Pendant plus de quinze ans, la galaxie de TobyAlderweireld s'est limitée à la commune d'Ekeren. La maison familiale était située à moins de dix minutes à pied du Veltwijckpark, qui abritait à la fois son école primaire et le stade du Germinal. Toby est le deuxième de trois frères : Steve a six ans de plus et Sven, un an de moins. Quand le plus âgé se met à jouer au football, les deux autres ne tardent pas à le suivre. Comme le jardin n'est pas très grand, il n'est pas rare qu'une vitre vole en éclats, qu'une corniche ou une descente de toit casse. Sans parler des dégâts occasionnés à la pelouse : le gazon n'a plus le temps de repousser. Papa travaille dur et, contrairement à maman, qui s'occupe du foyer, il n'aime pas spécialement le football. Papy est supporter du Germinal et délégué d'une équipe d'âge. Il emmène souvent les frères au stade, que ce soit à domicile ou en déplacement. Il ne fait aucun doute qu'ils porteront tous les trois le maillot du Germinal.
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Pendant plus de quinze ans, la galaxie de TobyAlderweireld s'est limitée à la commune d'Ekeren. La maison familiale était située à moins de dix minutes à pied du Veltwijckpark, qui abritait à la fois son école primaire et le stade du Germinal. Toby est le deuxième de trois frères : Steve a six ans de plus et Sven, un an de moins. Quand le plus âgé se met à jouer au football, les deux autres ne tardent pas à le suivre. Comme le jardin n'est pas très grand, il n'est pas rare qu'une vitre vole en éclats, qu'une corniche ou une descente de toit casse. Sans parler des dégâts occasionnés à la pelouse : le gazon n'a plus le temps de repousser. Papa travaille dur et, contrairement à maman, qui s'occupe du foyer, il n'aime pas spécialement le football. Papy est supporter du Germinal et délégué d'une équipe d'âge. Il emmène souvent les frères au stade, que ce soit à domicile ou en déplacement. Il ne fait aucun doute qu'ils porteront tous les trois le maillot du Germinal. " Toby était un peu polisson ", se souvient Steve. " Il nous piquait nos bonbons (il rit). En football, le plus talentueux des trois, c'était Sven. C'est lui qui avait le plus de technique et était le plus rapide mais il n'avait pas le caractère de Toby, dont on a tout de suite vu qu'il avait une frappe terrible. Il n'avait que cinq ans lorsqu'il a joué ses premiers petits matches, à l'occasion d'une journée portes ouvertes au Germinal. A un certain moment, il a même troué le filet. Je suppose que celui-ci n'était plus très solide, mais quand même ! Je crois d'ailleurs que ce jour-là, il a été meilleur buteur du tournoi. Il était plus grand que tout le monde et c'est pour ça qu'on a commencé à l'aligner dans des catégories d'âge supérieures. Hormis six mois durant lesquels il était sur le banc, tout s'est toujours passé sans problème. Il faut dire qu'il ne pensait qu'au foot. Lorsqu'il rentrait de l'école, il allait directement dans le jardin. Ou alors, il jouait sur sa PlayStation. " Sven : " Nous jouions à Football Manager ou à FIFA. Dans le jardin, j'étais EmileMpenza et il était MikeVerstraeten. Nous avons débuté au Germinal en même temps mais, à l'heure des sorties, j'ai arrêté (il rit). Toby a pu partir à temps, juste avant l'âge critique. Encore qu'il est plutôt casanier. Et puis, c'est un battant. Lorsqu'il était sur le banc, il aurait pu abandonner mais il s'est accroché, il est revenu dans l'équipe et il n'en est plus jamais sorti. Sa force, c'était sa frappe. Quand il avait douze ou treize ans, les gens n'en revenaient pas qu'un petit gars comme ça soit doté d'un tir aussi puissant. Mais chez nous, on ne pensait qu'au football. " En 1999, le Germinal fusionne avec le Beerschot et le nouveau club se lance dans une collaboration avec l'Ajax. Les meilleurs jeunes prennent la direction d'Amsterdam et, à quinze ans, Toby se voit offrir cette possibilité. Il est très enthousiaste mais ses parents le sont moins. " Au début, il y a eu des frictions entre Toby et nos parents, qui étaient contre cette idée ", se souvient