Même quand un favori ne se dégage pas avant le coup d'envoi, le scénario d'un match peut s'écrire longtemps à l'avance. On n'attend pas de surprise sur le terrain, parce que les deux clubs jouent comme ils vivent. Zulte Waregem construit son football pas à pas, avec la patience et la structure d'un club qui offre sans hésiter un contrat de dix ans à son entraîneur. En face, Ostende empile les talents dans son secteur offensif et attend un éclair de génie, aussi fulgurant qu'un tweet de Marc Coucke, pour amener du spectacle et des buts.
...

Même quand un favori ne se dégage pas avant le coup d'envoi, le scénario d'un match peut s'écrire longtemps à l'avance. On n'attend pas de surprise sur le terrain, parce que les deux clubs jouent comme ils vivent. Zulte Waregem construit son football pas à pas, avec la patience et la structure d'un club qui offre sans hésiter un contrat de dix ans à son entraîneur. En face, Ostende empile les talents dans son secteur offensif et attend un éclair de génie, aussi fulgurant qu'un tweet de Marc Coucke, pour amener du spectacle et des buts. Les équipes ont promis de gagner en respectant leur identité de jeu. Et pourtant, l'importance de l'enjeu s'installe dans les esprits des coaches. Yves Vanderhaeghe tente de neutraliser le flanc gauche de Zulte Waregem en plaçant les poumons de Kevin Vandendriessche devant Brecht Capon, tandis que Francky Dury recourt rapidement à la taille de Christophe Lepoint et de Mbaye Leye pour remonter le terrain, en gagnant des mètres et des coups francs. Les percées vers l'axe, balle au pied, du puissant HenrikDalsgaard sont la seule surprise d'un début de match où chacun jauge son adversaire, en testant ses réactions. Il faut attendre la dixième minute, et un exploit individuel de Knowledge Musona, pour offrir un bon coup franc à Ostende. Le match est donc lancé par un coup de sifflet de Sébastien Delferière, comme pour prouver que cette finale sera une histoire de fautes. La première faute est signée Marvin Baudry. L'arrière central français glisse au milieu de terrain, au bout d'une séquence où l'adversaire ostendais semble s'installer en premier dans la finale. Nany Dimata oublie qu'il n'a que dix-neuf ans, un âge où les finales se vivent généralement dans la peau d'un joker, et éteint Sammy Bossut d'une frappe croisée dénuée d'états d'âme. Incapable d'installer sa possession de balle, à cause d'une équipe d'Ostende qui ferme les lignes de passe vers Soualiho Meïté, Zulte Waregem bouleverse alors ses plans pour retrouver la moitié de terrain adverse. Onur Kaya, en totale liberté, vient chercher les ballons entre ses arrières centraux, et pousse Meïté dans un rôle de faux arrière gauche qui permet à Brian Hamalainen de monter très haut dans son couloir. De l'autre côté du terrain, c'est Timothy Derijck qui assure les arrières de Dalsgaard, et le Essevee fait naturellement reculer Ostende. Un long ballon offre une faute à Lepoint, et un superbe coup franc au pied gauche d'Hamalainen. Le Danois profite des difficultés de William Dutoit sur les frappes à distance et offre, via le montant, l'égalisation à Timothy Derijck. C'est déjà le dernier but d'une première période qui se termine sur les atouts des deux rivaux : un coup franc d'Hamalainen et un centre d'AlessandroCordaro pour Leye côté Zulte Waregem, une frappe stratosphérique sur la barre et quelques dribbles de Musona chez les Côtiers. Le match reprend comme si la deuxième période allait ne durer qu'un quart d'heure, et que les deux équipes couraient après le score. Une histoire absurde où les relances de Timothy Derijck perdent toute leur qualité, et où les transitions permanentes font apparaître Adam Marusic. Le Serbe intercepte plusieurs mauvaises sorties de balle waregemoises, et offre une première occasion à ses couleurs à la 51e, avant de récidiver trois minutes plus tard en décochant un centre tendu vers Dimata, qui invente une reprise à la Madjer au premier poteau pour postuler un peu plus au rôle de héros de la finale. Encore dans les cordes, Dury réagit cette fois en changeant d'hommes. Lepoint et Cordaro quittent le terrain, pour laisser de la place à la puissance de BabacarGueye et au flair de Sander Coopman. Le football de Zulte Waregem ressemble alors à un 4-4-2 plus classique. Une déviation offensive et une mésentente entre Marusic et Dutoit plus tard, Coopman remet le Essevee dans la rencontre. Il reste une demi-heure à jouer, et les équipes sont à bout d'idées. Plus personne ne maîtrise les événements, et le ballon part d'un rectangle à l'autre au gré des passes imprécises et des sprints fatigués. Zulte Waregem retrouve un peu de clarté quand Coopman envoie Dalsgaard sur le flanc droit, dans le scénario classique des rois des centres, mais la balle en retrait géniale du Danois débouche seulement sur un énorme raté de Kaya. Ostende répond avec ses génies, quand FranckBerrier met Musona sur orbite, mais Bossut enchaîne trois tacles désespérés pour garder l'espoir. Puisque deux phases arrêtées dans le temps additionnel n'ont pas permis à Leye ou Dimata d'offrir la Coupe à leurs couleurs, la finale en reprend pour trente minutes de jambes fatiguées. Lors des quinze premières minutes de prolongation, un tir de Siani et un coup franc de Leye sortis du néant offrent de rares frissons à un public refroidi par la longueur d'un match qui a perdu son intensité sans retrouver sa qualité. À force de provoquer les duels à coups de longs ballons, Zulte Waregem obtient un coup franc sur le flanc droit. Position anodine, sauf que le pied gauche d'Hamalainen est dans un grand soir. Le public le sait, et s'anime pour la première fois depuis une demi-heure. Dury, lui aussi, sait que les phases arrêtées sont sa dernière arme, et incite Dalsgaard à créer le surnombre dans le rectangle adverse. Le ballon, parfait, atterrit sur la tête de Gueye, puis dans le but de Dutoit. 3-2, neuf minutes à jouer. Ostende jette ses dernières forces dans la bataille, et son espoir vit sur le flanc gauche, là où Marusic et El Ghanassy sont trop fous pour abandonner. Un coup franc sorti magistralement par Bossut, puis un penalty obtenu par Marusic, et Knowledge Musona égalise. Un premier face-à-face remporté avec Bossut qui lui coûtera cher une dizaine de minutes plus tard, au moment de botter son tir au but. Le Zimbabwéen ne sait pas quoi faire, alors il ne fait rien : un tir en plein milieu qui offre la balle de match à Hamalainen. Le Danois ne pardonne pas. Les arrières latéraux peuvent aussi être des héros. PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTO BELGAIMAGE