Ariel Jacobs et le foot, c'est terminé. Son avenir est à Bruxelles, il veut se consacrer à ses parents en mauvaise santé. " De Copenhague ou de Valenciennes, ce n'était pas évident à gérer. Ça devenait éprouvant. Même si Valenciennes s'était maintenu en Ligue 1, je serais allé trouver la direction pour négocier mon départ. " Pourtant, il avait repris les entraînements avec un club en pleine déroute sportive et financière.
...

Ariel Jacobs et le foot, c'est terminé. Son avenir est à Bruxelles, il veut se consacrer à ses parents en mauvaise santé. " De Copenhague ou de Valenciennes, ce n'était pas évident à gérer. Ça devenait éprouvant. Même si Valenciennes s'était maintenu en Ligue 1, je serais allé trouver la direction pour négocier mon départ. " Pourtant, il avait repris les entraînements avec un club en pleine déroute sportive et financière. Ariel Jacobs : Le coup est passé très près. Valenciennes a finalement obtenu sa licence pour la Ligue 2 mais il a été question d'une rétrogradation en National, la troisième division. Les dirigeants ont même évoqué l'idée de repartir de zéro en descendant volontairement en CFA 2. C'est le cinquième étage, l'équivalent de la Première Provinciale chez nous ! Le président m'a appelé : -On ne s'en sort pas. Je lui ai répondu du tac au tac : -Ne vous inquiétiez surtout pas. Si mon contrat est un des problèmes, on peut facilement trouver un accord, je m'en vais tout de suite. Il savait depuis mon arrivée que je souhaitais me rapprocher de mes parents. Longtemps, beaucoup de gens se sont tus. Puis, à certains petits détails, j'ai commencé à comprendre que Valenciennes allait très mal. J'ai par exemple appris que le contrat de mon adjoint n'avait pas été homologué par la DNCG, la Direction Nationale du Contrôle de Gestion. Il pensait que tout était en ordre, mais un jour, le directeur général lui a avoué qu'en cas de faillite, il n'aurait même pas droit au chômage. Et comment ! C'est toujours le même problème. Malgré les difficultés de cette région, qui reste défavorisée, il y avait pas mal de rentrées, notamment commerciales. Mais les contrats des joueurs... Pour des gars dont je ne suis même pas sûr qu'ils auraient leur place en D1 belge. Quand tu offres des salaires pareils, tu es mort. Et plusieurs de ces joueurs avaient signé pour quatre ou cinq saisons. Le président s'en est rendu compte. Trop tard. Ça ne m'a pas rongé extérieurement. (Il réfléchit). J'espère qu'intérieurement non plus... Mais c'est clair que j'ai changé ! Tu n'imagines pas ! A Anderlecht ou à Copenhague, un match nul n'est jamais bon. Au fil des années, c'est éprouvant. Les gens ne se rendent pas compte de la différence entre le travail dans un club comme La Louvière et avec une équipe qui doit être championne. Tu bats un ténor avec La Louvière, tout le monde dans le club en parle pendant des mois. A Anderlecht ou à Copenhague, tu dois gagner ce week-end, encore le suivant, encore celui d'après. Et il faut que tu aies le titre au bout du chemin. On est des êtres humains. Et sans doute que certains assimilent mieux cette pression. Je me demande parfois comment un gars comme Alex Ferguson a fait pour tenir le coup pendant plus de 25 ans à Manchester. Et c'est même pire pour José Mourinho. Ferguson avait du crédit dans son club, vu son passé, ses titres. Mais Mourinho, il doit chaque fois repartir de zéro, il rejoue chaque fois sa réputation quand il change d'équipe. Pour le PSG, tout a baigné pendant la première moitié de saison. J'avais même l'impression que c'était une équipe invincible. Elle était trop forte pour le championnat de France et elle survolait sa poule de Ligue des Champions. Puis, il y a eu la victoire 3-1 contre Chelsea en quart de finale. Tous les Français se sont dit que le PSG allait gagner la Ligue des Champions, on sait comment ils sont ! La défaite au match retour et l'élimination ont fait très mal et provoqué un passage à vide en championnat. Avant ce match, on avait surfait les mérites de Laurent Blanc, tout ce qu'il faisait était de la magie. En une soirée, il a tout perdu. On a commencé à parler de l'arrivée de José Mourinho, puis de Diego Simeone. Les rumeurs partaient dans tous les sens. Oui. On parle d'un championnat à deux vitesses, moi je vois un championnat à quatre vitesses. Tout devant, il y a évidemment Paris. Puis, on a un groupe avec Monaco, Saint-Etienne, Lille, Lyon, peut-être Marseille et Bordeaux. Derrière, plusieurs équipes qui ne doivent pas se faire d'illusions pour l'Europe mais ne devraient pas non plus être menacées, style Montpellier, Reims, Nantes, Rennes, sans doute Lorient aussi. Et puis, tous les autres, ceux du quatrième peloton, ils vont devoir se battre et encore une fois, ce sera une espèce de loterie. Ils ont fait une bonne saison mais il y a maintenant des gros points d'interrogation. Comment vont-ils digérer le départ de James Rodriguez ? Et dans quel état physique est Radamel Falcao ? S'ils ne peuvent compter que sur Dimitar Berbatov pour marquer des buts aussi bien en Ligue des Champions qu'en Ligue 1... on parle quand même d'un gars qui a 33 ans ! Y avait-il beaucoup d'autres choix sur le marché ? Je suppose que Laurent Blanc et la direction se sont dit que c'était le moment de recomposer à Paris la défense centrale de l'équipe du Brésil, avec Thiago Silva. Pour eux, c'était probablement une garantie. Maintenant, on