Non, on ne rêve pas : la Belgique a bien atteint la 5e place mondiale du ranking FIFA après son match nul contre le Pays de Galles. A-t-on réalisé un tournoi de rêve ? Non, les Diables Rouges ont terminé à la première place de leur groupe éliminatoire. Cela a suffi. Grâce aux résultats mais également au classement des adversaires. Le groupe ne comprenait pas de gros cubes mais à part la tête de série croate, tous les autres adversaires faisaient partie des gros poissons de leur chapeau respectif. Après les deux derniers matches amicaux, les Diables ont régressé au ranking mais en atteignant cette 5e place, la Belgique avait atteint son sommet au meilleur moment, celui de la date-limite pour la désignation des têtes de série.
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Non, on ne rêve pas : la Belgique a bien atteint la 5e place mondiale du ranking FIFA après son match nul contre le Pays de Galles. A-t-on réalisé un tournoi de rêve ? Non, les Diables Rouges ont terminé à la première place de leur groupe éliminatoire. Cela a suffi. Grâce aux résultats mais également au classement des adversaires. Le groupe ne comprenait pas de gros cubes mais à part la tête de série croate, tous les autres adversaires faisaient partie des gros poissons de leur chapeau respectif. Après les deux derniers matches amicaux, les Diables ont régressé au ranking mais en atteignant cette 5e place, la Belgique avait atteint son sommet au meilleur moment, celui de la date-limite pour la désignation des têtes de série. Il aura donc suffi d'une phase éliminatoire pour passer de loser à cador du football mondial. Mais au-delà de ce classement se pose inévitablement la valeur de ce noyau. La Belgique mérite-t-elle son statut de tête de série et sa 5e place mondiale ? Comment situer ce groupe par rapport aux gros calibres que sont l'Espagne, l'Allemagne, le Brésil ou l'Argentine ? Les Diables Rouges rivalisent-ils désormais avec des sélections comme l'Italie, les Pays-Bas, le Mexique ou l'Angleterre ? Nous avons posé ces questions à un panel d'experts internationaux comme Javier Clemente, sélectionneur de l'Espagne de 1992 à 1998, aujourd'hui sélectionneur de la Libye, Igor Stimac, sélectionneur de la Croatie lors de cette phase éliminatoire, Luis Fernandez, 60 sélections pour l'équipe de France, sélectionneur d'Israël entre 2010 et 2011, Christoph Daum, ancien entraîneur de Cologne et de Bruges, aujourd'hui à Bursaspor, Morten Olsen, sélectionneur du Danemark depuis 2000, et Piet de Visser, scout de Chelsea. " Oui, si on tient compte de la façon de calculer le classement FIFA ", explique Stimac. " Ce classement fait débat mais il est le produit le plus honnête pour classer les pays selon leur valeur puisque tout est pondéré : la force de l'adversaire, le style de match (amical ou éliminatoires) mais également la confédération dans laquelle on dispute ses éliminatoires puisque les poules sud-américaines ou européennes valent plus de points que les asiatiques. On a connu le même scepticisme avec la Croatie puisqu'on a atteint la quatrième place en avril dernier après un bon Euro et un début d'éliminatoires tonitruant. On entendait des propos disant qu'on n'avait même pas atteint les quarts de finale de l'Euro et que ce classement ne correspondait pas au niveau de l'équipe. Mais contrairement aux Belges, nous n'étions pas sur une phase ascendante, les résultats l'ont prouvé par la suite. Alors, c'est vrai que ce système ne prend en compte que les résultats et non pas le jeu déployé. Mais c'est comme cela avec tous les classements. On peut être en tête d'un championnat sans que le jeu développé ne soit à la hauteur. " Clemente ne dit pas le contraire. " On dit que le classement FIFA valorise les équipes