Le fric, rien que le fric. C'est une façon de résumer la pensée actuelle des noyaux durs de supporters du Standard. Les banderoles qu'ils ont déployées lors du dernier match à domicile envoyaient des messages clairs à la direction : pourquoi ne réinvestissez-vous pas l'argent encaissé sur les récents transferts sortants ?
...

Le fric, rien que le fric. C'est une façon de résumer la pensée actuelle des noyaux durs de supporters du Standard. Les banderoles qu'ils ont déployées lors du dernier match à domicile envoyaient des messages clairs à la direction : pourquoi ne réinvestissez-vous pas l'argent encaissé sur les récents transferts sortants ? Le club en est-il capable ? Ses têtes pensantes en ont-elles envie ? La prudence d'aujourd'hui sera-t-elle toujours de mise demain ? Que vaut la trésorerie liégeoise ? L'avenir du Standard serait-il menacé si l'un ou l'autre investisseur venait à réclamer ses billes ? Comment combler le fossé entre le budget rouche et l'enveloppe disponible à Anderlecht ? Analyse chiffrée. Quand Robert Louis-Dreyfus et Lucien D'Onofrio ont repris le Standard en 1999, ils ont directement injecté - via leurs sociétés - 15 millions d'euros. En 2000, ils ont remis 10,5 millions. Et en 2002, 9 millions. Leur apport représente donc 34,5 millions. Ils n'ont plus mis un euro dans le club depuis 2002 et le Standard s'auto-suffit donc depuis lors. Dans un premier temps, ces mises étaient des créances, qui pouvaient donc être réclamées à tout moment par les personnes qui les avaient avancées. Mais elles ont rapidement été converties en capital et la situation est donc devenue très différente. Les investisseurs détiennent aujourd'hui des actions plutôt que des créances. Une société qui fonctionne avec des créances vit en permanence avec une épée de Damoclès alors qu'une entreprise qui roule avec des actions est beaucoup plus tranquille quant à son avenir. La Financière du Standard détient 89 % des parts du club. Trois personnes se partagent les actions de ce holding à parts plus ou moins égales : les héritiers de Robert Louis-Dreyfus représentés par un avocat suisse, le président Reto Stiffler et Lucien D'Onofrio. Les héritiers de Robert Louis-Dreyfus sont donc un " actionnaire minoritaire mais influent ", selon l'expression du directeur général Pierre François. On a fait état récemment de rumeurs selon lesquelles Madame Louis-Dreyfus pourrait prochainement réclamer l'argent injecté par son défunt époux au Standard. Pierre François dément : " Les héritiers de Robert Louis-Dreyfus ne sont pas créanciers du club mais actionnaires. La situation d'un actionnaire est toujours la même. S'il veut récupérer son investissement, il doit au préalable trouver un acquéreur. La trésorerie du Standard ne se trouvera cependant nullement influencée par ces éventuels mouvements d'actions... et aujourd'hui, ceux-ci ne sont pas d'actualité. "Quand le duo D'Onofrio/Louis-Dreyfus a repris le club, la dette tournait autour des 20 millions d'euros. Cette " perte fiscale récupérable " a continué à gonfler au cours des années suivantes : elle était de 28 millions en 2004, 29 millions en 2007 et est allée jusqu'à 32 millions en 2008. Le Standard volait de ses propres ailes mais sa perte s'aggravait. Le vent a tourné en 2009 : la dette cumulée est tombée à 9 millions (grâce au transfert de Marouane Fellaini notamment). Les chiffres de juin 2010 ne sont pas encore disponibles mais le club devrait être revenu à l'équilibre. Le DG n'exclut même pas de devoir payer " quelques euros d'impôt ". Le passif a donc été nettoyé et le Standard devrait désormais - normalement - générer des bénéfices. " Que personne n'oublie qu'il y a un peu plus de 10 ans, l'avenir du club n'était plus du tout assuré ", rappelle François. Le compte en banque du Standard affiche de belles couleurs. Avant le rush de la semaine dernière (arrivées de Mbaye Leye, Mémé Tchité et Aloys Nong), le club avait un trésor de guerre d'environ 8 millions. " Un trésor de guerre qui nous permet par exemple de conclure des achats quand le club cédant exige un paiement cash ", dit François. " C'est comme cela que nous avons pu faire aboutir rapidement les négociations avec