Alors que partout en Europe, le football est en pause en cette période de fête, les championnats britanniques ne s'arrêtent pas. Le Boxing Day, une tradition typiquement british, est bien ancrée aux Iles et les spectateurs adorent ça. Les stades sont combles et de nombreux étrangers profitent de leurs derniers congés de l'année pour aller admirer les stars d'Arsenal, Liverpool, Chelsea et autres Manchester. Depuis peu, d'autres pays tentent de copier le système et désormais, on tape également la balle entre Noël et Nouvel an en Turquie et même... en Belgique.
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Alors que partout en Europe, le football est en pause en cette période de fête, les championnats britanniques ne s'arrêtent pas. Le Boxing Day, une tradition typiquement british, est bien ancrée aux Iles et les spectateurs adorent ça. Les stades sont combles et de nombreux étrangers profitent de leurs derniers congés de l'année pour aller admirer les stars d'Arsenal, Liverpool, Chelsea et autres Manchester. Depuis peu, d'autres pays tentent de copier le système et désormais, on tape également la balle entre Noël et Nouvel an en Turquie et même... en Belgique. Ainsi, la 19e journée de la Jupiler Pro League se déroulait les 26 et 27 décembre derniers avec comme point d'orgue un duel entre Mons et Anderlecht le mardi soir. A l'heure où leurs collègues du royaume goûtent à un court repos bien mérité, les joueurs des deux équipes avaient un dernier devoir à rendre. Si la partie n'avait rien d'exceptionnel côté mauve, il en allait tout autrement pour les Montois. Cette rencontre de fin d'année face au leader du championnat faisait figure de match de gala. Sold out plusieurs jours avant le coup d'envoi, le stade Tondreau s'est mis sur son 31 pour accueillir un club contre lequel l'Albert ne s'est imposé qu'une seule fois depuis sa première accession en D1, en 2002-2003. Une heure avant le début de la partie, les tribunes commencent à se garnir, l'ambiance est festive. Alors que les joueurs s'échauffent, le stade se remplit petit à petit. En T2, derrière un des buts, le kop montois, composé principalement de deux clubs de supporters, les Ultras et le Dragon Side, commence à se former. 19 h 45, Vincenzo Lomanto, crâne rasé et petit bouc, prend position sur sa petite estrade face aux supporters, micro à portée de main. Vincenzo, c'est le président des Ultras, le groupe le plus " chaud " des fans de l'Albert. C'est aussi lui qui est chargé de mener les chants de la tribune. Dos au terrain, face à ses potes, il ne verra pas grand-chose du match. " Allez les gars, on va un peu se chauffer la voix, la la lala lala Aaaaaallez l'Albert !" Le public reprend en ch£ur tandis que les joueurs, qui ont fini leur échauffement, quittent la pelouse. De l'autre côté de cette même tribune, le contingent anderlechtois ne compte pas rester silencieux. Les premiers " We are Anderlecht " résonnent et sont rapidement accueillis par une bordée de coup de sifflets montois. De bonne guerre ! C'est le moment que choisit le speaker pour dévoiler la composition des équipes en commençant par Anderlecht. Le kop prend un malin plaisir à remplacer chaque nom mauve par une insulte. Quand arrive le tour de l'Albert, c'est sans surprise le nom de Jérémy Perbet qui est scandé avec le plus de ferveur. Les réservistes n'auront pas cet honneur. A peine les titulaires présentés, le son des haut-parleurs est couvert par les chants des locaux, chauffés à blanc. Les équipes s'apprêtent enfin à monter sur la pelouse. Dans les gradins, les drapeaux belges, wallons et italiens se mélangent. Quelques fumigènes épaississent l'atmosphère et la musique de la Jupiler Pro League retentit tandis que les joueurs font leur apparition sur le terrain. Même le Père Noël est de sortie et les bonnets assortis, distribués par un sponsor, garnissent de nombreux crânes dans l'assistance. Tandis que les 22 acteurs se positionnent et qu'un représentant d'un sponsor donne le coup d'envoi, on procède à un lâché de ballons rouges et blancs. La partie peut commencer et les 8.609 spectateurs ont les yeux rivés sur le terrain. Tous, sauf une petite dizaine d'acharnés, dos