Thierry Roland et son père

A propos de son père, il avait l'habitude de dire qu'ils s'étaient " croisés sans se voir ". Quand Thierry Roland est né, son père était parti à la guerre. Il en reviendra en 1945 et reprendra rapidement son activité de bijoutier-joailler, incompatible avec la vie de père de famille : " Quand je partais à l'école, il dormait. Le soir, quand je me couchais, il n'était pas rentré. Un truc me manque : je n'ai pas dans la tête le son de sa voix ", raconte-t-il dans son autobiographie. " J'ai bien des souvenirs d'enfance, comme le bruit des bottes allemandes sur les Champs-Elysées, mais pas sa voix. Il est décédé d'une méningite fulgurante, j'allais avoir neuf ans. Je l'appelais Daddy, à l'anglaise. Lorsqu'en pleine nuit j'ai découvert ma mère en pleurs, elle m'a lancé : - Daddy est mort. J'ai dit : - Ah bon ! et je suis retourné me coucher. Quand Marcel Cerdan est mort dans un accident d'avion en 1949, j'ai eu infiniment plus de peine qu'à la mort de mon propre père. Je sais que cela choque beaucoup de monde, mais c'est la vérité. "
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A propos de son père, il avait l'habitude de dire qu'ils s'étaient " croisés sans se voir ". Quand Thierry Roland est né, son père était parti à la guerre. Il en reviendra en 1945 et reprendra rapidement son activité de bijoutier-joailler, incompatible avec la vie de père de famille : " Quand je partais à l'école, il dormait. Le soir, quand je me couchais, il n'était pas rentré. Un truc me manque : je n'ai pas dans la tête le son de sa voix ", raconte-t-il dans son autobiographie. " J'ai bien des souvenirs d'enfance, comme le bruit des bottes allemandes sur les Champs-Elysées, mais pas sa voix. Il est décédé d'une méningite fulgurante, j'allais avoir neuf ans. Je l'appelais Daddy, à l'anglaise. Lorsqu'en pleine nuit j'ai découvert ma mère en pleurs, elle m'a lancé : - Daddy est mort. J'ai dit : - Ah bon ! et je suis retourné me coucher. Quand Marcel Cerdan est mort dans un accident d'avion en 1949, j'ai eu infiniment plus de peine qu'à la mort de mon propre père. Je sais que cela choque beaucoup de monde, mais c'est la vérité. " 50's. Son collège et une partie de son lycée, le petit Thierry les passe dans un pensionnat proche d'Oxford, la Whitechurch House School. Une décision de sa mère face à l'accumulation des heures de colle du fils en primaire. Les premières années sont difficiles. L'enfant ne parle pas un traître mot d'anglais et le mal du pays est profond. Le dirlo comprend vite la situation et, pour l'acclimater, lui confie... la garde des animaux de la basse-cour. Cocorico. En ces temps hippies, Titi, alors à l' ORTF, fait comme les petits copains du service des sports : la grève. Dans Télé 7 jours, on le voit alors en photo serti d'un petit collier de barbe rousse. La légende : Thierry Roland, le Che Guevara du service des sports ! " On défilait autour de la maison ronde. Sept jours de manif ", se souvient Jean-ClaudeDassier, son futur directeur à TF1. Ni une ni deux, Roland est mis à pied, en compagnie de Chapatte, Couderc et Drucker. " A l'époque, il était clairement de gauche. Ça a changé ensuite, comme pour beaucoup d'entre nous. " " J'ai un jour donné une interview au journal Présent sans savoir qu'il s'agissait d'un journal d'extrême droite - je n'ai jamais voté FN. J'y disais que j'étais favorable au rétablissement de la peine de mort lorsqu'il s'agit de crimes commis sur des enfants, des vieux ou des flics dans l'exercice de leurs fonctions, et ça a fait débat. Mais si on faisait un référendum du peuple français, je ne suis pas sûr que j'aurais tort. " Avant d'être la voix du foot sur TF1, Roland a commenté bien d'autres sports. Du tennis, dont la finale de Roland Garros Borg- McEnroe en 1980, les exploits de Carl Lewis aux Jeux de Los Angeles 1984 et surtout de la boxe. En 1974, il est du combat mythique entre Foreman et Muhammad Ali à Kinshasa, ce qui lui vaut d'ailleurs une brève apparition dans le documentaire When we were kings. A l'issue de la