Steve. " J'ai intercédé en sa faveur parce que nombreux étaient ceux qui auraient voulu porter le maillot de l'Ajax et qui ne le pouvaient pas. Quand on laisse filer une occasion pareille, on ne peut que le regretter plus tard. Peu sont ceux qui arrivent en équipe première mais le jeu en vaut la chandelle. A un certain moment, j'ai dit : -Si vous ne le laissez pas partir, vous choisissez en fonction de vous, pas en fonction de lui. Je pense que ce qui a fini par convaincre mes parents, c'est la visite de plusieurs personnes de l'Ajax, dont DannyBlind, qui ont expliqué toute la structure développée par le club, en collaboration avec l'école et une famille d'accueil. Pour papa, les études étaient très importantes et quand on lui a dit que les jeunes de l'Ajax qui n'avaient pas de bons points à l'école ne pouvaient pas s'entraîner, ça l'a rassuré. " Sven : " Ce qui a rendu le choix si difficile, c'est aussi le fait que personne ne s'attendait à cette proposition de l'Ajax. Nous savions que Toby jouait bien mais de là à ce qu'un aussi grand club vienne le chercher... A l'époque, il évoluait déjà en défense centrale et je pense que ce sont ses longues passes qui lui ont permis de se mettre en évidence. Pendant la période d'essai, qui a duré quelques semaines, ils l'ont également fait jouer dans l'entrejeu pour juger de sa mobilité et il semble que c'était bon. Si nos parents, dans un premier temps, ont refusé qu'il parte, c'est aussi parce qu'ils ne connaissaient pas bien le monde du football. Steve leur a dit qu'ils ne pouvaient pas refuser cette chance à Toby. Au début, ils se disaient : pourquoi aller en Hollande pour taper dans un ballon alors qu'on peut très bien le faire ici ? Mais le centre de formation de l'Ajax était réputé. Il n'est pas facile de se dire qu'on ne verra plus son enfant de quinze ans qu'une fois par semaine et que, pour cela, il faudra encore se rendre à Amsterdam. Aujourd'hui, évidemment, ils sont heureux d'avoir cédé. " Mais le monde dans lequel Toby Alderweireld aboutit est dur. Il lui faut se lever à six heures, marcher une demi-heure avec sa mallette et son sac de football pour prendre le métro, en changer, prendre un tram et à nouveau marcher une demi-heure vers l'école. Celle-ci se situe dans le quartier multiculturel de Bijlmermeerwijk et lui fait penser aux images des ghettos américains qu'il voyait à la télévision. Seuls 10 % des élèves sont hollandais. On le provoque, on se moque de son accent belge et anversois, et il éprouve des difficultés à s'adapter à une autre méthode d'enseignement, beaucoup plus basée sur l'initiative personnelle. De plus, il ne s'entend pas avec sa famille d'accueil et en matière de football aussi, il y a du pain sur la planche. Surtout en matière de vitesse d'exécution. Il lui faut encore s'habituer à la rudesse des entraîneurs. Pour un adolescent, c'est beaucoup de choses à la fois et sa famille lui manque terriblement. Sur le terrain, il parvient encore à tirer son épingle du jeu mais en dehors, c'est la galère. Après trois mois, un dimanche soir, c'est en pleurant qu'il reprend le train pour Amsterdam. " Au début, tout n'était pas aussi rose qu'il l'avait imaginé et j'étais triste pour lui car, tout compte fait, il avait réalisé son rêve ", dit Steve. " Dans sa famille d'accueil, on disait que Toby devait faire une croix sur Anvers mais quand on a quinze ans, qu'on est tout seul, qu'on fréquente une école où on ne connaît personne et qu'on doit encore faire ses preuves sur un terrain de football, ce n'est pas simple. Son jeu n'en souffrait pas mais on voyait bien qu'il n'était pas heureux du tout. Un jour, il a dit : -Venez me chercher, j'arrête. Il n'en pouvait plus, trop de choses lui manquaient. Papa s'est alors rendu à Amsterdam pour demander que Toby puisse réintégrer la famille qui l'avait accueilli pendant sa période d'essai. C'étaient des gens plus âgés qui lui permettaient d'entrer plus souvent en contact avec nous. Il avait encore le mal du pays mais ça allait déjà mieux. " Sven : " Ce furent des moments difficiles. Sur