Le hasard ne fait certainement pas partie du dictionnaire de Laszlo Bölöni. Appelé à la rescousse du RC Lens au début de la décennie, le Roumain fait évidemment appel à son sens du détail pour tirer le meilleur des Sang et Or. Sorti du noyau de la CFA pour s'entraîner avec les pros, un jeune talent belge au nom déjà familier dans l'Hexagone fait partie des " cibles " favorites de la méticulosité de l'ancien coach du Standard.

" Bölöni sentait qu'il avait du feu dans les jambes ", se souvient Jean-Pierre Lauricella, alors membre du staff de l'équipe fanion des Lensois. " Il avait une grosse frappe. Par contre, elle n'était pas bien réglée, ce n'était jamais cadré. "

Thorgan Hazard se coltine donc des heures supplémentaires, au nom d'une quête de l'efficacité qui sera le refrain de sa carrière professionnelle, entamée au stade Félix Bollaert à l'aube des années 2010.

La litanie le poursuit jusqu'en Allemagne, à l'ombre du Borussia Park. Là, son coach Dieter Hecking, l'homme qui a transformé la carrière de Kevin De Bruyne à Wolfsburg, frappe encore sur le même clou.

Thorgan raconte : " Le coach m'a beaucoup tapé sur les doigts à son arrivée la saison dernière. Il me disait d'être plus concentré en phase de finition. "

Le deuxième des Hazard, lui, a toujours sorti ses tests ADN en guise de preuve avancée pour sa défense : " Eden et moi, nous ne sommes pas faits pour marquer des buts à la pelle, c'est génétique. "

Les chiffres ne disent pas le contraire, même si Thorgan s'apprête à vivre sa deuxième saison consécutive au-delà de la barre des dix buts en Bundesliga. Si on enlève les penalties, dont il est devenu le tireur attitré chez les Fohlen, le numéro 10 du Borussia marque seulement un but toutes les 421 minutes depuis son arrivée en Allemagne. Une fois tous les cinq matches.

LA VIE DU 10 MODERNE

Si le football professionnel l'a rapproché de la surface adverse, Thorgan Hazard ne s'est jamais classé dans la catégorie des attaquants. Pour sa première rencontre avec Sport/Foot Magazine, alors qu'il n'est qu'un jeune joueur jeté dans le grand bain de la Ligue 1, il se présente comme un joueur qui " aime avoir beaucoup de ballons, en donner beaucoup, faire quelques percées, prendre les intervalles et foutre le bordel dans les défenses. "

Le portrait d'un milieu de terrain au jeu enthousiaste, comme pour faire écho au discours de son père Thierry qui aimait comparer le football de sa progéniture à celui de Steven Gerrard.

Éduqué comme un numéro 10, Thorgan ne connaît pas une croissance physique suffisante pour s'imposer autour du rond central dans un football français qui préfère mettre des muscles dans l'axe pour batailler au sol et dans les airs.

Exilé sur un côté, le Belge apprend à faire la différence dans des espaces limités par la présence étouffante de la ligne de touche, et peine à rendre son dribble efficace quand son sens du placement ne lui offre pas les quelques mètres de répit qu'il pouvait se ménager dans l'axe, entre les lignes. Son sens des espaces est frustré.

L'éclosion a forcément lieu là où les lignes s'écartent. En Belgique, où le physique prend souvent le pas sur la tactique, Thorgan Hazard devient le meilleur footballeur du pays, passant d'un flanc gauche où Francky Dury lui permet de rentrer dans le jeu pour ouvrir la porte du couloir à Bryan Verboom à un poste de numéro 10 retrouvé après le départ de Frank Berrier.

" Il est capable de faire la différence à tout moment par sa technique, sa vitesse et son dribble ", explique alors Mbaye Leye, coéquipier conquis.

L'été suivant l'amène en Allemagne, dans le noyau du Gladbach de Lucien Favre. Le Suisse travaille alors avec un 4-4-2 soigné, où les numéros 10 doivent trouver une terre d'exil loin de leur milieu naturel.