retransmission, Roland est pris d'une envie pressante. Plutôt que de chercher les toilettes, il décide de se soulager sur un bosquet de la résidence présidentielle du général Mobutu. Un fait d'armes qui semble pleinement le satisfaire puisque quelques minutes plus tard, il l'avoue au dictateur venu le saluer. Réaction de l'homme à la toque en peau de léopard : un énorme fou rire. La bouffe, les éclats de rire, les blagues de gradins et de salons de l'Agriculture, plus cette même propension maligne à se faire passer pour plus idiots qu'ils n'étaient : Roland et Jacques Chirac étaient faits pour s'entendre. De fait, ils se seront plutôt bien entendus. " Un jour que le Variétés club de France, dont Roland était président à vie, était reçu à l'Elysée, Chirac a commencé son discours par : -Monsieur le président à vie... , en ajoutant aussitôt en souriant : -Ça, c'est un truc qui m'aurait bien plu... ", se remémore Jacques Vendroux, à l'époque à France Inter. Plus tard, en 2003, Roland fait une rupture d'anévrisme. " Alors que je sortais de réanimation, le président de la République lui-même m'a téléphoné. Très touchant ! " C'est le journaliste hippique José Covès qui raconte : " Sur Europe 1, on animait chaque samedi une émission de turf. Pour la préparer, Thierry mettait les pieds sur la table de son bureau et lisait les turfs. A chaque fois arrivait Charles Villeneuve, Ray-Ban, battle race, look grand reporter. Il allait là où il y avait toutes les bombes. Il faisait un cours magistral : - L'axe Beyrouth-Berlin, ça va péter, ça va péter. Iran-Israël, ça va péter, ça va péter. Quand il avait terminé, Thierry sortait le nez de son journal et lui lançait : -Et qu'est-ce que tu vois dans la troisième ? " Plus tard, en 2008, quand Villeneuve sera nommé président du PSG, Roland l'accueillera par ses mots : " Il ne connaît strictement rien au football et n'est pas un mec bien ". Une quenelle pour celui qui l'avait viré de TF1 en 2006, quand il était directeur des sports de la chaîne privée. Dans La dernière interview, une émission diffusée sur Dailymotion, Roland racontait l'an dernier cette anecdote à propos de l'un de ses meilleurs ennemis : " Un jour, je sors d'une émission à RTL et je vois Villeneuve qui traverse en diagonale au milieu de la route (...) Avec ma petite voiture qui ne fait pas de bruit, je suis arrivé tout doucement derrière lui et quand j'ai été pratiquement à touche-touche, je lui ai mis un putain de coup de klaxon, je ne vous dis pas le bond qu'il a fait ! Il s'est retourné et il m'a vu. Il est devenu rouge vif, pas un mot, il a continué et moi, je me suis bien marré, j'ai passé un bon moment. " A-t-il hésité à l'écraser ? " J'aurais pu faire un coup en avant mais je ne l'ai pas fait car je suis finalement un gentil garçon. Villeneuve, c'est comme un dos d'âne, sauf qu'il n'y a pas le dos, il y a juste l'âne. "S'il fallait n'en retenir que deux, Roland aurait gardé le foot et les courses de chevaux. La preuve ? " Jeune lycéen, il séchait les cours pour prendre le train et aller à Chantilly quand une jeune pouliche sur laquelle il avait flashé courait ", confie Covès. Et comme tout turfiste qui se respecte, le journaliste sportif était flambeur. " Il mettait toujours 300 euros gagnant et 300 euros placé. C'était son pari syndical. " Roland montera même son écurie avec ses copains du Variétés Club de France. " On avait une jument en location, Miss Brégand. Casque grise, épaulette verte. Elle a eu son jour de gloire en terminant troisième d'un tiercé à Longchamp ", se souvient Covès. Avant toute chose, il était un collectionneur. Tintin, Spirou, Courses et élevages, Track & Field News, mais surtout France Football, dont il a commencé à garder chaque numéro un an et demi après le démarrage de la parution de l'hebdo. " A vingt ans, je quitte l'appartement de mes parents pour un petit studio. Et là, le drame absolu : faute de place, je jette à la poubelle les huit premières années ! (...) J'ai reconstitué la collection grâce à Jacques Thibert, son ancien rédacteur en chef, qui