Morten Olsen est une légende vivante au Danemark. Non content d'avoir été le premier joueur de son pays à franchir le cap des 100 matches en équipe nationale, l'homme a récidivé en qualité de coach, puisqu'il en est aujourd'hui à 115 joutes à la tête de la sélection danoise. Une série appelée à prendre fin en 2012 car l'intéressé a fait savoir qu'il rendra son tablier après l'EURO. Mais pour prendre sa pension, il veut prendre un cinquième commandement ! De club ou d'équipe nationale, il n'a pas de préférence...
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Morten Olsen est une légende vivante au Danemark. Non content d'avoir été le premier joueur de son pays à franchir le cap des 100 matches en équipe nationale, l'homme a récidivé en qualité de coach, puisqu'il en est aujourd'hui à 115 joutes à la tête de la sélection danoise. Une série appelée à prendre fin en 2012 car l'intéressé a fait savoir qu'il rendra son tablier après l'EURO. Mais pour prendre sa pension, il veut prendre un cinquième commandement ! De club ou d'équipe nationale, il n'a pas de préférence... Morten Olsen : J'ai été joueur pro dans cinq équipes durant ma carrière active, et j'en ai entraîné quatre autres après coup. Pour parvenir à un même chiffre au cours de ces deux périodes, je ne dois plus traîner, vu que j'aurai 63 ans au terme de mon bail actuel avec la Fédération. Aussi ai-je avisé mon employeur qu'il devait se mettre en quête d'un successeur. Les dirigeants ont une année et demie pour plancher sur la question. Ils ne sont donc pas pris au dépourvu et ont le temps de se retourner. A vrai dire, les deux. Quand un joueur a des qualités et qu'il a la chance de s'inscrire dans la durée tout en étant épargné par les blessures, il peut espérer atteindre cette barre magique. Je ne fais donc pas figure d'exception à ce niveau. Y arriver comme coach fédéral, par contre, n'est manifestement pas réservé à tout le monde. J'ai sans doute du mérite mais, personnellement, ma considération est beaucoup plus grande encore pour les entraîneurs qui persistent dans un seul et même club, à l'image de Sir Alex Ferguson à Manchester United ou d'Arsène Wenger à Arsenal. Par rapport à ce duo, j'ai l'avantage de disposer toujours des meilleurs, où qu'ils évoluent. Eux, en revanche, doivent composer avec un effectif en perpétuelle mouvance. Leur mission est beaucoup plus difficile dans ces conditions. Même si la mienne n'a pas toujours été de tout repos non plus. Entre 2000 et 2005, j'ai eu l'occasion de travailler avec un groupe quasi immuable. Cette stabilité explique sans doute, dans une large mesure, nos qualifications pour les phases finales de la Coupe du Monde 2002 et de l'EURO 2004. Depuis, le sort s'est souvent acharné sur nous, sous la forme de nombreuses blessures. A des moments très importants des campagnes de qualification suivantes, nous avons été privés de quelques éléments-clés. Avec, pour conséquence, une absence de participation aussi bien au Mondial 2006 qu'à l'EURO 2008. A cet égard, notre présence en Afrique du Sud, l'été passé, relevait du miracle. Car sur l'ensemble des éliminatoires, il m'a fallu faire appel à pas moins de 40 joueurs ! Pour tenir la distance, trois conditions s'imposent : la qualité des joueurs, le savoir-faire du coach et le bon sens des dirigeants. Indépendamment de mes compétences comme entraîneur, j'ai été verni au niveau des deux autres échelons. D'un côté, je n'ai jamais eu à faire face à un quelconque mouvement de grogne du groupe, comme mon ex-collègue français Raymond Domenech en a fait l'expérience à Knysna... Au contraire, j'ai toujours bénéficié d'un appui formidable de mes gars. Si j'ai rempilé en 2006, en dépit de notre absence en Allemagne, c'est parce qu'ils avaient plaidé chaudement ma cause auprès des instances fédérales. Celles-ci ont toujours agi avec beaucoup de feeling aussi, en me soutenant notamment au moment où la presse danoise