" Il n'y a pas de place pour un meneur de jeu dans ce système ", dévoile Thorgan. " Donc, je joue parfois à gauche, parfois à droite, et même parfois devant. " Des postes où, de façon différente, le Diable rouge exploite des talents énumérés par son coach au micro de la RTBF :

" Ses grosses qualités sont la percussion, la prise de profondeur et le un-contre-un ", explique Favre, avant de compléter le profil : " Il a un jeu de jambes extraordinaire, il est très rapide et presse intelligemment. Il a tout de suite apporté du punch et du rythme devant. "

RUN BABY RUN

" Depuis que je suis tout petit, j'ai toujours été reconnu pour mon bagage physique ", admet Thorgan lors de sa première saison au Essevee. Avec la fameuse caisse à la Stevie G vantée par son père, Hazard retrouve rapidement ses poumons pour les élever au niveau de la Bundesliga et enchaîne les performances bouclées à plus de douze kilomètres au compteur.

Une qualité naturelle qui lui permet forcément de s'épanouir dans l'un des championnats les plus époumonants d'Europe, où ceux qui peuvent enchaîner les courses longues et intenses plus longtemps que les autres finissent forcément par prendre le dessus.

Quand il est questionné sur les qualités de son numéro 10, Dieter Hecking évoque d'ailleurs plus volontiers les jambes que les pieds : " Il multiplie les courses, et c'est un joueur vif qui se procure toujours des occasions. "

Son prédécesseur, André Schubert, insistait déjà au bout de l'été 2016 sur le fait que son Belge avait progressé dans ses lignes de courses. En plus de courir beaucoup, Thorgan courait de mieux en mieux. Une qualité qu'Hecking sait exploiter mieux que personne.

Ceux qui aiment regarder jouer le Kevin De Bruyne version Pep Guardiola l'ont peut-être oublié, mais KDB s'est métamorphosé depuis qu'il évolue sous les ordres du Catalan. En Allemagne, le Diable rouge occupait un rôle libre derrière Bas Dost, pouvant à la fois recevoir le ballon en décrochant sur les côtés ou l'appeler dans le dos de la défense adverse, avant d'aller au but ou de délivrer une passe décisive.

Une fois arrivé au Borussia Park, Hecking tente progressivement d'installer Hazard dans un rôle semblable, même si le schéma est différent.

Disposés en 4-3-3, avec des latéraux aux velléités offensives très ambitieuses, les Borussen optent généralement pour une circulation latérale entre les défenseurs jusqu'au milieu de terrain, avant de chercher rapidement la passe de rupture une fois franchie la ligne médiane. Là, l'arrière latéral dévore son couloir pour permettre à l'ailier - et donc à Thorgan Hazard - de rentrer dans le jeu pour s'installer entre les lignes.

Un compromis utile pour retrouver un poste de numéro 10 créateur à partir d'une position initiale excentrée, qui permet également de rester plus haut une fois le ballon perdu, quand le bloc se redispose en 4-4-2 pour défendre. Là, Hazard reste généralement aux côtés d' Alassane Pléa aux avant-postes, pour faire profiter des équipiers de son énergie et de sa justesse au pressing.

LA PALETTE ÉLARGIE

Arrivé l'été dernier en provenance de Nice, Pléa a permis à Thorgan d'étoffer son registre offensif. Depuis le départ de Max Kruse, Gladbach évoluait effectivement sans attaquant spécifique, variant entre Hazard ou le Brésilien Raffael à la pointe d'un dispositif offensif où le mouvement perpétuel faisait office de règle.

L'arrivée du Français a offert à Hecking un point de fixation qu'il apprécie, capable de jouer au ballon mais aussi de focaliser l'attention des défenseurs centraux, aspirés par ses décrochages et offrant ainsi un espace à conquérir entre eux et leur gardien. Cet espace où Thorgan aime plonger, dans sa volonté de faire du football un jeu toujours vertical. Un héritage de ses années lensoises ?