a glissé dans un écho que je recherchais les numéros allant de 1946 à 1956 parce que mon chien les avait mangés ! Il fallait bien trouver un prétexte... " Autres reliques gardées précieusement : les pièces commémoratives des grandes manifestations sportives, et les autographes de grandes personnalités, " avec une spécialité pour les photos dédicacées des présidents des Etats-Unis ". En 1999, il s'offre même un petit plaisir pour son anniversaire : un autographe de Lyndon B. Johnson. De retour d'une coupe du monde, Roland et son équipe font escale à Las Vegas. Le présentateur apprend que Dean Martin fait un show en ville et décide d'y aller. Informé qu'il y a une équipe de télévision française dans la salle, le crooner demande qu'on installe une table à côté de la scène et les fait tous s'asseoir là. La suite, c'est Very Bad Trip. " Il les a invités pendant trois jours entre casinos et cabarets ", sourit encore Covès. " Thierry m'avouera : -On ne se rappelle plus de rien. " Plus qu'un journaliste, Roland était un fan, tout content d'être là à traîner avec ses idoles. " On buvait un verre, on allait en boîte. A 2 heures du matin, Revelli et Bathenay me mettaient dans la bagnole et me déposaient à la gare. " En échange, Thierry ne posait pas de questions gênantes. " Une fois on était avec Platini ", se souvient Eugène Saccomano " Il était à la Juventus et on parlait de lui au PSG. Je voulais en savoir plus, mais Michel ne voulait rien dire. A un moment, il m'a sorti : -Putain Eugène, Thierry il est pas comme ça. Avec lui, on bouffe, on rigole, on refait le monde, il est pas comme toi à vouloir tout savoir. " Roland l'a souvent dit : il aurait pu faire ce métier gratuitement. " C'était un enfant ", éclaire Vendroux. " Il n'a jamais discuté une augmentation, une prime. C'est sa femme qui lui disait : -Faudrait revoir ton salaire quand même. " D'ailleurs, Roland n'est jamais passé chef de rien. " Ce n'était pas mon truc. Ce qui me plaisait, c'était être au milieu des mecs. " L'un des grands amours de sa vie. Selon son compère Jean-Claude Dassier, Roland n'arrivait pas à dire du mal de l'équipe de France. " C'était au-dessus de ses forces. Il ne pouvait faire autre chose qu'apporter un commentaire partisan. Il ne fallait pas toucher au Coq. C'est ce que les gens aiment. Le sport est l'expression d'un chauvinisme. Là-dessus, il était dans la vérité ( sic). " " Tout le monde est persuadé qu'on ne branle rien. C'est tellement entré dans les m£urs que je ne vais pas démentir ", lâcha un jour l'oiseau. En même temps, il aurait eu du mal : erreurs de prononciation, approximations factuelles comme ce jour où il affirme sans sourciller que Marius et Daniel Niculae sont frères... Le CV de Roland est rempli de taches qui font grimacer les puristes de l'info. Sylvaine Mignogna, chargée de production au service des sports de TF1, garde le souvenir pudique d'un homme qui " n'était pas au bureau de 9 à 18 h. Disons qu'il passait de temps en temps ". Dominique Grimault abonde : " Maintenant les mecs ont un livre pour chaque joueur. Mais lui, il arrivait juste avec L'Equipe sous le bras. Il enfilait ses petites lunettes, regardait la compo et se mettait dedans une heure avant ". Alors ? Alors " les mecs qui arrivent avec une douzaine d'anecdotes sur chaque joueur, ça me rend fou ! Dire que M. Schmoll s'est marié avec la gonzesse qui était la reine du strip-tease, ou qu'un joueur africain est né au Ghana et qu'il a dix frères et s£urs, tout le monde s'en branle ". A l'antenne, Roland avait plusieurs jeux mais son préféré restait celui de faire rentrer des potes à lui sur le terrain. C'est ainsi qu'au mondial mexicain de 1982, toutes les équipes avaient un médecin, un infirmier ou un brancardier qui s'appelait Covès. L'intéressé s'en marre encore : " On avait fait un pari et il l'a tenu. Pour l'Angleterre, c'était John Coves. Le Polonais c'était Coveski. L'Italien, Coveso. D'ailleurs lors d'un match de la Squadra, Thierry se tourne vers Jean Mimi et lui dit : -Vous ne trouvez pas qu'il a un peu