L'AS Roma n'a pas fait le meilleur choix, le 25 décembre dernier, lorsqu'elle a envoyé une carte postale sur laquelle on pouvait lire : " Joyeux Noël et merci pour votre soutien en 2016. " On y voyait, en grand, Luciano Spalletti entouré de quelques joueurs.
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L'AS Roma n'a pas fait le meilleur choix, le 25 décembre dernier, lorsqu'elle a envoyé une carte postale sur laquelle on pouvait lire : " Joyeux Noël et merci pour votre soutien en 2016. " On y voyait, en grand, Luciano Spalletti entouré de quelques joueurs. Tout le monde a été surpris de voir que Francesco Totti ne figurait pas sur la photo. Etait-ce un simple oubli ou l'avait-on volontairement écarté ? Le 2 janvier, l'AS Roma envoyait une nouvelle carte de même couleur et de format identique, avec ses bons voeux pour 2017. Cette fois, Spalletti n'y figurait pas, au contraire de Totti et de quelques joueurs absents sur la première carte, comme Radja Nainggolan et Edin Dzeko. Cet incident prouve que la marque Francesco Totti est devenue plus forte que son apport sur le terrain. La semaine dernière, en entrant au jeu à la 63e minute à Udinese, il a entamé sa 25e année de professionnalisme mais cette saison, il n'a encore été titulaire qu'une seule fois, face aux modestes promus de Crotone. La semaine dernière, sur un total de huit matches disputés, il n'avait pris part qu'à 282 minutes, avec deux buts à la clé. Lorsqu'il est entré au jeu à Udine, il a eu droit à une standing ovation, comme cela avait déjà été le cas le 8 mars 2016 à l'occasion du match retour de Champion's League face au Real Madrid. Totti donne l'impression d'effectuer une longue tournée d'adieux dans les stades d'Italie et d'Europe. Après le match à Udine, Luigi Del Neri, l'entraîneur local, l'a serré dans ses bras. Ce n'est pas illogique car Del Neri est l'un des dix-sept entraîneurs que Totti a connus au cours de sa carrière. Même si, en 2004-2005, après avoir succédé à Rudi Völler, il est resté moins d'un an à Rome. La semaine dernière, Totti a posé fièrement avec un grand bouquet de roses sur sa page Facebook. Elles avaient été envoyées par Diego Maradona qui avait été fêté à Naples au même moment. Un beau témoignage du meilleur joueur de tous les temps à l'un des personnages cultes du football. Sur un terrain, ces deux-là se sont ratés de peu. Le 28 mars 1993, lorsque Sinisa Mihajlovic, aujourd'hui entraîneur de Torino, s'est approché du banc à l'occasion du match contre Brescia et a crié à l'entraîneur de la Roma, Vujadin Boskov, d'aligner "le gamin", alors âgé de seize ans et demi, Maradona terminait sa carrière au FC Séville. Il avait quitté Naples et l'Italie deux ans plus tôt. A cinq minutes de la fin, Totti a remplacé l'international Ruggiero Rizzitelli. L'AS Roma vivait une saison difficile. Malgré la présence de vedettes comme l'Allemand Thomas Hassler, Mihajlovic, Claudio Caniggia ou le meneur de jeu Claudio Giannini, qui allait prendre Totti sous son aile, elle n'allait terminer que dixième. En mars 1993, Romelu Lukaku n'était pas encore né, la Tchécoslovaquie était toujours unie, Bill Clinton venait d'être élu président des Etats-Unis et l'avion transportant pratiquement toute l'équipe nationale de Zambie venait de s'écraser. Au hit-parade, les premières places étaient occupées par I will always love you de Whitney Houston et La Solitudine de Laura Pausini. Seul, Totti ne l'a jamais été à Rome. Il n'a failli quitter le club qu'à deux reprises. Lors de l'hiver 1997, Carlos Bianchi n'en voulait plus et il aurait dû être prêté à la Sampdoria. "C'est lui ou moi", avait dit Bianchi au président de l'époque, Francesco Sensi. Celui-ci n'a pas dû réfléchir très longtemps : quelques semaines plus tard, Bianchi était limogé. En 2004, Totti a envisagé un transfert au Real Madrid, son club préféré. Il a, par contre, repoussé une proposition de Chelsea : pas envie de jouer en Angleterre. Il mettra donc bientôt un terme à sa carrière dans le seul club professionnel qu'il ait connu et pour lequel il a disputé jusqu'ici 770 matches (609 en championnat), inscrivant 306 buts (250 en Serie A), dont plus de la moitié après l'âge de 30 ans, lorsque ses entraîneurs lui firent remarquer qu'il pouvait être un bon finisseur. Il aurait voulu jouer plus longtemps encore mais en avril dernier, le président James Palotta a pris des pincettes pour lui dire qu'il était peut-être temps de songer à s'arrêter car, à partir d'un certain âge, le corps ne répond plus aussi rapidement aux stimuli envoyés par le cerveau. A l'époque, Totti a dû se dire que ce président était déjà le septième qu'il connaissait... Peu avant ça, le 21 février, Totti a été renvoyé chez lui par Luciano Spalletti, qui ne l'avait pas retenu à l'occasion d'un match contre Palerme. Voici peu, à l'occasion de son quarantième anniversaire, son épouse Ilary Blasi est revenue sur cet incident dans La Gazzetta dello Sport. La présentatrice de la version italienne de Big Brother (qui fait plus d'audience que les matches de la Roma) et mère de ses trois enfants s'est rappelée que, ce jour-là, il est rentré à la maison à midi. "Je n'en revenais pas. On l'avait mis à la porte de chez lui. Je lui ai dit : -Ce soir, nous irons au stade." Et ce soir-là, dans les tribunes, Totti a eu droit à une standing ovation. Blasi ne prétendait pas se substituer à l'entraîneur. "Ce ne sont pas ses choix techniques qui m'ont dérangée, c'est le manque de considération humaine. Sur ce plan, Luciano Spalletti est mauvais. Très mauvais." L'incident fut clos avec une proposition de renouvellement de contrat pour une saison (celle-ci) et la promesse que Totti pourrait décider lui-même de la date de sa fin de carrière. Il a en tout cas déjà réalisé son rêve, qui était de jouer jusqu'à 40 ans. Il n'a plus besoin d'argent non plus. En 2004, il touchait six millions d'euros par an et était l'un des dix joueurs les mieux payés de Serie A. Aujourd'hui, il ne touche plus "que" 1,2 million (la moitié de la saison dernière) et 95 joueurs du Calcio (dont 18 de la Roma), gagnent plus que lui. PAR GEERT FOUTRÉ - PHOTOS BELGAIMAGE