On revoit Tom De Sutter (27 ans) chaque semaine sur le terrain avec Anderlecht. L'ex-pestiféré du Parc revit complètement, il en a presque oublié ses années de relation glaciale avec Ariel Jacobs, son temps de jeu famélique, son humeur dépressive. Bilan chiffré.
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On revoit Tom De Sutter (27 ans) chaque semaine sur le terrain avec Anderlecht. L'ex-pestiféré du Parc revit complètement, il en a presque oublié ses années de relation glaciale avec Ariel Jacobs, son temps de jeu famélique, son humeur dépressive. Bilan chiffré. Tom De Sutter : Non, c'est exagéré. Les Espagnols étaient trop forts pour nous, c'est clair. Mais dans notre équipe, personne n'était top. Enfin bon, même si nous avions joué à notre meilleur niveau, il aurait été très dur de prendre quelque chose. Un adversaire aussi brillant ne te laisse pas jouer, il ne te donne pas beaucoup le ballon. Mais ce match n'inquiète personne ici. Nous préférons garder à l'esprit que nous avons fait de très bonnes choses ces dernières semaines. La confiance n'est pas du tout atteinte. Certainement. Déjà après leur victoire 3-0 contre le Zenit, on l'avait compris. Leur défense est nickel, leur ligne d'attaque est terrible. S'ils gardent cette forme, ils peuvent aller très loin. Dans cette équipe, il n'y a pas un seul joueur dont tu peux te demander s'il a vraiment le niveau pour la Ligue des Champions. Evidemment, ça donne envie d'affronter des équipes pareilles. Mais il faut accepter de jouer un peu plus défensivement en Ligue des Champions, de n'aligner qu'un seul attaquant. C'est pour ça que je n'ai pas encore joué. Si tu pratiques le même 4-4-2 qu'en championnat, tu risques de laisser des espaces énormes dans l'entrejeu. Je n'ose pas imaginer les dégâts supplémentaires que ça aurait causés face au milieu de Malaga ! Si l'entraîneur estime que c'est mieux de me laisser sur le banc, je n'ai pas de problème. Et il reste quatre matches. Des plumes, il y en a eu beaucoup... Silvio Proto a sauvé plein de buts, Dieumerci Mbokani a fait des gros trucs devant, plusieurs autres joueurs ont réussi de très bonnes choses. Il faudra être meilleur que contre Malaga. En sachant que même un Zenit en méforme reste un tout gros morceau. C'est une énorme surprise. Pour nous, mais aussi pour toute l'Europe du foot. Personne n'avait prédit ça au moment du tirage. Le Zenit avait très bien commencé son championnat, puis il a encore transféré Hulk et Axel Witsel. Chez nous, c'était clair, cette équipe allait gagner la poule, les doigts dans le nez. Pas d'accord. Tout le monde pensait que Malaga serait le parent pauvre : tu vois ce que ça donne ! Le Zenit se cherche, mais on avait gravement sous-estimé Malaga. Et Milan reste Milan, un grand club italien avec plein de qualités individuelles, une légende du foot international. J'ai reçu un SMS de Nicolas Lombaerts après Zenit - Milan. Il m'a dit qu'il en avait bavé et que le gardien italien avait joué le match de sa vie. Pour moi, la poule a été sous-cotée ! Huit ou neuf. Oui, ça veut dire qu'il faut idéalement en gagner deux et faire deux nuls. Je sais, ça ne sera pas simple. Surtout que le Zenit ne va pas continuer à tout perdre. (Décidé). Deux, toujours deux ! Comme ça, je joue... (Il rigole). En tout cas, on a prouvé dans plusieurs matches que ça pouvait très bien fonctionner avec Mbokani et moi devant. Notamment contre le Cercle, Zulte Waregem et Lokeren. Parce que nous arrivons à mettre une grosse pression. Je reprends la plus grande partie de ses tâches défensives, je recule régulièrement dans l'entrejeu, et lui, il peut penser vers l'avant. Je suis un peu moins frais devant le but mais lui garde toute sa fraîcheur. Expliquer, oui. Excuser, non ! Même si tu prends 30 coups par match, tu ne peux pas réagir comme ça. Dans le temps, je pouvais m'énerver, moi aussi. Maintenant, je reste zen, fataliste : it's part of the game. Je pense. On verra quand il ne sera pas là. Pff... Je n'y pense plus. Le Cercle, c'était hier. Tout ce qui me préoccupe aujourd'hui, c'est Anderlecht et une place dans l'équipe de départ. C'est vrai que si on tient compte des minutes passées