réclamait ma démission ( il rit). La dernière fois, c'était lors de notre entrée en matière en éliminatoires de la Coupe du Monde 2010. L'équipe avait obtenu un mièvre nul vierge à Budapest, face à la Hongrie, et il y avait eu une véritable levée de boucliers de la part de quelques journalistes. La grogne était toujours de mise chez eux au moment d'affronter le Portugal. Résultat des courses : un succès par 2-3 là-bas et, en guise de récompense, un nouveau contrat de deux ans pour moi. Plus personne n'y a trouvé à redire à ce moment ( il rit). Au bout de ma première saison à Amsterdam, l'équipe avait remporté le titre haut la main en obtenant plus de 75 % des points mis en jeu et en inscrivant plus de 100 buts. Plus jamais ces données chiffrées n'ont été atteintes depuis lors. La deuxième année, j'ai été victime d'un putsch des frères Ronald et Frank de Boer qui voulaient tous deux obtenir leur bon de sortie, sans mon aval. Le clash a tourné à l'avantage du duo mais la direction s'en est mordu les doigts. Quelques années plus tard, elle est d'ailleurs revenue à la charge pour moi dans l'optique de la succession de Marco van Basten. Mais j'étais pieds et poings liés avec le Danemark et j'entendais aller au bout de cet engagement. Idem avec le FC Cologne, qui s'est manifesté lui aussi dans l'intervalle, tout en se heurtant au même refus de ma part. J'avais été remercié pour absence de résultats là-bas, alors que l'équipe n'avait jamais subi deux défaites de rang sous mes ordres. Après ma mise à pied, toutefois, ce cas de figure était devenu monnaie courante. Trop souvent, lors d'une mauvaise passe, les dirigeants sont pris de panique et sacrifient l'entraîneur alors qu'ils seraient sans doute plus inspirés de le garder. Je me souviens qu'en 1990, j'étais en stage avec Bröndby dans le sud de l'Espagne, à Marbella, quand Alex Ferguson y débarqua avec Manchester United. Son équipe filait alors du très mauvais coton, et il m'avoua qu'il allait sans doute jouer sa peau à l'occasion de son prochain match contre Norwich City, mal embarqué lui aussi au classement. Malgré la défaite, le coach des Mancunians fut maintenu en fonction, avec la suite que l'on devine puisqu'il s'y trouve toujours à l'heure actuelle. Parfois, je me demande ce qu'il serait advenu de Fergie et de Manchester United s'il avait été renvoyé. Sans doute n'aurait-il pas été anobli et les Red Devils n'auraient-ils pas obtenu tant de succès. Une carrière, à ce niveau, tient parfois à peu. Oui, sans aucun doute. Quand j'étais jeune, on parlait de boring Arsenal ou encore de scores Arsenal pour la bonne et simple raison que les Gunners développaient un football peu séduisant et qu'ils l'emportaient généralement par 1-0. Grâce au technicien français, l'équipe londonienne a aujourd'hui une qualité de jeu qui constitue un ravissement. Elle n'est malheureusement pas toujours payante, comme on a pu le constater récemment face à Manchester City. Le refus de combat des hommes de Roberto Mancini, dans ce match, est, à mes yeux, une honte. Quand on dispose, comme lui, d'autant de joueurs de grand talent, il faut pouvoir montrer quelque chose en toutes circonstances. Je ne suis peut-être pas aussi fourni que lui en la matière mais jamais je ne m'abaisserais à pareille parodie de football. Je joue toujours le jeu partout, quelle que soit la force de l'adversaire. Par là même, je ressemble en effet à Arsène Wenger, qui ne manie pas non plus la calculette. Je me réjouis déjà d'avance du huitième de finale de la Ligue des Champions entre ses ouailles et le FC Barcelone. Les rencontres entre Anglais et Espagnols sont toujours de véritables morceaux d'anthologie. La preuve par celles qui ont opposé sur la plus haute scène européenne le Deportivo La Corogne à Manchester United, match qui s'était soldé par un 2-3 à Old Trafford, ou encore, en finale de la Coupe de l'UEFA, le 5-4 de Liverpool face à Alaves autrefois. Entre