a tort de juger David Luiz sur sa Coupe du Monde. Ce n'était quand même pas du tout le même joueur qu'à Chelsea. J'ai l'impression qu'il s'est dit, en cours de tournoi : -Maintenant que Neymar n'est plus là, on n'a plus de joueur créatif, je me fous des consignes et je prends mes responsabilités. Il a commencé à jouer en fonction de qualités... qu'il n'a pas. Il courait partout, il essayait de dribbler, ça ne rapportait rien à l'équipe. L'adversaire partait dans son dos et c'était fini. On ne le voyait pas faire ça en Angleterre. Avec Chelsea, il se contentait de monter sur les corners et les coups francs. Le reste du temps, il était discipliné, il gérait son boulot défensif et il remettait les ballons simplement aux gars autour de lui. Ça devrait être la même chose à Paris. Avec des coéquipiers comme Blaise Matuidi, Marco Verratti et Yohan Cabaye, ça fait du beau monde pour lui demander les ballons. Bref, pour moi, David Luiz n'est pas un mauvais transfert. Maintenant, est-ce qu'il fallait dépenser 50 millions ? Je présume qu'à Chelsea, on se frotte les mains ! Je peux comprendre le raisonnement des Espagnols. On n'achète pas un joueur cher sur un coup de dés. A Monaco, il jouait sans pression et contre des adversaires généralement modestes. Je présume que les dirigeants du Real l'avaient déjà dans leur viseur mais qu'ils ont attendu de voir comment il se comportait sur un forum comme la Coupe du Monde. Oui, mais bon, est-ce que ça a encore une importance pour le Real ?... Il est quand même tombé dans un club où le défaitisme s'est méchamment installé ! L'OM est plus dans un processus de vente et de diminution de la masse salariale que dans une spirale montante au point de vue financier. Ça, je peux le comprendre. A partir du moment où tu essaies de faire partir des joueurs qui te coûtent cher, tu es aussi obligé de faire quelque chose en retour pour ton public, pour montrer que tu conserves des ambitions. Et il y avait beaucoup de critiques sur les derniers entraîneurs. Elie Baup a été fort attaqué. José Anigo l'a remplacé en décembre, il n'était pas vraiment indiscuté à Marseille, il n'allait soi-disant faire qu'un intérim mais il est resté jusqu'à la fin du championnat et l'OM ne s'est pas qualifié pour l'Europe. Donc, il fallait un geste fort de la part de la direction. Il fallait voir l'engouement quand le club a annoncé la signature de Bielsa, début mai. Il est venu voir un match dans la tribune. Il n'avait pas encore mis un pied dans la vestiaire mais c'était déjà la fête et les joueurs ont dit qu'ils se défonçaient déjà pour lui. Le public avait lâché l'équipe, il était devenu super négatif, maintenant on sent un revirement. Reste à voir si Marseille pourra garder tous ses gros salaires jusqu'à la fin du mois d'août. La masse salariale y est un gros problème. Comme à Lille où la DNCG a refusé un transfert en janvier, ce qui n'est jamais bon signe. Comme à Lyon. Comme à Nantes. Comme à Bordeaux. Comme ailleurs... On peut même s'interroger sur les finances du PSG. Qu'arrivera-t-il s'ils ne vont pas très vite plus loin en Ligue des Champions ? Est-ce que les Qataris seront patients ? Je n'en suis pas persuadé. Ce n'est que pour ça qu'ils ont investi en France. Pour eux, le titre en Ligue 1 n'est qu'un passage obligé. S'ils se retirent, on peut craindre des difficultés énormes. En Belgique, on parle encore de la commission des licences. En France, les dirigeants ne parlent même plus de la DNCG. Ils disent lapolice ! La DNCG n'a pas peur de trancher, quitte à faire très mal à un club d'une grande ville. Ça peut être Sedan, ça peut être Strasbourg ou un autre. Et tant pis si c'est un club qui a une belle histoire. Le problème, c'est que tout le monde te pousse vers l'avant, alors tu dépasses tes limites. A terme, ça pourrait être responsable d'une nouvelle diminution du niveau du championnat. Maintenant, pour ce qui est du cas de Lens, c'est... comment dire... un peu spécial. A Valenciennes, on soupçonne une magouille politique. Le but aurait été d'expédier Valenciennes en CFA pour permettre à Lens d'aller jouer dans son stade pendant la rénovation de Bollaert pour l'EURO. Entre les deux villes, il n'y a qu'une soixantaine de kilomètres. C'est un club avec une histoire, un effectif de qualité, toujours avec le souvenir de Michel Platini et Dominique Rocheteau. Ça vit énormément là-bas. Pendant plusieurs années difficiles, Saint-Etienne a été critiqué, puis son retour au premier plan a effectivement fait plaisir à beaucoup de monde. L'an dernier, c'était une équipe sans grande star mais un puzzle très bien assemblé. Pas toujours un foot académique mais des gars qui allaient au charbon. Et une ambiance indescriptible, la meilleure de France. C'est encore un club en difficulté financière, il fait partie de ceux qui vont devoir batailler pour le maintien. Je pense que l'attrait, pour Gillet, c'était surtout de jouer dans le championnat de France. J'ai aussi l'impression que l'extra-sportif est intervenu dans son raisonnement : à 30 ans, tu vois les choses autrement, tu t'intéresses à la qualité de vie, c'est tentant de s'installer sur une belle île où il fait beau. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS: BELGAIMAGE" On aurait tort de juger David Luiz sur sa Coupe du Monde. " " Est-ce que les Qataris seront patients si le PSG ne progresse pas en Ligue des Champions ? "