" Lens, c'est le jeu vers l'avant ", aime répéter Hervé Arsène, champion de France avec les Sang et Or au milieu des années nonante et aujourd'hui homme fort du centre de formation lensois. Une philosophie qui donne au football du Nord des accents forcément allemands.

Lancé dans le dos de la défense ou exilé sur un flanc pour recevoir le ballon, Thorgan aime foncer vers le but adverse en conduite de balle. Le chemin qu'il emprunte aujourd'hui est beaucoup plus direct, son football semble marqué par l'insistance de Dieter Hecking pour l'efficacité permanente.

Souvent à la bonne place dans la surface pour reprendre un centre tendu venu d'un flanc opposé lancé en profondeur lors d'une reconversion rapide, Hazard est également capable de faire la différence face à une défense regroupée grâce à son coup de reins. Aux abords de la surface, plutôt du côté gauche - comme s'il voulait imiter son aîné - il pique vers l'intérieur avant de décocher une frappe puissante, souvent au premier poteau, cherchant une nouvelle fois la distance la plus courte entre lui et le but adverse.

La verticalité et la percussion sont devenues les marques de fabrique de son football, plus allemand que jamais après cinq années passées sur les pelouses de Bundesliga.

TROIS ARMES PRINCIPALES

Pour la première fois de sa carrière, Thorgan affiche des chiffres moyens supérieurs à deux tirs, deux occasions créées et deux dribbles réussis par match. Un triplé d'autant plus impressionnant qu'il n'est actuellement réussi que par sept autres joueurs dans les cinq grands championnats européens. Parmi ce club très restreint, on trouve évidemment son frère Eden, mais aussi Lionel Messi.

Le Belge est doté des trois armes principales qui amènent du danger dans le football moderne : la frappe, la dernière passe et le dribble décisif. " C'est un footballeur fantastique ", dit de lui Gunter Netzer, légende des Fohlen à l'époque dorée du Borussia. Puisque Gladbach n'a pas su maintenir son aura d'antan, le Borussia Park deviendra sans doute bientôt un peu étroit pour le talent toujours plus large de son Diable rouge.

© GETTY

Ses chiffres en Bundesliga cette saison

9 buts

2,3 tirs par match

8 passes décisives

2,5 occasions créées par match

2,2 dribbles par match

1,8 faute subie par match

Quel rôle chez les Diables ?

Dans le système si particulier de Roberto Martinez, Thorgan Hazard a peiné à se faire une place. La faute, notamment, à une concurrence offensive qui ne laissait pas beaucoup de place aux nombreux candidats à quelques miettes de temps de jeu.

C'est donc d'abord dans le couloir gauche, rendu friable par les errances défensives et les mésaventures chinoises de Yannick Carrasco, que Thorgan a fait son trou. Le poste avait l'avantage de l'associer avec son frère Eden, dans une complémentarité forcément naturelle, mais aussi d'exploiter au mieux ses impressionnantes qualités physiques, reprenant finalement l'argument qui avait poussé Martinez à installer le Carrasco de Diego Simeone dans un rôle fait de longues courses avec ou sans le ballon. Néanmoins, le sourire et les réponses à la presse de Thorgan ne suffisent pas à le rendre plus sûr que le taciturne Yannick dans l'exécution défensive de son travail dans le couloir.

" J'apporte mes déplacements, mes courses et j'essaie de créer de l'espace ", décrit le joueur de Gladbach quand il est amené à raconter son rôle diabolique. Une feuille de route qui ressemble furieusement à celle de Dries Mertens. " La position où je suis le plus performant, c'est dans le trident offensif. " C'est d'ailleurs de là, flanqué d'un Mertens en faux neuf et de son frère, qu'il a inscrit un doublé finalement tombé dans l'oubli de la lourde défaite de Berne, lors du dernier match des Diables en Nations League. Et c'est sans doute là, au coeur d'une concurrence féroce mais où ses arguments sont de plus en plus percutants, que son avenir belge s'envisage le plus sérieusement.