ces deux cultures footballistiques où l'accent est mis sur l'offensive, le spectacle est automatiquement au rendez-vous. Pour mes compatriotes, c'était déjà un exploit d'accéder à la phase des groupes. Qu'ils soient parvenus à se qualifier pour le stade suivant dans une poule avec le FC Barcelone, Rubin Kazan et Panathinaïkos ne fait qu'ajouter à leur mérite. J'estime même qu'ils peuvent nourrir certaines ambitions face à des Blues qui marquent le pas depuis plusieurs semaines. Même si ceux-ci auront manifestement à c£ur de se sublimer afin de sauver leur saison. Quoi qu'il en soit, cette campagne européenne s'assimile déjà à un bonus pour le FC Copenhague. Les clubs danois sont rarement logés à pareille enseigne. Je crains d'ailleurs que cette aventure ne se résume à un one-shot. Les Bleu et Blanc de la capitale seront plus que probablement exposés à la même situation qu'Anderlecht jadis quand, après un parcours fantastique en 2000-2001, mon ancien club avait subi une terrible saignée suite aux départs conjugués de Jan Koller, Tomasz Radinski, Bart Goor et Didier Dheedene. Ici aussi, plusieurs gars suscitent déjà des convoitises comme William Kvist, Sören Frederiksen ou l'avant sénégalais Dame N'Doye. Il est de valeur sensiblement égale. Il se rapproche peut-être plus de la compétition néerlandaise, en ce sens que le goût pour l'offensive y est un peu plus prononcé qu'ici. Au même titre qu'en Belgique, la formule du championnat a été revue chez nous afin d'améliorer le niveau. L'élite du football danois a été ramenée à 12 clubs, qui se mesurent à trois reprises par saison, soit un total de 33 matches. Ce n'est pas l'idéal mais le système me semble quand même préférable aux play-offs qui ne sont pas près non plus de faire l'unanimité. La Belgique est sans doute plus gâtée que nous en individualités marquantes mais le Danemark présente peut-être un meilleur collectif actuellement. S'il est possible de peaufiner ce dernier aspect, on peut difficilement remédier à l'autre, où tout est question de la qualité qu'on a sous la main. J'ai fait partie jadis d'une génération en tous points sensationnelle, articulée autour de garçons comme les frères Michael et Brian Laudrup, Frank Arnesen, Sören Lerby et j'en passe. Ce talent individuel a suffi par moments pour faire la différence. Comme en finale de l'EURO 92 par exemple. A présent, les temps ont changé. Les stars ne parviennent plus à apposer leur griffe si elles ne s'appuient pas sur un collectif bien huilé. Il y a 25 ans, Diego Maradona a remporté quasi à lui seul la Coupe du Monde. S'il avait été belge au lieu d'argentin, les Diables Rouges auraient été sacrés au Mexique. Aujourd'hui ce serait impossible. C'est la grande leçon que je retiens de la dernière édition, en Afrique du Sud. Pour quelle raison les deux meilleurs joueurs de la planète, Lionel Messi et Cristiano Ronaldo, sont-ils passés à côté de leur sujet avec l'Argentine et le Portugal ? Parce que ces nations n'avaient d'équipes que le nom. Mais quand les deux composantes, lisez collectif et individualités, sont réunies, le succès est là, immanquablement. L'Espagne en est une parfaite illustration avec un groupe soudé et des solistes de qualité comme Xavi, Andrés Iniesta ou encore David Villa. Chez nous, au Danemark, il manque cette cerise sur le gâteau pour faire la différence. Mais je suis d'avis que la Belgique, elle, peut y parvenir dans un futur proche. Peut-être pas en 2012 mais en 2014 sûrement. Je vois des similitudes entre la situation que j'ai connue autrefois avec le Danemark et la Belgique à présent. Quand j'ai effectué mes débuts en sélection nationale, celle-ci était encore composée d'amateurs qui évoluaient au pays et de professionnels en activité ailleurs en Europe. C'étaient deux groupes distincts au départ mais qui ont fini par se souder au fil des années, étant donné que tout le monde jouait en définitive à l'étranger. La Belgique