Santander pour la venue de Tchité. "Le DG parle aussi de " bas de laine ". C'est une réserve qui nous permet, d'ores et déjà, d'assurer à coup sûr la saison prochaine. Nous savons déjà que lors de l'été 2011, nous pourrons encore envisager des choix sportifs intéressants, que nous pourrons encore avoir l'ambition d'être européens quelques mois plus tard. C'est un confort pour tout le club et les supporters de savoir que le Standard n'est pas en danger comme il l'a déjà été. "L'entretien du bas de laine a un autre but, à plus long terme : le financement de la rénovation du stade. Au Standard, la perte d'exploitation, saison après saison, est presque systématique. En clair : les recettes (courantes) sont inférieures aux dépenses. La situation s'est un peu améliorée ces dernières années : le club n'a plus perdu d'argent qu'un exercice sur deux environ. Mais pour la saison en cours, la direction prévoit une perte de 5 millions. Principale raison : l'absence de coupe d'Europe. Inquiétant, cette perte récurrente ? " Absolument pas ", tempère François. Car ces chiffres ne tiennent pas compte des transferts sortants, qui sont repris dans la rubrique " profits exceptionnels ". Pour cette saison, par exemple, la vente de Dieumerci Mbokani à Monaco suffira pratiquement à éponger la perte d'exploitation. Chaque année ou presque, les transferts sortants comblent le trou. Et au final, le cash-flow devient positif : le Standard génère plus de recettes que de dettes. Quand il y a un bénéfice d'exploitation, c'est encore mieux car la politique sportive change : il n'est pas nécessaire de vendre des bons joueurs. " Il y a un an, nous avons conservé Mbokani et Milan Jovanovic car nous savions que la saison se terminerait à coup sûr par un bénéfice d'exploitation, grâce à la Ligue des Champions ", explique le DG. " Dès qu'il y a bénéfice au lieu de perte, la gestion devient davantage sportive que financière. " En 2009-2010, le bénéfice d'exploitation a tourné autour de 9 millions grâce aux rentrées des matches de Ligue des Champions puis d'Europa League (une campagne qui a rapporté 12 millions tout compris avec ticketing, droits TV, etc.). Le principal créancier du Standard est l'intercommunale liégeoise SLF, qui a financé l'Académie Robert Louis-Dreyfus et en est toujours propriétaire. La SLF a reçu 5,5 millions de la Région wallonne pour les travaux et a payé le reste. Depuis 2008, le Standard lui rembourse près de 800.000 euros par an. Jusqu'en 2025. Le club deviendra ensuite propriétaire de l'Académie. Il a lui-même financé l'aménagement intérieur des bâtiments : entre 3 et 4 millions payés cash à l'époque. Le Standard doit aussi assumer l'entretien, le personnel, les frais énergétiques, etc. Malgré l'absence sur la scène européenne, le Standard n'a pas revu son budget à la baisse cette saison : les dépenses présumées oscillent toujours autour de 25 millions. Anderlecht tourne entre 40 et 45 millions. A Sclessin, les coûts de l'équipe Première, du staff technique et de l'équipe médicale représentent 45 % des recettes, un seuil à ne pas dépasser selon François : " Nous avons anticipé le fair-play financier prôné par l'UEFA. "Le DG estime qu'une enveloppe de l'ordre de 25 millions doit être suffisante à court terme pour atteindre les objectifs annuels : qualification européenne et un titre de temps à autre. La saison dernière, le Standard a touché 3.570.000 euros en droits de télévision nationaux. Une peccadille par rapport au budget total si on compare avec la réalité des grands pays du foot, où l'apport télévisuel peut franchir la barre des 50 %. Selon François, il y a même des clubs belges où les droits TV représentent la moitié du budget. Cette saison, les Rouches toucheront un peu moins, vu leur classement 2009-2010. Mais le montant est calculé pour l'essentiel sur la base des résultats des cinq dernières années et le Standard reste toujours le numéro 2 belge. Le DG ajoute : " Le Standard préférerait une meilleure rétribution pour les audiences afin de mieux rémunérer son image attractive tant au nord qu'au sud du pays. "Le Standard a battu cet été son record historique d'abonnés en passant de 22.457 à 23.980. Un abonnement à Sclessin