Certains ont découvert OmarElKaddouri cet automne à l'occasion du double affrontement entre le Torino et le FC Bruges en Europa League, d'autres le connaissent depuis son entrée fracassante contre l'Angleterre avec les espoirs de FranckyDury en novembre 2011. Pour tous ceux qui l'ont un jour vu jouer, Omar El Kaddouri est un joueur élégant. Pour tous les autres, cela reste surtout un mec qui a pas mal galéré avant d'exploser il y a un peu plus d'un an avec le club turinois. Parti très jeune, alors qu'il n'est qu'en cinquième année de secondaire au Koninklijk Atheneum Etterbeek en direction de l'Italie, Omar a, en fait, simplement choisi un chemin différent de beaucoup de joueurs de son âge.
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Certains ont découvert OmarElKaddouri cet automne à l'occasion du double affrontement entre le Torino et le FC Bruges en Europa League, d'autres le connaissent depuis son entrée fracassante contre l'Angleterre avec les espoirs de FranckyDury en novembre 2011. Pour tous ceux qui l'ont un jour vu jouer, Omar El Kaddouri est un joueur élégant. Pour tous les autres, cela reste surtout un mec qui a pas mal galéré avant d'exploser il y a un peu plus d'un an avec le club turinois. Parti très jeune, alors qu'il n'est qu'en cinquième année de secondaire au Koninklijk Atheneum Etterbeek en direction de l'Italie, Omar a, en fait, simplement choisi un chemin différent de beaucoup de joueurs de son âge. Un choix risqué, mais un choix qui traduit aussi une lointaine envie de s'imposer au plus haut niveau. " Avec lui, ça se voyait à chaque entraînement qu'il voulait réussir. C'est quelqu'un à qui tu ne dois rien dire. Il ne donnera jamais une mauvaise passe. Il a la discipline, c'est la base. Mais il a aussi toujours eu l'ambition d'être un gagnant. " Le compliment est signé Francky Dury. Un ancien policier rendu célèbre pour son amour du travail bien fait. Un homme à la trajectoire étonnante, mais un homme qui s'est battu pour réussir. Un homme qui ressemblerait donc un peu à Omar El Kaddouri. Francky Dury n'a pourtant pas eu très longtemps Omar El Kaddouri sous ses ordres avec les Diablotins. Suffisamment toutefois que pour lâcher au détour d'une analyse pointue du joueur qu'il est " un grand fan " d'Omar. Au vrai, ce que Dury préfère chez Omar, il nous l'avouera, c'est son physique. Un joli 1,88m " qui lui permet de donner des passes décisives, mais aussi de marquer des buts. C'est un infiltreur avec une technique aiguisée. C'est une polyvalence rare. " Francky Dury sait indéniablement de quoi il parle quand il évoque le cas Omar El Kaddouri. Normal, l'entraîneur qui l'a rendu populaire auprès du grand public a longtemps cherché à retrouver le numéro de téléphone de celui qu'il aurait bien vu au côté de ThorganHazard comme maître à jouer de Zulte-Waregem. Sauf que quand Thorgan débarque à Zulte à l'été 2012, Omar, lui, est déjà devenu impayable. Par la suite, Dury essaiera encore, mais c'est trop tard. En quelques mois, le néo-international vient de disputer sa première saison pleine en Série B avec Brescia, de découvrir les JO avec le Maroc, mais surtout, il vient de parapher un contrat de cinq ans à Naples. C'est peu dire qu'Omar El Kaddouri a fait du chemin depuis une enfance passée entre Schaerbeek, où il vit à l'époque, Etterbeek, où il va à l'école, et Diegem, où il joue au foot. À Diegem, il côtoie deux autres Schaerbeekois. SofianeBidaoui, un ancien du Lierse aujourd'hui prêté à Crotone en Série B par Parme, et YannLietaer, un ami d'enfance aujourd'hui bien loin du football professionnel. " Yann, c'était un des meilleurs joueurs de l'équipe, mais il a préféré les scouts au football. J'avais du mal à le comprendre. Il avait le niveau pour réussir, mais il lui manquait l'envie ", observe Omar. L'envie de réussir, Omar l'a manifestement plus que les autres. Comment expliquer sinon, ce départ pour Malines à 14 ans. Le jeune adolescent n'y restera que six mois avant de revenir à Diegem. Le temps de comprendre qu'il n'était peut-être pas encore tout à fait prêt à consentir tous les sacrifices nécessaires à un âge ou d'autres préfèrent manifestement aller courir dans les bois. Néanmoins, ce premier échec tout relatif le conforte dans sa volonté de percer un jour au plus haut niveau. " C'est à ce moment-là que je me suis rendu compte que ça pourrait devenir plus sérieux un jour ", dit-il. De fait, Omar n'aura plus à s'inquiéter longtemps des absences répétées de son pote Yann aux entraînements. À 16 ans, c'est le Sporting d'Anderlecht qui vient taper à sa porte. Nous sommes en 2006 et les jeunes à Anderlecht, cela ne veut pas encore dire grand-chose. De la génération 1990 à laquelle il