On dit que c'est une équipe de copains et il ne faut pas un quart d'heure à l'hôtel des Gallois pour comprendre pourquoi. Sur la terrasse de l'hôtel Thalassa à Dinard, un mix de joueurs jeunes et chevronnés profite de la vue sur la côte de Bretagne. Côte à côte, la star Gareth Bale, une casquette sur la tête, et le joueur culte Joe Ledley, qui se laisse pousser la barbe. On rit, beaucoup et fort. Les mêmes sons proviennent de l'espace dans lequel les internationaux gallois passent leur temps libre. Ils résonnent même dans le lobby de l'hôtel, où un homme, club de golf en main, se trouve sur le petit putting green indoor. C'est Chris Coleman, le sélectionneur. Il sourit. Car même en jouant au golf, il est attentif à l'ambiance.
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On dit que c'est une équipe de copains et il ne faut pas un quart d'heure à l'hôtel des Gallois pour comprendre pourquoi. Sur la terrasse de l'hôtel Thalassa à Dinard, un mix de joueurs jeunes et chevronnés profite de la vue sur la côte de Bretagne. Côte à côte, la star Gareth Bale, une casquette sur la tête, et le joueur culte Joe Ledley, qui se laisse pousser la barbe. On rit, beaucoup et fort. Les mêmes sons proviennent de l'espace dans lequel les internationaux gallois passent leur temps libre. Ils résonnent même dans le lobby de l'hôtel, où un homme, club de golf en main, se trouve sur le petit putting green indoor. C'est Chris Coleman, le sélectionneur. Il sourit. Car même en jouant au golf, il est attentif à l'ambiance. Together stronger, plus forts tous ensemble, c'est le slogan des Gallois à l'EURO. C'est devenu un mantra dans le camp des Red Dragons, un mantra répercuté par Coleman, par le capitaine Ashley Willams, par Bale, par tout le monde. Pour la première fois depuis la Coupe du Monde 1958 en Suède, le Pays de Galles dispute un grand tournoi. Il ne veut pas gâcher la fête par des remous internes. On le remarque quand le soir tombe à Dinard. A 22 heures 28, les joueurs se lèvent, sans attendre le signe du staff, pour rejoindre leur chambre. Comme le schéma le précise. Et si le bar est orné de drapeaux gallois, les verres de bière restent vides. Coleman a délibérément opté pour un hôtel où résident d'autres hôtes. L'entraîneur de 45 ans ne veut pas couper ses footballeurs de la réalité de la vie. Le Pays de Galles a loué une aile de l'hôtel, comprenant 64 chambres, pour disposer de la vie privée nécessaire mais en dehors des repas et des discussions tactiques, les joueurs sont libres d'aller où ils le veulent. C'est une bonne nouvelle pour le site, choisi par Coleman en personne. Ces derniers mois, le sélectionneur a été étroitement impliqué dans tous les détails concernant la préparation de l'EURO et la fédération galloise a été généreuse. Elle a investi la totalité de la prime de départ versée par l'UEFA, soit huit millions d'euros, dans le bien-être de la sélection, à commencer par un stage au Portugal, à Vale de Lobo. Le projet d'aménagement du camp de base à Dinard a coûté encore plus cher. Le logement à lui seul représente un coût d'un million. Dans l'aile réservée, toutes les chambres sont décorées à la mesure du joueur concerné, avec des photos de lui-même et de l'équipe, histoire de rappeler l'importance de l'esprit d'équipe. Toutes les chaînes britanniques sont installées et dans l'espace commun, un videowall permet de découvrir les messages des supporters. Pour assurer le bon fonctionnement de tous ces outils technologiques, on a installé un réseau de 60.000 euros. Les iPhones des joueurs sont équipés d'applications qui leur permettent de mesurer leur condition physique. Enfin, un coiffeur fait partie de la délégation, pour les plus vaniteux. Et pour que le petit-déjeuner soit comme d'habitude, on fait venir chaque semaine un stock de baked beans du Pays de Galles. Les infrastructures d'entraînement ont requis encore plus d'attention et de moyens. Pendant trois mois, une délégation galloise a travaillé à la rénovation du complexe sportif local. Elle