Quelle que soit la direction que le Club veuille prendre ces prochaines semaines, il doit se regarder dans le miroir. 0-2 à Lokeren, 1-4 contre le Standard, 0-1 contre Copenhague et 1-5 à Mouscron ! Ces quatre défaites de rang ont provoqué de graves avaries. Une loi tacite du football prévoit qu'en de telles circonstances, on montre - au moins - l'entraîneur du doigt.
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Quelle que soit la direction que le Club veuille prendre ces prochaines semaines, il doit se regarder dans le miroir. 0-2 à Lokeren, 1-4 contre le Standard, 0-1 contre Copenhague et 1-5 à Mouscron ! Ces quatre défaites de rang ont provoqué de graves avaries. Une loi tacite du football prévoit qu'en de telles circonstances, on montre - au moins - l'entraîneur du doigt. Jacky Mathijssen n'entrera pas dans l'histoire du Club Bruges comme un homme qui y a placé des accents positifs. Il a tâtonné, joué au puzzle, n'a tracé aucune ligne ni structure dans l'équipe, s'est répandu en déclarations fracassantes en dehors du terrain... ce qui contrevient à l'image du Club. Tout autant que son comportement sur la ligne de touche où Mathijssen est une poudrière. Ses grands gestes sauvages ne contribuent pas à la sérénité de l'équipe... Mathijssen n'est certainement pas un novateur. Dans les moments cruciaux, il cherche son salut aux sources de la prudence. Le Limbourgeois ne se distingue donc aucunement de l'entraîneur belge moyen. Il a entamé le match contre Copenhague avec un seul avant, dans l'espoir d'arracher le point nécessaire à la qualification. Les Danois, mobiles et fins techniciens (adversaires dont on suppose qu'ils ont été visionnés avec attention !), se sont emparés des commandes du match. Après dix minutes de jeu, ils auraient pu mener 0-2. Lorsqu'ils ont marqué, le Club, crispé, a tenté de redresser la barre mais l'équipe, abattue, n'a pas trouvé le moyen de revenir au score. Le très lourd revers essuyé à domicile face au Standard a traumatisé une série de joueurs, au point que certains craignaient d'appeler le ballon contre les Danois. Et forcément, en subissant le match et en sombrant, ils n'ont pas vraiment retrouvé leur assurance. Après l'élimination, une partie du public s'est retournée contre Mathijssen mais le problème est plus profond. Après le départ de Trond Sollied, le Club, par la bouche de son directeur sportif Marc Degryse, estima à juste titre devoir se défaire de ce jeu basé sur la puissance et l'abattage au profit d'une touche de raffinement. Mais il ne reste rien de ces tentatives de changement. Le Club a usé quatre entraîneurs en trois ans et demi, soit autant que lors des 14 saisons précédentes et est loin de la stabilité et de la continuité que chérit le président Michel D'Hooghe. A chaque changement d'entraîneur, il y a eu une rupture de style brutale, ce qui témoigne d'une certaine perplexité. L'équipe actuelle reflète ces problèmes. A tous les niveaux, le Club manque d'équilibre et de complémentarité. La défense n'est guère capable de construire le jeu, il n'y a pas de relais dans l'entrejeu, les changements de rythme sont rares, comme la créativité. Surtout, il n'y a pas de cohésion. Au début du championnat, les résultats ont camouflé ces carences, même si le football n'était pas beau à voir par moments. Le Club, qui n'a pas vraiment été désavantagé par les arbitres, a pu compter sur les éclairs de Wesley Sonck en pointe, alors que nul n'aurait imaginé qu'il retrouverait sa forme d'antan. C'est pourquoi il y a cinq semaines, rien ne semblait poser problème : le Club avait un pied et demi en seizièmes de finale de la Coupe UEFA et briguait le titre de champion d'automne. Bruges doit donc examiner sa gestion sportive au microscope. La conclusion est dure, très dure : il a acheté des noms mais n'a pas réfléchi à la philosophie du jeu qui en découlerait. Embaucher en début de saison Ronald Vargas et Nabil Dirar, des footballeurs capables de réaliser une action, c'est bien beau, mais à quoi cela sert-il s'il faut faire des concessions dans l'entrejeu afin d'aligner deux attaquants ? Il faut alors faire appel à deux médians défensifs, Philippe Clement et Karel Geraerts, alors même que ce dernier, qui a obtenu un lucratif contrat de cinq ans à l'issue d'interminables négociations en 2007, ne peut plus