Le championnat vient à peine de débuter que le président de Charleroi a déjà adressé quelques piques aux arbitres et à l'Union Belge. Pour Sport/Foot Magazine, il a poursuivi ses attaques et ses bons mots, flinguant tous azimuts.
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Le championnat vient à peine de débuter que le président de Charleroi a déjà adressé quelques piques aux arbitres et à l'Union Belge. Pour Sport/Foot Magazine, il a poursuivi ses attaques et ses bons mots, flinguant tous azimuts. Je pense que notre noyau est plus équilibré cette saison. L'année passée, on a beaucoup souffert au milieu de terrain. On était trop court et c'est pour cette raison qu'on s'est renforcé à la trêve avec Christophe Grégoire et Adlène Guédioura. En défense, on comptait sur Ibrahima Diallo et Massimo Moia mais les deux se sont blessés. Finalement, on avait dû mettre Mohamed Chakouri, un droitier, à gauche. Et à droite, on a souffert parce que Frank Defays n'a pas pu se tenir bien ( sic) durant 34 matches. Cette saison, en comparaison, je trouve qu'on dispose d'un très bon entrejeu : on a récupéré Grégory Christ et on a ajouté Sandro Cordaro, un joueur vif et technique qui se bat sur tous les ballons. De plus, Abdelmajid Oulmers est en pleine possession de ses moyens ; on a retrouvé Cyril Théréau qui est déjà bien meilleur que la saison passée et on a réussi à conserver Habib Habibou. Evidemment. Christ, on ne l'avait lâché que parce qu'on avait obtenu de Duisbourg un montant de prêt intéressant avec une option d'achat non moins intéressante. Malheureusement pour lui, il a réussi une bonne première partie de saison avant que n'intervienne un changement d'entraîneur qui lui fut fatal. Mais il a appris beaucoup là-bas. La rigueur du football allemand lui a été bénéfique. Surtout mentalement. Aujourd'hui, il est plus à l'aise dans la tête. Il est plus mature et plus discipliné dans le jeu. Oui, mais Camus était en fin de parcours après quatre ans chez nous. Surtout mentalement. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il ne se battait pas sur le terrain mais après quatre ans, c'est tout à fait normal qu'un joueur recherche autre chose. Et finalement, avec toutes ses blessures, il n'est jamais arrivé à réitérer sa première saison. Il avait même été élu parmi les trois meilleurs médians de Belgique. ( NDLR : c'est surtout lors de sa deuxième saison à Charleroi que Camus a explosé). A mon avis, je ne vais pas dire qu'on a nettoyé le vestiaire mais il va faire moins lourd. Car, après un certain moment, un joueur peut penser que c'est impossible d'arriver à ce qu'il recherche. Je peux imaginer que quelqu'un comme Camus, qui a été blessé pendant neuf mois et qui est resté quatre ans, commence à se poser des questions. Non, pas négatif mais quand on n'est pas content et heureux, cela se voit. Quand vous avez quatre, cinq personnes qui sont au club depuis un certain nombre d'années, cela peut avoir un peu d'effet. A notre niveau, nous n'avons pas les moyens d'être champions. J'ai toujours dit la même chose : on a toujours l'objectif de gagner quelque chose. Mais Anderlecht et le Standard DOIVENT gagner. Nous pas. Quand ces deux clubs constatent un manque à un poste, ils vont chercher un joueur de 29-30 ans pour le combler. Nous, nous ne sommes pas obligés d'être champions. Il n'y a donc aucune raison de chercher quelqu'un d'expérience pour combler un vide que nous pouvons peut-être combler avec un jeune. C'est compliqué en effet. Regardez Genk ! Oui mais avec tous leurs moyens, ils finissent quatrièmes ou cinquièmes. Le Standard a attendu 25 ans avant de gagner quelque chose. Ce n'est donc pas une question de réalisme ou d'irréalisme. Même la plus grosse équipe