le terrain, il n'a jamais lâché prise mais la nostalgie ne le quittait pas. Nous avons dû nous rendre plusieurs fois à Amsterdam pour lui parler. Mais bien sûr, il nous manquait aussi et cela ne facilitait pas les choses. A un certain moment, nous étions tentés de le ramener avec nous mais, tout bien réfléchi, ce n'était pas possible. Dans ces moments-là, il y avait toujours quelqu'un qui disait : -Non, tu restes, continue ! Parfois, c'était moi. Parfois, c'était papa. Longtemps, nous avons vu les choses de semaine en semaine car le samedi, après les matches, il rentrait à la maison et il oubliait un peu ses problèmes. Mais le lendemain, il devait repartir et il détestait ce moment. " Chez Will et Wim Stap, il bénéficie toutefois d'un peu plus de liberté et, au fil du temps, il parvient à s'affirmer davantage tant à l'école qu'au football. Finalement, il passera quatre ans et demi dans cette famille d'accueil. " Des septante jeunes que nous avons accueillis, c'est lui qui est resté le plus longtemps ", dit Will. " Toby était comme notre fils. Nous lui accordions beaucoup de liberté, il avait le choix entre passer la soirée avec nous ou dans sa chambre tandis que, dans sa famille d'accueil précédente, il devait accompagner le fils aux compétitions de natation et jouer au foot avec lui. Ses parents n'avaient pas le droit de lui téléphoner et, quand ils le ramenaient, on ne les invitait pas à entrer. Chez nous, c'était différent. Quand nous partions en vacances, nous invitions sa maman à venir vivre chez nous pour s'occuper de son fils. Toby était un bon gars, facile et empathique. Nous n'avons jamais eu le moindre problème avec lui. Il ne pensait qu'au football. C'était toute sa vie. Il était perfectionniste, il voulait réussir tout ce qu'il entreprenait et quand il échouait, c'était un drame. Il dit toujours que sans nous et sans l'Ajax, il n'y serait pas arrivé. Après deux ans, l'Ajax lui a proposé d'habiter seul mais il a voulu rester avec nous. Nous lui avons toujours dit qu'il pouvait rester aussi longtemps qu'il le souhaitait. Heureusement qu'il a eu une copine et qu'il a décidé de s'installer avec elle sans quoi il serait toujours ici. D'ailleurs, j'ai toujours ses diplômes : il n'est toujours pas venu les rechercher. " (elle rit).Il n'en a pas besoin. Depuis qu'il a quitté Ekeren, sa seule ambition est d'être professionnel et rien ne le fera changer d'avis. Quand il doute, il se rend à la cathédrale d'Anvers et, dans le silence pieux, il cherche des réponses à ses questions. Y arrivera-t-il ? Que fera-t-il s'il s'échoue ? A quoi ressemblera sa vie s'il abandonne ? Que veut-il et pourquoi doute-t-il ? Il a fait tatouer les prénoms de ses frères sur sa poitrine. Ce sont ses meilleurs amis et il veut sentir leur présence à ses côtés. Mais ce qui le motive surtout, c'est que, cette année-là, il peut à la fois terminer ses études, décrocher son permis de conduire et signer un contrat professionnel. " La voiture, c'était très important ", dit Sven. " Elle lui permettait de rentrer quand il le voulait, même pour une demi-journée. Il faisait trois heures de route aller-retour rien que pour pouvoir jouer à la PlayStation avec moi. Mais avant d'arriver en équipe première, il a encore connu des moments difficiles. Car une fois repris dans le noyau A, il voulait jouer. " En 2007, il atteint ses trois objectifs : le diplôme, le permis et le contrat. Mais il doit attendre le tournoi d'Amsterdam, en 2008, pour effectuer ses débuts en équipe première sous la houlette de MarcovanBasten. Après le match face à l'Inter de Zlatan Ibrahimovic et Adriano, MarcoMaterazzi lui propose d'échanger son maillot mais il refuse car il veut l'offrir à son frère Sven. Il lui faut encore attendre un an pour percer définitivement, sous MartinJol. Il ne quittera plus l'équipe qu'une seule fois, parce qu'on lui reproche d'être trop gentil dans les duels. Par la suite, il ne fera que s'améliorer. L'Ajax prolonge son contrat et, à la Kirin Cup, FrankVercauteren lui permet d'effectuer ses débuts en équipe nationale. A