vieilli depuis la dernière coupe du monde le médecin Coveso, là ? " Roland, c'était une musique, le Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, bonsoir en intro du disque, et des saillies tout en chauvinisme et racisme ordinaire rythmées par des expressions élevées au rang de dictons populaires parmi lesquelles : " Ces deux-là ne passeront pas leurs vacances ensemble " ; " Fauché comme un lapin en plein vol " ; " Il a avalé la trompette " ; " Pour les Marocains, le couscous est cuit " ou l'éternel " Il n'a pas fait le voyage pour rien ". Au panthéon de ses phrases cultes, on ajoutera, les coups de génies suivants : " L'Albanais est retors ! " ; " Il y a toujours un barbu en équipe d'Argentine ", " La Coupe quitte la France ", lors de la finale de la Coupe de France 1966 remportée par... Strasbourg ; " Horst Hrubesch, c'est pas Alain Delon " pendant le France-RFA du mondial 82 ; " C'est pas un vrai blond. On va demander à Madame, mais je ne pense pas que ce soit un vrai blond " à propos de Forlan lors d'Uruguay-Danemark 2002 ; et le magnifique : " Il se bagarre, Vieira, contre ses cousins ", lors de France-Sénégal 2002. Un match pendant lequel il confondit, bien sûr, le Sénégal avec le Cameroun. En reportage, Roland, c'est toujours le même rituel. Il arrive à l'aéroport le premier. " La première chose qu'il faisait était d'acheter L'Equipe et les journaux ", se remémore Vendroux. " Et quand on lui demandait de nous les prêter, il disait : - Non. Il ne le faisait qu'une fois lus. " L'avion posé, direction l'hôtel. " Dès qu'il arrivait, il téléphonait à son fils Gary ", raconte Dominique Grimault. " Une fois qu'il avait pris des nouvelles, il lui disait : - Passe-moi la maman. Ensuite, il s'installait sur son lit, mettait la télé, et se grattait les couilles. " Quand il fallait se sustenter, là encore, toujours le même rituel. " Où que nous arrivions, dans n'importe quelle ville, son obsession était de s'allonger sur son lit et de nous convoquer pour nous dire : -Il faut trouver le meilleur resto italien de la ville ", se souvient Vendroux. " Il connaissait tous les restaurants italiens du monde. Il avait un cahier où ils les répertoriait tous. " Pourquoi toujours un restaurant italien ? Réponse de Sylvaine Mignogna : " Il disait que dans tous les pays du monde, on pouvait trouver un bon restaurant italien où au moins on était sûrs de manger de bonnes pâtes. Et c'est vrai que même au fin fond de l'Estonie ou de la Géorgie on trouvait toujours un bon italien. "Avant le mondial asiatique en 2002, la France dispute un match amical contre la Corée du Sud. Thierry au micro : " Il n'y a rien qui ressemble plus à un Coréen qu'un autre Coréen, surtout habillés en footballeurs. Ils mesurent tous 1,70 m, ils sont tous bruns, à part le gardien. " Des propos jugés racistes. L'année suivante, dans les colonnes du premier numéro de So Foot, il s'explique : " Ce que j'ai dit sur les Coréens, ce n'est pas méchant, c'est vrai que les Coréens sont tous pareils. Enfin quand tu veux tuer ton chien, tu dis qu'il a la rage, c'est ça l'histoire. Moi, je suis tout sauf raciste : mon père était juif. Je serais mal placé d'être raciste, très sincèrement. Et puis, cela dit, les gens ont le droit de penser ce qu'ils veulent, s'ils courent aussi vite que je les emmerde, ce n'est pas grave, hein... " Le plus célèbre : son " Monsieur Foote, vous êtes un salaud " lors du France-Bulgarie de 1977. " A l'époque, traiter un arbitre de salaud était quand même énorme, mais je crois que, sur le fond, j'avais complètement raison. " Antenne 2 envisage de le mettre à pied mais se ravise devant l'afflux de courriers de téléspectateurs. " J'ai reçu plus d'un million de lettres de soutien. Ce qui n'est jamais arrivé à la télé, et n'arrivera plus jamais. " Plus maintenant qu'il y a les e-mails, c'est certain. Angleterre-Argentine, Mondial 86. Maradona met la main de Dieu et marque. Roland se lâche : " Honnêtement, Jean-Michel, ne croyez-vous pas qu'il y a autre chose qu'un arbitre tunisien pour arbitrer un match de