sur le terrain, mes chiffres ici sont meilleurs qu'au Cercle. Pas sûr du tout. Il y avait des périodes au Cercle où ça giclait de partout. Mais franchement, je ne m'encombre pas la tête avec des statistiques de buteur. S'il n'y a pas de centres, qu'est-ce que je peux encore faire avec ma tête ? Mais ça reste quand même ma plus grande force, j'ai souvent marqué comme ça. Pas loin d'un but sur deux, je pense. Pas du tout. Le staff médical a fait des examens très poussés, toutes les parties du corps ont été mesurées, pesées. Une des conclusions est que j'ai les cuisses les plus lourdes dans le groupe. Cela me donne beaucoup de puissance lors des sauts. Gohi Bi Cyriac, sans aucun doute. Il n'est pas grand mais sa détente est fantastique. Son timing aussi. Je pourrais également citer Mémé Tchité. Pas du tout. Je n'ai pas ressenti ce but comme un soulagement. Je ne suis plus dans une position typique de buteur puisque je joue davantage derrière. Dès que nous n'avons plus le ballon, je me retrouve dans l'entrejeu. Bien sûr mais je ne me suis jamais dit que j'avais réussi mon match simplement parce que j'avais mis un ballon au fond. Ce sont les journalistes qui raisonnent comme ça... C'est un pote qui m'a dit de prendre ce numéro. Je l'ai fait, sans me poser de questions. Plus tard, il m'a expliqué pourquoi. Parce que Zinédine Zidane a percé à la Juve avec le 21, et parce que c'est le numéro que Pär Zetterberg portait quand il est revenu ici après ses années en Grèce. C'est vrai. J'attends. Pour moi, tout est bon. Pourquoi pas ? Mais vivre une autre expérience, ça me tente aussi. L'argent et le niveau sportif ne sont pas mes premières priorités. Me tremper dans une autre culture, dans une autre mentalité, c'est encore plus important pour moi. C'est probable. Il ne faut pas sous-estimer ce qu'ils ont fait aux Pays-Bas. Même s'ils l'ont fait avec des clubs comme ADO La Haye et NEC Nimègue. Ils auraient sans doute eu plus de mal à réussir les mêmes choses avec l'Ajax, par exemple. C'est la même différence qu'entre le Cercle et Anderlecht. Ils vont terminer... très près. Je pense bien. Mais attention à Genk aussi. Une équipe bizarre... Après certains matches, je me dis qu'elle a tout pour jouer le titre. Après d'autres, je n'y crois plus du tout. Là-bas, il y a une succession de ups and downs. J'ai pris une bonne part dans le premier titre, en 2010 : j'ai joué près de 30 matches, j'ai marqué 8 fois. Mais de toute façon, je ne suis pas du genre à me sentir mal lors de la fête d'un trophée si je n'ai pas joué la plus grande partie du temps. On ne devient pas champion à onze. (Il rigole). Je vois à quoi tu fais allusion. A un match où Ariel Jacobs ne m'a donné que quelques secondes. Et il y en a eu pas mal d'autres où je suis aussi entré très tard. L'entraîneur est le patron. Parfois, j'y ai pensé, oui. (Il réfléchit). Si je n'étais pas calme... Je suis comme je suis, on ne me changera pas. Ben non, puisqu'on ne se parlait pas... J'avais l'impression qu'il était impossible d'avoir un dialogue. Notre relation n'était pas mauvaise : il n'y avait pas de relation. Regarde mes statistiques, mon temps de jeu. J'ai presque chaque fois connu la même situation que sur la fin avec Jacobs : on ne m'a fait jouer que quelques minutes en fin de match. Je n'ai pas disputé une seule rencontre complète. Non parce que je savais que cette sélection s'expliquait seulement par une bonne petite période avec Anderlecht. J'avais subitement rejoué quelques matches et marqué quelques buts. Mais je me doutais que ça n'allait pas durer. Bien sûr. Mais quand on a passé autant de temps sur la banc dans son club, ce n'est pas simple de revenir rapidement au top niveau. Christian Benteke, Romelu Lukaku, Eden Hazard. J'aurais l'impression de ne pas avoir tiré le maximum. Il y a eu des périodes où j'ai peu joué, et quatre opérations m'ont pas mal freiné : un genou, l'autre genou, une cheville, une épaule... Chaque fois, c'était trois ou quatre mois d'arrêt : fais le compte. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : IMAGEGLOBE" Il reste quatre matches en Ligue des Champions : il faudrait en gagner deux et faire deux nuls. "