appartient, aucun ne percera réellement au plus haut niveau à part lui. Pourtant, à l'époque, tout portait à croire l'inverse. " Lors de ma deuxième saison à Anderlecht, ils ont créé les U21. J'étais dégoûté parce que j'étais le plus vieux chez les U19. Tous ceux de mon âge étaient déjà passés chez les U21. " Anderlecht vient de louper le coche, mais ne le sait pas encore. Dans le même temps, un certain ArielJacobs débarque à Bruxelles comme T2. " FrankyVercauteren voulait qu'un adjoint accompagne les U 21 à chaque déplacement à l'étranger ", souligne Jacobs. " Le premier tournoi espoir de l'année a eu lieu à Turin. Je savais sans le connaître qu'il y avait un jeune en U19 qui venait de Diegem. Mais personnellement, je ne l'avais jamais vu jouer. Mon fils aîné étant coordinateur des équipes de jeunes à Diegem, je le connaissais grâce à cela. Dans mon jugement, j'étais à la limite encore plus sévère parce que je ne voulais aucunement qu'on me taxe de favoritisme. " À trois reprises avant de partir pour Turin, le nouvel adjoint de Vercauteren se déplace aux matches des U19. Jacobs voit de bonnes choses et intègre finalement El Kaddouri aux espoirs. Mieux, lors du fameux tournoi, Omar est le joueur du groupe à obtenir le plus de temps de jeu. Par la suite, Ariel Jacobs est promu au poste d'entraîneur de la première et refait appel à son nouveau protégé lors d'un stage à Pâques. " Il allait encore à l'école, j'ai donc préféré attendre les congés pour le prendre à l'entraînement du noyau A. Et là, il m'a encore laissé une meilleure impression que quelques mois plus tôt. C'est un choix que vous faites en tant que T1 d'incorporer un jeune au noyau, mais le groupe réagit toujours à cela. Il y avait des Ahmed Hassan ou des MbarkBoussoufa, des mecs qui ne donnent pas facilement le ballon à un jeune joueur. Eux, ce qu'ils recherchent, c'est la possession du ballon, mais là, je voyais Hassan et Boussoufa qui le cherchaient spontanément. Ça m'a conforté dans mon idée qu'il fallait proposer un contrat pro à Omar. " Le nouvel entraineur du club qui flashe sur le vilain petit canard oublié chez les U19, les tauliers de la première qui adoubent le petit nouveau, l'histoire est belle. Peut-être trop pour Omar, qui n'en avait pas espéré tant. " Après le tournoi, c'est vrai que j'ai pu resteravec les U21, mais j'ai très vite eu des offres d'Italie. J'ai donc dû faire un choix. " Omar a choisi, ce sera l'Italie. Avec DanielStriani, son manager de l'époque, il conclut d'abord un deal avec l'Udinese, mais opte finalement pour Brescia qui lui offre un salaire près de deux fois supérieur et la garantie d'une intégration directe à l'équipe première. Un choix casse-gueule, mais ambitieux. Dans les faits, Omar ne goûtera qu'avec une extrême parcimonie aux joies de la première équipe et déprime sérieusement. " J'ai eu souvent envie de revenir en Belgique. Heureusement, j'ai très vite rencontré ma future femme. Cela m'a beaucoup aidé à m'intégrer parce qu'hormis avec SébastienDeMaio, un Français de l'équipe, je ne parlais pas trop avec mes coéquipiers. " Sébastien De Maio, aujourd'hui à la Genoa, c'est celui qu'Omar considère comme son grand frère à l'époque. Le Français confirme : " On s'est directement super bien entendu. On allait à l'entraînement ensemble parce que lui n'avait pas encore le permis, on passait nos soirées chez l'un ou chez l'autre pour jouer à la console ou manger un bout. " Au bout de trois mois, Omar maîtrise déjà l'italien, mais ne joue toujours pas. À défaut de ballons, il découvre alors le monde professionnel et tout ce qui va avec. Yann, le pote d'enfance, est resté à Bruxelles, mais se souvient des premières anecdotes de l'Omar footballeur pro. " À l'époque, StephenAppiah était sans club et s'entraînait avec Brescia. Omar me racontait qu'il lui arrachait ses slips qui venaient du Lidl pour ensuite lui en offrir des nouveaux. " L'intéressé ne se fait pas prier pour confirmer les bons rapports entretenus avec l'international ghanéen. " Il m'aimait bien, c'était un marrant. Des fois, on faisait des matches à l'entraînement, les jeunes contre les vieux, et il s'engageait toujours à payer le resto s'il perdait. Et il le faisait. Stephen, c'est un bon gars. " Des bons souvenirs n'effacent pas un temps de jeu famélique. Au bout de sa deuxième saison, Omar ne compte que trois bouts de matches avec l'équipe première et Sébastien De Maio n'a pas d'autre choix que de lui conseiller d'aller voir ailleurs : " Depuis qu'on se connaît, on se parle, on se conseille, on se dit tout en fait. On se ressemble beaucoup dans la façon d'être et de penser. C'est vrai que je lui ai conseillé de partir, parce qu'à son âge l'important, c'était