"Le foot n'est pas une science exacte ". Cette maxime, l'amateur n'a pas pu passer à côté. Elle est inscrite en lettres d'or dans le lexique footballistique et utilisée à toutes les sauces. Vous ne voulez pas vous mouiller sur le prono d'un match ? Et bien, vous la sortez, précédée d'un " Vous savez... ". Vous venez de perdre de façon imméritée ? Elle marche très bien aussi, précédée du " Malheureusement... " d'usage. Quant au résultat final d'une rencontre, il aurait pu être tout autre si la balle s'était logée 5 cm plus bas et avait fouetté les filets et non tapé la barre. Tenter d'expliquer tout ça par de très longues théories n'a aucune valeur scientifique. Nos dirigeants sont les premiers à le savoir, eux qui à travers leur mode de fonctionnement, démontrent leurs connaissances des sciences... occultes.
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"Le foot n'est pas une science exacte ". Cette maxime, l'amateur n'a pas pu passer à côté. Elle est inscrite en lettres d'or dans le lexique footballistique et utilisée à toutes les sauces. Vous ne voulez pas vous mouiller sur le prono d'un match ? Et bien, vous la sortez, précédée d'un " Vous savez... ". Vous venez de perdre de façon imméritée ? Elle marche très bien aussi, précédée du " Malheureusement... " d'usage. Quant au résultat final d'une rencontre, il aurait pu être tout autre si la balle s'était logée 5 cm plus bas et avait fouetté les filets et non tapé la barre. Tenter d'expliquer tout ça par de très longues théories n'a aucune valeur scientifique. Nos dirigeants sont les premiers à le savoir, eux qui à travers leur mode de fonctionnement, démontrent leurs connaissances des sciences... occultes. Ce qui suit, et qui est évidemment non exhaustif, prouve que la rigueur n'a pas toujours été sacralisée non plus en matière de transferts. Le burlesque, l'absurde et l'incompétence ont traversé l'histoire du foot belge sans discontinuité. Certes le hasard - ou la chance, c'est selon - fait parfois plutôt bien les choses. Comme quand Milan Jovanovic, sans club depuis un passage foireux au Lokomotiv Moscou, arrive à Liège en juin 2006 afin de soigner chez le Dr Popovic un genou mal en point. Après l'opération, l'éminent chirurgien rencardera son patient auprès de Lucien D'Onofrio qui, après seulement quelques matches amicaux, flaire la bonne affaire et fait signer un contrat au Serbe. Quatre ans plus tard, le flamboyant Milan quitte Sclessin auréolé de deux titres de champion, d'un titre de Footballeur Pro (2008) et d'un Soulier d'Or (2010). Dans la même veine, le Standard avait réalisé 40 ans plus tôt un coup bien plus rocambolesque encore. Longuement racontée dans le livre 100ans du Standard, écrit par Pierre Bilic, l'histoire Germano n'est pas inconnue pour les plus anciens fans liégeois. En juin 1966 débarque à Sclessin José Alves, dit Germano, un joueur brésilien venu en droite ligne du Milan AC de Gianni Rivera. Une star de 24 ans qui débarque en Belgique en provenance d'un ténor européen, ça peut surprendre. Et de fait, si Germano quitte les Rossoneri pour les Rouches, ce n'est pas pour son manque de talent mais plutôt pour avoir fait battre le c£ur de Giovanna Agusta, l'héritière de cette richissime famille lombarde (constructeur de motos et d'hélicoptères) dont le nom réapparut en Belgique dans les années 90 sous la forme " Affaire Agusta " ; une histoire de corruption qui secoua le PS belge. Germano n'avait, lui, eu comme seul tort de tomber amoureux de la belle Italienne, ce qui au vu des m£urs de l'époque faisait assez mauvais genre. Pour mettre fin à la relation, le père Agusta demanda aux dirigeants milanais d'envoyer leur joueur brésilien le plus loin possible de la cité lombarde. Et c'est là que Roger Petit intervint. Grâce à ses nombreuses relations au sein des cercles européens, le secrétaire général du Standard remporta la mise. Le 13 février 1967, Giovanna, qui venait de fêter ses 21 balais, atterrit à Maastricht (à 30 km de Liège) et rejoignit son Romeo carioca dans la Cité ardente. Le conte de fées sportif ne dura cependant qu'une saison. Un Germano en surpoids de quelques kilos inscrivit 8 buts en 26 matches, avant de prolonger pour quelque temps encore une idylle qui prit fin peu après leur départ des bords de Meuse... A Anderlecht, on a toujours préféré regarder à la dépense, surtout quand il s'agit d'acheter un joueur étranger. L'exception qui confirme la règle, c'est l'arrivée en grande pompe du puncheur paraguayen, Enrique Villalba, fin des années 70. Le duo Urbain Braems (coach des mauves à l'époque) - Armand Schelfhaut (secrétaire général) s'en va discuter avec les dirigeants de l'Olympia Asunción pour signer le joueur. Le deal est finalement conclu sur une base de 14 millions de francs belges (350.000 euros), un montant extrêmement important pour l'époque. Seul hic, le club paraguayen n'a empoché que six millions (150.00 euros), les huit (200.000 euros) autres se perdant dans la nature... Du côté de Saint-Guidon, par contre, on ne vit jamais les nombreux buts qui avaient fait la réputation du joueur dans toute l'Amérique du Sud. Villalba rima avec flop et termina la saison 79-80 avec huit bribes de matches au compteur et deux petits buts. Au Sporting de Charleroi, 10 ans plus tard, on crut aussi avoir déniché l'oiseau rare. Jugez plutôt : le meilleur buteur européen débarque au Mambourg. Comme campagne publicitaire pour vendre des abonnements, difficile de faire mieux. C'est un peu comme si Diego Forlán débarquait en 2009 de l'Atlético Madrid avec son statut de Golden Shoe européen grâce à ses 32 buts en Liga. Le Roumain Rodion Camataru avait fait mieux encore, il en avait planté 44 en championnat roumain avec le Dinamo Bucarest ! A Charleroi, l'histoire fut très différente puisque son compteur resta bloqué à 6 buts en 29 joutes durant la saison 1989-1990. Notre compétition belge s'était montrée intraitable avec l'international roumain qui avait dans ses bagages des chiffres quelque peu " trafiqués ". Les clubs de la capitale avaient pour habitude (davantage que maintenant encore) de remporter certaines rencontres sur des scores de handball bénéficiant des largesses arbitrales et de l'adversaire... Mais tous les coups fumants ne se sont pas tous envolés en fumée. L'histoire de NiilLamptey est plus complexe. Ses débuts furent tonitruants avant de connaître une suite digne d'un mélodrame où se bousculent blessures, exploitation par des agents véreux qui le ballotent de clubs en clubs, et la perte de deux enfants en bas âge. A 15 ans le Ghanéen émerveille déjà le Championnat du Monde des -17 de 1989. Anderlecht, qui a envoyé du personnel suivre l'épreuve, sait que c'est maintenant ou jamais qu'il faut mettre le grappin sur un tel talent. Michel Verschueren contacte Stephen Keshi (international nigérian qui évolue alors chez les Mauves) pour qu'il se rende à Accra et le ramène à Bruxelles. Keshi s'exécute et passe du Ghana au Nigéria avant de prendre un vol vers Bruxelles. Il a alors avec lui, son frère, du moins présenté comme tel sur le passeport du jeune... Lamptey. Quelques mois plus tard, Lamptey fête ses 16 ans et dispute son premier match de D1 au Cercle Bruges et inscrit son premier but. En 1991, le joueur d'Anderlecht gagne le mondial des -17 en Italie et est désigné meilleur joueur devant notamment JuanPablo Veron et Alessandro Del Piero. La Gazzetta dello Sport titre en grand -Est-ce le nouveau Pelé ? et parle d'un deal entre Bernard Tapie, président de Marseille, et Anderlecht pour 700 millions de francs belges (environ 17,5 millions d'euros). La suite n'empruntera malheureusement pas cette voie : Lamptey quitte Anderlecht en 1993 pour le PSV avant de rejoindre des clubs comme Ankaraguçu ou Shandon Luneng (Chine)... Anderlecht n'a pas toujours été aussi inventif et bien luné question transferts de stars en herbe. Il arrive à tous les clubs de se planter sur le jugement d'un joueur d'autant que ce dernier peut passer complètement à côté à cause d'un problème de condition ou d'acclimatation. Malheureusement, certains cas s'avèrent plus douloureux que d'autres. Passons le test au Parc Astrid de Ruud Gullit qui n'a pas encore 20 ans et joue dans le petit club d'Haarlem. Insuffisant. Passons encore celui de Mateja Kezman (surtout vu son niveau actuel) jugé également insuffisant. Passe par contre plus difficilement, le rapport négatif concernant Patrick Vieira quand celui-ci est encore à Cannes. Constant Vanden Stock avait reçu l'info qu'il fallait jeter un £il sur ce grand Franco-Sénégalais. Une délégation mauve de trois personnes se rend dès lors au Parc des Princes pour un PSG-Cannes et revient sans avoir vu grand-chose. Seul Raymond Goethals, faisant partie des trois scouts, estime qu'il faut aller le revoir. Ce qui ne se fera jamais. Quand on sait la difficulté qu'Anderlecht a eu pour trouver un milieu défensif de taille dans les années 90, il y a de quoi s'en mordre les doigts. Plus douloureux encore, le passage éclair de KoloTouré en novembre 2000. Quelques mois plus tôt, Anderlecht a la bonne idée de faire venir Aruna Dindane de l'ASEC Mimosas. Son meilleur ami d'enfance, Kolo, le frère de Yaya passé par Beveren