Vendredi dernier, les représentant du Comité Olympique et Interfédéral Belge (COIB) furent étonnés d'apprendre que le coureur de fond belge d'origine marocaine Mohamed Mourhit avait été testé positif lors d'un contrôle antidopage en mai dernier. Mais cela faisait un mois que l'entourage de l'athlète était au courant ...
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Vendredi dernier, les représentant du Comité Olympique et Interfédéral Belge (COIB) furent étonnés d'apprendre que le coureur de fond belge d'origine marocaine Mohamed Mourhit avait été testé positif lors d'un contrôle antidopage en mai dernier. Mais cela faisait un mois que l'entourage de l'athlète était au courant ... L'avocat bruxellois Daniel Spreutels a confirmé vendredi qu'il allait défendre les intérêts de Mourhit. Le règlement stipule que l'athlète doit être entendu par la fédération à laquelle il est affilié. C'est donc la Ligue wallonne d'athlétisme qui étudiera le dossier le 1er août prochain. Spreutels: "Il est exact qu'il y a eu un contrôle positif et la contre-expertise a confirmé ce résultat. L'athlète conteste les faits et la manière dont la procédure de contrôle s'est déroulée." Deux jours avant le championnat du monde de semi-marathon, qui avait lieu le 5 mai à Bruxelles, Mourhit fut soumis à un contrôle inopiné par la fédération internationale d'athlétisme (IAAF). Bien sûr, aucune autre fédération ne teste autant ses affiliés hors compétition. D'ailleurs, l'IAAF demande à toutes les fédérations de lui fournir tous les trois mois les schémas d'entraînement des athlètes professionnels, afin que sa brigade mobile puisse effectuer des tests lorsqu'elle le souhaite. Les athlètes sont d'ailleurs parfaitement au courant de la situation, même si, pour des raisons spécifiques, ce genre de contrôles est plus difficile à mettre en oeuvre aux Etats-Unis et en Chine. L'analyse d'urine de Mourhit a été effectuée par un laboratoire suisse situé à Lausanne, en charge de tous les tests pour le compte du Comité International Olympique (CIO). Les résultats de l'analyse ont décelé la présence d'EPO et de furozemide, un diurétique qui sert à masquer le dopage. Pour rappel, l'EPO est une hormone qui augmente le nombre de globules rouges dans le sang et améliore ainsi le taux d'oxygénation. Résultat: l'endurance est améliorée. On peut comparer cet effet à celui des nombreux stages en altitude effectués par Mohamed Mourhit dans le Haut Atlas marocain. Ce qui rend l'EPO attractive pour les sportifs pratiquant une activité exigeant de l'endurance, c'est que la substance ne peut être repérée que pendant quelques jours après son absorption, avant d'être assimilée et éliminée par le corps. L'usage d'EPO n'entraîne pas des résultats immédiats, parce que la formation des globules rouges dure 21 jours et qu'elle n'a d'influence sur l'oxygénation que 11 jours après. C'est donc généralement en pleine préparation d'une grande compétition qu'elle est absorbée, produisant ses effets pendant deux mois environ.Il n'existe pas de consensus sur les moyens de détecter la présence d'EPO chez les athlètes: prise de sang ou analyse d'urine. Pour les contrôles actuels, on procède d'abord par analyse d'urine. Si celle-ci s'avère positive, une prise de sang est effectuée en guise de contre-expertise. L'utilisation d'EPO peut être masquée en utilisant des produits diurétiques. C'est ce que confirme le Dr Renno Roelandt, ex-athlète et vice-président du COIB: "Celui qui entend cela sait directement de quoi on parle. Cela fait partir de l'arsenal du dopage. Vous ne pouvez pas affirmer avoir pris de tels produits par hasard, comme par exemple un sirop pour la toux destiné à soigner un gros rhume." Les contrôles EPO en Belgique sont raresDans le cas de Mourhit, la contre-expertise sur un deuxième échantillon d'urine s'est également révélée positive et a été effectuée par le même labo de Lausanne. En effet, la réglementation internationale autorise que l'analyse et la contre-expertise aient lieu dans un même laboratoire. Et dans le cas de l'EPO, c'est une quasi-obligation, explique Renno Roelandt:"Tout simplement parce qu'il n'y a qu'une poignée de labos dans le monde qui sont capables de détecter l'EPO. Lausanne en est un, il y en a aussi à Paris et en Australie. D'autres labos sont encore en pleine expérimentation, faire appel à eux ne garantit pas d'obtenir des résultats avec un degré de certitude maximal." D'autres laboratoires ne sont tout simplement pas intéressés: l'investissement est colossal parce qu'il nécessite du matériel médical de haute technologie et requiert un énorme travail par des médecins spécialisés. En Belgique, aucun labo n'est capable de détecter l'EPO, même pas le laboratoire réputé du professeur Delbeke, rattaché à l'Université de Gand. Cela signifie aussi que les contrôles antidopage des autorités publiques... ne détectent