en forme en ne prenant en compte que les derniers résultats et pas les tournois récents mais n'est-ce pas le meilleur moyen de pointer la valeur d'une formation ? Le fait que l'Italie ait atteint la finale du dernier EURO ne nous dit rien sur sa valeur actuelle. Entre la fin d'un tournoi et les éliminatoires, certains internationaux ont pu prendre leur retraite. Par contre, si je continue avec mon exemple de l'Italie, le classement actuel reflète davantage le potentiel et la valeur de cette équipe puisqu'il tient compte des résultats acquis sur une année. " Grimper au classement est une chose mais cette 5e place mondiale n'est-elle pas prématurée ? " Si vous ne me l'aviez pas appris, je n'aurais pas dit que les Belges étaient placés si haut ", reconnaît Clemente. " J'aurais davantage pronostiqué une 7e ou 8e place mondiale puisque je savais qu'ils seraient tête de série. " " Je trouve les louanges méritées " expose, de son côté, Olsen. " Mais de là à en faire un des favoris de la Coupe du Monde, non. " " Cinquième, ça me paraît un peu gros ", renchérit Luis Fernandez. " Car à cette place-là, on parle d'une équipe capable de jouer la victoire finale dans un grand tournoi. Or, la Belgique a encore une étiquette d'outsider, pas de vainqueur potentiel. Cette équipe a encore besoin de s'étoffer, de progresser et de s'aguerrir avant de pouvoir revendiquer ce statut de grand d'Europe, voire du Monde. On parle quand même d'une formation qui n'a plus été dans un grand tournoi depuis 2002. En faire un vainqueur potentiel alors qu'elle n'a pas l'expérience des grands tournois, c'est brûler les étapes. " En revanche, l'avis de Christoph Daum tranche. " Je pense que cette place est largement méritée ", explique le coach allemand. " L'équipe nationale est composée depuis quelques années de joueurs excellents. C'est simplement le résultat du niveau élevé atteint dans la formation des jeunes, ce qui explique que, de nos jours, dans toutes les grandes compétitions européennes, se promènent des talents belges. Ce n'est pas un hasard. Et les Diables Rouges profitent naturellement de cet extraordinaire développement. " Réponse flatteuse mais sans doute également polie. Reste que la Belgique ne possède pas de points de repères par rapport aux grandes nations mondiales. En un an et demi, seule une victoire amicale contre les Pays-Bas et un succès de prestige face à une Croatie en pleine déliquescence ont été observés face à une nation du top-10. Or, même la Croatie n'émarge pas aux grandes puissances européennes. " Evidemment, si on veut comparer cette équipe à des nations comme l'Espagne, l'Allemagne ou le Brésil qui ont toutes des références depuis plusieurs années sur la scène mondiale, on est pris au dépourvu puisque la Belgique n'a pas encore gagné face à ces grandes nations ", note Clemente. " Mais il faut savoir tout relativiser aussi. Pour l'Espagne, il a fallu certes une grande génération - mais je pense que la Belgique la possède - mais aussi un déclic. Pendant longtemps, la Roja avait l'habitude de franchir aisément les groupes éliminatoires avant de décevoir en tournoi. Puis est arrivé le déclic de l'EURO 2008. Or, cette victoire finale tient à peu de choses. Sur l'ensemble du tournoi, l'Espagne a dominé mais il ne faut pas oublier cette victoire aux penalties face à l'Italie en quart de finale. Cette loterie a permis à l'Espagne de passer et je pense qu'on peut dire que la domination espagnole, technique mais surtout mentale, est née ce soir-là. Je vais même jusqu'à dire que si les Espagnols se font éliminer par l'Italie, on n'aurait jamais parlé des succès suivants. Autre exemple : on parle beaucoup de l'Argentine. Parce qu'elle possède le meilleur joueur du monde, Lionel Messi. Mais