Nîmes est à la recherche de son passé. Ce club fut autrefois une valeur sûre de la D1 française: il joua à ce niveau presque sans interruption entre 1950 et 1980. Il disputa aussi trois finales de Coupe de France, dont la dernière en 1996.
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Nîmes est à la recherche de son passé. Ce club fut autrefois une valeur sûre de la D1 française: il joua à ce niveau presque sans interruption entre 1950 et 1980. Il disputa aussi trois finales de Coupe de France, dont la dernière en 1996.Aujourd'hui relégué dans les profondeurs du classement de D2, Nîmes compte sur les capitaux de son nouveau patron pour revenir au premier plan: l'homme d'affaires Michel Coencas a débarqué au pied des arènes en novembre. On dit de lui qu'il détient la 27e fortune de France. Une fortune estimée à une petite vingtaine de milliards de francs belges. Coencas, qui dirigea autrefois Valenciennes, vient aussi de reprendre le Servette Genève. Et il entretient des relations privilégiées avec deux autres businessmen du foot: Bernard Tapie et Robert Louis-Dreyfus. Frédéric Pierre a débarqué dans cet environnement à la mi-décembre. Pour oublier la galère du noyau C du Standard. Il doit ce prêt au nouveau manager général de Nîmes Olympique: Claude Le Roy, qui fut notamment actif en Afrique, à Strasbourg et au PSG.Frédéric Pierre: Le Roy me suit depuis très longtemps. Il avait autrefois essayé de me transférer au Paris Saint-Germain et à Strasbourg. Il doit m'avoir vu jouer une quarantaine de fois sur une période de trois ans. Il n'ignore vraiment rien de mon jeu. Dès qu'il a appris que j'étais sur une voie de garage, il a voulu que je vienne me présenter ici. Je ne regrette pas d'avoir continué à travailler sérieusement avec les jeunes du Standard, et seul de mon côté: j'étais en bonne forme quand je suis arrivé. Dès la fin de mes tests physiques, je me suis changé et j'ai participé à tout l'entraînement sans problème. On vous sent libéré...Le noyau C, c'est une fameuse épreuve. Cela ne me dérange pas de travailler avec des jeunes, mais ce n'est pas mon métier de leur apprendre à jouer au foot. Je suis vraiment soulagé que le Standard ait collaboré à mon départ. Je dois beaucoup à Alphonse Costantin. On peut dire tout ce qu'on veut à propos de cet homme; moi, je le trouve vraiment très bien. Nous parvenons à nous entendre sans doute parce que nous avons tous les deux une forte personnalité.Mais vous êtes toujours lié au Standard alors que vous auriez voulu couper définitivement les ponts.J'ai été prêté à Nîmes, sans option d'achat, jusqu'à la fin de la saison. Le Standard n'a pas l'intention de me récupérer à ce moment-là. Et moi, je ne veux pas y retourner. Il me restera un an de contrat et le but des dirigeants est de gagner un peu d'argent sur mon transfert: 5 ou 6 millions. J'espère qu'ils mettront de l'eau dans leur vin et que je pourrai éventuellement signer un nouveau contrat ici, à condition que Nîmes se sauve. J'ai proposé au Standard de racheter ma liberté, mais cela n'a pas été possible."Je ne suis pas un gars facile"Nîmes est proche de la D3: ce ne sont pas les conditions idéales pour une première expérience à l'étranger.Je ne peux pas être trop difficile après être resté aussi longtemps sans jouer. Pas un seul match cette saison avec le Standard, très peu l'année dernière avec Anderlecht. Là, je râle parce que c'est le Standard qui m'a empêché de jouer plus avec le Sporting. Les dirigeants de Sclessin savaient très bien, au moment de mon prêt, que je ne pourrais pas jouer en Ligue des Champions. Mais c'est justement pour cela qu'Anderlecht m'avait transféré. Je me suis fait