a érigé une salle de musculation ultramoderne en rouge et vert et les terrains ont bénéficié d'un traitement spécial : on a semé la même herbe que dans les stades et on la tond selon le même schéma. A Dinard, les Gallois sont fidèles à la tradition britannique : le gazon doit être court. Ils font aussi honneur à leur typique cocktail d'éthique du travail et de plaisir. Les petits matches d'entraînement sont intenses. Pendant les périodes de relâche, il y a des tas d'initiatives. Un jour, les écoliers de Dinard sont les bienvenus. Un autre jour, Gareth Bale répond aux questions d'écoliers de son ancien établissement, Witchurch High, à Cardiff, via Facetime. La pression des grands tournois ne semble pas avoir de prise sur les Gallois, même s'ils sont suivis au quotidien par une équipe BBC de 80 personnes et un bataillon croissant d'autres journalistes. Ce matin-là, quand la meute de journalistes est priée de sortir pour la séance tactique de l'entraînement, Neil Taylor, l'arrière gauche de Swansea City crie, malicieux : " Chouette, nous allons enfin pouvoir exercer notre nouveau système de jeu. " A nouveau, l'assemblée est secouée d'un fou rire. Chris Coleman dégage un grand calme. Son équipe n'a rien à perdre en France mais tout à gagner. C'est exactement ce que rayonne l'entraîneur. S'il est détendu maintenant, sa carrière ne s'est pas déroulée sans tumulte. A 32 ans, sa carrière de footballeur, qui l'avait conduit à Swansea City, à Crystal Palace, aux Blackburn Rovers et à Fulham, a connu une fin abrupte, à cause d'un grave accident d'auto, qui lui avait valu une fracture de la jambe. Après une tentative vaine de revenir, Coleman est devenu entraîneur à Fulham, qui alignait entre autres le gardien Edwin van der Sar et l'avant Louis Saha. Il est devenu le plus jeune manager de Premier League. Après quatre ans de football à Londres, sans souci de maintien, il a échoué à la Real Sociedad et à Larissa, en Grèce, sans oublier un séjour de deux ans achevé abruptement à Coventry City. Fin 2011, un événement tragique, le suicide de Gary Speed, le sélectionneur gallois, un de ses meilleurs amis en plus, a donné une nouvelle tournure à sa vie. Coleman a pris la relève deux mois après le drame, avec des sentiments plus que mitigés. Il s'est retrouvé dans une nouvelle tempête avec cinq défaites de rang, le pire début d'un sélectionneur gallois. A la mi-octobre 2012, Coleman a enfin eu le vent de dos, grâce à un succès 2-1 sur l'Écosse, en qualifications pour la Coupe du Monde. Deux buts de Gareth Bale. Le sursaut s'est produit trop tard pour assurer la qualification de l'équipe pour le tournoi mais deux ans plus tard, l'international (32 sélections) a finalement écrit une page d'histoire. Coleman s'est qualifié, terminant deuxième d'une poule comportant notre pays, la Bosnie-Herzégovine, Israël, Chypre et Andorre. Une première. En plus, les Gallois ont réussi un quatre sur six contre la Belgique (1-0 à domicile, 1-1 au stade Roi Baudouin). Enfant, Coleman écoutait son père lui parler de la Coupe du Monde 1958. Le Pays de Galles, qui alignait entre autres John Charles, Cliff Jones et Ivor Allchurch, avait atteint les quarts de finale. C'était le dernier acte sur la plus haute scène du football. Dans les années 80 et 90, la génération du buteur national Ian Rush, de Mark Hughes et du recordman des sélections Neville Southall a calé dans les moments décisifs. Plus tard, Ryan Giggs n'est pas non plus parvenu à qualifier les siens pour un tournoi. Au début de ce siècle, la petite fédération a bénéficié d'un élan qui porte ses fruits cet été. L'embauche de John Toshack au poste de sélectionneur en 2004 a ouvert une nouvelle ère. L'ancien avant de Cardiff City, Liverpool et Swansea City a permis pendant six ans à des jeunes Gallois d'accumuler des heures de jeu en équipe nationale. C'est sous ses ordres que Gareth Bale, Aaron Ramsey, Joe Allen et Ashley Williams se sont épanouis. Ils forment désormais la dorsale d'une équipe dont certains titulaires évoluent