© GETTY

L'obsession du but

Même s'il considère que les filets qui tremblent ne font pas partie de son patrimoine génétique, Thorgan Hazard est conscient de l'impact des statistiques dans le football du XXIe siècle. Plus largement, il réalise surtout que le joueur-clé d'une équipe - ce qu'il est devenu à Gladbach - doit forcément lui faire gagner des matches. Et quel meilleur moyen pour le faire que d'alimenter le marquoir ?

L'obsession est devenue telle que la barre des dix buts, pourtant atteinte la saison dernière conformément à l'objectif fixé en compagnie du directeur sportif Max Eberl en début de saison, a eu un goût amer pour Thorgan. Trop d'occasions ratées, et seulement la moitié de ces buts plantés de plein jeu, pour des chiffres gonflés par la prise en charge des penalties locaux.

À chaque arrivée en équipe nationale, Thorgan confiait donc ses pieds à Thierry Henry, forcément auteur de précieux conseils quand le ballon s'approche des cages adverses. " Je dois encore bosser ma finition ", répète d'ailleurs le frère d'Eden à chaque interview, comme s'il forçait l'obsession du but à entrer dans son esprit. Poussé par son coach Dieter Hecking, qui l'incite à oublier momentanément ses partenaires pour prendre plus spontanément sa chance, Thorgan semble bien parti pour boucler une deuxième saison consécutive au-delà de la barre des 10 buts en Bundesliga. Sans pour autant sembler satisfait.

Ancienne terreur des surfaces allemandes, devenu coach des U19 des Fohlen, Oliver Neuville est admiratif : " C'est vrai qu'il manque parfois de réalisme, mais un joueur qui n'est pas attaquant et qui se plaint de ne marquer que dix buts sur une saison à son âge, c'est très positif pour la suite. "

