C'était la chance de ma carrière. En 1997-1998, j'avais déjà 24 ans. Le moment ou jamais de faire son trou. Le choix était simple : je m'imposais ou je descendais pour toujours en D3 ou en Promotion. J'avais goûté à la D1, en 1994-1995, au Sporting Charleroi, mais ce fut jugé insuffisant par les Zèbres. Ils ne crurent pas assez en moi. J'avais alors été transféré à l'Olympic, en D3. Je travaillais à la Sonaca qui fabrique des pièces et parties d'avion. Les Dogues forcèrent les portes de la D2 mais n'y restèrent qu'un an. Nous avons eu la chance de jouer contre Westerlo qui recruta trois Olympiens : Serge La Valle, Mario Fasano et moi-même. Jos Heylingen, l'ancien coach de Westerlo, m'avoua par la suite qu'il nous avait suivis à six reprises. Avec l'accord du club, j'ai signé deux contrats : un pour la D2 et un autre qui serait d'application si Westerlo obtenait le droit de jouer parmi l'élite via le tour final. Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, Westerlo se propulsa en D1. En somme, je passais de la D3, où l'Olympic allait se retrouver, au top du football belge.
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C'était la chance de ma carrière. En 1997-1998, j'avais déjà 24 ans. Le moment ou jamais de faire son trou. Le choix était simple : je m'imposais ou je descendais pour toujours en D3 ou en Promotion. J'avais goûté à la D1, en 1994-1995, au Sporting Charleroi, mais ce fut jugé insuffisant par les Zèbres. Ils ne crurent pas assez en moi. J'avais alors été transféré à l'Olympic, en D3. Je travaillais à la Sonaca qui fabrique des pièces et parties d'avion. Les Dogues forcèrent les portes de la D2 mais n'y restèrent qu'un an. Nous avons eu la chance de jouer contre Westerlo qui recruta trois Olympiens : Serge La Valle, Mario Fasano et moi-même. Jos Heylingen, l'ancien coach de Westerlo, m'avoua par la suite qu'il nous avait suivis à six reprises. Avec l'accord du club, j'ai signé deux contrats : un pour la D2 et un autre qui serait d'application si Westerlo obtenait le droit de jouer parmi l'élite via le tour final. Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, Westerlo se propulsa en D1. En somme, je passais de la D3, où l'Olympic allait se retrouver, au top du football belge. Aucun autre club ne me fit de proposition. J'ai signé à deux mains. En passant dans le nord du pays, j'ai découvert les habitudes flamandes. Cela m'a tout de suite beaucoup plu. Personne ne se prenait la tête. C'était le règne de la simplicité, de la convivialité, de la fête après un bon match. La bière a souvent coulé à flots à Westerlo même si cette joie de vivre s'est un peu flétrie depuis lors. Quand je suis arrivé, la D1, c'était du nouveau, de l'inattendu. A la longue, les gens s'y sont habitués et l'ambiance est désormais un peu moins festive. Je n'avais pas de problèmes de communication. Au début, dans le vestiaire, je m'asseyais à côté des joueurs bilingues. Je n'avais pas peur. Je me souviens de mon premier jour à Westerlo, C'était comme la rentrée des classes quand on découvre avec curiosité de nouveaux copains. Benoît Thans joua un grand rôle lors des premiers pas de Westerlo en D1. Il était un des seuls, avec Rudy Janssens, à y avoir déjà joué longuement. Je me suis souvent appuyé sur lui et il ne m'a jamais compté ses conseils et ses encouragements. Sergio La Valle et Mario Fasano partagèrent un appartement à Westerlo. Je préférais faire les trajets. Ils étaient célibataires, moi pas. Ces 260 km que je passais tous les jours dans ma voiture, ce n'était rien. J'étais passé d'un à deux entraînements par jour. Pas grave non plus quand on ne doit penser qu'au football. J'étais là pour cela. Et quand c'était plus dur, je me rappelais la Sonaca, à l'usine, aux pauses qui commencent à six heures du