Une faible affluence s'installe au stade Fallon, à Woluwe. En cette fin de mois de janvier, le Léo reçoit Onhaye, en D3 amateurs. C'est le matricule 5 contre le 6626. Une entité qui s'apprête à fêter ses 125 ans contre une autre qui en compte 55. Une équipe à l'arrêt depuis octobre, antépénultième, face à une autre qui roule. Pour l'occasion, les Ultras Léopold, au nombre de trois, donnent quand même tout ce qu'ils ont. Fumigènes rouge et blanc, tambours et chants. " Wallonie, chômeurs ! ", s'écrie le leader, cagoulé, comme pour masquer les difficultés de son fanion.
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Une faible affluence s'installe au stade Fallon, à Woluwe. En cette fin de mois de janvier, le Léo reçoit Onhaye, en D3 amateurs. C'est le matricule 5 contre le 6626. Une entité qui s'apprête à fêter ses 125 ans contre une autre qui en compte 55. Une équipe à l'arrêt depuis octobre, antépénultième, face à une autre qui roule. Pour l'occasion, les Ultras Léopold, au nombre de trois, donnent quand même tout ce qu'ils ont. Fumigènes rouge et blanc, tambours et chants. " Wallonie, chômeurs ! ", s'écrie le leader, cagoulé, comme pour masquer les difficultés de son fanion. Le Léo est malade. Fondé le 11 février 1893, il s'agit du plus vieux club bruxellois, baptisé par le roi Léopold II himself. " Cette année-ci, je crains fort que ça se termine mal ", souffle Jacques Maricq, avocat et véritable institution dans les parages, affilié depuis 1953, président depuis 64. Celui qui comptabilise plus de la moitié de l'existence du club à lui tout seul se pose dans les travées. Puis, il ouvre son tiroir à souvenirs. Pour lui, le déclic s'opère en 1958. À l'époque, les dirigeants du matricule 5, alors en P2, souhaitent fêter le 65e anniversaire comme il se doit. Ils organisent un tournoi international, au Heysel, en compagnie du Beerschot, d'Anderlecht, mais surtout de Wolverhampton et de la Juve. " Ça tombait mal ", dit-il. " Faire un tournoi pour du beurre, ça n'intéressait personne. Avec la Belgique joyeuse, la Juventus a passé une très bonne nuit. Ses joueurs sont arrivés lessivés et ils ont été éliminés dès le premier match. " Les badauds préfèrent se masser à l'exposition universelle, plutôt que de venir observer un plateau final peu exotique : Beerschot-Anderlecht. Résultat des courses : un bide, et un trou de six à huit millions de francs belges. Le Léo agonise, déjà. Maricq range sa modeste carrière de flanc droit, prend ses 29 printemps et les rênes du club, des deux mains. Lors d'une assemblée générale, il empêche les autres membres d'envoyer son bébé en ABSSA, la ligue " loisirs " du samedi après-midi. " Si je ne me lève pas ce jour-là, le Léo était mort. " Il prend son bâton de pèlerin, annule les dettes, retrouve un terrain et des joueurs, surtout. Une renaissance, tranquille. Mais aujourd'hui, dès la 15e minute, les locaux ploient le genou. Onhaye ouvre la marque sur corner. " On est chez nous ", entonnent leurs supporters, en terrain conquis d'avance. Cinq minutes plus tard, les Rouge et Blanc se retrouvent à 10. Un dimanche d'enfer. Pour remotiver ses troupes, le coach d'alors, Thierry Blindenbergh, abat sa carte " expérience ". Richard Burgo, 40 piges, 14 ans de Léo au compteur, entre à la mi-temps. Formé à Anderlecht, cuisinier le jour et parfois imprimeur la nuit, Richard est une figure du cru. Sous ses faux airs de Franck Berrier, il l'annonce : " C'est ma dernière. Ça serait triste de terminer par une descente. Enfin, moi, je n'ai plus rien à prouver. Je pense surtout au club ". Comme s'il évoquait un martyr, un vrai. Déjà, quand il descend en D2, à l'aube du premier conflit mondial, en 14, le Léo souffre. La Grande Guerre emporte 55 de ses membres, dont 6 joueurs, des organes vitaux. Jusqu'aux années trente, il dégringole et ne verra jamais plus haut que la Promotion. Les historiens ciblent deux raisons à cette marche à l'ombre. D'abord, historiquement, le club se veut aristocrate. Sauf que le ballon rond est vite adopté par d'autres couches sociales. À Molenbeek, Saint-Gilles, Anderlecht. Ensuite, ses barons instaurent un système clairement élitiste. Pour être membre, il fallait être parrainé par deux anciens, ce qui restreignait le champ des possibles, notamment pour ceux qui n'ont pas la particule au bon endroit. Le Léo se la pète et explose, à petit feu. Maricq, les yeux rivés vers le pré, choisit ses mots pour contrecarrer cette image d'équipe de " fils à papa " et la redéfinir. " Un club à tendance amateur parce qu'il n'a pas les moyens de voir plus loin. Un club qui refuse de dire qu'il est aristo, qui est ouvert à tous. " Le choix est fait. Le Léo charme par sa simplicité, loin des fastes d'antan. Il survit quoi qu'il arrive, malgré les déménagements, malgré les fusions. Avec Uccle Sport, en 90, La Forestoise, en 96, puis Woluwe, en 2013. En 1993, il fête quand même son centenaire, devant 2.500 personnes au Merlo et face à Anderlecht, champion en titre. Cette fois, sur le terrain, les esprits ne sont pas à la fête. Burgo fait ce qu'il peut, Onhaye bataille trop dur. À deux minutes du terme, le break met fin à toutes les espérances. Le Léo cherche une victoire qui lui fait défaut depuis trois mois. À la buvette, Richard Burgo se dit fatigué, Jacques Maricq aussi, du haut de ses 82 bougies. En début de saison, ils visaient le top 5. " Je suis triste que cela arrive cette année ", grince Maricq, avouant un fardeau " lourd à porter ". " J'aurais souhaité avoir quelqu'un qui reprenne le flambeau. J'ai sollicité des gens très bien, ça aurait été mon rêve. " En attendant, il tient le club hors de l'eau. Un combat, plutôt qu'une promenade de santé. " J'ai eu très dur. J'ai connu des moments très difficiles. Il faut vraiment être né dans le berceau du Léo pour le faire vivre. " Le 15 octobre dernier, un groupe se forme. Les Ultras Léopold naissent. Trois supporters d'Anderlecht, sympathisants de la Mauves Army, qui habitent dans le coin. " L'idée est venue comme ça, on y a pris goût. Ici, on ne doit rien à personne ", martèle le leader, en ôtant sa cagoule. Elle est peut-être là, la bonne nouvelle de ce 125e anniversaire...