au jeu, bien décidée à motiver le kop et à lancer des chants durant les 90 minutes. " Nous vou-lons cette vic-toire, nous voulons cette victoire ", entonnent en ch£ur les Ultras et le Dragon Side. Ce dernier club de supporters est le plus ancien des deux. Créé en 1998 alors que le RAEC Mons végétait encore en D3, le Dragon Side est présidé par Jacky Coquelet. " On est le plus gros groupe avec 600 membres. Par rapport aux Ultras qui sont plus chauds et aussi plus jeunes, nous sommes plus un club familial. Notre membre la plus jeune a 2,5 ans alors que notre doyen en a 92 ! " Première touche de balle de Milan Jovanovic. Le Serbe se fait conspuer par le public. " Dans la région, il y a pas mal de supporters du Standard et même d'Anderlecht puisque l'Albert a longtemps joué dans les séries inférieures ", explique Didier Padou, vice-président du Dragon Side. Certains Montois Rouches n'auraient toujours pas avalé le passage de Jova au Sporting ? Sur le terrain, Silvio Proto effectue son premier coup de pied de but. Comme le veut la tradition, les insultes fusent. La partie est loin d'être emballante. Lukas Marecek tire au-dessus de la cage d' Olivier Werner et de l'autre côté, Tim Matthys tente une reprise sans plus de succès. En T2, on donne de la voix : " Il faut chanter, il faut chanter et notre équipe va gagner ", " Allez l'Albert, on marque un goal ". Mais les deux autres tribunes sont plutôt silencieuses si l'on excepte la fanfare qui s'en donne à c£ur joie en T3. " Comme partout, il y a des supporters de la victoire. Ceux qui viennent pour le faste, pour voir jouer Anderlecht. Alors forcément, c'est pas les plus bruyants. Aujourd'hui, le stade est plein mais dans trois semaines contre Louvain, on ne sera pas plus de 5.000 ", dit Jacky. " Le problème c'est aussi le stade ", avance Vincenzo. " C'est sûr qu'actuellement, c'est pas tout le temps plein mais un demi-stade, ça n'existe nulle part. Nous on demande juste une fois pour toutes que les deux tribunes manquantes soient construites. Ça attirera les sponsors, ça attirera de l'argent, ça nous permettra de grandir. Moi, je supporte aussi la Juventus. Là-bas, l'an passé, il y avait 15.000 abonnés et 20.000 spectateurs de moyenne pour une capacité de 25.000 places. Maintenant, dans le nouveau stade, ils ont dû arrêter la vente d'abonnements à 26-27.000 pour laisser des sièges pour les non-abonnés et tous les matches sont sold out. Donc ce n'est pas linéaire comme le pense la Ville de Mons. Un nouveau stade ça peut donner un engouement exponentiel. "23e minute, stupeur dans le stade. Serge Gumienny, accorde un penalty pour une légère faute de Maël Lépicier sur Guillaume Gillet. Ce dernier se fait justice et inscrit son 10e but de la saison en championnat. Les Bruxellois exultent. Les Rouge et Blanc, eux, ne se démotivent pas. Dix secondes après que le ballon ait fait trembler les filets, les chants, menés par Vincenzo, repartent de plus belle : " On vous lâchera jamais... " " C'est notre philosophie, c'est comme ça qu'on voit les choses ", annonce le président des Ultras. " On soutient notre équipe, notre ville quoi qu'il arrive. On encourage pendant 90 minutes, qu'on gagne ou qu'on perde et on les suit partout en déplacements même pour les matches amicaux. C'est la base ". " Ce qu'il y a de bien ici ", confirme Didier, " c'est que l'ambiance contre Anderlecht ou contre Westerlo, c'est la même. On ne supporte pas à la carte. A Anderlecht, avant qu'il n'ait marqué un goal, on se croirait dans une cathédrale ". Malgré tout, les fans ont pris un coup sur la tête. Le volume sonore diminue dans les travées et bientôt, les Bruxellois font mine de prendre le dessus dans la bagarre des tribunes. La réaction est immédiate : " Et les Montois, ouais, et les Montois, ouais ! Et les Montois ne périront pas... " Si Vincenzo et ses potes continuent de s'époumoner, certains commencent à râler et les premières remarques sur le coaching de Dennis van Wijk pointent déjà. " Si BenjaminNicaise était là... " Peu avant la mi-temps, l'arbitre accorde un coup de pied de but sur une phase opposant Cheikhou Kouyaté à Jérémy Perbet. Furieux, les spectateurs, qui avaient