pas la présence d'EPO! Les contrôles sur initiative des autorités belges se sont jusqu'à présent essentiellement limités à la Flandre. La Région wallonne a récemment voté, après s'en être désintéressée des années durant, un décret concernant le dopage similaire à celui de la Flandre, mais cela ne s'est pas encore concrétisé dans les faits. La migration des athlètes néerlandophones vers les clubs du sud du pays n'est donc pas près de s'arrêter. Mais c'est surtout dans la Région de Bruxelles-Capitale qu'on nage en plein désert. Les compétences en ce qui concerne les mesures antidopage n'y sont pas bien définies entre les autorités du sport et de la santé publique. En théorie, les autorités flamandes pourraient effectuer des contrôles à Bruxelles mais ceux-ci seraient réfutables en justice; alors, côté flamand, on préfère limiter les coûts et les efforts...Bref, dans la capitale, les rares tests sont ceux effectués par des instances internationales: l'UEFA l'a déjà fait au Sporting d'Anderlecht et l'IAAF au Mémorial Van Damme par exemple.Le manager Wilfried Meert était choqué lorsqu'il apprit la nouvelle il y a un mois. Mais il ne se sent pas trahi personnellement. Après tout, un athlète individuel construit lui-même sa carrière. "Je ne peux que leur donner un conseil, celui d'être prudent et de contrôler deux fois ce qu'on leur donne. Mais celui qui se brûle les ailes doit assumer seul sa décision." Réflexe du désespoir?Mourhit avait d'abord nié tout en bloc lorsqu'il vit Meert: "Tout le monde nie d'abord. Je me demande seulement comment ces substances sont arrivées dans son sang." Meert suppose qu'il s'agit ici d'une sorte de réflexe du désespoir. Mourhit est blessé depuis longtemps, le contrat avec son sponsor vient bientôt à terme, les exigences du COIB se sont renforcées, etc. Bref, on attendait de lui des prestations sportives, sinon il risquait gros financièrement.Il ne serait pas convenable d'effacer des tablettes les performances de Mourhit sur base d'une seule défaillance de sa part. Mourhit était arrivé en 1996 en Belgique chez son frère Maurice, qui allait devenir son entraîneur. Laissé pour compte par la fédération marocaine, Mourhit fut directement pris en charge par le médecin sportif liégeois Georges Mouton. Un médecin qui avait déjà eu maille à partir avec le Parquet de Mons, suite au dopage présumé de dizaines de coureurs cyclistes. Mais l'homme ne fut jamais condamné. Entre-temps, Georges Mouton posa le diagnostic correct de l'origine des pépins physiques de Mourhit: une différence de 17 mm entre la jambe gauche et droite, problème qui fut corrigé en lui faisant porter des semelles correctrices. Plus tard, grâce aux liens d'un mariage aujourd'hui défait, Mourhit obtint la nationalité belge et offrit à la Belgique ses plus beaux moments d'athlétisme ces cinq dernières années: records d'Europe sur 3.000, 5.000 et 10.000 mètres et deux championnats du monde de cross country. Mais depuis, Mourhit n'a plus atteint le niveau qui fut le sien. Il a construit sa carrière prudemment, en forgeant pas à pas un palmarès plutôt que de succomber à l'argent facile. Après l'échec de Sydney, il avait pour prochain grand objectif les Jeux Olympiques d'Athènes en 2004. Il avait l'impression d'avoir perdu assez de temps en chemin. Wilfried Meert:"Je constate que les grands athlètes en difficulté succombent plus facilement à la tentation après avoir passé le cap de la trentaine. Linford Christie s'est fait pincer à 36 ans, après avoir été testé négatif des centaines de fois. Mais il ne faut pas jeter aux oubliettes ses performances. Qui dit qu'il avait besoin de ces produits quand il était plus jeune, frais et en forme?" Meert n'accuse pas Mourhit. Il demande d'être compréhensif quant au contexte de l'éclosion de cet athlète."Il vient d'un pays pauvre et a voulu s'en sortir via le sport, vivre une vie meilleure et gagner de l'argent. Vous devez être à ce moment-là très fort pour résister à la tentation. Un jeune athlète belge qui grandit dans le luxe pourra facilement trouver un autre boulot si sa carrière sportive ne décolle pas. Mais ce n'est pas parce que vous avez absorbé une substance illicite que vous êtes un criminel. Chez les jeunes ou les étudiants qui prennent des drogues ou des stimulants, on lave le linge sale en famille. Chez les athlètes du top, on est tout de suite voué aux gémonies."La semaine prochaine, Mourhit jouera gros, mais pas sur le tartan. Si son conseiller et lui réussissent dans leur tentative d'invoquer des erreurs de procédure, il ne sera pas inquiété. Dans le cas contraire, une suspension d'au moins deux ans lui pend au nez. Cela signifierait la fin de sa carrière sportive au plus haut niveau. Sauf s'il venait à trouver dans cet événement déplorable une nouvelle motivation...Geert Foutré"Dans son cas, c'est très dur de résister à la tentation" (Wilfried Meert)