"C'était une victoire, c'est tout ", a déclaré Ilkay Gündogan, laconique, après ses deux buts et le succès 3-1 contre Barcelone en Ligue des Champions, il y a trois semaines. " Ce sont trois points importants ", a-t-il ajouté, " mais ils ne valent pas plus qu'une victoire contre le Borussia Mönchengladbach au match suivant. " Ce soir, donc.
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"C'était une victoire, c'est tout ", a déclaré Ilkay Gündogan, laconique, après ses deux buts et le succès 3-1 contre Barcelone en Ligue des Champions, il y a trois semaines. " Ce sont trois points importants ", a-t-il ajouté, " mais ils ne valent pas plus qu'une victoire contre le Borussia Mönchengladbach au match suivant. " Ce soir, donc. Le médian de 26 ans de Manchester City est passé maître dans l'art de relativiser. Il n'a pas toujours été aussi modeste mais deux graves blessures l'ont métamorphosé. Une surcharge des lombaires l'a écarté des terrains pendant un an et l'a privé du Mondial 2014. Il en a été d'autant plus chagriné que l'Allemagne a été sacrée championne du monde. En mai dernier, il s'est blessé au genou... pendant un match de basket, à l'entraînement avec le Borussia Dortmund, et a pu faire une croix sur l'EURO français. Il en a tiré une leçon : il ne se fixe plus d'objectifs à long terme. " Parce que, dans mon subconscient, ils me distraient de ma prochaine mission et ne me mènent donc à rien ", a-t-il confié au Kicker. " J'ai commencé à rêver du Mondial 2014 dès 2012. Désormais, je ne pense plus qu'au présent, au match suivant, voire à celui qui aura lieu deux semaines plus tard. J'ai été terriblement déçu de louper la Coupe du monde. " Il a déjà mieux géré son absence de l'EURO. " Ça a été plus dur en 2014 car c'était la première fois. J'étais jeune et ce tournoi constituait mon objectif ultime. L'été dernier, je m'étais déjà endurci. Cette grave blessure à l'entraînement était vraiment un gros coup de poisse mais j'ai été assez fort pour l'accepter. " Un certain Pep Guardiola a téléphoné à l'Allemand d'origine turque en été, pendant sa revalidation. Aimerait-il rejoindre City ? Le Catalan a expliqué qu'il le considérait comme un joueur-clef de sa nouvelle équipe. Peu de footballeurs disent non à Guardiola. En plus, Gündogan connaissait l'entraîneur grâce à la Bundesliga. " Même si Dortmund est parvenu à vaincre le Bayern à quelques reprises, mes coéquipiers et moi étions toujours impressionnés de voir Guardiola trouver une solution à chaque situation. " Depuis qu'il s'entraîne sous ses ordres, il est encore plus admiratif : " Guardiola ne laisse rien au hasard. Il sait à tout moment ce qu'il doit apporter au joueur, surtout sur le plan tactique. Il nous donne le sentiment que 99 %, ça ne suffit pas : il veut 100 %. Un joueur ne comprend pas nécessairement ses idées du premier coup mais elles fonctionnent parfaitement. Contre Barcelone, par exemple, il a revu notre tactique à la demi-heure, passant du 4-1-4-1 au 4-4-2. Il nous a ainsi conféré un tout autre sentiment. D'un coup, nous avons eu prise sur le match. Il est unique de ce point de vue. " Ces cinq dernières années, Gündogan a travaillé à Dortmund avec Jürgen Klopp et Thomas Tuchel mais pour lui, Guardiola est " tout à fait novateur ". Klopp, avec lequel il continue à échanger des SMS, a une personnalité différente et développe un autre style de jeu. " Il est très émotif. Il veut qu'on se démène, qu'on joue avec passion, en sa battant pour chaque ballon alors que Pep mise sur la possession du ballon et la domination du jeu. Les deux concepts peuvent conduire au succès, bien sûr ", conclut Gündogan avec diplomatie. Quoi qu'il en soit, l'Allemand ne regrette pas d'avoir quitté la Bundesliga et d'avoir signé un contrat de quatre ans à Manchester City, qui a versé 26 millions d'euros pour son transfert. " Ce club me convient. Il y a toujours des gens pour considérer que ce n'est pas le bon choix mais pour ma part, je considère les dernières semaines comme une confirmation. J'ai pris un risque en venant ici mais il a été payant. " Gündogan ne s'en cache pas : City ne joue pas dans la même catégorie que le Borussia Dortmund. " Quand j'arrive au complexe d'entraînement en auto, je suis déjà impressionné. Je remarque à tous les détails que c'est un club d'envergure mondiale, qui va encore progresser beaucoup dans les années à venir. " Gündogan a très rapidement répondu aux attentes de Guardiola. Depuis ses premières minutes de jeu à la mi-septembre, il est un titulaire incontournable. Il est lui-même surpris de s'être adapté aussi vite. " D'autant que l'expérience m'a appris qu'on a besoin de temps pour retrouver la totalité de ses moyens et le rythme du jeu après une blessure. Ici, après deux semaines d'entraînement, j'ai pu jouer 80 minutes contre le Borussia Mönchengladbach (4-0, ndlr). " Le secret de ce retour si rapide ? Il explique au Kicker qu'il se soigne beaucoup mieux qu'avant et qu'il surveille son alimentation. " C'est encore plus important quand on ne s'entraîne pas. C'est justement durant cette période qu'il faut surveiller ce qu'on ingère, qu'il s'agisse de boissons, de protéines, de shakes ou de vitamines. A vingt ans, je n'avais pas le même sens des responsabilités. Je vois chez nous beaucoup de jeunes footballeurs qui ont les mêmes mauvaises habitudes que moi auparavant. Parfois, ça marche, parfois pas. Avant, je ne savais pas ce qui était bon pour moi, ce dont mon corps avait besoin ou pas, quand je pouvais me gréer quelque chose ou au contraire, quand il valait mieux me priver. J'ai appris et je me sens très bien. Je pense que tout le monde le remarque. " Par rapport à son séjour au Borussia, il trouve plus aisément le chemin des filets à City. Il a inscrit cinq buts lors de ses douze premiers matches pour les Citizens alors que les deux saisons précédentes, il n'avait marqué que six buts en 73 matches, sous le maillot noir et jaune. Guardiola aurait-il éveillé son instinct de buteur ? " Non ", riposte Gündogan. " C'est surtout lié au rôle que j'occupe ici. Je sais que Fernandinho assure mes arrières. Je joue donc plus offensivement, généralement au huit, voire au dix. Je surgis donc plus fréquemment dans le rectangle. D'un autre côté, j'avais de nombreuses occasions de but à Dortmund aussi mais le ballon ne voulait pas rentrer, pour diverses raisons. J'espère que je vais continuer sur ma lancée. " PAR OLIVER HARTMANN & STEVE VAN HERPE - PHOTO BELGAIMAGE" A Dortmund, nous étions impressionnés de voir que Guardiola avait une solution pour chaque situation. " - ILKAY GÜNDOGAN