Thomas Chatelle, que d'aucuns en Flandre n'hésitent pas à appeler l'éternel blessé est en passe de retrouver le noyau A de Genk. Il a récemment joué quelques matches en Réserves et estime désormais être à 100 %. L'occasion de faire le point après une convalescence suite à une grave blessure au genou. Le rendez-vous est donné à l'Hôtel Montgomery, à deux pas de l'ancienne école de Chatelle : le collège Saint-Michel. L'ailier est déçu que l'on débute l'interview en parlant de ses blessures. Pour lui, c'est du passé, même si on estime qu'il aura été out 18 mois à Genk !
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Thomas Chatelle, que d'aucuns en Flandre n'hésitent pas à appeler l'éternel blessé est en passe de retrouver le noyau A de Genk. Il a récemment joué quelques matches en Réserves et estime désormais être à 100 %. L'occasion de faire le point après une convalescence suite à une grave blessure au genou. Le rendez-vous est donné à l'Hôtel Montgomery, à deux pas de l'ancienne école de Chatelle : le collège Saint-Michel. L'ailier est déçu que l'on débute l'interview en parlant de ses blessures. Pour lui, c'est du passé, même si on estime qu'il aura été out 18 mois à Genk ! Thomas Chatelle : Je ne peux pas les oublier : luxation de l'épaule droite en avril 2000, pubalgie en septembre 2004, fracture du péroné et rupture des ligaments internes de la cheville gauche en avril 2005 sur un tacle de Stephen Laybutt et déchirure des ligaments croisés du genou droit en mai. Mais je me sens en pleine forme. Je n'ai pas de séquelles même s'il faudra un petit temps avant que je sois totalement en confiance. Je ne pense pas aux autres. J'ai l'impression de m'être renforcé à tous les niveaux, mais je manque de rythme. Après une telle blessure, on repart presque à zéro. Le premier objectif sera de récupérer du temps de jeu. Ensuite, il faudra que j'atteigne le niveau auquel j'évoluais avant ma blessure. J'ai 26 ans, âge auquel les footballeurs sont en pleine maturité. Non, ça n'a rien à voir. Mon jeu est certes fait de puissance et de vitesse, mais le foot moderne est comme ça. Ce qui cause de plus en plus de blessures. Je ne suis pas l'exception. J'ai surtout joué de malchance. Ma blessure à la cheville a été causée par un tacle par derrière et celle au genou a résulté d'un faux mouvement. Ces ennuis m'ont permis de grandir. Je suis plus malin et plus lucide durant une rencontre. Je ne me lance plus n'importe comment dans un duel. Comme tous les footballeurs blessés, je me suis consacré à ma rééducation : musculation, kiné, natation, spinning, etc. Moralement, j'ai accusé le coup pendant deux trois semaines. Je suis donc parti en vacances en Provence, ce qui m'a permis de me reposer et de me fixer plusieurs objectifs. Par exemple, une semaine pour être capable de réaliser un exercice de musculation, deux semaines pour marcher et un mois pour commencer à courir. J'avais aussi décidé de réaliser ma rééducation au club par envie de rester dans le groupe. Le staff médical y est excellent et c'est très important de garder des contacts avec les joueurs, surtout ceux qui sont blessés. C'est là que l'on voit ceux qui font preuve de caractère car on est tous dans la même merde. Suite à ma blessure à la cheville, j'ai même eu l'occasion de rencontrer Pipo Inzaghi chez le kiné Lieven Maesschalck. L'Italien était très chaleureux. Pour revenir à mon genou, j'ai beaucoup travaillé avec l'ostéopathe du club, Geert Vandeurzen, le frère de Jo, le politicien du CD&V. J'ai donc côtoyé Goran Ljubojevic, récemment aussi blessé au genou. J'ai noué un contact spécial avec lui et l'ai aussi beaucoup rassuré. Le plus difficile à accepter est de ne pas pouvoir jouer et de savoir que l'on va être sur la touche pendant un bon petit bout de temps. Beaucoup de joueurs se plaignent de ne pas assez jouer ou de participer à trop d'entraînements, mais ce n'est rien comparé à ce que peut vivre un footballeur convalescent. Les supporters de Genk m'ont aussi aidé à maintenir le cap. Récemment à un match, beaucoup sont venus me faire une petite tape sur l'épaule. Les employés