matin et durant lesquelles il faut souquer ferme pour gagner son pain. C'est une autre paire de manches que la vie de footballeur professionnel. Je n'ai pas le talent des stars et je dois compenser depuis toujours par mon envie. Je n'ai pas entamé tout de suite le championnat. En août, je me suis blessé à la cheville. A court de préparation, je me suis logiquement retrouvé en Réserve. Là, je n'ai rien lâché, j'ai bossé, je n'ai jamais bâclé le moindre exercice à l'entraînement. Je me suis battu comme un lion. Ce fut le véritable déclic de ma carrière. Je n'étais pas là pour échouer mais pour réussir. Le but était d'être prêt le jour où Heyligen ferait appel à mes services. J'ai eu ma chance à Lokeren et je n'ai plus quitté l'équipe. Mon travail avait payé. Le style de jeu de Westerlo m'allait comme un gant. Heyligen ne misait jamais sur un match blanc. Protéger un point ? Non, lui, son truc consistait à marquer un but de plus que l'adversaire. Cela peut paraître élémentaire mais peu de coaches pensent de la sorte. Westerlo était toujours certain de marquer un ou plusieurs buts. Et comme ça se vérifiait par des matches spectaculaires, avec pas mal de retournements de situations, cela nous offrait un ascendant moral par rapport à nos adversaires. Ils tremblaient en débarquant au Kuipje. Anderlecht y paya plus tard quelques additions assez salées. Un village rossant la capitale : c'était magique. Nous nous amusions comme des fous. Cette équipe a toujours été solidaire. Westerlo joue avec deux attaquants depuis son arrivée en D1. C'est une marque de fabrique. En 1997-1998, j'étais chargé de tourner autour de Jochen Janssen. Il était grand et à l'aise dans les airs. J'étais plus petit et plus mobile que lui. Nous nous trouvions les yeux fermés tandis que Benoît Thans distribuait le jeu comme dans ses plus beaux jours. J'ai terminé la saison avec un total de huit buts. En 1999-2000, mon total est monté à 30. J'étais le meilleur buteur de D1. Ce n'est pas rien dans un petit club comme Westerlo. Pourtant, c'est ma première saison à Westerlo qui fut, de loin, la plus importante. Même le transfert à Sedan, qui était une forme de reconnaissance internationale, ne m'a pas laissé un souvenir aussi fort. Je savais que j'avais le niveau de la D1. Mais à part le staff de Westerlo, qui le savait ? Qui était prêt à me faire confiance ? J'ai lutté pour moi et pour Westerlo. Je tenais ma revanche. C'était une formidable mise au point. Je revenais de loin. J'avais un peu joué en D1 lors de mon premier passage à Charleroi. On me vit même en Coupe de l'UEFA, contre le Rapid Bucarest, alors que je n'avais pas encore joué en D1. Georges Leekens m'aligna même contre Anderlecht. Je dépannais parfois mais on ne croyait pas en moi. Je n'avais pas eu le temps de m'installer et, à la fin de la saison, le Sporting me céda à l'Olympic, en D3. On ne croyait pas en moi. J'ai vu le gâteau mais je n'ai pas pu le goûter. C'est dur à encaisser. Je suis reparti de loin. La carrière d'un joueur tient souvent à trois fois rien. Que se serait-il passé si Westerlo ne s'était pas retrouvé en D2 en même temps que l'Olympic ? Où serais-je aujourd'hui sans cette saison 97-98 ? Jouerais-je encore au football ? Quand la chance tend une perche, il faut la saisir à deux mains et ne plus la lâcher. Je méritais d'être là et j'ai prouvé que j'y avais ma place. J'ai été récompensé et, avec les mêmes qualités techniques, je suis devenu un autre joueur. La confiance investie en moi m'a donné des ailes sur le terrain. J'osais, je tentais ma chance, j'entreprenais. Le succès était là mais il ne m'a jamais tourné la tête. Westerlo m'a lancé en 1997-1998 : je ne l'oublierai jamais car cela a tout changé pour moi. Quand la chance tend une perche, il faut LA SAISIR à DEUX MAINS