Il y a toujours des cas où on n'a pas envie d'avoir raison...
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Il y a toujours des cas où on n'a pas envie d'avoir raison...En début de saison, Sport-Foot Magazine avait sorti un dossier sur le hooliganisme en Belgique. Avec des interviews anonymes de hooligans qui prédisaient une saison difficile pour le football belge sur le plan de la sécurité. Ils avaient raison. Le premier supporter belge est mort. Les dirigeants du football belge qui avaient cru bon d'envoyer des lettres à notre rédaction à l'époque en disant que c'était une mauvaise idée de parler de tout ça, ou encore que nous en avions mal parlé, avaient tort. Tout simplement. Le 23 octobre dernier, un supporter d'Anderlecht, Philippe Thirion décédait sans sortir du coma dans lequel il était plongé depuis dix jours suite à un tabassage en règle subi à Lommel. Selon nos informations, le jeune homme n'avait rien d'un hooligan. Il était un supporter qui n'allait au stade que pour le plaisir. Il n'en est pas revenu vivant. Les hooligans qui affirment qu'ils ne se battent qu'entre eux ont-ils commis à une "bavure"? L'enquête et le procès qui suivra devra éclairer la lanterne du football belge à ce sujet. Les trois auteurs du tabassage fatal sont sous les verrous. Aujourd'hui, le football belge crie haro sur la justice, en exigeant des peines exemplaires pour les hooligans de tout poil. Mais en lisant le récit de la fin horriblement annoncée de Philippe Thirion plus loin dans ce magazine, on ne peut qu'être interpellé par la faiblesse du dispositif de sécurité mis en place à Lommel en dehors du stade.En retournant vers ses voitures, le groupe dont le garçon faisait partie a croisé à un moment donné les hooligans qui allaient avoir un comportement fatal.Les dirigeants du football belge affirment que c'est la justice qui ne fait pas son travail de répression et que toutes les mesures de sécurité sont prises dans les stades. Le bât blesserait donc sur les abords des stades. Apparemment, c'était le cas à Lommel ce soir-là. Mais les hooligans trouveront toujours des victimes. Ils traqueront les faiblesses du travail des forces de l'ordre et les dénicheront. Reste à tout le monde de se pencher encore plus sur le hooliganisme: les organisateurs, les forces de l'ordre, les clubs de supporters, les parents, les entraîneurs, les joueurs... Et il y a du boulot. C'est un travail permanent. Tout le monde est concerné, car toute erreur se payera toujours cash. Il faut exiger une conduite impeccable de tous ceux qui vont au stade. Un respect des instructions et des autres occupants des tribunes, sous peine de devoir vider les lieux. Il ne faut pas être paranoïaque pour se dire que la frontière entre le hooligan et le supporter excité reste floue.Un exemple: à Anderlercht... en Ligue des Champions, il y a une semaine. En fin de match, comme conclusion à la tripotée donnée par le Lokomotiv Moscou aux Mauves, un groupe d'une centaine de supporters moscovites, assis dans la tribune principale, entre en altercation verbale très véhémente avec des supporters anderlechtois des travées voisines. Il n'y avait pas de séparation, sinon un cordon de stewards et une surveillance policière.Le ton monta mais il n'y eut pas de bagarre en règle comme les gestes et paroles échangés le laissèrent supposer. Tant mieux mais on était passé tout près du problème. Il n'y eut aucune arrestation non plus.La question: comment se faisait-il que des supporters russes se trouvent là alors qu'ils sont toujours regroupés bien à l'écart du public mauve, derrière un des buts? "Le bloc des supporters étrangers a été supprimé pour ce match parce qu'il n'y en avait pas", dit Marc Torsin, responsable de la billetterie anderlechtoise. "Les supporters russes de la tribune principale bénéficiaient des cent invitations toujours remises au club visiteur et qui vont en général à des relations d'affaires et diplomatiques de Bruxelles. La proximité avec nos partisans n'avait jamais posé de problèmes en Ligue des Champions". Donc, pour tenter de contrôler toutes les dérives, ne vaut-il pas mieux se dire qu'un hooligan sommeille en pas mal de monde?John Baete