l'Ajax, il acquiert de l'expérience internationale en jouant dans l'axe tandis qu'en équipe nationale, il devient un arrière droit fiable. En 2013, après avoir décroché trois titres consécutifs de champion des Pays-Bas, il se dit qu'il est temps de franchir une étape. A la mi-septembre, nous le rencontrons dans un hôtel de Pozuelo de Alarcón, dans la banlieue madrilène. Il a signé un contrat de quatre ans à l'Atletico Madrid et considère cela comme une récompense, sportive et financière, après une petite dizaine d'années de sacrifices. Mais il sait aussi que le défi est de taille. Toby Alderweireld, défenseur correct formé selon la philosophie de l'Ajax, débarque dans une équipe dirigée par un entraîneur argentin pour qui seul le résultat compte. La possession de balle, ça ne l'intéresse pas. De plus, l'équipe est déjà bien en place et ses défenseurs centraux sud-américains, le Brésilien Miranda et l'Uruguayen DiegoGodin, sont des valeurs sûres. Mais le Belge a le feu sacré. La ville est magnifique, le climat aussi. Mais il est encore plus loin de chez lui. D'autres tatouages ont fait leur apparition sur son corps : la cathédrale d'Anvers, la vierge Marie et Dieu, tel que Michel-Ange l'a représenté dans la Chapelle Sixtine. Ces icônes spirituelles lui donnent de la force. De plus, Shani, sa copine, l'a rejoint et il a trouvé une maison suffisamment grande pour lui permettre d'héberger toute sa famille, même s'il admet qu'elle lui manque moins que par le passé. " Mais, indépendamment de ses prestations, Toby aura toujours un peu le mal du pays ", dit Steve. " Plus il est loin, plus le lien qui nous unit est fort. Nous nous envoyons des messages ou nous nous téléphonons presque chaque jour et il accueille très régulièrement des gens d'Anvers. J'y suis déjà allé avec les miens et je pense que Sven et ma mère y sont allés trois ou quatre fois aussi. " La semaine dernière, lorsque nous avons téléphoné à Sven, il jouait à la PlayStation en ligne avec Toby et il nous a demandé de rappeler une heure et demie plus tard. " Nous jouons presque chaque jour ", dit-il. " Quand il rentre de l'entraînement, il me téléphone et il dit : -Tu es prêt ? Parfois, ça dure toute la soirée. Toby est toujours aussi casanier. Il a été célibataire pendant un moment et il était tout perdu. C'est chez lui qu'il se sent le mieux. Et quand il va boire un verre, c'est toujours avec nous deux, jamais tout seul ou avec d'autres amis. Samedi, j'y retourne d'ailleurs à nouveau pour une semaine. Il me demande sans cesse de venir. " (il rit). On ne compte plus les interviews où il déclare qu'un garçon aussi gentil que lui n'est pas fait pour le monde impitoyable du football, où seul le paraître compte. Mais Toby Alderweireld s'y est tout de même imposé. " A l'Ajax, il n'a jamais dit qu'il y arriverait ou qu'il devait y arriver mais il le voulait vraiment et il a tout fait pour cela ", dit Steve. " Pour un entraîneur, c'est un plaisir de travailler avec lui : il veut apprendre, il sait faire son autocritique et cherche toujours à progresser. Il n'y a jamais de problème avec lui. Je crois que c'est cela qui lui a permis d'y arriver. " Sven : " Il n'aime pas trop le business qui tourne autour du football mais il adore jouer et, une fois sur le terrain, il oublie tout le reste. Il n'a cessé de progresser et il le doit à la formation inculquée par l'Ajax, au plaisir qu'il a pris à s'entraîner et au caractère dont il a fait preuve, avec le soutien de sa famille. Toby veut toujours jouer et toujours progresser. Actuellement, il est déçu de ne pas encore être titulaire à part entière à l'Atletico mais il va continuer à se battre, tant à l'entraînement que quand on lui donnera sa chance en match. C'est pourquoi je pense qu'à Madrid aussi, tout finira bien pour lui. "PAR CHRISTIAN VANDENABEELEAu début, ses parents étaient contre son passage chez les jeunes de l'Ajax. A son arrivée à Amsterdam, les gens se moquaient de son accent anversois. Il a fait tatouer les prénoms de ses frères sur sa poitrine pour sentir constamment leur présence.