et désormais à Manchester City, est reçu au Parc Astrid en novembre 2000 pour un stage de deux semaines. Après cinq jours, le colosse ivoirien dispute avec la Réserve un match face au Germinal Beerschot. Une grande délégation mauve, dont Aimé Antheunis et Frankie Vercauteren, est présente pour donner son jugement qui s'avérera négatif. Le joueur peut même plier bagages après le match et n'ira pas jusqu'à la fin du stage. Touré retourne en larmes à Abidjan mais se consolera un an plus tard en signant à Arsenal. A Manchester City aujourd'hui, il est l'un des défenseurs les mieux payés au monde. Vercauteren avait, pensait-il, mieux en magasin en la personne de Lamine Traoré. Pour info, ce défenseur est actuellement sans club. Mais il n'y a pas que nos grands clubs qui se trompent sur la marchandise. JariLitmanen, avant de signer à l'Ajax et de décrocher entre autres la Ligue des Champions, est passé par le Beerschot pour un test. Résultat : insuffisant. Plus drôle encore : Souleymane Diamoutène a 18 ans quand il vient effectuer un test avec la Réserve de Strombeek dont l'équipe première est engluée dans les profondeurs de la D2. A la mi-temps, le coach des Bruxellois sort le défenseur malien. " Pas assez bon ". Aujourd'hui, Diamoutène a plus de 100 matches en Série A à son CV et 46 sélections avec le Mali... Quand l'argent manque au portefeuille, faut faire preuve d'inventivité. RenéTaelman, entraîneur de Seraing dans les années 80, est à la recherche d'un attaquant pour donner du poids à son attaque. En parcourant France Football, il s'arrête sur un joueur canadien qui enfile les pions outre-Atlantique. Grâce à un ami à lui, qui se rend régulièrement au Canada, Taelman arrive à établir le contact avec le joueur en question et quelques mois plus tard, Igor Vrablic débarque au Pairay. A l'arrivée, le résultat n'est pas concluant. 14 matches et 3 buts avant, tout de même, de rejoindre l'Olympiacos. Si Vrablic n'a pas laissé de trace indélébile dans notre foot, il s'est fait remarqué récemment pour avoir été arrêté dans une histoire de trafic de drogue entre la frontière canadienne et états-unienne. Pour que le " qu'est-ce que tu foot " soit complet, sachez que les charges le concernant ont été abandonnées. Si à Anderlecht l'argent a rarement été un problème, on ne peut pas en dire autant de son voisin molenbeekois. En 1986, les Mauves lorgnent sur un petit gars du RWDM au pied gauche fantastique : Johan Walem. Le hic, c'est que le joueur a la fibre molenbeekoise et que son club ne veut pas le céder à l'ennemi. Des dirigeants anderlechtois apprennent que son voisin n'est pas au mieux financièrement et qu'il a une dette d'un million auprès de son fournisseur d'énergie. Les Mauves proposent de payer la facture d'électricité en échange de petit Jo. Quelques mois plus tard, Walem signera son affiliation au RSCA. Autre cas de club qui ne roule pas sur l'or : Charleroi. En l'espace de deux ans, la direction carolo nous a sortis de son chapeau deux arrivées surprise. Tout d'abord, Ilombe Mboyo ; emprisonné à Ittre et repéré par Pierre Bodenghien, scout à Charleroi et cheville ouvrière de l'opération " Foot en prison ", aujourd'hui abandonnée. Le résultat s'avère positif et les débuts extrêmement prometteurs. Après un passage avec la Réserve, John Collins l'inclut dans le onze début 2009 avec comme résultat 3 buts lors de ses trois premières titularisations. L'été dernier, Charleroi a décidé de mélanger les sports en transférant Diogo, le buteur de l'équipe de futsal de Morlanwelz. Le phénomène Diogo avait inscrit 69 buts sur la saison 2008-2009, la direction zébrée s'est peut-être dit qu'avec des goals plus grands, ça irait encore mieux. Malheureusement, deux mois plus tard (fin août 2009), l'histoire se termine. Motif invoqué : une trop grande concurrence dans le secteur offensif... Enfin en Flandre, on a parfois joué la carte de la modernité, du cyberspace. HeinVanhaezebrouck, entraîneur de Courtrai, est à la recherche d'un attaquant gaucher pour renforcer son effectif de D2. Par dépit (?), il tape Linkeraanvaller dans google et tombe sur des commentaires positifs sur un certain Hollandais, IstvanBackx. Il envoie alors un scout le visionner et, quelques mois plus tard, l'affaire est entendue. Backx traîne sa peine aujourd'hui à Genk et est de moins en moins référencé, mais porte toujours le sobriquet de Google Spits. l par thomas bricmont - photos: reportersExpulsé du Milan AC pour une histoire d'amour, Germano avait atterri au Standard !Avec Lamine Traoré, Vercauteren pensait avoir mieux en magasin que Kolo Touré.