qu'a réalisé cette équipe ces dernières années ? Rien. En 2011, dernière compétition en date, à la Copa America, la sélection albiceleste ne termine que 2e de son groupe (NDLR : derrière la Colombie) et se fait sortir par l'Uruguay en quart de finale d'un tournoi qu'elle organise ! Un an plus tôt, élimination également en quart de finale. Mais c'est clair que le jour où cette sélection remportera un trophée, elle peut les enchaîner. D'autant plus que pour une fois, elle a survolé les éliminatoires sud-américains même si ceux-ci se déroulaient sans le Brésil, qualifié d'office. La même remarque vaut pour l'Allemagne, toujours placée mais jamais gagnante, même si le jeu et la régularité plaident davantage en faveur de la Mannschaft que de la sélection argentine. " Clemente a raison. Cependant, il refuse de nous dire si la Belgique a déjà les épaules solides pour concurrencer toutes ces équipes qui commencent un tournoi avec les demi-finales comme objectif minimum. " Comme la Croatie lors de l'EURO, la Belgique a un rôle d'outsider ", dit Stimac. " Tout dépend du tirage mais contrairement aux équipes comme l'Argentine, le Brésil, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, le Chili ou la Colombie, elle manque encore d'expérience et n'est pas encore devenue une machine à gagner. Après, alea jacta est. " " Actuellement, il n'y a pas de grosse différence entre une équipe classée 5e et une classée 20e car ces équipes possèdent, toutes, des joueurs qui évoluent dans les grands championnats ", explique Olsen. " Et donc les confrontations entre ces équipes dépendent souvent de la forme du moment. En Coupe du Monde, tu joues trois matches en dix jours. Une méforme ou une blessure peut ruiner le travail de deux ans. " " J'ai vu le Brésil lors de la Coupe des Confédérations et cette équipe m'a fait forte impression ", souligne de Visser. " A cela, j'ajouterais l'Espagne et l'Allemagne, l'Argentine et ensuite la Belgique. Les Pays-Bas peuvent espérer quelque chose si Arjen Robben, Robin van Persie et Wesley Sneijder sont en forme. La Suisse apparaît aussi dans le top-10 car Ottmar Hitzfeld a formé un collectif très fort. Mais elle n'est, pour moi, pas au niveau de la Belgique. " Quant à Luis Fernandez, il voit cette équipe à maturité en... 2016. " La Belgique ne doit pas avoir des espérances trop élevées pour cette Coupe du Monde. Elle doit lui servir à acquérir de l'expérience en vue du prochain EURO. Cependant, les grandes équipes devront se méfier des Diables Rouges car cette équipe mérite le respect. Elle ne cesse de progresser, tant au point de vue individuel que collectif. " " Le point fort, c'est évidemment l'abondance d'individualités de grand talent ", explique Stimac. " Dans l'entrejeu, tu peux choisir entre Marouane Fellaini, Axel Witsel, Moussa Dembélé, Eden Hazard, Kevin De Bruyne, Kevin Mirallas, Dries Mertens. Et tous ces joueurs évoluent dans des grands clubs. On a souvent dit que cette formation manquait de maturité. Vous trouvez qu'elle en a manqué à Zagreb ? Moi pas ! Par contre, avant le match, on avait planté les flancs défensifs comme point faible. Surtout à droite. A gauche, on savait que Jan Vertonghen pouvait nous faire très mal mais on voulait aussi que cette force puisse se retourner contre la Belgique. S'il montait souvent, on pouvait tenter de passer dans son dos, ce qu'on a essayé. En commençant les éliminatoires, je pensais cette équipe un peu déséquilibrée. Il y avait beaucoup de monde en défense centrale et dans l'entrejeu mais en un an, cette équipe s'est trouvé deux attaquants très forts et s'est stabilisée sur les côtés défensifs " " Une des plus grandes forces de cette équipe, c'est son banc de remplaçants ", dit de Visser. " Pour les