Le hasard ne fait certainement pas partie du dictionnaire de Laszlo Bölöni. Appelé à la rescousse du RC Lens au début de la décennie, le Roumain fait évidemment appel à son sens du détail pour tirer le meilleur des Sang et Or. Sorti du noyau de la CFA pour s'entraîner avec les pros, un jeune talent belge au nom déjà familier dans l'Hexagone fait partie des " cibles " favorites de la méticulosité de l'ancien coach du Standard. " Bölöni sentait qu'il avait du feu dans les jambes ", se souvient Jean-Pierre Lauricella, alors membre du staff de l'équipe fanion des Lensois. " Il avait une grosse frappe. Par contre, elle n'était pas bien réglée, ce n'était jamais cadré. " Thorgan Hazard se coltine donc des heures supplémentaires, au nom d'une quête de l'efficacité qui sera le refrain de sa carrière professionnelle, entamée au stade Félix Bollaert à l'aube des années 2010. La litanie le poursuit jusqu'en Allemagne, à l'ombre du Borussia Park. Là, son coach Dieter Hecking, l'homme qui a transformé la carrière de Kevin De Bruyne à Wolfsburg, frappe encore sur le même clou. Thorgan raconte : " Le coach m'a beaucoup tapé sur les doigts à son arrivée la saison dernière. Il me disait d'être plus concentré en phase de finition. " Le deuxième des Hazard, lui, a toujours sorti ses tests ADN en guise de preuve avancée pour sa défense : " Eden et moi, nous ne sommes pas faits pour marquer des buts à la pelle, c'est génétique. " Les chiffres ne disent pas le contraire, même si Thorgan s'apprête à vivre sa deuxième saison consécutive au-delà de la barre des dix buts en Bundesliga. Si on enlève les penalties, dont il est devenu le tireur attitré chez les Fohlen, le numéro 10 du Borussia marque seulement un but toutes les 421 minutes depuis son arrivée en Allemagne. Une fois tous les cinq matches. Si le football professionnel l'a rapproché de la surface adverse, Thorgan Hazard ne s'est jamais classé dans la catégorie des attaquants. Pour sa première rencontre avec Sport/Foot Magazine, alors qu'il n'est qu'un jeune joueur jeté dans le grand bain de la Ligue 1, il se présente comme un joueur qui " aime avoir beaucoup de ballons, en donner beaucoup, faire quelques percées, prendre les intervalles et foutre le bordel dans les défenses. " Le portrait d'un milieu de terrain au jeu enthousiaste, comme pour faire écho au discours de son père Thierry qui aimait comparer le football de sa progéniture à celui de Steven Gerrard. Éduqué comme un numéro 10, Thorgan ne connaît pas une croissance physique suffisante pour s'imposer autour du rond central dans un football français qui préfère mettre des muscles dans l'axe pour batailler au sol et dans les airs. Exilé sur un côté, le Belge apprend à faire la différence dans des espaces limités par la présence étouffante de la ligne de touche, et peine à rendre son dribble efficace quand son sens du placement ne lui offre pas les quelques mètres de répit qu'il pouvait se ménager dans l'axe, entre les lignes. Son sens des espaces est frustré. L'éclosion a forcément lieu là où les lignes s'écartent. En Belgique, où le physique prend souvent le pas sur la tactique, Thorgan Hazard devient le meilleur footballeur du pays, passant d'un flanc gauche où Francky Dury lui permet de rentrer dans le jeu pour ouvrir la porte du couloir à Bryan Verboom à un poste de numéro 10 retrouvé après le départ de Frank Berrier. " Il est capable de faire la différence à tout moment par sa technique, sa vitesse et son dribble ", explique alors Mbaye Leye, coéquipier conquis. L'été suivant l'amène en Allemagne, dans le noyau du Gladbach de Lucien Favre. Le Suisse travaille alors avec un 4-4-2 soigné, où les numéros 10 doivent trouver une terre d'exil loin de leur milieu naturel. " Il n'y a pas de place pour un meneur de jeu dans ce système ", dévoile Thorgan. " Donc, je joue parfois à gauche, parfois à droite, et même parfois devant. " Des postes où, de façon différente, le Diable rouge exploite des talents énumérés par son coach au micro de la RTBF : " Ses grosses qualités sont la percussion, la prise de profondeur et le un-contre-un ", explique Favre, avant de compléter le profil : " Il a un jeu de jambes extraordinaire, il est très rapide et presse intelligemment. Il a tout de suite apporté du punch et du rythme devant. " " Depuis que je suis tout petit, j'ai toujours été reconnu pour mon bagage physique ", admet Thorgan lors de sa première saison au Essevee. Avec la fameuse caisse à la Stevie G vantée par son père, Hazard retrouve rapidement ses poumons pour les élever au niveau de la Bundesliga et enchaîne les performances bouclées à plus de douze kilomètres au compteur. Une qualité naturelle qui lui permet forcément de s'épanouir dans l'un des championnats les plus époumonants d'Europe, où ceux qui