ne gagne pas plus d'un trophée sur trois. Alors, un club qui n'a pas les moyens ne peut pas penser qu'il va remporter quelque chose. Même une fois sur dix. On a réinvesti. En vendant des joueurs, on équilibre notre budget. Tout le monde pense que la seule manière de faire un investissement dans le foot, c'est d'acheter un joueur. On a laissé l'argent dans l'équipe. On ne prend pas tous les bénéfices. Au fur et à mesure, on a réinvesti. Les dernières années, on a payé des sommes de transfert. On a déboursé un bon paquet pour Théréau. Joneleit, Cordaro et même l'échange entre Smolders et Moia nous a coûté de l'argent. Oui mais on devait récupérer 150.000 euros sur le transfert de Smolders. C'était directement dans nos poches. Finalement, on n'a presque rien touché puisqu'on a pris Moia. On a payé 375.000 euros pour Dante à Lille. On ne peut pas dire qu'on ne paye pas. On ne veut simplement pas payer pour des joueurs qui représentent un risque. Il faut cinq millions pour construire une bonne école des jeunes. Et je ne vais quand même pas faire cet investissement alors que le site de Marcinelle ne nous appartient pas. Il y a cinq, six ans, on en a parlé mais la ville n'a pas voulu s'en débarrasser. On a commencé, l'année passée, des négociations pour construire deux terrains d'entraînement pour l'équipe première et les Espoirs. Je ne peux pas vous le dire car on n'en est encore qu'au stade des négociations. Mais il y a une valeur sur le terrain et nous ne sommes pas tombés d'accord sur cette valeur de base. Si on analyse les six mois qu'il a passés à Charleroi, on peut voir de bonnes et de moins bonnes choses. Au début, on a voulu aller trop vite en changeant de système d'un jour à l'autre. Cela nous a mis en difficulté. Les joueurs présents au club depuis quatre ou cinq ans étaient habitués à la manière de jouer de Messieurs Siquet et Mathijssen. Et celle-ci était totalement différente de celle proposée par Monsieur Collins. Mais si on regarde les derniers sept, huit matches, on proposait du beau football. Au fond, je pense qu'il a donné une autre approche du jeu aux joueurs. Ceux-ci sont beaucoup plus disponibles, à présent, pour évoluer de manière plus agressive et plus vive qu'auparavant. Le travail effectué durant six mois se voit aujourd'hui. Les joueurs ont une plus grande volonté d'aller chercher le ballon. Mais je ne pense pas qu'il voulait rester ! Et on n'a pas voulu le conserver. C'est vrai qu'il était très cher. Mais c'était aussi une question de mentalité. Certaines personnes sont habituées à des conditions de travail bien meilleures que celles que nous avons à Charleroi. Quand il est arrivé, nous lui avons montré toutes nos installations en disant qu'il y avait certains problèmes et qu'on essayait d'y remédier. Malheureusement, au cours de la saison, les conditions de travail se sont détériorées. Certains jours, il n'était même pas capable de donner l'entraînement. Il devait aller à Monceau pour faire du vélo et de la piscine. Et je comprends que pour un entraîneur, cela ne soit pas l'idéal. Le choix de l'entraîneur est toujours le mien. Personne d'autre n'intervient. Je ne discute jamais avec Mogi ou quelqu'un d'autre sur le poste d'entraîneur. Peut-être que certains essayent de m'influencer mais c'est moi qui tranche. C'est une option que je n'étais même pas prêt à envisager. Si un jour, Charleroi ressemble un peu à Westerlo ou Lokeren en affirmant que l'on veut rester en D1 et prendre 42-45 points, alors, je pourrais opter pour quelqu'un comme Mathijssen, qui est sûr et certain, à l'instar d'un Georges Leekens, de prendre 45 points. Oui, je le pense. C'est ce que j'ai dit quand il est parti. Pour aller plus loin, on a besoin de quelqu'un qui a de