du club m'ont aussi transmis du courage. Daan Vaesen m'a aussi appelé pour m'encourager. Ma famille et mes amis ont également joué un rôle très important. Ce sont toutes ces petites attentions qui m'ont permis de retrouver mon niveau. Maintenant, je n'ai pas peur de ne plus rentrer dans les plans du coach. Je me battrai. Jamais ! J'ai éprouvé certains regrets mais jamais celui-là. J'ai fait de ma passion mon métier, ce qui n'est pas donné à beaucoup de personnes. Je n'ai pas douté de mon futur comme footballeur. Ça fait 16 ans que je suis dans le foot. Je ne vois pas pourquoi, je ferais machine arrière. J'ai douté une seule fois ! Lorsque j'étais dans l'ambulance après m'être fracturé la jambe en 2005 et que je voyais que ma jambe était de travers. Je ne savais pas de quoi mon avenir serait fait. Mais cette crainte s'est vite dissipée. Je suis conscient que toutes ces blessures ont constitué des freins. Lorsque je me suis pété le genou, Genk réalisait une saison formidable. Ma blessure a coïncidé avec le déclin mais celle-ci n'en était qu'un facteur parmi d'autres. On visait le titre, j'étais sélectionné en équipe nationale et je pouvais envisager un transfert, quand tout s'est effondré. Sans tous ces bobos, je ne serais pas le même joueur. Peut-être serais-je moins bon ou meilleur, je ne sais pas. Mais cela m'a quand même permis d'engranger plus de maturité et même de la motivation. Quand on cite la carrière de Marc Wilmots, parle-t-on encore de ses nombreuses blessures ? Non ! On a retenu le meilleur. Vincent Kompany a un jour déclaré qu'il fallait mieux avoir une Ferrari pendant dix ans qu'une 2CV pendant 20 ans. Je suis tout à fait d'accord. Le long terme, je n'y pense pas. Mais à brève échéance, Genk n'a pas encore renouvelé mon contrat. Nous sommes en pleine discussion. Je souhaite logiquement aller le plus haut possible. Un transfert à l'étranger constituerait une expérience exceptionnelle même si je ne pense pas à partir à tout prix. Je suis bien à Genk. On verra bien. J'y entame ma huitième saison et je ne ferme aucune porte. Un transfert dans un club concurrent est envisageable. Pour l'instant, toutefois, je veux retrouver le terrain et aider mon équipe. J'ai connu tous les sentiments à Genk : après l'année du titre en 2002, la direction a voulu se séparer de moi mais je me suis accroché. Si je dois beaucoup au club, il me doit aussi quelque chose. J'en parle énormément autour de moi, notamment avec Vandeurzen. Je suis donc cette crise de très près. Personnellement, ça m'attriste. Je suis un pur Bruxellois. De plus, je travaille en Flandre et j'ai de la famille en Ardennes et en Flandre. Il existe un fossé et il s'agrandit. On se connaît mal et on dialogue de moins en moins. C'est normal, les cultures germanique et latine sont différentes. Mais l'union a toujours fait la force. De plus, notre pays est à l'image de l'Europe : un fabuleux mélange. Je trouverais très regrettable que la Belgique éclate. Si je pouvais, j'imposerais des cours de langue beaucoup plus poussés. Dialoguer dans la même langue est déjà difficile. Alors imaginez ce que ça peut donner dans une langue différente ! Il suffit parfois de faire un petit effort pour que l'autre soit content. Dire bonjour dans la langue de notre interlocuteur par exemple. Mais à Genk, tout est différent. Il n'y a pas de frontière au sein de notre groupe. La saison passée, l'équipe de base était presque purement belge avec une formidable parité entre flamands et francophones. J'adore aussi Bruxelles, cosmopolite et au centre de tout. C'est la raison pour laquelle je n'ai jamais voulu déménager, quitte à faire deux heures de route pour rejoindre Genk. En comme ma femme est kiné dans le Brabant wallon, c'est plus facile pour nous. Nous devons plus vite faire face à certaines responsabilités et acquérir une maturité professionnelle. J'ai intégré le noyau professionnel de Gand à 16 ans et 9 mois. Le footballeur a aussi besoin d'une certaine stabilité familiale. Mais je n'ai pas souhaité avoir un enfant pour créer cette stabilité. Cela s'est fait tout naturellement.par tim baete