peuvent enchaîner les courses longues et intenses plus longtemps que les autres finissent forcément par prendre le dessus. Quand il est questionné sur les qualités de son numéro 10, Dieter Hecking évoque d'ailleurs plus volontiers les jambes que les pieds : " Il multiplie les courses, et c'est un joueur vif qui se procure toujours des occasions. " Son prédécesseur, André Schubert, insistait déjà au bout de l'été 2016 sur le fait que son Belge avait progressé dans ses lignes de courses. En plus de courir beaucoup, Thorgan courait de mieux en mieux. Une qualité qu'Hecking sait exploiter mieux que personne. Ceux qui aiment regarder jouer le Kevin De Bruyne version Pep Guardiola l'ont peut-être oublié, mais KDB s'est métamorphosé depuis qu'il évolue sous les ordres du Catalan. En Allemagne, le Diable rouge occupait un rôle libre derrière Bas Dost, pouvant à la fois recevoir le ballon en décrochant sur les côtés ou l'appeler dans le dos de la défense adverse, avant d'aller au but ou de délivrer une passe décisive. Une fois arrivé au Borussia Park, Hecking tente progressivement d'installer Hazard dans un rôle semblable, même si le schéma est différent. Disposés en 4-3-3, avec des latéraux aux velléités offensives très ambitieuses, les Borussen optent généralement pour une circulation latérale entre les défenseurs jusqu'au milieu de terrain, avant de chercher rapidement la passe de rupture une fois franchie la ligne médiane. Là, l'arrière latéral dévore son couloir pour permettre à l'ailier - et donc à Thorgan Hazard - de rentrer dans le jeu pour s'installer entre les lignes. Un compromis utile pour retrouver un poste de numéro 10 créateur à partir d'une position initiale excentrée, qui permet également de rester plus haut une fois le ballon perdu, quand le bloc se redispose en 4-4-2 pour défendre. Là, Hazard reste généralement aux côtés d' Alassane Pléa aux avant-postes, pour faire profiter des équipiers de son énergie et de sa justesse au pressing. Arrivé l'été dernier en provenance de Nice, Pléa a permis à Thorgan d'étoffer son registre offensif. Depuis le départ de Max Kruse, Gladbach évoluait effectivement sans attaquant spécifique, variant entre Hazard ou le Brésilien Raffael à la pointe d'un dispositif offensif où le mouvement perpétuel faisait office de règle. L'arrivée du Français a offert à Hecking un point de fixation qu'il apprécie, capable de jouer au ballon mais aussi de focaliser l'attention des défenseurs centraux, aspirés par ses décrochages et offrant ainsi un espace à conquérir entre eux et leur gardien. Cet espace où Thorgan aime plonger, dans sa volonté de faire du football un jeu toujours vertical. Un héritage de ses années lensoises ? " Lens, c'est le jeu vers l'avant ", aime répéter Hervé Arsène, champion de France avec les Sang et Or au milieu des années nonante et aujourd'hui homme fort du centre de formation lensois. Une philosophie qui donne au football du Nord des accents forcément allemands. Lancé dans le dos de la défense ou exilé sur un flanc pour recevoir le ballon, Thorgan aime foncer vers le but adverse en conduite de balle. Le chemin qu'il emprunte aujourd'hui est beaucoup plus direct, son football semble marqué par l'insistance de Dieter Hecking pour l'efficacité permanente. Souvent à la bonne place dans la surface pour reprendre un centre tendu venu d'un flanc opposé lancé en profondeur lors d'une reconversion rapide, Hazard est également capable de faire la différence face à une défense regroupée grâce à son coup de reins. Aux abords de la surface, plutôt du côté gauche - comme s'il voulait imiter son aîné - il pique vers l'intérieur avant de décocher une frappe puissante, souvent au premier poteau, cherchant une nouvelle fois la distance la plus courte entre lui et le but adverse. La verticalité et la percussion sont devenues les marques de fabrique de son football, plus allemand que jamais après cinq années passées sur les pelouses de Bundesliga. Pour la première fois de sa carrière, Thorgan affiche des chiffres moyens supérieurs à deux tirs, deux occasions créées et deux dribbles réussis par match. Un triplé d'autant plus impressionnant qu'il n'est actuellement réussi que par sept autres joueurs dans les cinq grands championnats européens. Parmi ce club très restreint, on trouve évidemment son frère Eden, mais aussi Lionel Messi. Le Belge est doté des trois armes principales qui amènent du danger dans le football moderne : la frappe, la dernière passe et le dribble décisif. " C'est un footballeur fantastique ", dit de lui Gunter Netzer, légende des Fohlen à l'époque dorée du Borussia. Puisque Gladbach n'a pas su maintenir son aura d'antan, le Borussia Park deviendra sans doute bientôt un peu étroit pour le talent toujours plus large de son Diable rouge.