l'envie, de la motivation, de la passion. Ce qui demande beaucoup de sacrifices personnels. Non. Dans notre cas, prendre un entraîneur, cela s'assimile un peu à la roulette russe. Nous ne possédons pas l'argent pour aller chercher par exemple un jeune Portugais qui a amené son club à la 3e place de son championnat national. Nous avons regardé qui était disponible. Et puis, je cherche toujours à éviter les gens qui sont en place depuis des années et qui sont sur pilotage automatique en cherchant les 42 points. Il est jeune. Il a goûté à la victoire dans sa vie sportive. Il a aussi une intelligence académique, au-delà de l'intelligence footballistique. Le métier d'entraîneur est beaucoup plus académique qu'avant. Il ne s'agit plus de monter sur un terrain et de crier sur un joueur - Allez, vas-y ! Aujourd'hui, on dispose de toutes les méthodes modernes pour analyser pourquoi on a pris un but, pourquoi on n'a pas marqué. Tout est académique ! Si vous ne savez pas vous servir d'un ordinateur, cela ne sert à rien de devenir entraîneur ! Deuxièmement, il y a dans ce métier un côté psychologique qui dépasse le cadre de la motivation. Et cela aussi nécessite une base académique. Ce n'est pas parce que vous avez joué au football durant 20 ans que vous savez comment marche le cerveau d'un joueur. Comment s'est déroulée son enfance ? Comment le motiver ? Comment le garder motivé ? Et pour répondre à toutes ces questions, on a besoin d'intelligence académique. Il suffit de parler avec lui, de voir sa famille. Il parle six, sept langues. Ses deux filles sont très bien éduquées. Pour lui, le côté intellectuel est primordial. Et puis, il a quand même de l'expérience. En équipe nationale, au Standard, à l'étranger. Il a montré qu'il savait travailler avec des gens de différentes cultures et comportements. Mais, on ne sait jamais si cela va marcher ou pas. Je les comprends mais eux ne me comprennent pas. Par comparaison, il y a des gens qui ne boivent que du Coca Cola. Dans une certaine mesure, ils sont partisans de la marque. Est-ce pour autant qu'ils peuvent décider de la politique de Coca Cola ? Les supporters peuvent critiquer ma gestion. C'est bien d'avoir des avis : moi, je dis toujours qu'Anderlecht est mal géré mais je n'ai pas le droit d'aller à Anderlecht avec des drapeaux en demandant la démission du directeur général d'Anderlecht. Quand certains supporters viennent protester à chaque match, c'est normal de ne pas leur donner tous les avantages. Quand vous êtes dans la salle de réception avec les administrateurs des autres clubs et que vous entendez les cris - Direction démission, je ne vois pas pourquoi je devrais favoriser ces supporters-là. On est très conscient des besoins des joueurs et on fait tout pour les aider. Une de nos manières de travailler est de laisser la porte ouverte aux joueurs. Si vous agissez de la sorte, cela devient difficile d'ériger une barrière et d'empêcher les joueurs de se plaindre. C'est parce que le club est très familial que ces comportements arrivent. Tout le monde dit qu'à Anderlecht, il faut prendre rendez-vous avec Herman Van Holsbeeck pour discuter. Mais je ne pense pas que cela soit un point fort. Quand Bia n'est pas content de son sort et le vit mal, que faut-il faire ? L'ignorer ou lui parler ? Lui parler évidemment. Les joueurs ne sont pas des marchandises mais ils constituent nos tickets financiers. On doit les protéger. Et quand un entraîneur a confiance en lui et sait bien gérer son noyau, on n'a jamais ce genre de problèmes. par stéphane vande velde - photos: reporters"Je ne discute jamais avec Mogi ou quelqu'un d'autre pour le poste d'entraîneur.""Je ne vais pas dire qu'on a nettoyé le vestiaire mais il va faire moins lourd."