Giovanni Trapattoni, le sélectionneur national italien, est un connaisseur. En début de saison dernière, il était le seul à avoir prédit que l'AS Roma pourrait être le principal rival de la Lazio, champion sortant. Les médias du nord du pays, eux, avaient plutôt misé sur la Juventus, ignorant la nouvelle réalité.
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Giovanni Trapattoni, le sélectionneur national italien, est un connaisseur. En début de saison dernière, il était le seul à avoir prédit que l'AS Roma pourrait être le principal rival de la Lazio, champion sortant. Les médias du nord du pays, eux, avaient plutôt misé sur la Juventus, ignorant la nouvelle réalité. Car désormais, l'épicentre du football italien s'est déplacé vers la capitale. En 1999, la Lazio avait terminé deuxième à un point de Milan mais au cours des deux dernières saisons, c'est au stade Olimpico de Rome qu'on a fêté les titres, les deux clubs de la capitale faisant presque aussi bien qu'au cours de toute leur histoire. Jusqu'en 1999, la Lazio et l'AS Roma n'avaient été que trois fois champions d'Italie: la Lazio en 1974, la Roma en 1942 et 1983. Après chaque échec, les deux clubs évoquaient souvent les complots et le mépris du Nord et leur championnat se résumait souvent à leurs affrontements mutuels, destinés à désigner la meilleure équipe de la ville. Pour Carlo Mazzone, ex-entraîneur romain, les clubs de la capitale étaient beaucoup trop gâtés. "Tout le monde voulait les aider et ils finissaient par étouffer. Après deux bons matches, c'étaient les primes, les femmes, la gloire. Alors, beaucoup de pseudo-vedettes se laissaient bercer et s'enfermaient dans leur petit monde. C'est pourquoi aujourd'hui, en tant qu'entraîneur, je fais tout afin de protéger mes joueurs contre les tentations". Ce n'est pourtant pas Mazzone qui a remis l'AS Roma sur les rails. Lorsque Fabio Capello prit les commandes sportives du club, il y a deux ans, on lui demanda qui remporterait le derby romain. Il répondit sans rougir que le derby n'était qu'un match parmi d'autres et ne constituait pas un objectif. "Pour moi, seul le classement final compte", ajouta-t-il. Un gagngster à la présidence...Avant l'arrivée de Capello, l'AS Roma était un géant endormi, capable d'arracher des places d'honneur mais également de traverser de longs déserts. Au début des années 90, le club semblait même au bord de la faillite. La veuve du président Dino Viola ne parvint pas à respecter le dernier souhait de son mari: ne jamais vendre le club à Andreotti. L'ex-premier ministre italien, fan de la Roma, fit appel à un homme de paille à la réputation douteuse: Giuseppe Ciarrapico, un gangster sympathique et véritable Romain. Le président de la fédération de l'époque, également ami d'Andreotti, menaça de faire exclure le club du championnat si la veuve Viola ne prenait pas son offre en considération. Sous couvert du nom d'Andreotti, les banques eurent tôt fait d'accorder de nouveaux crédits au club mais ce n'était qu'un emplâtre sur une jambe de bois. Le seul mérite de Ciarrapico était sans doute de connaître ses limites puisque, au moment de son entrée en fonction, il déclara ne rien connaître au football. On ne tarda d'ailleurs pas à s'en apercevoir. Début 1993, il fut incarcéré pour banqueroute frauduleuse. De sa cellule, il écrivit une lettre d'encouragement à ses joueurs. Cela ne les aida pas beaucoup car, cette année-là, la Roma ne termina que dixième. En mai 1993, Franco Sensi mit un terme aux souffrances de ce club en difficulté. Six mois plus tard, il racheta également les parts de son partenaire si bien que, depuis le 9 novembre 1993, il décide seul de l'avenir de l'AS Roma. Véritable clubman, il fut également à la base de la période de prospérité actuelle. Romain pure souche, il était