user de son maître-atout, l'infiltration. Il n'y a pas de plaque tournante dans l'entrejeu : Ivan Leko est le seul à pouvoir éventuellement remplir ce rôle, grâce à sa vista, mais le Croate craque inévitablement dès que le rythme s'accélère. Cela n'a pas empêché le Club de prolonger de deux ans, cet été, le contrat de ce roi du film au ralenti. En plus, il est presque impossible de travailler individuellement avec Vargas et Dirar, souvent accaparés par leurs obligations internationales, ce qui vaut aussi, dans une moindre mesure, pour Joseph Akpala, réserviste une partie de la saison passée au Sporting Charleroi. Le Club a investi un peu plus de six millions dans ces trois joueurs... Le Club a perdu son âme et la responsabilité est collective. Il n'est pas honnête de fustiger la politique des transferts du manager Luc Devroe, engagé en mars 2007. Il a moins de pouvoirs que son prédécesseur, Degryse, au sein de l'organigramme qui avait été remanié lors de son embauche. Sans doute parce que Degryse s'était trompé à plusieurs reprises ; il y a quelques semaines, Luc Sanders, un scout, a révélé au Krant van West-Vlaanderen que l'ancien directeur sportif avait renvoyé Lucas Biglia ! Devroe ne peut qu'effectuer des rapports, via les étapes indispensables, et effectuer des suggestions au conseil d'administration. Le Club a évidemment suivi les désirs de son entraîneur, comme pour le transfert de Laurent Ciman, le flop du premier tour, celui qui a donné le coup fatal à Mouscron en perdant un ballon, alors que le Club avait bien débuté. La défaite 5-1 constitue le pire moment du sombre mois de décembre. Une douloureuse élimination européenne, trois revers de suite en championnat, onze buts contre. Les supporters ne peuvent se consoler qu'en se rappelant avec nostalgie le temps où le Club jouait franchement, le temps où le Club réussissait des transferts de qualité grâce à son flair typiquement brugeois,... même s'il a concédé du terrain de ce point de vue dès que les prix des transferts internationaux ont flambé. Il n'empêche : ces dernières années, trop de joueurs banals ont défilé. 800.000 euros pour Stepan Kucera ou 1,4 million pour Dusan Djokic, c'est de l'argent jeté. Il semble qu'au terme de la trêve hivernale, le Club doive encore repartir à zéro, avec de nouveaux footballeurs mais sans doute pas de nouvel entraîneur. Avant les vacances de Noël, le manager général Filips Dhondt a surpris en n'épargnant pas son coach après la défaite contre Copenhague. Ce n'est pas un indice de stabilité et cela s'est produit en l'absence de Michel D'Hooghe, en mission au Japon. Quelques jours plus tard, Dhondt a souligné qu'il n'était pas question de limoger Mathijssen. Reste à voir l'évolution du Club. Il n'y a guère d'alternatives sur le marché des entraîneurs. Mathijssen a été embauché comme une sorte de sauveur il y a un an et demi. Initialement, il a réussi à faire marcher un groupe divisé dans la même direction mais presque jamais en développant un football de qualité. Pire même : le fait que, durant toute la saison, Stijn Stijnen a été le meilleur élément est symptomatique. Souvent, à juste titre, le Club s'était ému du manque de discipline de Trond Sollied, pour lequel la seule règle était qu'il n'y en avait pas. Le Norvégien pouvait compter sur un groupe qui s'auto-corrigeait. Après son départ, les visions se sont succédé. Il y a eu le bonhomme Jan Ceulemans, puis le schématique Emilio Ferrera, ensuite le nerveux Cedomir Janevski, que les joueurs n'ont jamais pris au sérieux et, enfin, Mathijssen, ultra susceptible et irritable, un coach qui semble se promener à travers la vie avec un sentiment d'autosatisfaction. Depuis son arrivée à Bruges, il répète que seul un club étranger peut constituer l'étape suivante de sa carrière. Seuls ceux qui ont rencontré Mathijssen en dehors du terrain savent que cette façade d'arrogance dissimule un homme chaleureux et affable. Bizarre que cette attitude s'évapore dès qu'il apparaît en public. Le Club Bruges doit retrouver ses valeurs traditionnelles de toute urgence. Cela signifie une équipe qui s'engage, qui a des traits anglo-saxons, une équipe qui se bat sans renoncer, dans les bons et les moins bons moments. Le pire de cette période noire est justement que cette qualité a disparu. par jacques sys - photos: belga