est meilleur marché qu'à Eupen, Sclessin reste un des stades les moins chers de notre D1. En 2009-2010, les abonnements ont rapporté 3.195.000 euros pour la première phase du championnat (15 matches). Cette saison, le montant passe à 3.417.000 euros. Mais au bout du compte, les recettes spectateurs resteront plus ou moins les mêmes qu'en 2009-2010 pour la phase classique vu qu'il y aura forcément moins de ticketing aux guichets. La grande différence par rapport à la saison passée est qu'il n'y aura pas, cette fois, de recettes européennes. Les supporters hurlent car ils sont convaincus que le Standard a touché plusieurs fois le pactole depuis deux ou trois ans mais n'en a réinvesti qu'une toute petite partie. Explications de François : " Le montant du transfert de Fellaini à Everton était de 18,5 millions et on pouvait arriver à 20 millions avec les bonus, qui dépendent notamment du nombre de matches joués. Comme il joue beaucoup, on atteindra ces 20 millions. Mais c'est payable en cinq ans, nous sommes donc encore loin d'avoir tout encaissé. Nous venons de vendre Mbokani à Monaco pour 7 millions mais nous avons dû verser une très, très grosse somme au Tout-Puissant Mazembe. Je signale d'ailleurs que nous avons déjà payé Mazembe et l'agent de Mbokani alors que nous ne recevrons la première des trois tranches de Monaco qu'à la fin septembre. "Jovanovic et Landry Mulemo, en fin de contrat, sont partis pour rien. Pour Igor de Camargo à Mönchengladbach, on a souvent entendu le chiffre de 4 millions. Le Directeur ne donne pas de montant mais on comprend que c'est moins que cela " car on lui avait promis de ne pas le bloquer, pour services rendus au Standard ". Pour Dante Bonfim, transféré dans le même club allemand, on a parlé d'une somme comprise entre 2 et 3 millions. François : " Sur le montant du transfert, nous avons dû payer beaucoup à Charleroi. " Marcos Camozzato et Wilfried Dalmat sont partis à Bruges pour peu d'argent. " Le premier parce que ce transfert a été conclu dans le cadre d'un échange avec Laurent Ciman et le second parce que dès le mois d'avril, il savait qu'il était autorisé à se chercher un autre club. " Benjamin Nicaise a filé gratuitement au Lierse. Et le Standard n'a pas touché grand-chose sur le transfert de Mohamed Sarr à Alicante. " Il avait bien servi le club et voulait découvrir autre chose. " Reste que toutes ces recettes n'ont pas été entièrement réinvesties. " Nous ne mettrons jamais 5 millions pour un transfert ", dit François. " Comment voulez-vous couvrir vos pertes d'exploitation en ayant la même balance de transferts que beaucoup de clubs qui font n'importe quoi ? Si le Standard fait ça une seule fois et se plante la saison suivante, il peut mettre la clé sous le paillasson. " Les arrivées du début d'été n'ont pas coûté beaucoup d'argent à l'exception du transfert de Franck Berrier, dont le montant est de l'ordre de ceux enregistrés le dernier jour du mercato. " Les transferts les plus coûteux des dernières années sont sans doute ceux que nous avons faits la semaine passée. " Selon plusieurs sources, le Standard aurait déboursé 1,25 million pour Nong, 1 million pour Leye et un peu plus de 2 millions pour Tchité. Des chiffres non confirmés par la direction, qui dit seulement : " Tout ce qu'on a déjà payé depuis le début de l'été représente plus d'argent que ce que nous avons perçu ou que nous allons percevoir dans les prochaines semaines, car il y a pas mal d'argent qui ne nous reviendra qu'à échéance. "Liverpool a eu gratuitement Jovanovic, en fin de contrat. Il y a un an, Stuttgart offrait 7 millions " mais nous n'avons même pas négocié et nous aurions pu avoir davantage ", dit François. Monaco donne 7 millions pour Mbokani mais lui aussi aurait pu rapporter beaucoup plus en 2009. " Des clubs allemands ont proposé près de 15 millions. Mais nous avons fait le choix de garder ces deux joueurs car personne n'aurait compris que le Standard se sépare de piliers qui lui avaient apporté le titre au moment où le club allait jouer sa première Ligue des Champions. "par pierre danvoye"Un actionnariat en trois tiers : Lucien D'Onofrio, Reto Stiffler, les héritiers de Robert Louis-Dreyfus."