de jouer. Sa carrière a vraiment commencé à ce moment-là. Il a pris confiance en lui. Techniquement, il était déjà très fort, mais mentalement ça l'a endurci. " L'ascension vers les sommets passera par un prêt en Série C, la troisième division italienne. Parce que quand on ne joue pas en Série B, un prêt vers l'échelon inférieur est souvent le seul palliatif raisonnable. Et même quand on vient de finir meilleur buteur de son équipe avec les U 21 de Brescia, ce que les Italiens appellent la Primavera, il faut parfois se montrer patient. Le 31 août, Omar El Kaddouri est donc prêté au FC Südtirol, un club basé à Bressanone, àquelques kilomètres seulement de la frontière autrichienne. Pas franchement le genre d'endroit où Omar risque de recroiser des Stephen Appiah. " Ce n'était évidemment pas le meilleur club que je pouvais avoir, mais je voulais montrer ce que je valais. J'ai fait une bonne saison mais, là-bas, les gens parlent allemand et ne veulent pas parler italien. Je ne pouvais même pas leur demander mon chemin. C'était la galère. Pire encore qu'à Brescia. " La route qui mène au succès est parfois étrangement sinueuse, mais la revanche des oubliés peut-être terrible. Après une bonne saison dans le nord de la Botte, Omar est rappelé par Brescia, tout juste redescendu en Série B. Le club vient de se séparer de ses éléments les plus gourmands (Diamanti, Zébina) et a décidé de faire confiance aux jeunes. Omar El Kaddouri va enfin recevoir sa chance. Quelques semaines après ses débuts réussis avec Brescia, il sera même appelé par Francky Dury chez les espoirs. " VinceBriganti et AndréVanMaldeghem sont très forts pour déceler le potentiel tant physique que mental chez un jeune joueur. C'est eux qui avaient vu en premier tout le potentiel qu'il y avait chez Omar. À l'époque, personne ne le connaissait en Belgique ", remarque le coach du Essevee. La suite est connue : Omar El Kaddouri enchaîne avec Brescia et est appelé par EricGerets en février 2012 pour venir jouer avec le Maroc (v. encadré). Le néo-international n'aura jamais à regretter son choix. Peut-être parce qu'indépendamment des hauts et des bas traversés en sélection, Omar est entre-temps devenu un joueur épanoui en club. Il n'aurait pourtant pas fallu grand-chose pour voir la carrière d'El Kaddouri exploser en plein vol. En cela, le mois d'août 2012 est on ne peut plus révélateur. Auréolé d'une première saison réussie avec Brescia en Série B, Omar est convoité par bon nombre de clubs de Série A. L'heure est au choix, mais le duo Striani-El Kaddouri tergiverse. " À ce moment-là, il y a eu quelques problèmes avec Daniel Striani. Je n'ai pas trop aimé comment ça s'est passé. Il m'a fait signer des précontrats dans plusieurs clubs. C'est des choses qu'on ne peut pas faire. Déjà un club, c'est dangereux, mais deux ou trois c'est encore pire. Je devais aller à Parme, pour finir c'était la Juve, et finalement au 15 août, il n'y avait plus rien. Là j'ai appelé Daniel et j'ai mis fin à notre collaboration. Ce n'était plus un agent, c'était devenu un ami et cela ne marchait plus. " Heureusement, dans son portefeuille, Omar a la carte d'un certain MinoRaiola. Plus souvent en contact avec des ZlatanIbrahimovic et des MarioBalotelli, Raiola accepte d'aider Omar à se recaser. " Je l'avais rencontré un jour où il était venu voir Jonathas (coéquipier d'Omar à Brescia, ndlr) et il m'avait dit de l'appeler si j'avais besoin. " À quinze jours de la fin du mercato, l'appel à l'aide d'Omar est entendu et le 25 août, il signe à Naples. Un miracle en forme de pari. En fait, le défi ressemble beaucoup à celui que l'adolescent s'était lancé quatre ans plus tôt en rejoignant Brescia. " Je savais que ce serait difficile à Naples. Je n'ai pas trop joué, mais j'ai voulu tenter ma chance, voir ce que je valais. S'entraîner avec des joueurs comme Cavani et Hamsik, même si tu joues peu, ça t'apprend déjà énormément. " S'ensuivra un prêt au Torino où le joueur cartonne depuis un an et demi. Il aura fallu le temps, mais le gamin ambitieux est devenu une valeur sûre de ce calcio si sélectif. Modeste, presque timide, quand il évoque son parcours, Omar El Kaddouri a toutes les raisons du monde pour se la raconter, mais préfère relativiser son succès actuel : " L'année passée était meilleure que celle-ci. En championnat, on a la poisse. On a eu trois penaltys et on en a raté trois... À chaque fois des importants. Moi, j'en ai raté un à la 88e minute. " A croire que l'ancien Anderlechtois fait tout pour ne pas oublier d'où il vient. PAR MARTIN GRIMBERGHS - PHOTOS:BELGAIMAGE/DIEFFEMBACQ" S'entraîner avec des joueurs comme Cavani ou Hamsik, même si tu joues peu, ça t'apprend déjà énormément. "