en est au début de ce processus avec, d'un côté, des joueurs qui s'illustrent toujours en Jupiler Pro League et, d'autre part, des éléments qui sont davantage gâtés, tant sur le plan sportif que financier, à l'étranger. Il ne faut pas se faire d'illusions : tôt ou tard, l'ensemble de l'effectif belge jouera hors-frontières, dans des entourages à la fois plus huppés et plus rémunérateurs. A ce moment-là, quand tous seront à peu près sur un pied d'égalité, je suis persuadé que la Belgique prendra son envol. J'ai vécu cela de mon temps : dès l'instant où on était tous à l'aise sur le plan financier, on n'avait plus qu'une seule idée en tête : réaliser l'un ou l'autre coup fumant sur le terrain pour étoffer notre palmarès. Les Diables Rouges ont cette possibilité. Quelques-uns d'entre eux jouent déjà dans des formations de renom en Angleterre et en Allemagne. D'autres, comme Romelu Lukaku, Axel Witsel ou Eden Hazard, suivront à coup sûr le même chemin. C'est pourquoi je prévois un tout grand avenir pour les Diables Rouges. Les phalanges prestigieuses n'ont pas manqué, du grand Ajax de Johan Cruyff au FC Barcelone actuel de Pep Guardiola, en passant par le Bayern Munich de Gerd Müller et Franz Beckenbauer, le FC Liverpool de Kevin Keegan ou l'AC Milan de Marco van Basten et consorts. Mais la meilleure de toutes, c'est le Barça actuel. Avec ce team-là, je ne vois pas le temps passer. C'est franchement du grand art. L'Espagne s'en est d'ailleurs largement inspirée dans sa conquête de la couronne mondiale en Afrique du Sud. Pourtant, si je ne dois retenir qu'un nom à l'échelon des sélections, ce sera le Brésil de 1970. Gerson, Clodoaldo, Rivelino, Jaïrzinho, Pelé et Tostao : difficile de trouver mieux que ces six-là pour composer les lignes médiane et offensive d'une nation ! Cette sélection ne serait pourtant plus championne du monde aujourd'hui. Pour la bonne et simple raison qu'elle serait trop friable derrière. Or, une équipe de pointe, c'est un tout. La preuve par les Blaugranas qui ont à la fois la meilleure attaque ainsi que la meilleure défense en Liga. Dans quelques jours, j'effectuerai un stage à Dubaï avec les meilleurs Danois actifs au pays. La compétition est toujours interrompue chez nous à ce moment-là et j'en profite pour roder des joueurs qui seront appelés tôt ou tard à effectuer la jonction avec les A. En février, je sillonnerai à nouveau l'Europe pour voir à l'£uvre mes internationaux disséminés un peu partout : en Allemagne, en Angleterre ou encore aux Pays-Bas. A la maison, grâce au satellite, j'ai l'opportunité de visionner aussi pas mal de matches. Sur l'ensemble de l'année 2010, j'en ai vu 350 de la sorte. La défaite sera interdite également pour le Danemark qui se produit ce jour-là en Norvège, leader du groupe avec 9 points sur 9. Nous suivons à trois unités, derrière le Portugal, qui compte 7 unités et qui nous a battus sur ses terres par 3 buts à 1. Si nous voulons préserver toutes nos chances, nous devons pour bien faire ramener la victoire de notre déplacement chez nos voisins. Nous clôturerons ensuite la saison avec un autre déplacement, en Islande cette fois, le 4 juin. J'ose espérer qu'on se qualifiera pour l'EURO 2012, au même titre que la Belgique d'ailleurs. Ce serait sympa de se retrouver de concert en Pologne et en Ukraine. A l'époque où j'étais encore joueur, j'ai joué à l'une ou l'autre reprise contre les Diables Rouges. Mais jamais encore depuis que je suis sélectionneur. Alors je croise les doigts (il rit). PAR BRUNO GOVERS - PHOTOS: REPORTERS/ GOUVERNEUR" Les matches entre les équipes anglaises et espagnoles sont toujours des morceaux d'anthologie. "" Quand tous les joueurs sont financièrement à l'aise, ils n'ont plus qu'une seule idée en tête : étoffer leur palmarès. Les Belges y sont presque. "" Pour s'imposer au plus haut niveau, il faut le collectif et les individualités. Le Barça les a, contrairement à l'Argentine. "