avoir. Le point positif, c'est que j'ai découvert un environnement ultra-professionnel. A Anderlecht, vous êtes payé le premier du mois. Au Standard, on vous promet votre salaire pour le 5, mais il n'arrive parfois que le 15. Je ne souhaitais pas quitter la Belgique à tout prix. Si les dirigeants du Standard n'avaient pas été aussi intransigeants en début de saison, je serais aujourd'hui au RWDM. Les Bruxellois étaient prêts à mettre 10 millions, mais le Standard en réclamait le double. Finalement, mon prix a baissé et j'ai été sur le point d'être transféré à La Louvière pour 7 millions, mais ce club n'a pas pu présenter de garantie bancaire et le marché a capoté. C'est dommage, parce qu'Ariel Jacobs avait vraiment envie que je le suive là-bas.Estimez-vous que vous avez échoué au Standard?J'ai beaucoup joué lors de ma première année là-bas. Et pourtant, je n'étais qu'à 50% de mes possibilités parce qu'on m'alignait à une place qui ne me convenait pas. Après, cela s'est moins bien passé parce que je n'étais plus dans un bon contexte. Pour que je sois bon, il me faut la confiance totale de mon entraîneur. Ce fut le cas au RWDM avec Vandereycken et à Mouscron avec Broos. Pas au Standard avec Ivic.Vous avez quand même une réputation de joueur difficile à gérer...Je ne suis pas un gars facile: je l'admets. Je sais ce que je veux. J'ai eu des accrochages avec Vandereycken parce que j'en avais marre du manque d'organisation au RWDM. Quand on se pointait pour l'entraînement à 14h30, on ne savait pas sur quel terrain on allait travailler, et on apprenait une demi-heure plus tard qu'il fallait partir à Uccle. J'ai une vie de famille et je ne suis pas à la disposition de mon entraîneur 24 heures sur 24. Ça a parfois chauffé avec Vandereycken à ce moment-là, mais il était d'accord avec moi dans les grandes lignes. Nous sommes deux têtus, et le courant passe généralement bien entre les fortes têtes. Vandereycken voyait qu'une fois sur le terrain, je me donnais à 200%: ça lui plaisait."J'ai commis une seule erreur"N'avez-vous pas l'impression d'avoir gâché votre carrière en prenant parfois de mauvaises décisions?J'estime que je n'ai commis qu'une seule erreur: dire que je ne jouerais plus jamais au Standard. Une grosse connerie: je l'assume. On ne me l'a pas pardonnée là-bas. J'étais brûlé, à la fois chez les supporters et auprès des dirigeants. Mais si le public m'a pris en grippe, c'est uniquement à cause d'Ivic. J'appréciais beaucoup l'homme, mais l'entraîneur devenait incontrôlable quand le match approchait. Il m'a découragé, dégoûté. Ivic a travaillé dans les plus grands clubs européens, mais il n'a toujours pas compris que le football a évolué. Il n'avait pas saisi, par exemple, que les supporters du Standard demandent avant tout du spectacle. Il nous est arrivé de gagner par un but d'écart contre St-Trond à domicile, en jouant un football très défensif. Tout le stade nous sifflait. Quand Ivic m'a transféré de Mouscron, il m'avait promis de me confier un rôle libre, comme j'avais à l'Excel. Il n'a jamais tenu parole et j'ai même dû jouer comme back droit. Mais bon, le Standard est oublié; mon avenir immédiat, c'est Nîmes.N'êtes-vous pas trop bon pour la D2?J'avais des appréhensions quand je suis venu ici pour la première fois. Mais j'ai vite été rassuré. Des équipes de D1 belges comme Alost ou l'Antwerp n'auraient aucune chance contre nous. Et Strasbourg a quand même posé de gros problèmes au Standard en Coupe d'Europe. En plus de cela, je ne perds pas d'argent par rapport à ce que je gagnais en Belgique. Vu tout ce que je viens de vivre, j'estime que je m'en sors bien.Pierre Danvoye, envoyé spécial à Nîmes