en Championship. Le défenseur Chris Gunter et l'avant Hal Robson-Kanu ont terminé 17e de D2 avec Reading. L'arrière droit Jazz Richards est trois places plus bas avec Fulham et le médian David Edwards a atteint le ventre mou de la Championship avec les Wolverhampton Wanderers. Le médian offensif Jonathan Willams et Milton Keynes Dons a même rejoint la League One. La qualification du Pays de Galles, qui ne compte que trois millions d'habitants, est d'autant plus remarquable, comme son parcours à l'EURO. Avant le tournoi, Chris Coleman se comparait à d'autres outsiders qui avaient remporté le tournoi. " En 1992, le Danemark s'est qualifié par une arrière-porte, en s'étant à peine entraîné, mais il est quand même devenu champion d'Europe ", a rappelé le sélectionneur, qui aurait également pu prendre en exemple le titre de Leicester City en Angleterre. " En 2004, la Grèce a prouvé que tout le monde pouvait gagner. Le football est un sport magnifique dont on ne peut jamais exclure les surprises. " Même Gareth Bale, le footballeur le plus cher de tous les temps, n'en croit pas ses yeux. " Etre ici est presque surréaliste ", raconte la vedette du Real Madrid. " Nous avons dû attendre ce moment si longtemps. Jusqu'à cet été, j'avais l'habitude de suivre les tournois chez moi, à la télévision. Maintenant, nous voilà impliqués dans cet événement fantastique. Toute la nation nous soutient, nous le remarquons sans cesse, même ici en France. Nous voulons rendre notre peuple fier. " L'apport crucial de Bale rend son équipe très dépendante de lui. Le gaucher a été impliqué dans presque tous les onze buts gallois de la campagne, avec sept goals et deux assists. Il ne faut donc pas s'étonner qu'il soit le baromètre de l'équipe. " Je n'aime pas qu'on raconte que le Pays de Galles est l'équipe d'un homme ", réagit Bale. " D'après moi, nous sommes quand même onze au coup d'envoi. Nous attaquons ensemble, nous défendons de même et dès que nous perdons le ballon, nous sommes animés de la même volonté de le récupérer. Ce n'est pas pour rien que notre slogan est Together stronger. Nous ne le disons pas comme ça, ça correspond vraiment à l'image que nous avons de nous-mêmes, de ce que nous sommes. Nous sommes des frères. Plus nous nous amusons ensemble, meilleures sont nos prestations. C'est ce qui fait la beauté de cette équipe : nous n'arrêtons pas de rire. Et quand il faut travailler, nous donnons tout ce que nous avons. Pour tous, pour le Pays de Galles. Il est impossible de dire où ça nous mènera. Naturellement, nous voudrions gagner l'EURO mais nous devons rester réalistes. Nous vivons match par match. Quelle que soit l'issue de ce tournoi, nous rentrerons épuisés. Nous n'aurons donc rien à nous reprocher, aucun regret à nourrir : nous aurons tout donné, fait de notre mieux. " Pour illustrer la mentalité galloise, Bale raconte l'histoire de son copain et coéquipier Joe Ledley. Le médian de Crystal Palace s'est fracturé la jambe il y a un mois, dans un match avec Stoke City. Il est pourtant en France. " J'étais horrifié d'apprendre que Joe s'était brisé la jambe ", raconte Bale. " Inutile de dire dans quel état il se trouvait. Sa guérison ultra-rapide est une performance. La résistance de Joe reflète parfaitement celle des Gallois. Nous n'abandonnons jamais, on ne nous abat jamais car nous luttons jusqu'au bout, envers et contre tout. " Et le capitaine sans brassard de conclure : " Pour le Pays de Galles, il n'y a pas que le seul moment présent. Il s'agit aussi du développement et de l'avenir de notre football. J'espère que nous pourrons inspirer des enfants et les inciter à s'adonner au football pour qu'à l'avenir aussi, notre pays ait une bonne équipe nationale. Nous voulons être cette source d'inspiration. Nous pouvons l'être. " PAR SIMON ZWARTKRUIS EN FRANCE - PHOTOS BELGAIMAGE" L'équipe d'un seul homme ? A ma connaissance, nous sommes quand même onze au coup d'envoi. " - GARETH BALE " La Grèce a prouvé en 2004 que tout le monde pouvait gagner. " - CHRIS COLEMAN