J'aime la course, j'aime savoir qui est le plus rapide mais ça se limite à la Formule 1. Tout ça parce que je veux tendre à la perfection. Il y a des choses qui m'ont motivé, des choses que j'ai vécues lorsque j'étais encore très jeune. À quoi pensez-vous ? HAMILTON : Aux voix sombres qui voulaient me voir échouer. Aux enseignants qui me disaient que je ne ferais jamais rien de bon. Je ne les ai pas oubliés. Je suis sûr qu'aujourd'hui, ils racontent à tout le monde qu'ils m'ont aidé. Certaines personnes sont comme ça : elles oublient vite. Mais leur négativisme m'a donné du courage. Je suis comme ça : tout ce qui est négatif, je le transforme en énergie. Les gens qui tendent à la perfection trébuchent souvent. Combien de temps tiendrez-vous encore le coup ? HAMILTON : Personne n'est parfait. Quand on tend à la perfection, on apprend beaucoup sur soi-même. Et j'aime ça. Vous admirez le triple champion du monde Ayrton Senna, décédé en course le 1er mai 1994 à Imola. D'autres coureurs vous ont-ils impressionné ? HAMILTON : Certainement. Juan Manuel Fangio ( quintuple champion du monde argentin, décédé en 1995 à l'âge de 84 ans, ndlr), un des meilleurs pilotes de sa génération. Ce qu'il a fait et, surtout, les risques qu'il a pris, c'était vraiment impressionnant. Je n'en sais pas beaucoup sur lui et je ne l'ai jamais rencontré mais quand on voit la vitesse que ces voitures atteignaient à l'époque, c'est fascinant. Mais Michael Schumacher a décroché plus de titres que Fangio. Il a remporté 91 Grands Prix, votre compteur est à 67. Il a été sept fois champion du monde alors que vous tentez de l'être pour la cinquième fois. Vous espérez faire un jour aussi bien ? HAMILTON : Non, ce n'est pas mon objectif. Les records ne m'ont jamais obsédé. Vous avez prolongé chez Mercedes jusqu'en 2020. Cela veut dire encore au moins 50 Grands Prix. Il y a donc de fortes chances que vous en gagniez plus de 91. Vous n'y pensez vraiment pas ? HAMILTON : Non, vraiment pas. Et ce n'est pas la raison pour laquelle j'ai prolongé. Je me sens très bien chez Mercedes. Ce team, c'est comme ma famille. On poursuit donc notre collaboration dans le but de remporter le plus de courses possibles. Mais je ne sais même pas si je serai encore là dans deux ans. J'ai 33 ans, je ne peux pas prévoir comment sera ma vie dans deux ans. J'aurai peut-être une famille ou un enfant. Ou peut-être que je vivrai quelque chose d'autre de très intéressant. Mais en ce moment, c'est toujours la Formule 1 qui compte et, en ce sens, cette prolongation de contrat est un jalon. Pourquoi ? HAMILTON : Cela fait vingt ans que je suis chez Mercedes. C'est énorme. L'ambiance y est plus familiale qu'au sein de n'importe quelle autre équipe de F1. Pour moi, c'est quelque chose de très spécial. Je trouve formidable qu'un pilote puisse rendre une équipe heureuse, et inversement. On partage la même éthique de travail. On veut battre des records mais en équipe, pour l'équipe. C'est cool de pouvoir y arriver au sein d'un team qui a un tel passé. En fin de carrière, Michael Schumacher disait qu'il était difficile de rester longtemps au plus haut niveau. Vous êtes d'accord ? HAMILTON : Oui, tout à fait. C'est terriblement dur. Plus je vieillis, plus j'acquiers de l'expérience, plus j'ai de respect pour ce que Fangio et Schumacher ont fait. Leurs prestations étaient terriblement régulières, ils étaient toujours là, ne se permettaient pas la moindre faiblesse. Plus je vieillis, plus j'apprécie cela. Cela fait aussi des années que vous êtes au plus haut niveau puisque vous avez été champion du monde pour la première fois en 2008. Que faut-il faire pour rester au top ? HAMILTON : Il faut sans cesse vouloir évoluer. Ça ne s'arrête jamais, c'est un processus dynamique. La stratégie joue également un rôle très important. Les choix qu'on fait et ceux qu'on ne fait pas, les propositions, la motivation... Mais ce n'est pas qu'une question de volonté. Il faut aussi savoir se placer. Chaque pilote de F1 travaille dur. L'objectif est de travailler encore plus dur que les autres. Il y a des pilotes peu talentueux qui vont très loin parce qu'ils font tout pour cela. J'ai toujours su que j'avais du talent. Et je me disais que si, avec ce talent, je travaillais plus que mes rivaux, je pouvais les battre. Certains circuits ont été adaptés ou écartés pour des raisons de sécurité. C'est le cas du Nordschleife GP au Nürburgring, où plus aucun Grand Prix n'est passé depuis 42 ans. Vous y risqueriez-vous ? HAMILTON : Certainement. C'est le plus long circuit du monde, il a un caractère spécial avec de nombreux virages fantastiques, des côtes et des descentes. On ne construit plus de tels circuits mais ça aurait coûté trop cher de l'adapter aux exigences de la Formule 1. J'aimais aussi beaucoup l'ancien circuit de Hockenheim, avec ses longues lignes droites et ce bois. On roulait entre les arbres, c'était très particulier. Les vieux circuits ont un certain caractère que les nouveaux n'ont pas. Avant, il y avait des passages où on ne pouvait pas se permettre la moindre erreur sans que ça se paye cash. Maintenant moins. Lorsqu'un jeune pilote commet une erreur, il rentre au stand et remonte sur la piste. C'est beaucoup plus simple pour lui. Les circuits modernes sont plus faciles ? HAMILTON : Ils donnent davantage le droit à l'erreur. Avant, c'était plus dur. On ne pouvait pas quitter le circuit puis y revenir. Si on s'écartait de la trajectoire ne fût-ce que d'un pour cent, on était dans le mur. Mentalement, c'était très dur.