vu un corner, réagissent en huant Gumienny et par la même occasion reprennent du poil de la bête. Dans la foulée, un contact entre un Montois et un Anderlechtois dans le grand rectangle provoque à nouveau le mécontentement et les chants à l'encontre du referee reprennent de plus belle. A la 43e minute de jeu, Vincenzo lance le chant montois par excellence : " El Doudou ". Cela ne retient pas une bonne partie des supporters qui se dirigent déjà vers les bars à l'intérieur de la tribune. L'appel de la bière l'emporte. Les assoiffés ne manqueront pas grand-chose, si ce n'est un tir de Ibou, droit sur Proto. A la mi-temps, l'arbitrage est au centre des conversations dans les buvettes. " De toute façon Gumienny a toujours été mauve et c'est un anti-Wallon. Dire que c'est notre arbitre numéro 1 ! C'est pitoyable qu'il soit nommé pour diriger un Mons-Anderlecht ", dit un supporter dépité. A la reprise, alors que les retardataires regagnent leurs sièges, le célèbre " Aux armes " est repris en ch£ur par tout le kop. Van Wijk procède à un changement : Rachid Bourabia remplace Pieterjan Monteyne. " Celui qu'on aimerait voir monter au jeu, c'est Tom Van Imschoot, notre ancien capitaine ", regrette Didier. " C'est un de nos chouchous dans le Dragon Side avec Matthys et Lépicier. Et puis bien sûr nos parrains, Matthieu Debisschop et Jérémy Sapina. On a une super relation avec les joueurs et quand ils nous remercient dans les interviews, ça fait vraiment chaud au c£ur ". 53e, Perbet, le buteur attitré inscrit un goal... de la main. Logiquement, le referee l'annule et lui brandit la carte jaune. Les Montois ont crû à l'égalisation et pestent à nouveau contre Gumienny. Quelque temps plus tard, le speaker demande aux supporters de la T2 de ne pas encombrer les travées du stade. Emballés par l'ambiance, plusieurs d'entre eux quittent leurs places plus " calmes " pour rejoindre le kop, au grand dam des stewards qui ont du boulot ce soir. Dans les dernières minutes, Chris Makiese entre à la place de Matthys. Un changement gagnant puisque dans la minute qui suit, Roland Juhasz, pressé par le Français, lui tire dessus en tentant de dégager. Le ballon rebondit sur l'attaquant et finit sa course dans le but. Tout le stade bondit de joie et dans le kop certains semblent devenir fous. La rencontre se poursuit sans faits marquants et alors qu'on annonce une minute d'arrêts de jeu, tout le stade Tondreau est debout et tape des mains : " La la lalala Aaaaaallez l'Albert ". Au coup de sifflet final, les Montois fêtent ce match nul comme une victoire. Dans un flamand approximatif, le kop entame un " Waar is da feestje " railleur à l'attention des supporters adverses. Venant saluer leur public, les Anderlechtois sont copieusement sifflés et les " Merci Proto " sont scandés à tue-tête. L'équipe de van Wijk vient communier avec ses fans pour ce dernier match avant la mini-trêve. Bourabia offre son maillot suivi par Werner qui en prime balance ses gants et fait le show un bonnet de Père Noël sur la tête. A la sortie, les réactions sont unanimes : " Ce nul, c'est une victoire pour nous ". L'ambiance reste bon enfant à la sortie du stade même si les supporters des deux camps, séparés par des barrières, se charrient un peu. Pour preuve, Olivier Deschacht regagne le car en passant au milieu des Montois sans se faire embêter (même lui). Certains prennent la pose pour une photo souvenir. Pour Didier, c'est un point particulièrement savoureux : " Je suis anti-Mauves donc ça me fait très plaisir ce deuxième nul contre eux mais l'objectif maintenant, c'est avant tout la Coupe. On est en quarts et c'est bien parti, on peut se permettre de rêver ". Vincenzo acquiesce : " Gagner la Coupe, je pense que ça pourrait faire augmenter la moyenne de spectateurs l'année prochaine. C'est vraiment l'objectif : gagner la Coupe, égaler La Louvière et aller en Coupe d'Europe. Après ça on pourra dire que l'Albert a un vrai palmarès ". PAR JULES MONNIER - PHOTOS : IMAGEGLOBE" L'ambiance contre Anderlecht ou contre Westerlo, c'est la même. On ne supporte pas à la carte. "" L'objectif c'est de gagner la Coupe, égaler La Louvière et jouer la Coupe d'Europe. "