cette importance ? " Le lendemain, Hervé Bourges, patron de TF1, appelle son commentateur, parle de révolution et lui passe l'ambassadeur de Tunisie qui lui dit qu'il a " mis le feu au Maghreb ". En 2003, il revient sur l'incident. Avec ses mots à lui : " Parfois il y a le doute, comme la main de Vata dans la culotte du zouave, mais là, c'était flagrant, le nez au milieu du visage. On m'a taxé de racisme mais c'est scandaleux. Angleterre-Argentine, c'est un quart de finale de coupe du monde qui arrive six mois après les Malouines, il faut mettre un arbitre d'expérience. Bennaceur, l'arbitre tunisien, il n'était pas bon, mais il avait un championnat du monde junior pour seule expérience, bon bah forcément il ne voit rien quand l'autre petit enculé la met du poing... Il faut mettre des arbitres qui soient au niveau du match qu'ils vont diriger. Ce qui ne veut pas dire que ça doit forcément être des Français ou des Allemands, l'arbitre qui officiait en finale en 1998 était marocain. " Celui de France-Uruguay en 2002 est mexicain. Il s'appelle Ramos, et Roland ne l'a pas loupé une fois de plus. " Mais Ramos était un enculé. Et puis, est-ce que c'est normal que dans un match France-Uruguay, l'arbitre soit mexicain ? Mets un Africain, un Australien, mais pas un Mexicain ! Ce jour-là, on se fait bien enculer. Avec du gravier. " 29 mai 1985, Roland est au Heysel avec Larqué pour commenter la finale Juventus-Liverpool. Bloqué dans sa cabine de commentateur, sans informations, il racontera plus tard n'avoir pris l'ampleur du drame - 39 morts - qu'après être rentré chez lui en voiture à Paris, vers 5 h du matin. " Je glisse la clé dans la serrure, la porte s'ouvre de l'intérieur. Françoise ( NDLR - sa femme) me dit : -Je croyais bien te connaître... Comment as-tu pu commenter un match après de telles images ? Je lui ai expliqué n'en avoir rien vu. - Je préfère ça. C'était effrayant. J'ai vérifié le lendemain : c'était effectivement effrayant. " Roland sera aussi de la catastrophe de Furiani le 5 mai 1992, pour la demi-finale de Coupe Bastia-Marseille. " Jean-Michel a tout de suite compris qu'il y avait beaucoup de victimes. En direct, un mec est arrivé et a essayé de me casser la gueule car j'avais dénoncé cette espèce d'échafaudage. Il était vexé. Il a été arrêté et on l'a mis au frais. Le Heysel et Furiani : deux soirées cauchemars. "Taxé de misogynie pour avoir dit que le foot se jouait avec du " poil aux pattes et au menton " et avoir milité pour l'éviction de Marianne Mako à l'époque où celle-ci bénéficiait d'une fenêtre de tir sur Téléfoot, Thierry se défend : " Je suis tout sauf misogyne, je pars simplement du principe que quand tu te balades dans Paris, c'est plutôt les bonnes femmes qui conduisent mal, mais ce n'est pas moi qui le dis, c'est tout le monde qui le dit ". Imparable. Roland a attendu 38 ans avant d'officialiser l'amour qu'il portait à la réalisatrice de télévision Françoise Boulain. " Le jour de son union, je lui dis : - Tu sais que dorénavant tout ce qui est à toi est à elle. Et tout ce qui est à elle est à toi. Il me répond : - C'est une connerie ou c'est vrai ? ", rembobine Vendroux. " Pour tout vous dire, ce jour-là, il a oublié d'inviter son frère. Ce n'était pas quelqu'un de réglementaire. On était morts de rire. Il l'a appelé après la cérémonie et l'a invité à venir au dîner donné chez Guy Savoy. " " Son plus beau cadeau, il l'avait reçu en 1998 ", selon Larqué. " Il me disait : - Jean-Mimi, tu te rends compte ? La coupe du monde, à Paris, 3-0 face au Brésil... Maintenant, je peux partir pour la grande prairie... " Finalement, Roland a encore attendu quatorze ans avant de rejoindre les pâturages. Mort le 16 juin dernier, il a eu droit à des obsèques prononcées en grande pompe à l'église Sainte-Clotilde dans le XVIIe arrondissement. Commentaire de Vendroux : " Notre enterrement, on l'a refait dix mille fois. Notre joke, c'était de faire la liste de tous les faux-culs qui seraient là. Et alors ? Il avait un peu raison. " PAR MAXIME MARCHON - PHOTOS: IMAGEGLOBE