Pays-Bas, je ne vois par exemple que quatre joueurs de classe mondiale. Le reste est commun. Un gagneur comme Wilmots est également un énorme plus. Il connaît la musique, il pense collectif, veille à préserver l'enthousiasme, fait des remplacements au bon moment. " " C'est vrai que si on regarde ce classement, on peut se demander si la Belgique est supérieure à la France, l'Angleterre ou le Portugal, toutes des nations hors du top-10. Mais pour moi, en dehors des résultats, il y a autre chose qui différencie les Diables Rouges de ces sélections : le jeu ! ", explique Fernandez. " Après le match nul en amical contre la France, certains Belges m'ont demandé si cette équipe valait vraiment la France. Mais pour moi, elle la surpasse ! Non pas en termes d'individualité ni d'expérience, mais en termes de projet de jeu. La Belgique sait où elle va. Elle a un système, une idée de ce qu'elle veut mettre en place. Pas la France où certains joueurs ne savent pas se définir en équipe nationale. Ils sont bons en clubs mais pas en sélection. Pourquoi ? Car il n'y a pas de projet de jeu et surtout parce qu'ils ne sont pas bien dans leur tête, contrairement aux Belges qui ont une réelle envie de monter quelque chose avec cette équipe. On peut tenir le même discours avec le Portugal. Vous voyez un schéma de jeu ? Moi pas. Ils s'en remettent aux individualités. Et c'est vrai que Cristiano Ronaldo est plus fort qu'Eden Hazard. Il peut porter une équipe à lui tout seul. Hazard pas encore. Et l'Angleterre ? Moi, je vois une équipe organisée et défensive mais elle manque de talent. La Belgique n'a certainement pas à rougir face à cette formation anglaise. " " De nos jours, il faut être fort en possession de balle ", analyse Olsen. " Cette tendance est apparue à la Coupe du Monde 1998. A ce niveau-là, l'Espagne reste une référence. Nous avons joué contre l'Allemagne à l'EURO 2012 et cette équipe a tout : elle est dynamique, tactiquement et footballistiquement très forte, elle possède de la stabilité physique et de la maturité. Les équipes qui n'ont que des qualités défensives ne vont plus très loin. Tu dois posséder dans chaque ligne de la technique pour pouvoir combiner à un tempo rapide. Et naturellement, tu dois posséder des joueurs rapides pour pouvoir te reconvertir rapidement. Tu trouves tout cela dans les grands championnats. A ce niveau-là, la Belgique est bien pourvue. C'est un gros avantage. Car cela dicte souvent la qualité des équipes nationales qui ont un championnat de moindre niveau comme la Belgique, les Pays-Bas ou les pays scandinaves. Or, dans le onze des Pays-Bas, je vois encore trois, quatre, parfois cinq joueurs du championnat hollandais. C'est quand même différent que de jouer en Premier League ! La Belgique me paraît très avancée dans sa construction d'équipe. Certes, les joueurs sont encore jeunes mais ils dégagent une certaine maturité. Sans doute est-ce dû au fait que ces joueurs évoluent ensemble depuis quelques années et fonctionnent donc comme un collectif. " " Ce qui permet de croire en cette équipe, c'est sa faculté à vouloir le ballon ", dit Stimac. " Il y a un an, elle voulait faire mal sur contre-attaque grâce à la rapidité de Romelu Lukaku ou Hazard. Aujourd'hui, elle veut le monopole du ballon. Elle sait imposer son jeu face à des formations plus modestes et face à un adversaire plus coriace, elle peut utiliser sa deuxième arme, la contre-attaque. On l'a vu à Zagreb sur les deux buts. "PAR CHRISTIAN VANDENABEELE, STÉPHANE VANDE VELDE, FRÉDÉRIC VANHEULE - PHOTOS: IMAGEGLOBE" L'équipe belge est plus avancée que la France ou l'Angleterre car elle a un projet de jeu " Luis Fernandez " Vous trouvez que la Belgique a manqué de maturité à Zagreb ? Moi, pas ! " Igor Stimac