déjà supporter d'un club dont son oncle Silvio fut l'un des membres-fondateurs en 1927. Cette année-là, trois clubs romains en vue -Alba, Fortitudo et Roman- décidèrent d'unir leurs forces sous le nom d'Associazione Sportiva Roma. Sensi ne considère donc pas son club comme un jouet. Ses études d'ingénieur à peine terminées, il fit rapidement son chemin dans une famille d'entrepreneurs réputés qui, depuis quatre générations, fait partie du beau monde de la capitale. Avec son ami Paolo Mantovani, qui a fait de la Sampdoria un grand club, il a gagné beaucoup d'argent dans le secteur pétrolier. Plus tard, il s'est également intéressé à l'immobilier, a investi dans des entreprises d'alimentation et a même acheté un journal. La Roma coûte cher à SensiLorsqu'il reprend le club en 1993, il est déjà très riche. L'AS Roma figure d'ailleurs à la dernière place du ranking de ses entreprises. C'est la seule qui perde de l'argent mais elle lui tient à coeur et le fait rêver. Pour retrouver le sommet, il ne regarde pas à une lire. Mazzone jette les bases sportives du renouveau du club tandis que Zdenek Zeman fait de l'AS Roma le club le plus spectaculaire du pays. Il joue avec trois attaquants et possède la meilleure attaque mais sa défense ne répond pas. Cela fait l'affaire de Francesco Totti, l'enfant du pays qui n'a jamais joué ailleurs qu'à la Roma et qui éclate complètement sous les ordres de Zeman. Sensi se dit pourtant qu'il a besoin de quelqu'un d'autre pour mettre la cerise sur le gâteau. Il fait alors appel à Fabio Capello qui, en juillet 1999 et après une année sabbatique, relève le défi. Il conserve la ligne d'attaque, redessine l'entrejeu et la ligne arrière, reçoit des éloges concernant le style de jeu mais ne termine que sixième. Les tifosi râlent car à l'autre bout de la ville, dans les quartiers populaires, la Lazio fête son deuxième titre. Sensi n'abandonne pas et consent à nouveau de gros investissements en achats de joueurs. Aucun grand nom ne quitte le club, qui frappe en plein dans le mille en achètant Gabriel Batistuta. A la Fiorentina, ce dernier a gagné beaucoup d'argent mais pratiquement aucun trophée. Il veut se forger un palmarès et cela lui réussit. Car à ses côtés, Francesco Totti franchit également la dernière étape vers le sommet. Auteur d'un excellent EURO 2000, où il est passé du statut de réserviste à celui de leader, il continue sur sa lancée en championnat et aide la Roma à vaincre tous ses adversaires. Depuis son arrivée, Sensi a déjà investi près de huit milliards de francs (un peu plus de 198 millions d'euros) dans le club. L'entrée en bourse a permis à la Roma de porter son capital disponible à près de 16 milliards de francs (396 millions d'euros). L'an dernier, l'action a pris 15%. Après la fameuse injection de capital de la saison dernière, Sensi a quelque peu levé le pied. Pour la première fois, il a vendu pour plus qu'il n'a acheté. C'est logique car le dream team de la saison dernière est toujours là et le club n'a acheté que des candidats à l'équipe Première. Ce qui lui a tout de même coûté 2,8 milliards de francs (environ 74 millions d'euros).L'équipe resteLe plus important, c'est que l'AS Roma a conservé les architectes du succès et n'ait perdu aucun joueur-clé. Capello s'est vu offrir un nouveau contrat qui en fait le coach le mieux payé d'Italie et même du monde. Avec un salaire annuel de 150 millions de francs (3,718 millions d'euros), il succède ainsi à Marcello Lippi (à l'époque à l'Inter). Totti a également resigné jusqu'en 2006. Il gagnera 960 millions de francs (23,8 millions d'euros) en cinq ans. Cela devrait permettre à Sensi, aujourd'hui âgé de 75 ans, de continuer à faire de Rome la capitale du football italien mais également de réaliser son autre rêve: reconquérir l'Europe. Geert Foutré